TRAITEMENT DES FORMES PROLONGÉES ET CHRONIQUES
Quand la broncho-pneumonie affecte une marche chronique, quand l’encombrement bronchique persiste, quand des signes pseudo-cavitaires apparaissent avec un état général analogue à celui des phtisiques au troisième degré, on ne saurait continuer le traitement perturbateur indiqué plus haut. Il y aurait danger, sans aucun profit, à soumettre les malades, pendant des semaines et des mois, à l’alcool, à la quinine, etc.
Le traitement doit être essentiellement réparateur , reconstituant, en même temps qu 'anti-catarrhal.
Il faut viser, tout en soutenant, en alimentant, en fortifiant le malade, à tarir la sécrétion des bronches et à ramener l’intégrité du parenchyme pulmonaire.
Au régime lacté on ajoutera les œufs, les crèmes, les purées de légumes, les hachis de viande; on alimentera d’autant plus vigoureusement les malades que la fièvre sera moindre et l’appétit moins languissant.
En même temps on fera prendre à l’intérieur des préparations balsamiques de nature à modifier la muqueuse respiratoire : tolu, benjoin , térébenthine , copahu , cubèbe, etc. On pourra prescrire par exemple :
% Benzoate de soude du benjoin 3 grammes.
Extrait de réglisse 5 —
Sirop de baume de tolu 30 —
Sirop de térébenthine 30 —
Sirop de belladone 20 —
F. s. a. Sirop.
Une cuillerée à dessert trois fois par jour dans une demi-tasse de tisane
de bourgeons de pin.
En même temps, on fera matin et soir, sur tout le corps, des frictions avec une flanelle imbibée d 'essence de térébenthine.
Si l’état catarrhal se modifie difficilement, on essaiera les expectorants et nauséeux tels que Y oxyde blanc d’antimoine , le kermès. On pourra donner trois à quatre cuillerées à café par jour, dans une infusion de capillaire, de la potion suivante :
% Oxyde blanc d’antimoine 2 grammes.
Sirop de goudron j
Sirop de polygala j • • •
Sirop de fleurs d’oranger 10 —
Eau distillée 30 —
F. s. a. Potion.
Ou bien :
% Kermès minéral 0 gr. 10.
Looeh blanc 60 grammes.
F. s. a. Potion.
A prendre par cuillerées à café de deux en deux heures.
Quand la broncho-pneumonie se complique de dilatation bronchique, de fétidité de l’haleine, on prescrira 1 ' eucalyptol ou la teinture d' eucalyptus.
% Teinture d’eucalyptus 2 grammes.
Sirop d’althœa 30 —
Sirop de menthe 20 —
F. s. a. Potion.
Par cuillerées à café de deux en deux heures.
On essaiera concurremment Y huile de foie de morue quand les enfants seront assez grands pour la digérer.
Si ce reconstituant de premier ordre est mal toléré, on aura recours au phosphate ou au glycéro-jjhosphate de chaux (sirop, élixir, préparations granulées), au sirop iodo-tannique, au sirop d'iodure de fer , au sirop de raifort iodé, au quinquina, à Y arsenic. On pourra prescrire par exemple:
% Sirop de quinquina
Sirop antiscorbutique . . . .
Arséniate de soude
100 grammes.
0 gr. 0o.
F. s. a. Sirop.
Une cuillerée à café matin et soir dans une infusion de violettes.
BRONCHO-PNEUMONIES
On peut encore faire prendre l’eau de la Bourboule, si riche en arsenic, par quarts de verre, pendant dix ou quinze jours tous les mois.
Quand la belle saison sera venue, une cure à la Bourboule complétera le traitement.
Si les enfants se relèvent difficilement d’une ou plusieurs atteintes de broncho-pneumonie, s’ils conservent de la bronchite, un catarrhe persistant, il faut en effet ordonner le changement cPmretles cures thermales, dont l’expérience a démontré l’efficacité.
La Bourboule convient surtout aux enfants délicats, anémiés, lymphatiques, strumeux.
A ceux qui ont un catarrhe bronchique persistant, on conseillera le Mont-Dore et les eaux sulfureuses telles que Saint- Honoré, Enghien , Pierrefonds , Luchon, Cauterets, Eaux- Bonnes, etc.
Si les enfants ne peuvent se déplacer, on donnera l’eau sulfureuse à domicile [Eaux-Bonnes , Source-Vieille ; Bagnèresde-Bigorre ; Labassère ; C halles, etc.) : un verre à liqueur ou un verre à bordeaux tous les matins dans une tasse de lait tiède.
Les pulvérisations d’eau sulfureuse rendront aussi à l’occasion quelques services.
Enfin si la sclérose pulmonaire prédomine, Yiodure de potassium sera prescrit à doses modérées, pendant des semaines et des mois (25 à 50 centigrammes par jour).
Si la convalescence ne s’établit pas franchement, sila faiblesse persiste, malgré la disparition des signes physiques ; si, d’autre part, la saison pour une cure thermale n’est pas favorable (hiver), on se trouvera bien d’un hivernage à Cannes, Menton, et dans les autres stations bien abritées de la Rivière de Gênes.
Sous l’inlluence de la douceur du climat, de la pureté de l’air, des irradiations solaires, la nutrition se relèvera et les forces anéanties renaîtront.
Si l’on veut instituer une prophylaxie efficace des bronchopneumonies, il faut les considérer comme infectieuses et contagieuses.
Infectieuses, elles le sont toujours, et leurs agents patho-
gènes nous sont parfaitement connus. Ces agents pathogènes, streptocoques, pneumocoques, staphylocoques, habitent normalement les cavités de la tète, les fosses nasales, la bouche, le pharynx; on les trouve dans la salive et les mucosités des premières voies ; on les trouve aussi à la surface de la peau.
lnoffensifs dans les conditions normales, ces microbes peuvent déterminer la broncho-pneumonie quand les sujets qui les portent sûr eux ou en eux sont affaiblis et prédisposés par une maladie antérieure (rougeole, coqueluche, diphtérie, etc.).
Tout enfant malade devra être considéré comme en imminence de broncho-pneumonie ; pour prévenir cette infection secondaire, on fera des lavages antiseptiques ( sublimé à 1 p. 2 000; acide borique à 3 p. 100, liqueur de Labarraque à 5 p. 100, eau bouillie , etc.) de la peau, des fosses nasales, de la bouche, de la gorge, des parties génitales, etc.
Ces ablutions, lavages, irrigations, pulvérisations, devront être répétés plusieurs fois dans la journée, surtout quand il s’agit de maladies qui, par leurs localisations sur l’appareil respiratoire (rougeole, coqueluche, diphtérie, grippe, etc.), prédisposent à cette infection secondaire qui a nom bronchopneumonie.
Les enfants atteints de diarrhée infectieuse seront l’objet de soins particuliers. Scvestre nous a appris que la bronchopneumonie pouvait être en relation avec l’entérite, et Lesage a cru trouver le coli-bacille dans les alvéoles pulmonaires.
On devra donc assurer Y antisepsie de l'intestin, prescrire le bismuth, le calomel, pour prévenir la complication bronchopneumonique.
La contagiosité de la broncho-pneumonie s’est révélée surtout à l’hôpital, dans les salles communes ou dans les salles d’isolement encombrées de malades.
L’encombrement joue le rôle le plus fâcheux; il favorise l’apparition de la broncho-pneumonie et il en multiplie les coups par contagion. Au bout d’un certain temps, l’air des salles, les murs, les meubles sont imprégnés de germes morbides, et les enfants qu’on y reçoit courent les plus grands dangers.
Il ne faut donc pas isoler en bloc, en masse, 'les enfants atteints de rougeole, de coqueluche, de diphtérie; il faut les
BRONCHO-PNEUMONIES
isoler individuellement ou par petits groupes de deux à quatre, en prenant pour règle absolue de ne jamais laisser ensemble les infectés et les non-infectés, c’est-à-dire les enfants n’ayant que la rougeole, la coqueluche, et les enfants ayant en plus la broncho-pneumonie ; ces derniers en effet pourraient infecter les premiers. Les pavillons d’isolement pour les fièvres éruptives et la coqueluche devront donc être pourvus d’annexes destinées aux broncho-pneumoniques.
De même, les pavillons de diphtérie doivent être distribués de telle sorte que les diphtéries compliquées de bronchopneumonies soient absolument et rigoureusement séparées des diphtéries simples.
Quand on fera sur un diphtérique une intervention opératoire (trachéotomie, tubage), on assurera préalablement l’asepsie du champ opératoire : trempage des instruments dans un liquide antiseptique, lavage des mains, de la peau, irrigations et pulvérisations de la gorge.
L’enfant trachéotomisé devra porter au-devant du cou une cravate de tarlatane imbibée d’eau boriquée ou du liquide suivant conseillé par A. Moussous :
% Essence de cannelle de Ceylan 6 grammes.
Alcool à 85° 50 —
Glycérine neutre 60 —
F. s. a. Solution.
On devra faire des instillations dans la canule interne avec quelques gouttes déhuile mentholée à 4 p. 100. Ces mêmes instillations sont applicables au tubage.
Quand les locaux auront été depuis longtemps infectés par la broncho-pneumonie, on devra les abandonner momentanément pour leur faire subir une désinfection complète avant d’y loger de nouveaux malades.
C’est pour cela que, dans un hôpital pourvu de nombreux pavillons d’isolement, on devrait réserver toujours un pavillon inoccupé, dit 'pavillon de rechange, qui permettrait la désinfection périodique des autres pavillons.
Dans les crèches et pavillons affectés aux jeunes enfants, on prendra bien garde de ne pas laisser débouchées les bouteilles de lait ; l’air des salles, en effet, charrie de nombreux microbes qui peuvent se cultiver dans le lait et pénétrer ainsi
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dans l’organisme des enfants. Le lait, ne l’oublions pas, peut servir de véhicule à la broncho-pneumonie.
Enlin le médecin, les élèves, les agents du personnel hospitalier ne doivent négliger aucune mesure de propreté ; quand on vient de palper, d’ausculter, d’examiner un bronchopneumonique, on doit se laver soigneusement les mains avant d’aborder d’autres malades.
Les effets, la literie, tous les objets transportables qui ont pu être souillés par des broncho-pneumoniques, doivent être passés à l’étuve à vapeur sous pression.
Telles sont les mesures prophylactiques qu’il convient d’opposer à la broncho-pneumonie, surtout à la broncho-pneumonie hospitalière, qui décime trop souvent les services d’enfants.
BRULURES
Les brûlures sont très fréquentes chez les enfants, et leur traitement s’impose avec urgence à tous les médecins.
TRAITEMENT
Capitan conseille de laver la plaie à l’eau boriquée (3 ou 4 pour 100) ou au sublimé (1 pour 20001, de percer les phlyctènes et d’enduire largement avec :
% Vaseline 30 grammes.
Salol 4 —
Chlorhydrate de cocaïne 0 gr. 25.
On applique, par-dessus la pommade, de minces gâteaux d’ouate hydrophile imbibés de sublimé à 1 pour 2 000 et exprimés fortement; on superpose plusieurs de ces gâteaux et on enveloppe le tout de taffetas gommé ou de gutta-percha laminée.
On change tous les trois jours.
Fato et Cabatelli conseillent aussi le salol; on lave la partie brûlée, on vide les phlyctènes, et on applique de petits linges enduits de la pommade :
% Lanoline 100 grammes.
Salol 3 —
On renouvelle le pansement deux ou trois fois par jour.
BRULURES.
Reclus donne la préférence à l’iodoforme.
% Iodoforme 1 gramme.
Acide borique J ~ „
Antipyrine j aa. . .
Vaseline 50 —
Le Dr Peyrot a employé la pommade suivante :
% Vaseline 80 —
Salol camphré 20 —
D'autres ont préconisé le sous-nitrate de bismuth larcjâ manu.
Richtmann préconise l’aristol :
% Aristol 3 grammes.
Huile d’olives 20 —
Lanoline 77 —
Wertheimer conseille :
% Eau de- chaux 60 grammes.
Huile de lin 60 —
Thymol 0 gr. 05 à 10.
On lave les parties malades à l’eau boriquée tiède; on applique des couches de gaze hydrophile imbibées du liniment oléo-calcaire thymolé, et on maintient par une bande de gaze. Renouveler le pansement tous les deux jours.
On peut employer de la même façon :
% Sous-nitrate de bismuth 6 grammes.
Acide borique .* 4 gr. 50.
Lanoline 70 grammes.
Huile d’olive 20 —
On donne en môme temps, matin et soir, une cuillerée à café ou à soupe, suivant l’âge, de la potion suivante :
% Chloral 1 gramme.
Sirop d’écorces d’oranges 15 —
Eau distillée 50 —
Siebel préfère la pommade suivante :
% Europhène 3 grammes.
Huile d’olive 7 —
Vaseline 60 —
Lanoline. . . . • 30 —
Bidder lave la brûlure avec une solution faible de sublimé, perce les phlyctènes, enlève celles qui sont détachées, respecte les autres, saupoudre d’acide borique les parties dépouillées d’épiderme, et badigeonne le tout avec du thiol liquide étendu d’eau à parties égales ; il applique ensuite une couche de coton maintenue par une bande.
Demme employait la gaze iodoformée ou aristolée fraîche, en recouvrant le tout d’une couche de coton, et en faisant un peu de compression.
Un autre auteur a préconisé le pansement avec des compresses imbibées de lait et renouvelées matin et soir.
Nikolsky se contente de badigeonner deux ou trois fois par jour, après un premier lavage antiseptique, avec :
% Tannin )
Alcool. rectifié à 93° j aa
Éther sulfurique
4 grammes.
Les parties dénudées sont préalablement saupoudrées d’iodoforme.
Parmi les meilleurs pansements des brûlures, il faut retenir celui de Mme Nageotte-Wilboutchevitch (nettoyage avec éther ou solution antiseptique chaude, sous le chloroforme si c’est nécessaire, puis pansement au thiol et enveloppement ouaté), et celui du Dr Thiéry pour les brûlures superficielles : compresses trempées dans une solution d’acide picrique à 1 pour 100, ouate hydrophile par-dessus; faire des pansements rares, tous les trois jours (Tiiiéry), tous les huit ou dix jours (Peyrot). Pour combattre l’intoxication générale des grandes brûlures, le Dr Peyrot conseille les injections sous-cutanées d’atropine (un à plusieurs milligrammes).
Il faut retenir de tout cela la nécessité de pansements antiseptiques et peu fréquents dans les brûlures. Tous ces traitements sont préférables au classique Uniment oléo-calcaire , qui n’avait rien d’antiseptique, et qui retardait la cicatrisation. Le pansement de Thiéry est éminemment analgésique et kératoplastique en môme temps qu’ antiseptique.