‹ Formules, tables et renseignements usuels (volume 2)Chapitre 146 sur 244 · MOINS FERTILE · texte numérisé non relu

MOINS FERTILE

Grain.

kil.

Paille.

kil.

Blé (245, 705). Dans le nord de la France et les environs de Paris, les gerbes de blé ont au moins 1",30 de longueur et à peu prés 0'",40 de diamètre; elles pèsent de 10 à 12 kilog., et il en entre 8 à 10 au mètre cube, dont le poids est approximativement de 100 à d 20 kilog. Une gerbe donne 2%50 à 2N60 de blé, soit 25 kilog. par mètre cube de gerbes.

Dans les champs moins fumés, surtout dans les bonnes terres à blé, dont rélément argilo -calcaire entretient la fertilité, et où l'on n'a pas intérêt à stimuler la production de la paille, le rendement en grain est relativement plus élevé; il dépassa, ordinairement 32 a 33 kilog. par mètre cube de gerbes. Dans les contrées méridionales, ce rendement est de 30 kilog.

Dans les bonnes terre à blé convenablement fumées, le rendement ordinaire, dans les années favorables, est, par hectare, d'environ

DIMENSIONS DES DIFFÉIIENTES PARTIES d'uN ÉDIFICE. 1311

10000 kilog. de gerbes. En admettant le chiffre approximatif de 100 kilog. par mètre cube de gerbes, le rendement par hectare est de 100 mètres cubes; c'est en effet la capacité adoptée pour les granges. Aussi, pour un petit domaine de 30 à 33 hectares, ayant habituellement 10 hectares cultivés en blé, la capacité effective de la grange k blé sera de 1000 mètres cubes, non compris l'emplacement nécessaire au battage, qui aura 6 mètres de longueur, 4",25 de largeur, et au moins 4 mètres de hauteur, soit 100 mètres cubes de capacité, ce qui porte celle totale de la grange à 1100 mètres cubes. Une longueur de 16 mètres, une largeur de 9 mètres, et une hauteur de 7",80 donnent un cube de 1123 mètres. Ces dimensions conviendront, par conséquent, pour la grange à blé de la ferme en question.

La hauteur des portes de granges doit être au moins égale à celle des voitures chargées de gerbes, qui atteint souvent jusqu'à 4",30.

Pour le seigle^ le rendement en grain et en paille est, en poids brut, à conditions égales sous tous les rapports, d'environ 0,1 en sus de celui des variétés communes de froment, c'est-à-dire que quand celui-ci rend 9 quintaux de gerbes à l'hectare, le seigle, dans les mêmes circonstances, en donne environ 10.

Orge. Dans les bonnes terres, on peut compter, pour les orges d'hiver, sur 36 à 40 hectol. à l'hectare, et pour les orges de printemps, sur 26 à 36 hectol. Le rapport du grain à la paille, dans les bonnes récoltes d'orge, est, sans compter le chaume, ordinairement celui de 1 à 2, au lieu que pour le froment, il varie entre 1/3, 1/4 et même moins. L'hectolitre d'orge pèse 64 kilog., au lieu que celui de blé pèse 76 kilog.

Avoine, C'est surtout dans les terres entièrement neuves, telles que celles provenant des défrichements de landes, du dessèchement des marais, etc., que l'avoine donne des produits abondants. Dans ce cas, ainsi que dans ceux où la culture, en terrains ordinaires, est extrêniement soignée, elle donne fréquemment 45 à 48 hectol. à l'hectare, et une proportion correspondante de paille, excellente pour la nourriture des bestiaux. Le poids moyen de l'hectolitre d'avoine est de 45 kilog. Quant à la pratique arriérée, et encore très-répandue en France, de placer constamment et indéfiniment l'avoine, dans le système triennal, à la suite d*un blé, bien ou mal fumé, elle est des plus vicieuses et ne donne que. des produits très-minimes, qui n'atteignent que rarement 15 ou 20 hectolitres.

Foin, Les prés non arrosés, mais convenablement situés et soignés, out un rendement ordinaire qui varie, par hectare, de 600 à 900 bottes de foin de chacune 5 kilogr.

Luzerne. Quand les conditions les plus favorables se trouvent remplies, en ce qui touche le terrain, le climat, etc., le rendement de la luzerne est énorme ; elle peut donner j usqu'à 5 coupes, dont la moyenne est, en foin sec, d'environ 2600 kilog. par hectare, soit 13000 kilog. pour les 5 coupes. En fourrage vert, le produit est au moins triple. Dans le climat de Paris on obtient, en 3 coupes, à peu, près moitié de ce produit.

Trèfle. Dans la plupart des cantons de la région moyenne, où le trèlOie se cultive aujourd'hui très en grand, on ne peut compter que sur deux bonnes coupes, dont la première est toujours la plus abondante. Le produit de ces deux coupes réunies ne va guère, moyennement, au delà de 500 kilog. de fourrage sec«par hectare. Yert, le produit est presque quadruple. Gomme la luzerne, le trèfle perd de 0,76 à 0,80 d'eau en séchant.

712. Battage du hlL Un batteur de bonne force peu battre, dans sa journée de 8 à 9 heures de travail, 800 a 850 kilog. de gerbes, rendant moyennement S?*,40 à 3 hectol. de grain. Il est payé moyennement 1 fr. à 4 ',25 par hectol. ; ii a frappé dans sa journée de 40000 à 42000 coups de fléau représentant chacun au moins 7*" de travail.

Âujourdiiuî Ton fait un grand usage des machines à battre. Une de ces machines, y compris son manège à 2 chevaux, coûte 800 fr. ; elle bat en bout et fournit, en 10 heures de travail, pour une longueur moyenne 4'",45 de gerbe, 35 à 40 hectol. de blé non nettoyé. Elle est desservie par 5 personnes.

La même machine, avec manège à 3 chevaux, coûte 4000 fr. ; elle est desservie par 6 personnes au moins, et elle produit de 55 à 60 hectol. de blé en 40 heures.

Les machines précédentes, montées sur roues, coûtent 200 fr. de plus, soit 110 fr. pour le manège et 90 fr. pour la batteuse.

Une machine battant en travers et nettoyant le blé, montée sur roues, ainsi que son manège, qui est à 3 chevaux, coûte 2000 fr.; elle est desservie par 3 personnes, et elle produit au moins 25 hectol. de blé en 40 heures.

En France, on construit beaucoup de machines dont le manège est k 4 chevaux; elles battent ordinairement, à l'heure, 300 gerbes de blé, correspondant à un rendement de 7',5, soit 75 hectol. de blé par jour de 40 heures de travail. Le cylindre batteur, qui a 4",20 de longueur et 0'",50 de diamètre, fait 900 tours à la minute.

La même machine peut battre le seigle et l'avoine en travaillant à peu près à la même vitesse que pour le blé. Pour l'avoine, son produit est de 500 à 550 gerbes à l'heure, ce qui donne 13 à 15 hectol., soit 130 à 150 hectol. par jour.

Dans ces derniers temps, on a Souvent substitué au manège des machines locomobiles de la force de 4 à 6*chevaux, et même, dans quelques grandes exploitations, des m.achines k vapeur fixes. Le prix total du battage et nettoyage revient à environ 0^,70 l'hectolitre quand on fait usage de la vapeur (245, 711).

715. Ferme, Son bétail. Un domaine d'environ 100 hectares, situé dans un bon territoire, d'un climat analogue à celui du centre de la France, est placé dans de bonnes conditions si l'on peut y nourrir, par hectare, en grande culture, une tête de gros bétail, ou l'équivalent en menu bétail. Conune il faut déduire environ 10 hectares pour terrain bâti, cours, jardins, pépinières, chemins, etc., le domaine pourra donc

MATÉRUUX EMMOfiS BUMB UM CONSTRUCTIONS.

nourrir 90 tètes de gros bétail. 11 y aura environ le i/4^ soit 20 k 25 hectares en prés naturels.

Les petites fermes de 40 à 50 hectares ont des eours de 4 à 5 ares de superficie; les fermes moyennes de 60 à 100 hectares ont de 7 k 12 ares en cour, et dans les fermes de plus de 100 hectares on ne peut mieux faire que de réserver de vastes cours de 25 à 30 ares.

714. Eau nécessaire pour une ferme (Maison rustique du XIX* sièrlg).

BWMMAnON Mt IMBIVnDS.

Une persone adulte, pour tous ses beioiiis

Un chenal de taille moyenne, nourri arec des aliments secs, y compris l'eau nécessaire au pansement et au la- Tace des écuries et des harnais

Une bête k eornes aourrie en vert une partie de Tannée, y compris l'eau néeessaire au pansement et au nettoyage des établit. •.•••

Les moutons, qui p&turent une partie de l'année et reçoivent souvent des racines en hiver, tout compris

Les porcs, qui consomment en partie en boisson les eaux du ménage domestique, peuvent être abreuvés et net^ toyés (par tête) avec ,

COMSOmiATION

journalière.

litres.

annuelle.

met. cab.

A Taide de ce tableau, on déterminera facilement la quantité d*eau nécessaire aux besoins d'une ferme quelconque (199).

715. Division géologique des terrains. Avant de commencer l'étude des matériaux employés dans les constructions, nous croyons convenable de donner la classification des terrains composant Fécorce minérale du globe, afin d'être guidé dans la recherche des gisemente de ces matériaux.

4314 CINQUIÈMK PARTII«

Série des tUvisien* de terrëhu ûdmi$e* aujourd'hui per tes géologues, avec Us Huliaitions des primeipaleM roches qui tes composent et te sgstème de soulèvement qui les caractérise. Les formations sont rangées dans l'ordre descendant, c*est4rdire en commençant par les pins modernes.

Terrains d'alluTion qoi remplissent les Tallées des fleuTes.

Volcans modernes eteiats et brûlants. Les grands volcans des Andes ont été soulevés pendant cette période.

iS* CAOVn. — TmwvmUm tevtlalv* ■apérlMir. '^ l respondent en grande partie à cette époque. a* CROUPE. — TeavMlm ««vilAlre ■«•r*** / Calcaire d'eau douce avec meulières; contient sourent Système des Alpes oecidentoles, < des lignites. ( Grès de Fontainebleau.

«* CROIJPK. — T«rralm «er«i«lM teférleav. Système des iles de Corse et de I £ïï? Jf'ïlIIPf*' ^°^°*" ^ mammîiôres. sardaiéHÊ* 1 lAlcaire grossier.

^^^^*Pie- I Argile pfistique avec lignites.

s* CROUPE. — T«rraia mwétmm* sayAvl*

Système de In chttne des Ppré-iAsâse calcaire puissante, appelée la avte, âvee interuèes et de celle des Apenmns. \ position de coucbes de silex.

•* CROUPE. — Terrata crûtes* lmférl««i».

iGrès tnlTeau de la Touraine.

Grès ordinairement yerditre, ce qui lui a fût donner le nom de grès vert»

Sables ferrugineux.

CQ V* GROUPE. — Tmnmlm Smwmmmim^Êm,

^ / Couches calcaires, plus ou moins compactes et marneuses^

^ I I alternant avec aes couches d'argile. On les divise en

g I Système de la Côte-d^Or / plusieurs étages. Les étages supérieurs portent le nom

^ 1 ) de calcaire eotithUiue, L'étage inférieur est appelé Uas,

^ \ ( Grès inférieur ou lias»

^1 8* CROUPE. — TerMkIa d* «vlas.

^ I / Marne de couleurs variées, qu'on appelle marnes irisées,

M I I renfermant souvent des amas de gypse et de sd gemme.

H I Système de Thuringerwald. . . . { Calcaire très-coquilliery auquel on donne le nom de

muschelkalk.

Grès de couleur variée, appelé grès bigarré.

•" CROUPE. — TemklM Am «rte «•« V

Système du Rhin | Poudings et grès.

flO* CROUPE. — T«»r«ta pAaé*».

Système des Pays-Bas et «fu (Assise dé calcaire mêlée de schisteque l'on appelleMeAt/^. pays de Galles | Assise de pouding et de grès appelé nouveau grès rouge*

tt* CROUPE. — TcrralM eArl»*aiflèv*.

««i«/im« if« «>iM>w d* rAm^Ui^m^ f ^rPès, schîstes avec couche de houille et de fer carbonate. Système du nord de l Angleterre. [ Calciirecarbonifèreoucalcairebleu,afeccouchedehouiJle.

^ I as* CROUPE. — Terrala d4v*al*a.

^ / Normandie . . ... . ( fermant des cooches d*anthracite.

Pi 13* CROUPE. — TerrAia allaviMA.

S 1 (Calcaire, schiste ardoisier, grès à |;ros grain appeM

2 I \ grauwacke.

PQ f 14* CROUPE. — TcrvalM «MMkvItfa.

^ 1 Système du Westmoreland et du ( Calcaire compacte, schiste argileux. Cet roches ont l IlnudemcK €u Ecosse | vent une texture cristalline.

TPnn A1M oniurnii i Gnnits et goein formant 1« hut priacipale de U partie in-

ij:.iuiAi£<i jriuMiiiJf I térieare du globe accessible à nos moyens d'obserration.

716. Pierres naturelles. Rondelet, dans son Traité sur Vart de bâtir ^ divise les pierres naturelles en quatre classes, qui comprennent :

Lol première classe, les pierres argileuses, magnésiennes, etc., c'està-dire les asbestes ou amiantes, les micas, les vrais talcs, les pierres oUaires, les schistes ou ardoises de différentes espèces, et les roches appelées de corne : cette première classe comprend aussi les basaltes, les pierres de touche, les pierres k rasoirs, et une foule d'autres qui ne sont pas en usage dans Fart de bfttir. Les caractères distinctifs de ces pierres sont de ne pas faire effervescence avec les acides, de durcir au feu ordinaire, et de ne se réduire ni en chaux ni en plâtre.

La deuxième classe, les pierres calcaires, qui sont celles dont Tusage est le plus fréquent dans les constructions. Elles se réduisent en chaux par Faction du feu, elles font effervescence avec les acides, dans lesquels elles se dissolvent presque complètement; elles ne donnent pas d'étincelles sous le briquet. Les pierres k bâtir employées k Paris et dans presque toute la France sont calcaires (722).

La troisième classe, les pierres gypseuses, pierres que Ton ne peut utiliser, même comme moellons, dans les constructions, k cause de leur peu de consistance et de leur décomposition par l'humidité; aussi est-il défendu de les employer k Paris, surtout pour la construction des bâtiments; on s'en sert quelquefois pour les murs de clMure. Exposées à l'action de la chaleur, ces pierres fournissent le plâtre. Elles ne font pas effervescence avec les acides, et ne donnent aucune étincelles par le choc de l'acier.

La quairième classe, les pierres scintillantes. Ces pierres, qui donnent des étincelles par le choc du briquet, ne font aucune effervescence avec les acides; elles comprennent les grès, les silex, les pierres meulières, les granits, les porphyres et les basaltes.

Les grès purs, les pierres k briquet et les pierres meulières résistent au feu le plus violent; les granits, les porphyres et les laves se vitrifient à un grand feu.

Les pierres naturelles les plus employées en France dans les ouvrages de maçonneries sont les granits, les trojchyies, les basaltes, les laves, les grès, les silex, cailloux ei poudings, les meulières et surtout les calcaires. On fait aussi usage des trapps, des laitiers, des scories et autres produits volcaniques, lesquels, unis à la chaux, lui communiquent, comme nos meilleurs ciments, la propriété de durcir sous l'eau et de produire d'excellents bétons; mais ces matériaux ne sont que des accidents de la nature que l'on ne rencontre que dans quelques localités, où seulement on les emploie, leur prix étant trop élevé ailleurs.

717. Le granit, qui constitue la plus grande partie du terrain primitif, est formé par l'agglomération de trois minéraux : le feldspath, le mica et le quartz. Il présente différentes nuances, qui sont dues k ce

131$ GINaUIÈME PâKTIE.

que ces minéraux sont souvent colorés par la présence d'une petite quantité d'oxyde de fer ou de manganèse. La proportion des trois minéraux varie d'un granit à Tautre. Les granits sont d'autant plus durs que le quartz y est plus abondant et que ses grains sont plus fins. Lorsque le feldspath domine beaucoup, la roche prend le nom de granit porphyrcïde.

Le quartz, qui est de la silice pure ou presque pure, est disséminé dans la masse du granit en grains irréguliers et habituellement incolores. Le feldspath (silicate double d'alumine et de potasse) s'y présente sous forme de cristaux lamelleux, brillants et souvent coloi^és. Le mica est aussi un silicate, mais d'une composition plus complexe et plus variable que le feldspath ; il est formé de silice, d'alumine, d'oxyde de fer et de quelques autres oxydes. On reconnaît aisém^t le mica à sa texture feuilletée, à sa transparence et à ses paillettes brillantes; les couleurs qu'il affecte sont le blaiic, le gris, le jaune, le brun foncé et le noir.

Les porphyres sont des granits dans lesquels le quartz et le mica manquent entièrement : ils sont composés d'une pâte feldspathique, dans laquelle se sont formés des cristaux de feldspath.

Il se trouve du porphyre rouge et du vert; le premier est taché de JaunQ dans la variété dite brocatelle d'Egypte. Le porphyre vert était appelé ophite ou serpentin, à cause de sa ressemblance avec la peau 4e certains serpents.

En France, on rencontre le porphyre k Chateaubriand (Loire-Inférieure), dans les montagnes de l'Ësterel et du Puget (Var), près de Remiremont (Vosges).

La dureté du porphyre étant plus grande encore que celle du granit» elle ne permet pas de le tailler; mais, dans quelques contrées, on em« ploie cette pierre en moellons. Les anciens en ont cependant fait des colonnes, des vases, des monuments funéraires, des statues, et, aujouiv d'hui, M. Colin, dans son usine d'Epinal, travaille des porphyres^ dits mélaphyres, tirés de Belfahy et de Ternuay (Haute-Sa6ne). Le dernier, qui a été employé au tombeau de l'empereur, a une très*belle couleur verte ; celui de Belfahy est d'un vert noirâtre dans lequel se trouvent disséminées des marques de cristaux verdâtres de feldspath labrador; il rappelle le porphyre vert antique de la Grèce. M* Colin travaille aussi la syénite, qu'il extrait de Saint-Maurice ; elle est connue sous le nom de granit feuille morte; on Ta employée pour daller le portique du Panthéon. Enfin, sans parler des pierres calcaires, on travaille encore à l'usine d'Épinal différents granits tirés principalement de Comimont, de la vallée de la Bresse, du Tholy et de Clefcy.

Les Urnes de mica disséminées dans le granit sont quelquefois disposées parallèlement à un même plan, et donnent ainsi un aspect schisteux ou rubané k la roche. Celles prend le nom de gneisê.

Les trachytes sont des produits volcaniques d'une époque ancienne, qui paraissent ne pas avoir toujours coulé; ils se sont fréquenunoDt élevés du sein de la terre k l'état pâteux, et ont formé des montagnes

arrondies; d*antres fois, ils se sont répandus sur un sol horizontal, sous forme de nappes épaisses. La pâte des trachytes est du feldspath ; elle renferme beaucoup de cristaux de feldspath, qui ont souvent pris un grand développement et présentent des faces cristallines très-nettes.

Dans quelques localités de la province de Gonstantine (Algérie), on emploie un porphyre trachy tique comme pierre à bâtir.

Les bcbsaltes sont des éruptions volcaniques plus modernes que les trachytes. Ils sont composés de pyroxène (silicate de magnésie et de fer) et de labrador (espèce de feldspath à base d'alumine» de chaux et de sonde). Ces cristaux sont d*une extrême ténuité, ce qui donne à la roche une apparence de compacité, et lui permet de prendre un beau poli.

Quelquefois le basalte s'est fait jour à travers les couches de sédiment, et s'est répandu en nappes horizontales à leur surface. Les basaltes forment ordinairement des prismes accolés, gigantesques, qui présentent une apparence de régularité. Cette circonstance tient à un fendillement qu'ils oift éprouvé pendant leur refroidissement. La disposition en colonnes prismatiques donne aux basaltes qui sont arrivés au jour un aspect particulier ; c^est ce qui a en lieu k Saint-Tibère, près Agde, et dans le Puy-de-Dôme, près Clermont; on en trouve même en Italie, du côté de Padoue, qu'on avait pris pour des monuments étrusques.

Les basaltes sont trop durs pour être taillés; mais dans quelques localités on en fait des moellons.

Dans l'art des constructions, on désigne en général sous le nom de granit toutes les pierres provenant de roches feldspathiques, dont la grande dureté varie avec les proportions des parties constituantes, et dont les grains, de différentes couleurs, sont fortement réunis par un ciment naturel. On les reconnaît facilement à leur composition de grains très-durs et parfaitement adhérents, à leur cassure à angles très-aigus, et à leur poids .minimum de 2700 kilog. par mètre cube.

La résistance que les granits offrent à tous les agents atmosphériques rend leur emploi très-avantageux dans les constructions; aussi, dans quelques localités, malgré le prix élevé de leur taille, en fait-on usage comme pierre à bâtir, si toutefois leur exploitation n'est pas trop dispendieuse. Il est du reste certaines contrées où la composition géologique du sol motive l'emploi des granits dans les constructions ; c'est ainsi que dans certaines parties de la Bretagne, de la Normandie et des Vosges Fusage de cette pierre, qui fournît d'excellents moellons, est très-répandu. En France plusieurs ponts sont en granit, et en Angleterre c'est la seule pierre employée pour la construction des grands ponts ; ceux de moindre importance sont en briques.

La grande durée et l'inaltérabilité des granits les rendent très-précieux pour certains travaux, et en font adopter l'usage à de grandes distances des lieux d'extraction. Ainsi k Paris, pour dalles et bordures de trottoirs, bouches d'égouts, marches d'escaliers très-fréqucntés, bornes, auges, culières, etc., on emploie des granits, que Ton tire principalement des carrières de Normandie. Ceux que Ton préfère sont gris, fortement micacés et à grain fin, et proviennent des bancs les plus durs

des carrières de Saint-Brieuc et de divers lieux des environs de Vire (Calvados}, tels que Saint-Pois, Goulouvray, Yilledieu, Saint-Clair, et aussi de Sainte-Honorine-la-Guillaume (Orne). On trouve aussi d'excellents granits dans les carrières du bois du Gast, près Saint-Sever, et dans celle de Flamanville, près Cherbourg.

Le granit de Flamanville offre un mélange de grains blancs, roses et gris; ceux de Vire et de Sainte-Honorine sont un mélange gris foncé de grains bleuâtres et noirs.

Les granits de qualités inférieures ressemblent à un granit jaunâtre à grains peu adhérents de Reville, près Cherbourg, ou à un granit jaune rougeâtre des environs de Vire et de Sainte-Honorine, ou encore à celui blanchâtre du Gast.

Dans les environs d'Alençon, de Saint-Brieuc, Honnion, Trenier, Dinan et Saint-Malo, on trouve un granit d'une qualité inférieure ; sa couleur blanche et son aspect feuilleté le font facilement reconnaître.

En Bourgogne, on trouve aussi des granits d'une assez bonne qualité, quoique un peu plus tendres que ceux de Normandie; leur couleur tire sur le rouge, et leur cassure est bien moins luisante que celle de ces derniers. Ce n'est que par suite d'une très-grande expérience que l'on parvient à distinguer les granits de Bourgogne de ceux de Normandie.

On trouve également le granit dans presque toutes les autres contrées de la France; mais c'est surtout dans la Bretagne, l'Auvergne, les Vosges, les Pyrénées et les Alpes qu'on le rencontre en grande abondance.

A cause de la grande dislance de Paris aux lieux d^extraction du granit, les blocs qui y sont expédiés sont ordinairement taillés aux carrières suivant les formes voulues, afin de réduire autant que possible les frais de transport, ainsi que ceux de main-d'œuvre, d'ébauche et de taille. On gagne ainsi le transport de tous les résidus d'abatage et de taille, et la différence entrç les prix de main-d'œuvre à Paris et en carrière ; ce qui n'est pas sans importance, le prix du granit à Paris dépendant surtout du transport et de la taille.

L'exploitation des granits se fait généralement au moyen de coins, et ils se taillent avec des pics, des pointerolles et des marteaux. Leur prix de revient à Paris est de 180 à 250 fr. le mètre cube pour les blocs destinés aux monuments, et de 160 k 180 fr. le mètre cube pour les dalles k un parement, telles que celles de trottoirs par exemple. Le transport entre dans ces prix pour 60 à 65 fr.; mais il y a lieu d'espérer que cette dépense rera réduite lorsque le réseau des chemins de fer normands sera entièrement achevé.

Depuis un certain temps, on applique un granit belge, dit porphyre de Lessînes, au pavage des rues de Paris. Ces pavés ont l'avantage de ne pas s'égrener comme le font certains grès, et ils résistent très-bien k l'air, aux chocs et à l'écrasement; mais, de même que toutes les roches feldspatiques employées au pavage, ils ont Tinconvénient de se polir j^ar l'usure et de devenir très-glissants. On ne remédie k ce défaut qu'en

leur donnant de petites dimensions : les pieds des chevaux trouvent alors appui par la multiplicité des joints.

Brisés en fragments, les bons granits, de même que les porphyres belges, produisent d'excellents matériaux pour rétablissement des chaussées à la macadam. (Voir sixième partie.)

718. On donne le nom de laves aux matières minérales liquides qui sont encore rejetées par nos volcans actuels ; elles s'étendent en nappes minces sur les flancs des volcans, où elles se solidifient en refroidissant.

Les laves d'Auvergne ont quelque analogie avec les granits (717); elles sont d'un grain plus fin, mais moins serré; leur couleur, d'un noir très-foncé, les fait facilement reconnaître. Les meilleures laves proviennent des bancs les plus durs et les plus compactes des carrières de Yolvic; leur grain serré et homogène les rend pesantes et très-convenables pour le dallage des trottoirs.

Recouvertes d'un émail appliqué à chaud, ou d'un bon vernis, les laves présentent de grands avantages sous le rapport de la propreté et de la salubrité, quand elles sont employées pour revêtir des soubassement humides ou des urinoirs. A Paris, cette application est généralement ordonnée par l'administration municipale.

Le département de l'Hérault fournit des laves fréquemment employées comme pierre à bâtir. La ville et le port d'Agde sont presque entièrement construits avec ces laves, soit en pierres de taille, soit en moellons. On en a fait usage sur une grande échelle pour les travaux d'art du canal et des chemins de fer du Midi.

719. Le ^rè^ est une pierre composée de grains de sable quartzeux de différentes figures agglutinés par un ciment quartzeux ou calcaire- Quelquefois les grains de quartz sont simplement soudés ensemble. De l'argile ou de l'argilite se mêle souvent au grès, qui est alors plus facile à tailler, mais plus friable.

Sous le rapport de la composition du ciment, les grès se divisent en grès siliceux f grès calcaires et grès argileux.

Les grès siliceux sont ordinairement très-durs et à grains fins fortement reliés par le ciment naturel; ils approchent du quartz gris. Il en est cependant que l'on peut tailler et même sculpter : ainsi la belle cathédrale gothique de Cologne est en grès siliceux de Wurtemberg. Les grès siliceux ont sur les calcaires l'avantage de mieux résister à l'action destructive de l'atmosphère, et l'on peut presque dire que leur durée est indéfinie.

Les grèscalcaires ont différents degrés de dureté, en raison de l'abondance ou du plus ou moins de fermeté du gluten calcaire qui réunit leurs grains.

Les grès argileux se trouvent par couches, comme les calcaires ; ils sont d'un usage très-répandu dans les provinces du sud-est de la France, où on les désigne ordinairement sous le nom de molasse. Leur couleur est grise. On les taille facilement au moment de l'extraction ; mais à l'air ils acquièrent une dureté qui ne le cède guère à celle des pierres calcaires les plus résistantes.

4390 CINQDIÈME PARTIE.

Les grès se rencontrent, comme les calcaires, avec lesquels ils alternent le plus souvent, dans presque tons les terrains de sédiments ; ils y forment des systèmes de couches inclinées plus ou moins puissantes. Ils sont surtout abondants dans les terrains secondaires. En général, les meilleurs grès sont ceux qui ont le grain le plus fin et le tissu le plus serré. La couleur gris clair est un indice de bonne qualité ; les grès rouges sont ordinairement les plus tendres et les moins résistants.

Dans les carrières de grès, on observe que les masses en sont moins dures en proportion de la profondeur où elles se trouvent, et que plus le grès est dur, plus il est facile de le diviser en morceaux de formes déterminées.

Il existe des grès tendres d*une formation trop récente pour qu'ils aient atteint leur degré de perfection. Ils s'écrasent si facilement qu'on ne peut les employer comme pierre de construction; ils ne servent qu'à l'affûtage des outils ou k faire du sablon.

Dans les pays où il n'y a pas de bonne pierre calcaire, on fait usage dans les constructions de grès dont la dureté convient à de bons moellons, et même à d'excellentes pierres de taille. Ainsi, les carrières de la Rhune, situées près d'Ascain (Basses-Pyrénées), produisent de magnifiques blocs de grès, qu'on a employés avec avantage aux constructions du phare de Biarritz, du pont de Saint-Esprit-Bayonne , sur l'Adour, du pont Mayou, sur la Nive, à Bayonne, etc. De ces mêmes carrières, on tire aussi des quantité considérables de pavés pour les villes des Basses-Pyrénées et autres départements limitrophes. Dans plusieurs autres contrées de la France, on emploie également les grès avec beaucoup de succès pour les constructions ; des villes entières, telles que Garcassonne, Brives, etc., sont bâties avec cette pierre, qui a été employée dans une grande partie des ouvrages d'art du canal et du chemin de fer du Midi, ainsi que pour les ponts de Nevers et de Moulins, et aussi un grand nombre d'édifices publics et particuliers; on en construit également des chaînes et des encoignures de bâtiments , des marches d'escalier, des dalles, etc. Les montagnes des Vosges contiennent plusieurs espèces de grès employés dans les constructions ; te soubassement du Palais de l'Industrie, à Paris, est en grès bigarré des environs de Phalsbourg^ qui supporte la sculpture, et dont on peut même faire des statues (p. 407). Le grès bigarré des Voivres (Vosges) s'exploite en laves Bissex minces pour être employées à la couverture; les plus belles variétés se réduisent k l'épaisseur d'une forte ardoise; ces laves ontTinconvénient d'être cassantes et de donner des couvertures très-lourdes.

Les grès servent à faire des meules k aiguiser, et il en est de trè^durs, à gros grains, qu'on emploie pour faire des meules de moulins.

Il y a des grès qui sont tellement réfractaires, qu'on les emploie pour les revêtements intérieursdes hauts fourneaux; c'est ce qui a lieu pour quelques grès de Wurtemberg.

Les grès très-durs sont trop difficiles à taiDer pour être employés comme pierre à bâtir; mais comme ils ont beaucoup de cohésion et qu'ils résistentbien aux chocs, on en fait un usage considérable comme

pavés. Ces grès sont généralement blancs, et leur grain est égal et fin ; ils se trouvent en bancs continus et en grosses masses isolées au milieu d*un sablon fin et mobile, qui prend, en s'agglutinant de plus en plus, la consistance des grès les plus vifs et les plus tenaces. Ils ont Tavantage de réunir à une grande dureté, qui les rend capables de résister longtemps au frottement et aux chocs des roues des voitnres, la propriété de se laisser débiter facilement en masses de différentes formes et de toutes grandeurs.

Les belles carrières de grès des environs de Toulon fournissent les pavés employés au pavage de Marseille et des villes du Var et départements voisins; on en exporte même jusqu'en Algérie.

Il existe beaucoup de carrières de grès dans les environs de Paris; on distingue celles de Montbuisson, Palaiseau, Pontoise, Belloy, Sceaux, Bel-Âir, Lozaire, Ors^y, Lacave, Train, Marcoussis, et celles si productives de la forêt de Fontainebleau.

Cette espèce de grès se divise en roclte dure et en roche franche. La roche dure est très-propre au pavage des rues et des routes; on la débite pour cela en cubes de 0",22 d*arête, que Ton désigne sous le nom de gros pavés, ou de pavés d'échantillon ou de ville. La roche franche, au contraire, est employée le plus souvent au pavage des cours et au* très lieux intérieurs^ à cause de la facilité avec laquelle on la refend en pavés de petits échantillons, que Ton obtient en divisant ceux de 0",22 en deux ou trois sur la hauteur. (Voir Pavage.)

Le fendage des pavés est un travail très-pénible, et aussi dangereux que celui de la taille et du piquage des grès. Il s'effectue à Taide d*UD couperet à deux tranchants arrondis, pesant 25 kilog., qui sert à diviser les blocs d'un seul coup, et d'un portrait^ de même forme que le couperet, pesant 5 kilog.^qui sert à l'ébarbage des pavés.

720. Silex. Cailloux. Poudings. On nomme silex^ des rognons de différentes formes, d'une pierre très-dure, dite pierre à feu, que l'on rencontre dans leé bancs de craie. Cette espèce de pierre n>st pas favorable pour les constructions, à cause des faibles dimeni^ions et de la forme plutôt ronde que plate des morceaux sous lesquels elle se trouve, et aussi parce que sa surface lisse empêche le mortier d'y adhérer avec énergie. Cependant on emploie les plus gros blocs avec assez d'avantage dans les massifs de maçonnerie ; on les taille même quelquefois pour faire des parements de murs ou des pavés.

On donne en général le nom de galets ou de cailloux aux fragments de pierres de grosseurs différentes, arrondis plus ou moins exactement, dont la couleur varie du brun foncé au blanc laiteux, et qui font feu sous le choc de l'acier. Ils sont généralement formés par des débris de différentes roches que charrient les rivières des pays montagneux ; aussi les trouve-t-on ordinairement dans les lits des fleuves et dans les terrains d'alluvion, le plus souvent à fleur du sol, mais quelquefois k des profondeurs immenses ; ils se présentent en grandes masses déposées depuis l'époque actuelle Jusqu'à celle des terrains stratifiés les plus an-

ciens. Lorsqu*on extrait le sable de carrière en le passant à la clrie, les cailloux roulent sur le devant de cette espèce de tamis incli»:;:.

On emploie ordinairement les cailloux, sous des grosseurs qui ne dépassent pas 5 à 6 centimètres de plus grande dimension, a la construction des routes à la macadam et à la fabrication du béton. Dans plusieurs localités, les cailloux d'un plus grand volume, de 1 à 5 décimètres, et appelés plus particulièrement galets, sont employés, en faisant choix de ceux dont la forme ovoïde est plus ou moins aplatie, pour le pavage des rues et même comme moellons. Les cailloux les plus convenables pour les maçonneries sont ceux qui proviennent des cours d*eau et des carrières d'où Ton tire du sable parfaitement dépourvu de matières grasses ou terreuses, et dont la surface est rugueuse et la forme irrégulière. Ceux qui sont recouverts d'une légère enveloppe de craie qui leur sert de gangue font le mieux corps avec le mortier. Quand les cailloux proviennent de terrains argileux, il faut les laver avec soin pour en fabriquer du béton.

Dans les localités où le moellon fait défaut, on emploie généralement les galets concurremment avec la brique dans les constructions. Plusieurs villes du midi de la France sont construites en grande partie en maçonnerie mixte de galets et de briques : celte maçonnerie est excellente et économique.

Des villes très-importantes de la France sont pavées en galets : telles sont, par exemple, Strasbourg, Nancy, Toulouse, Montauban.

L'espèce de pierre qu'on appelle povding, et vulgairement gréson, est une réunion de petits cailloux agglutinés ensemble par un ciment siliceux. Cette roche présente souvent une consistance très-gmnde et une extrême dureté. On la trouve presque toujours a la hauteur du sol, en blocs de faibles volumes, déposés par petits bancs isolés, et affectant le plus souvent la forme d'un parallélipipède un peu aplati, ce qui les rend très-propres à la construction des ouvrages de maçonnerie, surtout à cause des aspérités de leur surface, qui y font parfaitement adhérer le mortier. Cette pierre n'est pas employée à Taris, ni dans ses environs; on la trouve ordinairement dans les localités où le sol est alumineux et quartzeux; on ne la rencontre presque jamais dans les terrains calcaires.

721. Meulière. Cette pierre est formée de débris quartzeux, de chaux carbonatée, d'alumine et d'oxyde de fer, dans diverses proportions; sa masse est criblée de trous de formes indéterminées.

On distingue deux espèces de pierre meulière. L'une a la couleur grise blanchâtre des grès très-durs, et une masse pleine dont la dureté est égale à celle du silex; elle se trouve par bancs ou par blocs de grandes dimensions, et on l'emploie ordinairement pour faire des meules de moulins d'une seule pièce. Dans quelques localités, on trouve cependant de la pierre de cette espèce en petits morceaux isolés, dont on fait des meules de plusieurs pièces, et que l'on emploie quelquefois comme moellons dans les massifs de maçonnerie; mais son défaut d'adhérence avec le mortier, dû à sa cassure très- unie, la rend peu propre à ce der-

MATÉniAUX EMPLOYÉS DANS LES CONSTRUCTIONS. 4323

nier usage Cette variété de meulière se désigne sous le nom de caillasse; et, pour les constructions importantes, les devis spécifient presque toujours que son emploi sera irrévocablement proscrit.

La caillasse concassée à la grosseur de 5 à 6 centimètres est très-eslimée pour l'empierrement des chaussées; aussi les devis de la ville de Paris prescrivent-ils cette pierre à l'exclusion de toute autre.

L'autre espèce de meulière se trouve aussi par bancs ou par blocs de grandes dimensions ; mais le plus souvent on la rencontre par petits morceaux, en masse de peu d'épaisseur et d'étendue, à une très-faible profondeur, et quelquefois même à la surface du sol. Sa couleur est d'un rouge jaunâtre; l'énorme quantité de trous dont elle est criblée, et les grandes irrégularités qui existent dans ses lits, en font d'excellents moellons, qui se relient bien entre eux, auxquels le mortier s'attache fortement en s'insinuant dans toutes les cavités, et qui résistent sans altération à toutes les influences atmosphériques.

Cette seconde espèce de meulière comporte deux variétés : l'une, légère, poreuse et tendre, est susceptible d'être taillée en moellons piqués, avec arêtes régulières; aussi l'emploie-t-on principalement en parements et à divers travaux d'ornementation. Pour l'autre, les blocs ont à très-peu ' près la même apparence que pour la première, leur couleur est semblable, et leur surface également rugueuse ; mais ils sont plus lourds, plus compactes et plus durs ; on ne peut que les smiller au couperet de paveur, et cela sans pouvoir obtenir des arêtes régulières. Cette variété est généralement employée dans les constructions hydrauliques, pour résister aux grandes pressions, et aux effets destructeurs de l'eau et de l'atmosphère.

A Paris, une ordonnance de police prescrit l'emploi de cette dernière variété de meulière pour l'établissement des murs de fosses d'aisances, et presque tous les égouts de cette ville sont faits avec cette pierre. Les parements de plusieurs édifices publics sont exécutés en meulière rocaillée; les parements de douelle des ponts Napoléon, d'Austerlitz, des Invalides, de l'Aima et du Petit-Pont, nouvellement construits à Paris, sont en meuMères piquées posées avec du ciment de Yassy; tous les parements vus de l'escarpe et de la contrescarpe des fortifications de Paris sont également construits avec ces matériaux, sur une épaisseur de 0",50.

La meulière contribue efficacement à la décoration des constructions par sa couleur rougeâtre et par sa texture prononcée, qui la font trancher nettement avec les pierres de taille qui l'encadrent.

L'emploi de la meulière brute hourdée en mortier de ciment a pris dans ces derniers temps, à Paris, une grande extension dans la construction des bâtiments et édifices; devenant presque immédiatement incompressible sous de fortes charges, on la substitue, dans beaucoup de constructions, aux maçonneries de libage et de pierre de taille, qui étaient généralement employées pour les grosses fondations; c'est ce qu'on a fait pour les massifs principaux des fondations des théâtres de la place du Châtelet; pour ceux du tribunal de Commerce, de l'Opéra,

432i CINQinÈlU PARTIE.

de rHôtel-Dieu, etc. On fait aujourd'hui entièrement en meulière les murs mitoyens des bâtiments importants, seuf lés coffres ds cheminées, qui se font en briques.

Les meilleures meulières dures employées dans les travaux hydrauliques de Paris proviennent le plus généralement des coteaux des vallées de la Seine et de la Marne ; elles arrivent par chemin de fer ou par la haute Seine des carrières de Ponlhiéry et d'Orgenoy, situées au-dessus de Corbeil, et de celles de Ris et de Tiry-ChâtiUon, situées entre Gorbeil et Juvisy.

La haute Seine fournit encore des meulières tirées des carrières de Gorbeil, Montgeron et Villeneuve-Saint-Georges, mais qui sont d'un moins bon emploi que les précédentes, à cause de leur forme plus ronde et de leur qualité plus caillasse; on les emploie de préférence pour les chaussées à la macadam.

Les carrières de Mézières, près Mantes, et de Triel fournissent aussi d'assez bonnes meulières, qui viennent à Paris par la basse Seine.

Il arrive aussi à Paris, par voitures, de bonnes meulières des carrières sises sur les bords de la Marne, dans la commune des Bordes, près Laqueue-en-Bry, entre Chenevières et Villiers-sur-Marne.

Les carrières de laFerté-sous-Jouarre, d'Auzouer-le-Vouljis, de Tournan, df Gresse, de Yillepatour, etc., expédient aussi sur Paris leurs produits abondants et d'assez bonne qualité, par le chemin de fer de l'Est, en attendant que la navigation de la Marne soit complète et fournisse un mode de transport beaucoup plus économique.

Il arrive aussi à Paris des meulières tendres des environs de Versailles et de Buch, ainsi que de Brunoy. On les extrait en blocs de grandes dimensions, et on les taille facilement. Gomme elles fournissent des parements d'une belle régularité, on les emploie souvent en remplacement de la pierre de taille ; les parements des murs de quais que l'on construit aujourd'hui à Paris sont presque tous faits, sur une épaisseur de 0"',35, avec des moellons de cette meulière, parfaitement dressés et piqués à vive arête. Ges pierres ont cependant un grand inconvénient lorsqu'elles sont employées trop tendres en parements, surtout si elles n'ont pas préalablement été nettoyées avec soin des terres rougeâtres qui en remplissent les cavités ; quelques années après l'exécution, la surface des parements se recouvre d'une couche verdètre et bien souvent de touffes d'herbes qui y ont pris racine; ce qui est d'un effet désagréable, et ne doit pas peu contribuer à amener la ruine de ces parements, en y entretenant Thumidité et en donnant prise aux effets destructeurs de l'atmosphère, de la gelée, par exemple, qui les fait éclater.

Les parements en meulière dure de Gorbeil et de Ghàtillon sont préférables a ceux faits de ces dernières, quand on les exécute avec soin.

Les résidus de pierre meulière faits a la carrière ou sur les chantiers sont cassés en petits morceaux, qu'on emploie pour l'empierrement des chaussées ou pour la fabrication du béton. Depuis le macadamisage

MATÉRUUX EMPLOTÛ BiAKS IMS CONSTRUCTIONS. 1395

des principales artères de la capitale, le prix de ces matériaux y a augmenté daas une notable pn^[M>rtion.

71t. Caicttires. Ces pierres étant formées de carbonate de chaux, elles jouissent des propriétés générales de cette substadce ; ainsi elles font effervescence avec les acides, elles se décomposent à une certaine température, quoique étant très-réfractaires, et elles ne produisent point d'étincelles sous le choc de l'acier. On en distingue de plusieurs espèces, dont aucune n*est particulière à tel ou tel terrain.

L'espèce dite calcaire grossier fournit une grande partie des pierres employées dans les constructions; elle est d^une texture terreuse, à grain grossier, souvent lâche ; sa cassure est droite et Ijuelquefois raboteuse, et sa couleur Tarie du jaune pur au blanc sale.

Cette espèce de roche est celle qui a fourni et qui donne encore la presque totalité des pierres de construction de notre capitale, et c'est bien certainement en partie à sa présence, en masses énormes situées à une faible profondeur sur les deux rives de la Seine, que Paris doit ses proportions colossales.

Sous le rapport de leur emploi dans les constructions, les pierres calcaires se divisent en deux classes principales : les pierres dures et les pierres tendres.

725. Pierres calcaires dures. Ces pierres se débitent à la scie sans dents, comme le marbre, au moyen de Teau et du grès tendre réduit en sable fin. Celles des environs de Paris sont le liais, le cliquari, la roche et le banc-franc.

Le liais est d'une formation moderne ; il a l'avantage de ne contenir aucune empreinte de coquilles, ni de mer ni fluviatiles, et, en outre, de réunir toutes les Qualités d'une bonne pierre de taille ; il se taille assez bien, et il résiste à toutes les intempéries des saisons quand il a été tiré de la carrière en temps convenable; il est sujet à la gelée quand il est employé avant d'avoir essuyé son eau de carrière.

On distingue trois espèces de liais :

1* Le liais dur, dont le grain est fin, et la texture compacte et uniforme ; c'est une des plus belles pierres des environs de Paris. Les anciennes carrières de la barrière Saint-Jacques et du clos des Chartreux étant épuisées, on l'extrait maintenant des plaines de Bagneux et d'Arcueil; on en tire aussi de Saint-Denis; les carrières de Clamart en four^ Hissent aussi quelques beaux morceaux. La hauteur de son banc varie de 0",25 k O'.dO, et l'on en extrait des blocs qui ont de 3 à 4 mètres de longueur sur 1",50 à 2 mètres de largeur. Il est particulièrement employé pour les marches d'escaliers, les cimaises, les tablettes et les acrotères de balustrades; on en fait aussi des chambranles de cheminées, des dalles et autres ouvrages analogues qui exigent de la beauté et peu d'épaisseur de banc.

2* Le liais FerauU ou /aux /toû, qui est aussi dur que le précédent, mais d'un grain bien plus gros. 11 se trouve quelquefois dans les mêmes carrières que le premier, sous use hauteur d'appareil de O^ySS à 0",40.

On remploie aux mêmes usages, mais surtout pour les ouvrages qui ont plus d'épaisseur. Il est difficile à trayailler.

3* Le liais rose^ qui est plus tendre que les deux variétés précédentes. Il se tire des carrières de Maison s-Alfort et de Greteil, où la hauteur de banc est de 0",25 à 0",30; on en extrait des carrières de rile-Adam, dont la puissance varie de 0",30 à 0",40. Ce liais s'emploie partie ulèrement pour faire les carreaux de salles à manger et d'antichambres; on en construit aussi des tablettes et des chambranles de cheminées.

En général, on donne le nom de liais à tous les pierres dures de bas appareil dont on fait usage à Paris.

Cliquart. On désigne ainsi une pierre d'un grain fin et égal, et de très-bon appareil, contenant peu de débris cbquîlliers* Cette pierre, qu'on a substituée au liais, est devenue rare, les carrières qui en fournissaient le plus étant presque toutes épuisées; on en extrait cependant encore quelques blocs, de CïjSO à 0",35 d'épaisseur, des carrières de Montrouge et de Vaugirard. On tire une pierre qui remplace le cliquart dans les plaines de fiagneux, de Clamart et de Yal-sous-Meudon.

La roclie est une pierre très-dure et quelquefois coquilleuse; elle se trouve ordinairement en plusieurs bancs superposés. La meilleure se tire des carrières du fond de Bagneux, de Châtillon et de la Butte-aux- Cailles, près de Bièvre; elle a généralement de 0",45 a 0",70 de hauteur de banc, y compris très-souvent 0*,10 à 0",i5 d'épaisseur d'une pierre très-coquilleuse. Les carrières d'Arcueil fournissent une roche qui est très-bonne, quand on a eu soin de bien ébousiner les lits, ce qui oblige de réduire la hauteur de banc de 0",40 ou 0",45 à environ 0",35.

On extrait également des pierres de roche dans les plaines de Belair, de Fleury, de Montrouge, etc. ; mais il faut apporter beaucoup de soin dans leur choix; elles contiennent parfois beaucoup de fils, que les ouvriers carriers cachent au moyen d'une boue de la couleur jaunâtre des pierres. Les carrières d'ivry fournissent une roche assez fine, trèssouvent coupée par des fils, et dont la hauteur de banc est d'environ 0",40 à 0'",45. A Vitry (Seine), on trouve une roche, de 0",30 à 0",35 de hauteur et d'un grain très-fin, qui est recherchée k cause de la grande dimension de ses blocs; on l'emploie pour les balcons et particulièrement pour les monuments funéraires; quoiqu'elle paraisse en général très-saine, lorsqu'on l'emploie avant qu'elle n'ait jeté son eau de carrière, il se produit, après deux ou trois ans d'exposition à l'air, une infinité de petits fils qui finissent par la détériorer entièrement; plusieurs tablettes recouvrant les murs d'escarpe de l'enceinte de Paris, faîtes de cette pierre tirée dans la mauvaise saison, se sont trouvées, après quelques années, dans un état complet de dégradation.

On emploie aussi à Paris et dans ses environs différentes autres espèces de pierres de roche dure qui sont très-estimées, et parmi lesquelles on distingue celle de Saillancourt, qui fournit des blocs de très-grandes dimensions, et qu'on a employée pour les parapets du pont de. Neuilly ; celles de Saint-Nom, de l'Ile-Adam, de Silly, etc. ; celles

de Sainte-Marguerite et de Château-Landon, qu'on emploie depuis plusieurs années à la construction des monuments publics de la capitale; on en a fait les bassins de Tancien Ghàteau-d*Eau, qui existait encore dans ces derniers temps boulevard Saint-Martin, une partie de l'arc de triomphe de la barrière de TËtoile, les parapets du pont des Tuileries et la fontaine Saint-Sulpice. Ces pierres sont très-dures et prennent le poli comme le marbre; mais elles ont Tinconvénient d'avoir des moyes et des parties terreuses qui obligent de les nettoyer et de les remplir avec beaucoup de soin, sans quoi la gelée les ferait éclater; leur hauteur de banc est de 0",45 a 0",55, et comme leur homogénéité permet de les poser en délit, c'est-à-dire de mettre verticalement les lits de carrière, on peut obtenir la hauteur d'assise que l'on veut.

Les carrières de roche des environs de Paris commençant à s'épuiser, on fait venir cette pierre par eau et *par chemin de fer de différentes localités éloignées, et particulièrement de la Bourgogne et de la Lorraine.

En Bourgogne, les meilleures carrières de pierres dures sont situées entre Montbart et Châtillon (Gôte-d'Or), et dans le canton de l'Isle fYonne). C'est avec des pierres provenant de ces deux localités qu'on a fait, dans ces derniers temps, les voussoirs de tètes des ponts Notre- Dame, d'Âusterlitz, des Invalides et de l'Aima, ainsi que le cordon du quai du Louvre. C'est avec la roche de Châtillon-sur-Seine qu'on a construit le socle du nouveau ministère des affaires étrangères; eUe est tout aussi dure que celle de Château-Landon, et n'a pas, comme cette dernière, l'inconvénient de renfermer des parties terreuses. Sa hauteur de banc varie de 0",50 k 0",65.

Les bonnes pierres dures de Lorraine, aujourd'hui bien connues à Paris, sont tirées des carrières d'Euville, Lérouville et Mécrin, près Commercy (Meuse). Cette pierre est facile à reconnaître, parce qu'elle est pétrie de grosses entroques, qui lui donnent une cassure miroitante.

On en a construit : l'hôtel de la préfecture, et Nancy; la cathédrale de Toul, le pont-canal de Liverdun, le grand viaduc de Nogent-sur-Marne, rhôpital militaire de Vincennes, l'asile du Vésinet, l'usine à gaz de La Chapelle, l'annexe de la Banque de France, le rez-de-chaussée de la caserne Napoléon, l'hôtel du Louvre, l'hôtel Fould, l'église de Belleville, l'église de Rosny, la Chambre des notaires, etc.

Depuis quelque temps on emploie beaucoup, à Paris, une pierre tirée de Saint-Yh'e (Jura). Comme cette pierre, qui est rougeâtre et prend le poli du marbre, est très-convenable k l'ornementation et donne des tablettes d'une très-grande longueur, on l'emploie principalement pour les balustrades et les parapets; c'est ce qu'on a fait pour l'entourage du square du Conservatoire des Arts et Métiers, et les parapets des ponts Saint-Michel et Louis-Philippe. Les voussoirs de tètes de ce dernier pont sont aussi de cette pierre, qti'on a encore employée k la fontaine Saint-Michel.

A Paris, on fait aussi maintenant usage de différentes roches tirées de la Ferté-Milon, de Valangoujard, Soissons, Laversine, etc.

1328 CIM^CIÈMË PARTIE.

Ainsi donc, on ne doit plus guère compter sur les carrières de la banlieue pour rapprovisionnement de pierre dure nécessaire à Paris. C'est dans le Soissonnais, sur les bords du Loing, en Bourgogne et en Lorraine, qu'on doit aller chercher cette pierre.

Il en est de. même des liais, qui, dans peu d'années, proviendront tous du Senlissois et du Laonnaia.

Les pierres demi-dures et tendres de bonne qualité commencent elles-mêmes à devenir rares dans les carrières de Paris; c'est sur les bords de l'Oise, entre Conflans et Clermont, qu'il faut aller la chercher* (Voir le rapport de M. Belgrand sur un mémoire de M. Michelot intitulé : Recherches statistiques sur les matériaux de construction employés dans le département de la Seine, — Annales des ponts et chaus^ séeSf 1855.)

Le banc-franc ou pierre franche est de stratification plus récente que la roche ; il est moins dur que ceUe-ci, et d'un grain plus fin et plus égal; on n'y rencontre jamais de parties coquilleuses, ni d'empreintei» d'aucune espèce.

On emploie ordinairement cette pierre pour remplacer le liais quand on veut économiser; son épaisseur de banc varie de 0",30 à O^jiO, et elle atteint quelquefois 0°,60; elle provient des carrières exploitées à Montrouge, Bagneux, GhâtiUon, Arcueil; on en tire aussi une espèce des carrières de l'Ile-Adam, et une autre de l'abbaye du Yal, même pays.

On comprend aussi dans les pierres franches un banc de 0",30 à 0'°,3^ de hauteur, qui est de très-bonne qualité, et qui, par sa densité, tient le milieu entre la roche et le liais. La première assise du Panthéon français, à la hauteur du sol, a été construite avec cette pierre, que Von tire des carrières de Montrouge, d'Ivry, de Vitry et de Gharenton.

Dans presque toutes les carrières où Ton extrait des pierres dures^ il existe des bancs de qualité trop inférieure pour être employés comme pierre de taille. La position qu'ils occupent varie en raison de la nature et de l'épaisseur des autres bancs qu'ils accompagnent; tantôt ils for-> ment le banc inférieur, d'autres fois une coucha intermédiaire, maisle plus souvent le banc supérieur qui touche au ciel de la carrière. Le& meilleures parties de ces bancs imparfaits sont employées à faire de& libages pour les fondations.

724. Pierres calcaires tendres. Ces pierres sont composées des mêmes> éléments que les précédentes (7SI3), et se débitent à sec, à la scie à dents. Celles des environs de Paria sont la UxanJbourdey, le vergelet^ le Saiwt-Leu^ le Conflans et le Parmin, Toutes ces pierres s'emploient beaucoup pour la construction des édifices et des bâtiments particuliers; elles résistent bien à la gelée lo^rsqu'elles ont perdu leur eau de carrière; elles se taillent facilement, et leur parement a l'avantage de durcir à l'air.

La lambourde la plus recherchée provient des carrières de Saiat-lfaur; elle porte de 0",65 à 0'",95 de hauteur de banc. On en extrait aussi k Garrières-so us-Bois, près Saint-Germain-en-Laye, de même puissance de banc que la précédente, et aussi de très-bonne qualité. Les camèrefr

de Gei^tillyf Nanterre» Carrières-Saint-Denis, Houilles, Montesson, etc., fournissent également une espèce de lambourde, mais d'une qualité inférieure aux premières, et d'un banc moins élevé.

Le vergelet et le Saint-Leu s'extraient des mêmes carrières situées sur les l^ords de l'Oise. Le vergelet provient d'un banc supérieur; il est de trèfhbonne qualité et parfaitement résistant. Le Saint-Leu forme la masse inférieure des carrières; il est d'un grain beaucoup pins fin que le précédent ; il s'écrase sous une plus faible charge, et il résiste moins bien aux influences atmosphériques. Ces pierres ont de ^,50 à 0*,80 d'épaisseur. Les carrières de Silly fournissent aussi une espèce de vergelet beaucoup pins gras, c'est-à-dire plus marneux, que le précédent; il est sujet à la gelée quand il n'a pas été employé dans la bonne saison.

Les parements vus des tympans des nouveaux ponts de Paris sont en vergelet; on l'a même employé à la reconstruction des voûtes du pont de Maison&^Laffitte.

Le vergelet a été employé avec avantage pour les gares des chemins de fer de Lyon et de l'Est. Dana son mémoire (page 1328), parmi les monuments où le choix de la pierre a été bien fait, M. Michelot cite, outre les deux gares précédentes, la bibliothèque Sainte-Geneviève, le timbre et le ministère des affaires étrangères; on aurait, au contraire, souvent employé des matériaux de qualité inférieure des environs de Paris, au palais de justice, à la caserne Nopoléon, au palais de l'Industrie, dans les nouveaux bâtiments du Louvre, et à la gare de l'Ouest, rue Saint- Lazare.

On nomme Conflans, une très-belle pierre tendre que l'on extrait à Gonflans-Sainte-Honorine, sur le bord de l'Oise. On en distingue de trois espèces : la première, qui se nomme baruyroi/al, a le grain extrêmement fin et la masse très-haute ; on en tire des blocs de toutes grandeurs ; les angles du fronton du Panthéon sont de cette pierre, et ont été taillés dans des blocs bruts de 14 mètres cubes. La seconde espèce est prise dans la partie inférieure de la masse ; elle est plus tendre et plus fine que la précédente. La troisième espèce^ appelée lambourde^ est d'un grain aussi fin que le banc-royal, mais plus tendre et de qualité inférieure. Les deux premières espèces sont beaucoup employées pour les travaux où l'on doit exécuter des moulures ou des sculptures.

Le Parrain provient d'une nouvelle carrière de l'Ue-Adam ; il est à peu près de même qualité que le Saint-Leu, quoique un peu plus tendre et d'un grain plus fin. Sa hauteur de banc varie de 0",60 à O",?!).

En général, toutes les pierres tendres soumises à l'analyse fouraiseent à peu près les mêmes résultats que la roche et le banc-franc; leur moindre degré de dureté doit être attribué à leur stratification, qui paraît plus récente, et à la nature des couches qui les recouvrent.

On emploie ^elquefois une pierre tendre appelée tuf, ou marne' solide; celle qui contient une trop forte proportion d'alumine ne résiste pas à kLgdée, et il est toujours prudent de n'employer cette pierre que

i330 CINQUIÈME PARTIE.

quand elle est entièrement sèche. Le tuf des environs de Paris n^est pas assez résistant pour être employé dans les constructions.

72H. Marbres, Ce sont des pierres calcaires a grain fin et compacte, d'une dureté qui supporte la taille la plus finie, et susceptible de prendre un très-beau poli. Gomme, de plus, leurs couleurs sont trèsvariées d'une carrière à une autre, et même les mieux assorties dans un même bloc, il en résulte qu'on en fabrique un nombre considérable d'objets d'art ou d'ornementation, pour palais, intérieurs d'habitations et meubles. Les artistes font des sculptures du plus grand fini en marbre blanc.

Les marbres sont généralement opaques ; mais il y en a cependant qui sont très-cristallins et même translucides : ce sont les albâtres, qui se distinguent d'ailleurs des marbres proprement dits par une structure zonée et fibreuse, ainsi que par une /dureté plus grande, qui rend leur travail plus difiiciie.

Dans plusieurs de nos départements où les marbres abondent, on les emploie aussi pour les constructions, sous forme de moellons et même en pierres de taille.

Les marbres se trouvent en bancs formés par dépôt et d'une épaisseur plus ou moins grande.

On donne le nom de marbres antiques à ceux qui sont plus anciennement connus et qui provenaient de TÉgypte, de la Grèce et même de l'Italie, et de carrières maintenant inconnues.

Les marbres dits modernes sont ceux qui proviennent des départetements de la France et d'autres pays, dont l^s carrières sont connues et en activité d'extraction.

On nomme marbre statuaire celui qui est le plus convenable pour la sculpture, c'est-à-dire celui dont la couleur est uniforme, sans nuances ni veines, ni surtout de filandres, et le moins susceptible de s'égrener. Le marbre blanc, tel que celui qui vient de Garrare, réunit le plus parfaitement toutes ces qualités.

Le marbre antique de Paros^ d'un blanc quelquefois un peu jaune, était employé pour faire des statues, des vases, etc.

On désigne sous le nom de luma^Jielle un marbre formé d'un grand nombre de coquillages, que Ton distingue facilement et qui sont agglu-^ tinés ensemble par un ciment calcaire.

Les brèches sont des marbres composés de débris de marbres plus anciens, agglutinés ensemble par un ciment dé même espèce. Les broca-telles^ les poudings, les marbres cervelas^ sont des brèches.

Sous le rapport des défectuosités, on appelle :

Marbre fier ^ celui qui, par sa dureté, résiste à l'outil avec lequel on veut le travailler, et qui éclate facilement quand on veut y former des arêtes ;

Filandreux^ celui qui a ries fils ou fissures qui nuisent à son poli, et k rendent plus sujet à casser ;

Terrasseux, celui qui a des fissures plus grandes, vides ou remplies

de substances terreuses, auxquelles on est obligé de substituer du mastic;

Potj^y celui qui est susceptible de s*égrener et qui, par conséquent, se refuse k recevoir des arêtes vives ou d'autres parties fines de sculptures (Art. n* 33).

726. Distinctions usitées entre les pierres de taille. Qualités et défauts. Relativement à leur emploi, on divise les pierres en deux classes : les pierres dures et les pierres tendres. Les premières ne peuvent se débiter qu'à la sci^ à eau et au grès (723); les secondes se divisent a la scie à dents (724).

Les qualités principales des pierres dun^s ou tendres sont d'être pleines, sans fils ni moyes, d*avoir le grain fin et homogène dans toutes les parties, de pouvoir résister k Fhumidité et k la gelée, de ne pas éclater au feu ; on doit pouvoir y remarquer cette teinte spathique que produit ordinairement une stilation abondante de l'eau de cohésion, et qui donne k la pierre un ton agréable.

Les pierres sont généralement disposées dans la carrière par bancs parallèles, horizontaux ou quelquefois obliques, et composés ordinairement de couches apparentes superposées. Les faces horizontales de ces bancs sont appelées lits de carrière^ et il est de la plus grande importance de pouvoir les distinguer facilement. C'est ce qu'on fait en regardant avec attention la cassure verticale de la pierre; on y remarque une infinité de petites veines parallèles aux lits, quelquefois presque invisibles, mais qui se distinguent cependant assez pour ne pas se tromper sur leur sens. On reconnaît les lits de carrière des pierres des environs de Paris, et en général de beaucoup de pierres calcaires, k la partie tendre, appelée bousin^ qui les recouvre. Il in^porte beaucoup de disposer les pierres dans les constructions, de manière que la pression qui les sollicite soit dirigée aussi normalement que possible aux faces parallèles aux lits de carrière; ainsi, par exemple, dans un mur vertical, ces lits seront horizontaux ; car si Ton plaçait les pierres en délits les influences atmosphériques, jointes k la charge, les feraient déliter ou tomber en feuillets, et, perdant toute cohésion, elles compromettraient la solidité de la construction.

On dit qu'une pierre est pleine^ lorsqu'elle ne contient ni coquillages, ni cailloux, ni moyes, ni trous, ni fissures dures, terreuses ou métalliques: telles sont le liais, le banc-franc et la pierre tendre (723, 724). On désigne aussi de celte manière toute espèce de pierre dont les lits sont aussi durs que l'intérieur du banc. Ces sortes de pierres sont les meilleures pour les constructions.

Les pierres gélives ou gélisses sont celles qui ne résistent pas à la gelée ; elles absorbent facilement l'humidité, et l'eau qui se loge dans les petites cavités dont leur masse et criblée, venant à gonfler par suite de la congélation, les fait tomber en écailles très-minces, qui finissent par se réduire en poussière. Ces pierres sont ordinairement moins denses que les autres de même espèce ; elles absorbent l'eau avec facilité, et elles n'offrent pas cette teinte spathique que l'on remarque dans les

1332 ^ CINQUIÈME PAKTIE.

pierres de bonne qualité ; elles ont aussi le désayantage de très-mal soutenir les arêtes.

Quelques pierres gélives peuvent être employées comme libages dans les fondations; mais elles doivent être rigoareusement rejetées pour toutes les autres parties de la construction, si l'on veut être assuré de la stabilité. La plupart de» pierres gélives qui se détruisent aux intempéries de Fair soutiennent facilement un feu de four à chaux, tandis que les meilleures pierres calcaires, qui résistent pendant un nombre consi* dérable d'années aux plus grands froids, ne peuvent supporter le même degré de chaleur sans tomber en éclats. En général, les pierres tendres et poreuses soutiennent mieux la chaleur que les pierres les plus dures.

11 arrive quelquefois que des pierres de très-bonne cpialité se fendent et éclatent par un très-^rand froid ; une grande partie des pierres calcaires ont ce défaut lorsqu'elles sont extraites aux approches de rhiver ou pendant Thiver, tandis que si au contraire elles sont tirées pendant la belle saison, elles ont le temps de jeter leur eau de carrière, et elles résistent parfaitement. Les pierres qui absorbent beaucoup d'eau ré* sistent rarement à la gelée et à l'humidité.

On nomme pierre moyée^ celle dont la texture n'est pas uniforme, et qui contient des fils ou des trous remplis de matières terreuses. Lorsque les moyeê ne sont pas trop profondes, elles se trouvent enlevées par la taille ; dans le cas où l'épaisseur de celle-ci est insuffisante pour les faire disparaître complètement, on ne peut employer les pierres que comme libages, et on doit les rebuter complètement lorsqu'il n'y a pas lieu de pouvoir les mettre en œuvre de cette manière.

Lorsqu'une pierre est graveleuse et qu'elle s'égrène à l'humidité, on dit qu'elle est moulinée. Ce défaut est particulier k quelques' pierres tendres et particulièrement à la lambourde (724). Les ouvriers désignent habituellement les pierres qui ont ce défaut en disant qu'elles ont les arêtes potifes^

On trouve quelquefois des pierres qui ont une ou plusieurs petites bandes ou zones très-dures de la hauteur de leur banc; les ouvriers les disi^nent sous le nom de pierres ferrées,

Le^ défauts qu'on remarque encore dans les pierres sont des fissures qui éclatent avec le temps en compromettant l'ouvrage, et que les ouvriers appellent poi7«; des veines terreuses, dites molasses^ lesquelles, en se dissolvant, donnent lieu aux mêmes inconvénients; enfin, des veines métalliques, qui sont trop dures ou qui se décomposent.

Des pierres d'une même espèce, celles qui ont le grain fin et serré, la contexture compacte et la couleur foncée sont les plus dures, les plus difiîciles à travailler, et celles qui supportent les plus fortes charges. En général, on remarque que celles dont la couleur est la moins foncée sont les plus tendres; que celles dont la cassure présente des aspérités et des points brillants se travaillent plus difficilement que celles dont la cassure est lisse et le grain uniforme. Les pierres qui ont le grain in et la texture uniforme produisent un son plein quand on les frappe; au

«ontraîre, celles qui renferment des flacbes ou fentes intérieures rendent un son très-sourd. Les pierres qui exhalent une odeur de soufre lorsqu'on les travaille sont en général les plus résistantes. Enfin, pour des pierres de même espèce, les plus denses sont en général les plus dures et les plus fortes.

Les pierres scintillantes réunissent mieux toutes les qualités d*iine bonne pierre que les pierres calcaires; mais comme elles sont en gé* néral plus dures, elles sont plus difficiles à travailler (716).

Dans le choix des pierres de taille, on doit toujours donner la préférence aux appareils de gros échantillons, autant, toutefois, que leurs dimensions ne dépassent pas celles que comporte le travail à exécuter.

Les blocs de pierre calcaire sont ordinairement dégrossis en carrière, à la pointe pour la roche et le banc-franc, au rustique pour le vergelet, et à la laye pour la lambourde.

727. Recherches et essais des pierres. Beaucoup de pierres ne réunis* sent pas toutes les qualités nécessaires pour faire une bonne construo* tion ; il est très-important, lorsqu'on a un travail de maçonnerie à exécuter, d'examiner avec beaucoup de soin toutes les pierres dont on fait usage dans le pays. Pour cela, on visite toutes les carrières ; si eUes sont exploitées depuis longtemps, on peut voir les édifices où les pierres qui en proviennent ont été employées, afin de s'assurer comment elles se comportent et de quelle manière elles résistent dans les différentes positions oii elles sont placées. S'il s'agit, au contraire, d'ouvrir de nouvelles carrières, il faut être très-circonspect, et s'assurer par des essais que les pierres ne s'altèrent pas. Ainsi l'on en exposera des blocs k l'air, à l'eau, à la gelée ; si le temps ne permet pas de vérifier si les pierres résistent à la gelée, on pourra, jusqu'à un certain point, le faire en toute saison à l'aide du procédé de M. Brard, lequel consiste à substituer la force d'expansion due à la cristallisation d'un sel à celle qui résulte -de la congélation de l'eau.

Ce procédé consiste à préparer avec la pierre à essayer des petits cubes de 0",04 à 0-,05 de côté ; puis, après les avoir pesés, à les faire bouillir pendant une demi-heure dans une dissolution de sulfate de soude saturée k froid; k les suspendre ensuite dans une chambre maintenue k la température de 15* environ, jusqu'à ce qu'ils soient recouverts d'efflorescences salines neigeuses, semblables à du salpêtre ; à les asperger alors, en les tenant au-dessus du vase, avec de l'eau pure, jusqu'à ce que toutes les aiguilles salines aient entièrement disparu. Cette opération faite, on replonge les cubes dans la dissolution froide, on les expose de nouveau a l'air, on les arrose, et l'on continue d'opérer ainsi pétidant 5 ou 6 jours.

Quand les pierres ne sont pas gélives, le sel n'entraîne rien avec lui, et l'on ne trouve aucune parcelle de pierre au fond du vase; mais si les pierres sont gélives, on s'aperçoit, dès que le sel disparaît, qu'il détache des fragments, que les cubes perdent leurs angles et que leurs arêtes s*émoussent.

La recherche des carrières est une opération importante, autant

comme spéculation, que lorsqu'il s'agit d'exécuter de grands travaux dans les lieux éloignés des carrières ouvertes, afin de diminuer les transports, qui entrent pour une grande partie dans le prix des pierres.

L'étude géologique et minéraloglque du sol est suffisante pour faire connaître la nature des pierres qu'il doit fournir, et les endroits sur lesquels il convient de diriger les recherches. Des sondages faits dans les lieux choisis font connaître la profondeur du gisement, et le nombre et l'épaisseur des bancs qu'il contient. Les indices et essais indiqués cidessus feront prévoir quelles sont les qualités de la pierre, qui ne pourront cependant guère être appréciées rigoureusement qu'à l'emploi de celle-ci (Extraction de la pierre, voir VArt de construire^ n* 37).

728. Terres argileuses (Extrait des Leçons de céramique, par M. Salvétatj. Les argiles que l'on rencontre dans la nature ont une composition variable dans d'assez grandes limites. Exposées à l'air, elles fournissent une matière blanche ou grise, quelquefois colorée par des mélanges, douce au toucher, s'écrasant sous une faible pression, et donnant par le frottement une odeur particulière.

L'argile desséchée à l'air happe fortement k la langue; quand on la pétrit avec un peu d'eau, elle forme une pâte ductile, liante, c'est-à-dire plastique^ qui durcit par l'exposition de l'air, et surtout quand on la soumet à une température élevée; délayée dans beaucoup d'eau, elle la trouble et y reste longtemps en suspension, ce qui prouve la ténuité de ses particules constituantes.

L'argile se compose essentiellement de silice, d'alumine et d'eau dans des proportions qui varient, pour 100 parties,' de 45 a 80 de silice, 15 à 40 d'alumine, et d'une quantité d'eau rarement supérieure à 18. Aucune combinaison de ces corps deux à deux n'est plastique, et les argiles qui contiennent le plus d'alumine sont celles qui possèdent cette propriété au plus haut degré et qui renferment le plus d'eau.

On ignore si les argiles sont des mélanges de divers silicates d'alumine en proportions définies. A l'analyse, elles donnent, en outre des trois éléments essentiels précédents, d'autres substances qui y sont à l'état de mélange et qui modifient leur couleur et leurs propriétés.

Chauffées a 100*, les argiles ne perdent pas toute leur eau de combinaison, et elles conservent leur plasticité ; à 200 ou 300*, elles ont perdu la majeure partie de leur eau, et elles ne reprennent plus aucune plasticité qu9,nd on les humecte de nouveau. A une température convenable, elles prennent une grande dureté, une grande cohésion, et un retrait qui fait quelquefois diminuer leurs dimensions linéaires de 1/5; parfois même elles ne sont plus entamées par l'acier, dont le choc en tire des étincelles.

Les argiles qui ne contiennent aucun corps étranger restent blanches à la température la plus élevée de nos fourneaux, et elles ne fondent pas, c'est-à-dire sont réfra^ctairesy propriété dont jouissent tous les silicates d'alumine. Les moins fusibles sont celles qui ne sont ni trop siliceuses ni trop alumineuses. L'argile de Provins, employée pour briques

réfractaires, se compose de 57 de silice, 37 d'alumine, 4 d'oxyde de fer et 1,70 de chaux; elle est blanchâtre et plastique.

Presque toutes les argiles délayées dans Teau laissent précipiter au fond du vase un dépôt de sable, rude au toucher et composé de grains de quartz et de feldspath, de lamelles très-minces de mica, et de cristaux ou de grains de bisulfure de fer (pyrite de fer).

Outre ces corps étrangers, que Ton sépare, facilement par décantation, les argiles en contiennent encore d'autres, mais qui sont tellement té* nus et si intimement mélangés avec le silicate d'alumine, qu'ils restent ainsi en suspension dans l'eau et ne peuvent être séparés par le lavage : ce sont le carbonate de chaux, l'oxyde de fer, les alcalis et le bitume.

Les argiles contenant du calcaire font effervescence avec les acides.

Les argiles mêlées de calcaire prennent le nom de marnes^ dites argileuses quand elles ne contiennent que de 10 à 12 pour 100 de carbonate de chaux. Les marnes argileuses sont plastiques, se travaillent assez bien, prennent une grande dureté à la cuisson, et on les emploie ordinairement pour fabriquer les poteries communes. Les marnes sont dites calcaires quand la proportion de carbonate de chaux est plus grande ; elles sont alors plus solides, quoiqu'il y ait cependant des marnes crayeuses dont la consistance n'est pas très-grande. Elles se désagrègent facilement sous les influences atmosphériques; seules, elles ne donnent pas de pâtes réellement plastiques; on les emploie moins que les marnes argileuses dans les arts céramiques, et seulement comme matières dégraissantes.

Les argiles contiennent presque toutes de l'oxyde de fer à l'état de peroxyde anhydre ou d'hydrate de peroxyde; dans le premier cas il les colore en rouge, et dans le second en jaune ocreux; cette dernière teinte passe au rouge, quand l'argile est soumise à l'action du feu. Les argiles dépourvues de fer et qui ne se colorent pas au feu sont très-rares. Quelquefois l'oxyde de fer est combiné sous forme de silicate ou de carbonate.

Le carbonate de chaux et l'oxyde de fer ne diminuent la plasticité de l'argile que quand ils s'y trouvent dans une notable proportion; mais en faible quantité ils diminuent notablement sa propriété réfractaire ; les grains de pyrite, en se transformant en oxyde, facilitent également la fusion de la matière qui les environne.

Les argiles contiennent généralement une quantité de potasse et de soude, dont le poids s'élève jusqu'à 2 ou 3 p. 100; les argiles plastiques des environs de Paris n'en contiennent que 4 à 5 millièmes. Une petite quantité d'alcali suffît pour rendre une argile ramollisable à la haute température de nos fourneaux ; ainsi les kaolins, qui renferment 2 à 3 pour 100 de potasse et de soude, ne sont pas complètement réfractaires; ces corps ne communiquent aucune coloration au silicate d'alumine pendant la cuisson, et ce sont eux qui, en donnant naissance à des silicates alcalins, procurent à la porcelaine sa texture serrée semi-vitreuse et la translucidité qui la caractérise.

Les argiles et les marnes contiennent souvent des matières d'une

i 33ê GINQl/lèMK l>AftTIB.

nature organique qui les colorent en brun, en grîs ou en noir, et qui exhalent une odeur bituniinca«e lorsqu'on les frotte ou qu'on les chauffe. Cuites à une température peu élevée, elles peuvent acquérir et conserver une couleur noire due à la présence du charbon; si la température est plus élevée, le charbon se brûle en certaines places qui deviennent incolores, ou qui rougissent si l'argile est ferrugineuse. Certaines argiles renferment des proportions considérables de matières analogues à la houille; et donnent des poteries noires que Tinfusibilité du carbone rend très-réfractaires ; les creusets de plombagine sont faits avec cette sorte d'argile, que Ton imite du reste artificiellement en mélangeant de l'argile avec du coke pulvérisé.

Les argilçs sont très-abondantes dans la nature; on les trouve en couches assez régulières dans presque tous les terrains stratifiés. Les argiles plastiques et réfractaires sont rares ; celles mêlées de calcaire sont beaucoup plus fréquentes; les argiles rouges sont assez abondantes.

Le kaolin, ou terre à porcelaine, est une matière argileuse qui se rencontre sous forme d'amas tout k fait irréguliers, au milieu des roches primitives, comme le granit et le gneiss (717). Les argiles sont des kaolins transportés qui se sont souillés de matières étrangères pendant le transport.

Tantôt le kaolin se présente en masses onctueuses, très-blanches, douces au toucher, liantes et plastiques : c'est le kaolin argileux, qui a tous les caractères de l'argile. D'autres fois, il laisse par la décantation un dépôt de grains quartzeux et feldspathiques : c'est le kaolin sablonneux.

Il y a encore le kaolin caillouteux, qui se compose d'une masse blanche qui s'égrène entre les doigts et qtii n'est pas plastique. Délayé dans l'eau, il se désagrège, et l'on sépare par décantation une véritable argile, qui est du kaolin pur, d'un dépôt composé de grains plus ou moins gros de quartz ou de feldspath.

Quand le granit se décompose, le kaolin est mêlé de mica, en partie décomposé; il est coloré, ferrugineux, et ne peut donner des porcelaines translucides et complètement blanches. Le granit se présente quelquefois sans mica, il est alors composé de quartz et de feldspath et prend le nom de pegmatite, dont la décomposition donne lieu généralement aux gîtes de kaolin ; le quartz étant plus ou moins abondant, le kaolin est caillouteux. Le kaolin argileux, qui est très-rare, se trouve souvent sous forme de veines ou d'amas peu importants, au milieu des gîtes de kaolin caillouteux.

La composition des roches dans lesquelles le kaolin se trouve enclavé, ainsi que celle du feldspath et du kaolin, portent k faire admettre que le kaolin provient de la décomposition du feldspath sous les influences atmosphériques.

Composition du feldspath. Composition du kaolin pur.

SUice 64,8 Silice 39,5

Alumine 48,3 Alumine 44,8

Potasse 16,9 Pousse 15,7

iOO.O 100,0 Tableau de la composition de quelques kaolins.

SiUce

Alumine

Potasse et soude^ Eau

SAJMT-YBIHX.

NIETAB.

lâ,6

BKETAftNB.

CHIHE.

7 Briques crues. L'usage de ces briques, dont Vitruve décrit la fai»*ication, remonte à la plus haute antiquité; on en trouve dans la plupart des monuments grecs et romains ; il existe encore en Egypte et en Asie des édifices bâtis avec ces briques, à des époques bien antérieures à rère vulgaire.

Malgré Thumidité du climat, il y a des localités en France où les briques crues sont d'un usage très-répandu ; c'est ce qui a lieu dans les départements du Midi, où elles sont communément employées pour les constructions agricoles et même pour celles des villes : Toulouse, Mon* tauban, Perpignan, etc., en contiennent de nombreux exemples. En Picardie et en Champagne, on emploie aussi beaucoup les briques crues. Dans les faubourgs de Beauvats et de Reims, par exemple, on voit des maisons qui en sont entièrement construites. Ces briques ont ordinai* rement les dimensions des briques cuites employées dans la localité ; celles de €hampagne ont ©•,30 de longueur, 0*,U de largeur et 0",07 à 0",O8 d'épaisseur.

Les briques crues se fabriquent dans des moules réguliers, comme les briques cuites. I^es meilleures sont d'argile rouge ou blanche mêlée de sable; on eu fait aussi avec la boue qui se forme sur les routes, laquelle est composée d'argile, de craie et de silex écrasé. Le moment le plus favorable pour leur fabrication est le printemps et l'automne, saisons pendant lesquelles la dessiccation se fait plus lentement et plus égaler ment; elles ne s'emploient qu'après qu^elles sont arrivées, par leur exposition à l'air et au soleil, à une dessiccation complète, sans laquelle la gelée, en faisant gonfler l'eau, amènerait leur destruction. Les anciens ne les employaient que deux ans après leur fabrication; alors ils étaient sûrs qu'elles avaient acquis le degré de solidité dont eUes sont susceptibles. Ces briques sont d'un mauvais usage à Thumidité lorsqu elles ne sont pas recouvertes; dans les pays où on les emploie communément, on a soin de recouvrir les maçonneries de nombreuses couches de peinture a la chaux ; ou, si Ton veut faire mieux, on applique dessus un en-

duit de chaux, d*argile et de boue, lequel est tout à fait imperméable h l'eau, et leur assure une plus grande durée (Art. 42 k 44).

750. Briqiùes cuites. Leur composition. Ces briques s'obtiennent en exposant à un feu violent et soutenu des briques crues fabriquées avec de l'argile mêlée k plus ou moins de sable ou de marne. Leur usage remonte au temps de Babylone; il est difficile de dire a quelle époque les Grecs et les Romains ont commencé à les employer.

Les briques communes, destinées aux constructions ordinaires, se fabriquent avec des argiles plus ou moins sableuses et des marnes argileuses, calcaires ou limoneuses (728). Lorsque les argiles sont trop plastiques, les briques sont sujettes k se déformer et k se fendiller; alors on dégraisse la pâte avec du sable fin ou des marnes calcaires. Quand au contraire les argiles n'ont pas assez de liant, on y ajoute de la marne ou du calcaire, rarement de l'argile plastique, dont le prix serait trop élevé pour des matériaux qui n'ont pas plus de valeur que les briques ordinaires.

Quand on ne tient pas k économiser le combustible, comme en Angleterre, par exemple, où la houille est d'un prix peu élevé, on ajoute k la pâte assez de marne calcaire ou de craie pour augmenter la fusibilité, et l'on pousse la cuisson jusqu'à un commencement de vitrification. Quelquefois on ajoute à la pâte une certaine proportion d'escarbilles ou de mâchefer, qui agissent comme matières antiplastiques, et régularisent, pendant la cuisson, la chaleur dans toute la capacité du four. Ces briques sont alors noires, compactes, sonores ; elles résistent mieux que leà autres à l'action des agents atmosphériques, mais elles sont assez fusibles.

Les briques qu*on obtient ainsi ne sont pas friables; mais leur structure doit être assez homogène, pour qu'on puisse les tailler avec facilité d'un seul coup de hachette.

Les briques réfractaires doivent réunir aux propriétés des bonnes briques ordinaires celle de résister k des températures très-élevées. Les briques de premier choix sont faites avec des argiles plastiques trèsréfractaires (728), dégraissées en y ajoutant un ou deux volumes de ciment de terre réfractaire finement broyé; les argiles sont lavées. Pour les briques derhi-réfractaires, on dégraisse l'argile par des sables, dont le prix est bien moins élevé que celui des ciments broyés.

731. Fabrication des briques. Ayant pétri avec soin le mélange d'argile et de sable, de manière k en former une pâte homogène et ductile, k l'aide de moules, on en forme les briques, que l'on fait ensuite sécher à l'air, avant de leur donner le degré de cuisson nécessaire dans des fours .disposés à cet efiFet. C'est de la plus ou moins grande perfection avec laquelle sont exécutées ces diverses opérations que dépendent les qualités des briques.

Pour atteindre cette perfection, les briquetiers emploient diverses méthodes, ayant entre elles plus ou moins d'analogie. Nous nous contenterons d'exposer le mode de fabrication suivi le plus habituellement, et à l'aide duquel on peut toujours obtenir de bons produits.

MATÉRIAUX EMPLOYÉS DAMS jLE$ CONSTRUCTIONS. 1339

Lorsqu'on a des briques à faire dans un pays, on se procure des échantillons des différentes natures de terre argileuse qu'on y trouve, et on les soumet à la cuisson, soit dans un fourneau fait exprès, soit sur un four à chaux; de cette manière, on se rend compte de Teffet de la cuisson sur les terres, effet sur lequel il est important d'être bien renseigné. On peut aussi reconnaître, au premier examen, que certaines terres ne sont pas propres à faire de bonnes briques; ainsi toutes celles où Ton rencontre des éclats de craie ou de pierre calcaire et de silex ne peuvent être employées : les premières, parce que la chaux provenant de la cuisson de la craie ou du calcaire, venant à s'éteindre spontanément, amènerait la destruction des briques; les autres, parce que le silex, en éclatant au feu de cuisson, briserait les briques. Il faut également rejeter les argiles contenant une trop grande quantité de pyrites de fer volumineuses; mais si les pyrites sont très-petites, elles ne nuisent pas à la confection des briques, et leur communiquent une certaine fusibilité qui leur est favorable.

Lorsqu'on est arrêté sur le choix des matières premières, on procède à leur manipulation. Pour faciliter ce travail, on extrait, quand cela est possible, l'argile au commencement de l'automne, et on la laisse exposée à l'air pendant tout Thiver, de manière à ne l'employer qu'au printemps suivant. La gelée, le soleil et les pluies qui se succèdent la disposent k un corroyage plus complet et plus facile. Ce corroyage se fait en marchant l'argile, en la remuant et en la battant à plusieurs reprises dans tous les sens. On doit apporter toute son attention à bien purger l'argile des substances pierreuses, crayeuses ou pyriteuses qui s'y trouvent souvent mélangées, lesquelles, en éclatant ou en lui servant de fondant, pourraient altérer la forme des briquet pendant la cuisson. Cette séparation se fait généralement en passant la terre à la claie, après l'avoir concassée ; un lavage serait trop coûteux. Après avoir ainsi préparé l'argile, on y ajoute la quantité de sable ou de marne nécessaire, et l'on remue le mélange de manière à le rendre bien homogène ; on y verse ensuite une quantité d'eau suffisante pour l'amener à l'état d'une pâte ductile assez ferme.

Les proportions convenables d'eau et de sable ou de marne h ajouter à l'argile se déterminent par l'expérience, et elles dépendent de la qualité et de la pureté de cette terre. Quand l'alumine et la silice ne s'y trouvent pas dans les proportions convenables, c'est-à-dire quand la terre est trop maigre ou trop grasse, on rapporte artificiellement l'élément qui manque.

Lorsque la silice est en quantité insuffisante, il faut que le sable que Ton ajoute soit fin ; le mélange s'opère facilement en étendant la terre par couches d'une épaisseur uniforme, et en répandant dessus, en couches d'épaisseur aussi, uniforme, la quantité de sable que l'expérience a reconnue être nécessaire. Si, au contraire, c'est l'alumine qui manque, avant d'en ajouter de la nouvelle, on ajoute de l'argile grasse réduite en poussière, si cela est possible, ou en pâte assez molle pour qu'on puisse en faire facilement le mélange avec la terre primitive.

1340 GiiKQmàm partie.

Par expérience, oo a reconmi qu'en général la quantité d'^an à employer ne doit pas excéder la moitié du volume des terres que Ton pé« trit. Le pétrissage s'opère souvent, soit avec des cylindres qui passent sur le mélange, soit au moyen de laminoirs, soit enfin avec la tine à malaxer, qui ressemble beaucoup au tonneau à fabriquer le mortier.

Quelquefois, pour obtenir des produits supérieurs, après un premier corroyage, les ouvriers jettent la terre dans une fosse voisine, où on la pétrit de nouveau et par petites portions.

Le marchage de la terre est une opération longue, pénible et même quelquefois dangereuse pour la santé des ouvriers. On la remplace souvent par un pétrissage mécanique, qui consiste, soit à faire passer la terre entre une ou deux paires de laminoirs en fonte, unis ou cannelés, soit à faire rouler des cylindres sur la terre, soit encore à faire passer celle-ci dans une tine à malaxer. Malheureusement, les procédés méca* niques donnent des résultats inférieurs à ceux du marchage ; car si la machine mélange mieux, elle n'a pas l'avantage, comme l'ouvrier, de rejeter les petites pierres que contient la terre. La tine à malaxer procure une notable économie quand il s'agit de grandes quantités de terre à préparer; son prix est peu élevé et son établissement peu dispendieux.

Le mélange ou la correction des terres peut se faire pendant le mardiage; mais si Ton emploie un malaxeur, la terre à briques doit être toute préparée avant de la jeter dans l'appareil.

Le corroyage a la plus grande influence sur la solidité des briques, dont il augmente la densité. De deux briques. Tune préparée par les moyens ordinaires et l'antre corroyée avec le plus grand soin, toutes deux ayant été séchées et cuites dans les mêmes circonstances, la première pesait 3i grammes de moins que la seconde, et elles se sont rompues sous les charges respectives de 35 et 65 kilogrammes. En général, on a reconnu que les densités de ces briques étaient dans le rapport 82 : 86, et les charges qu'elles supportaient dans celui 70 : 430.

Moulage, Lorsque la terre est bien pétrie, on façonne les briques à l'aide de moules sans fonds, ordinairement en bois, quelquefois en bois doublé de métal, et parfois totalement en fer. A cause du retrait que la terre éprouve à la dessiccation et k la cuisson, on donne aux moules des dimensions un peu supérieures à celles que doivent avoir les briques. Suivant la forme des moules, on obtient des briques ordinaires, des briques en voussoirs, cintrées, en anneaux, etc. Quelquefois le moule est double en longueur, et il est divisé par une cloison pour donner deux briques ordinaires à la fois.

Selon que la fabricatioA de la brique a lieu sur le chantier ou dans des briqueteries k demeure, le moulage se fait sur le sol ou sur des tables. Dans les deux cas, la place où il s'exécute est nommée la tabie à briques»

Près du mouleur» à sa portée, se trouvent la fnmeite ou baquet contenant du sable, et le baquet k laver les moules.

Sur la table à briques, préparée et sablée sur toute sa suriuse, afin que la terre n'y adhère pas, le mouleur pose le moule, aussi saupoudré

de sable» et le remplit d'argile; il comprime uniformément celle-ci, enlève l'excédant à la main, et unit la surface avec un petit radoir en bois appelé plane. Le moule est alors enlevé par le porteur, qui démoule adroitement les briques, soit directement sur l'aire de la briqueterie, qui a été bien dressée, bien battue et saupoudrée de sable, soit sur des petites planchettes sablées, à l'aide desquelles il porte les briques sur l'aire, où il les pose k plat, par rangs bien alignés, afin d'économiser la place.

Le porteur rapporte le moule, le nettoie, le sable et le rend au mouleur qui, pendant les 8 k 10 secondes écoulées, a fabriqué une ou deux nouvelles briques. Il y a des mouleurs qui, bien servis, peuvent mouler, avec de la pâte d'une consistance convenable, jusqu'k neuf ou dix mille briques par jour.

Aux environs de Paris, une brigade de briquetiers se composant de quatre ouvriers fabrique en moyenne sept mille briques ordinaires en douze heures de travail effectif. Un ouvrier mêle, marche, épluche, en un mot prépare la terre; deux autres la moulent, mais l'un d'eux se détache de temps en temps pour aller chercher la terre préparée ; enfin un garçon démoule et place les briques sur l'aire.

Une brigade de briquetiers se compose le plus souvent de six ou sept ouvriers, dont, ordinairement, deux mouleurs^ deux marcheurs pour préparer la terre, un manœuvre, dit rouleur^ pour amener la terre préparée aux mouleurs, et un apprenti» appelé porteur, pour aller démouler les briques sur l'aire. C'est un mouleur qui commande la brigade.

Depuis bien des années déjà, on fait usage, dans quelques grandes briqueteries, de machines opérant à la fois le mélange et le pétrissage de la terre, et le moulage des briques. Parmi ces machines, on peut citer celles de MM. Terrasson, Garville, Gapouillet, Mao-Henri, Julienne.

Parage^ rebattage et séchage des briques. Quand les briques posées à plat sur l'aire commencent à se raffermir, on les relève sur champ, sans les changer de place, et quand elles ont pris assez de consistance pour qu'on puisse les transporter sans les déformer, ce qui, par un beau temps, a lieu après 10 à 12 heures d'exposition sur l'aire, on les pare^ c'est-à-dire qu'on enlève avec un couteau de bois les bavures du moule et les corps étrangers que la brique fraîche a pu ramasser, et, les plaçant sur un banc, on les rebat sur toutes les faces, avec une batte.

Alors on met les briques en haies, pour finir de les sécher entière-^ ment, c'est-à-dire qu'on en forme des espèces de murailles k claire-voie, dont l'épaisseur comprend quatre briques en longueur, et dont la hauteur est de 14 k 17 assises de briques posées de champ. On recouvre les haies avec des planches ou bien avec des paillassons soutenus par des claies, afin de préserver les briques de la pluie et surtout de l'action directe du soleil. Sans cette précaution, la surface de la brique séchant inégalement et bien avant l'intérieur, de sa contraction anticipée et inégale résulte sa fissure et la déformation de la briqué; l'intérieur venant ensuite à sécher, il perd de sa cohésion en se contractant après

i342 CINQUIÈME PARTIE.

la surface, et de plus son humidité ne sort qu'en gerçant cette surface. En saupoudrant les briques de sable, le metteur en haies peut ralentir Févaporation produite par un coup de soleil trop vif.

Quand on fabrique à couvert, on porte les briques rafiFermies sur des séchoirs à plusieurs étages ^u rayons à claire-voie formés par des liteaux. Ces séchoirs sont placés sous des hangars en bois ouverts de tous côtés et couverts en tuiles, en chaume, en genêt et même en bruyère. Quelquefois les bas côtés de ces hangars sont fermés par dds cloisons mobiles. Ce procédé donne un séchage préférable à celui en haies.

Un mode de séchage consiste a placer la brique préparée dans un moule en fonte, et à la frapper d'un coup de balancier, qui enlève instantanément l'eau. Ce procédé est beaucoup plus expéditif et donne de meilleurs produits que l'ancien ; mais il entraîne dans une si notable augmentation de frais, qu'il laisse la supériorité au séchage ordinaire.

732. Cuissondes briques. Une fois les briques arrivées a un état complet de dessiccation, on procède à leur cuisson, opération qui se fait à la volée^ ou dans des fours dont la forme varie selon qu'on emploie le bois, la houille ou la tourbe.

Le mode de cuisson dit a la volée consiste à disposer les briques en tas sur une aire convenablement dressée. Les tas sont formés de briques placées de champ, par assises. A la partie inférieure du tas, on laisse des vides dont la largeur, sur le sol, est égale à cinq fois l'épaisseur d'une brique, mais que l'on diminue d'assise en assise, de manière à pouvoir fermer complètement les vides par la cinquième assise. Outre ces vides, qui régnent sur toute largeur du tas et qui servent de foyers, il part de la partie supérieure de chacun d'eux, deux ou trois vides verticaux qui servent de chemihées et facilitent la mise en feu. De plus encore, les rangs des deux premières assises sont formés de briques à peu près en contact par leurs extrémités, mais espacées latéralement tant vide que plein, de manière a recevoir une certaine quantité de charbon en morceaux de 0",03 à 0",04 de côté. Les briques du pourtour des cinquième et septième assises ont leur face extérieure faisant un certain angle horizontal sur les faces du tas, et l'on remplit encore les vides qu'elles laissent entre elles et les briques voisines avec des morceaux de charbon; on peut encore, si on le juge convenable, disposer ainsi le pourtour de quelques autres assises convenablement éloignées, afin que la température soit à peu près la même au pourtour du tas que vers le milieu. On a soin de remplir tous les foyers de bois sec recouvert de morceaux de charbon nommé gaillette (351), avant de poser la cinquième assise. On met le feu après avoir placé la sixième assise. Sur toute la sixième assise, excepté à l'endroit du foyer, on place une couche de houille menue, de 2 à 3 centimètres d'épaisseur, puis une nouvelle assise de briques, une couche de houille, une autre couche de briques, et ainsi de suite.

Afin de ne pas étouffer le feu, on a soin de ne placer les nouvelles

assises, au-dessus de la sixième, qu'au fur et à mesure que le feu pénètre la masse*

Pour empêcher les déperditions de chaleur, et rendre la température autant que possible uniforme en tous les points de la masse, on enduit le périmètre du tas avec de la terre détrempée mélangée de paille hachée. On pourrait encore utiliser la chaleur perdue en couvrant le tas de pierre à chaux.

Un tas peut être formé de 24 assises de briques et avoir 5 foyers espacés entre eux, à la partie inférieure, de i5 épaisseurs de briques. Par ce mode de cuisson, on ne peut opérer spr moins de 50000 briques à la fois, et sur plus de 200000 ; il faut compter sur i/iO de briques de déchet. Les tas ont quelquefois 6",50 de hauteur.

La quantité de houille briilée est de 250 kilog. (i/3 de grosse et 2/3 de menue) par millier de briques. Un relevé fait dans le département du ?^ord, où la houille est k bon marché, a donné, pour le prix de revient (tous frais compris), 12 fr. par millier de briques.

La tourbe a quelquefois été substituée avec avantage à la houille dans le mode de cuisson à la volée. On obtient des briques plus uniformément cuites, et moins gauchies par une chaleur locale trop violente.

La cuisson des briques en tas et en plein air occasionne une dépense de combustible plus considérable que la cuisson dans des fours, présente plus de difficultés, et donne des produits moins uniformes. Mais comme ce procédé n'exige aucune construction permanente, il peut être avantagejux dans bien des cas. 11 est même généralement adopté dans le nord de la France, en Belgique, en Angleterre et en Allemagne, où la houille est à un prix peu élevé.

On ne retire les briques du tas que plusieurs jours après Textinction du feu, de peur de les rendre cassantes par un refroidissement trop rapide. C'est vers le tiers de la hauteur du tas que se trouvent les briques les plus estimées.

Les fours chauffés avec le bois sont de deux espèces, les grands et les petits, dans lesquels le combustible et les briques se disposent de la même manière. Les grands peuvent contenir 100000 briques, et les petits 25000. Ces fours sont carrés ou rectangulaires et formés ordinairement par quatre murs verticaux en briques, enterrés ou appuyés par des remblais en terre. Dans le pied de l'un des murs sont pratiquées des petites voûtes, plus larges que celles des fours à la volée, reposant sur des pieds-droits de 0*,60 de hauteur. Ces voûtes, qui font partie du four et se prolongent sous toute son étendue, sont à clairevoie, afin de laisser passer la chaleur des feux qui se font sous toutes les voûtes.

Quand on ne fait usage que' de bois, on alimente les foyers pendant tout le temps que dure la cuisson. Les briques se disposent dans ces fours comme pour la cuisson à la volée.

On profite des murs qui entourent le four pour soutenir un toit fort élevé, en tuiles; cette disposition a l'avantage de préserver les briques

i3i4 CINQIIIÈHE FARTIE.

de la pluie et du vent, chose à redouter dans la cuisson à la volée. Tout compris, le prix de revient est plus élevé par ce procédé que par le premier.

En Suède, en Belgique et dans quelques départements du nord de la France, au lieu de construire des fours à demeure et en maçonnerie on se contente de les établir en briques crues, aux abords des chantiers où les briques doivent être employées.

Quelle que soit la forme des fours, les briques y sont arrangées en les posant de champ sur le long côté, de manière que le premier rang croise les languettes des foyers, que le second rang croise le premier, et ainsi de suite, en réservant toujours un petit vide autour de chaque brique. On recouvre le dernier rang d'une couche d'argile de 0*,ii d'épaisseur, afin de concentrer la chaleur et de pouvoir la modérer, l'activer ou la diriger à volonté^ en pratiquant des ouvertures dans cette couche.

Les fours au bois ont habituellement 10 à 12 mètres de longueur, 8 à 9 mètres de largeur et 6 mètres de hauteur. Les murs ont S mètres d'épaisseur à la base et 0*,80 au faîte.

A Salins, près Montereau, les fours sont carrés et fermés supérieurement par une voûte; ils peuvent contenir 80000 briques; la cuisson dure un mois, dont huit jours de petit feu, qu*on nomme ^iima^; on brûle pour 300 fr. de bois pour le fumage, et pour i 200 fr. pour le grand feu, ce qui fait environ 18 fr. par mille de briques.

Les fours à la tourbe sont construits de la même manière que les fours au bois; les foyers s'étendent dans toute la profondeur de la base du four. Le chauffage k la tourbe est le plus économique de tous.

On peut encore faire usage du bois ou de la tourbe pour cuire en plein air. On forme avec les briques un tas rectangulaire, comme si la cuisson s'effectuait dans un four fermé; on ménage à la base un certain nombre de canaux dans lesquels on charge plus tard le combustible, puis on recouvre les faces latérales du tas d'une couche de terre ou d'argile qui remplace les parois 'du four.

 l'Arsenal de Brest, on a fait usage, pour cuire les briques avec du bois, d'un four à deux compartiments (PI. 11,^. 15), pour lequel le* tableau suivant indique la conduite du feu.

MATÉRUUX EMPLOYÉS DABS LSS CONSTRUCTIONS.

Tabletm du nombre de fagots brûlés pendant chaque heure de chaque quart. Le premier quart eon^ireBd les six premières liewes de cuisson; le deuxième qnarf, les six heures suiTantes ; le troisième, les six autres, et ainsi de suite.

Mon

HEUaSS

de chaque gnart.

inférieur.

supérieur.

ftfiaxL

i* quart.

3« quart.

4« quart.

5* quart.

6* quart

7* quart.

8* quart.

âo

Pour chaque

quart. . .

On bnile donc 1053 fagots pesant chacun 8^,9, ce qui fait un poids total de 9371*,70.

Contenu du four. . . | Compartiment inférieur mo briques.

t Compartiment supéneur 2800

Total.

Poids du bois briUé par millier de briques, 1041 kilog.

Pour charger et décharger le compartiment inférieur, on enlève la maçonnerie À, qui ferme complètement le cendrier du compartiment supérieur pendant toute la durée de la cuisson ; on retire également la plaque de fonde D' qui sépare rouvertnre du foyer de celle du cendrier.

L'ouverture a du cendrier inférieur, comme eelle du cendrier supérieur, a 0*,4Ô de côté, et un registre la laisse seulement ouverte au tiers pendant les 7 premiers quarts, et la ferme presque complètement pendant le 8* quart.

BB ouvertures, de 0*,40 de côté, facilitant le chargement et le déchargement des compartiments, et que l'on tient fermées par des doubles cloisons en briques pendant la cuisson ;

ce voûtes à claire^voie supportant les briques dans chaque compartiment;

DD grilles dont les sections sont le tiers de celles des chargements k la base. Les barreaux sont en fer de 0"',03 de largeur, et ils sont espacés de O^jOl entre eux.

On a trouvé par expérience que Ton obtenait le maximum d^ffet du combustible, quand le vide laissé entre les briques à cuire était le tiers du vide total. On place les briques de champ, comme dans la cuisson k la volée, et le chargement se fait complètement avant de mettre en feu. £n disposant les briques, on a soin de ménager des vides plus grands vers les parois du four que dans le milieu, afin que la chaleur se propage uniformément dans toute la masse. Dans les parties rétrécies, on a soin aussi de laisser des vides plus grands.

Les portes des loyers sont formées d'un cadre en fer, entre les parois duquel on fadt une murette en briques. Au milieu de chaque porte se

trouve une petite ouverture qui permet de voir ce qui se passe dans le foyer, sans être obligé d'ouvrir la porte ; cette ouverture se ferme par un tampon amovible en terre.

PI. II, fig» 16 et 17. Coupes en élévation et en plan d'un four employé à Paris pour cuire des pots à cloisons, des briques pour tuyaux de cheminées et des tuyaux entiers.

CGC petits canaux de communication du four avec la cheminée, ayant O^jOSS de largeur sur O^jlô de hauteur; ils sont éloignés de 0", 12 environ. La cheminée a O^jâS à O^jSO de largeur k la base, mais elle devient carrée à une certaine hauteur ;

D porte par laquelle on introduit et on retire la marchandise ; on la ferme pendant la cuisson par une murette en briques;

E ouverture par laquelle se dégage l'aire quand on veut détourner; cet orifice, qui' ouvre dans l'étuve où sèchent les poteries, est fermé pendant la cuisson.

La partie qui couvre le foyer est sphérique, le reste est cylindrique. On brûle du bois, et il paraît que le feu dure de douze à quinze heures par fournée (consulter l'article Tuiles).

Lorsqu' on fait usage de la houille 'pour cuire la brique à Vaide de fours fermésy les foyers sont à grille et placés seulement dans l'épaisseur des parois du four. Des voûtes à claire-voie, qui s'étendent dans toute la profondeur du four, distribuent partout les produits de la combustion. Les foyers se placent d'un même côté du four, au nombre de deux ou trois. A Issy, près Paris, M. Carville a établi des fours voûtés supérieurement, à peu près carrés, chauffés à l'aide de trois grilles, et dans lesquels on cuit 80000 briques avec 160 hectolitres de houille. En portant à 80 kilogrammes le poids de l'hectolitre et à 3',12 le prix de 100 kilog., -on voit que la cuisson des 80000 briques n'exige que pour 400 fr. de combustible, somme bien inférieure à celle exigée par la cuisson au bois.

Lorsque les fours sont voûtés, le tirage s'effectue par des ouvertures pratiquées dans la voûte ou par une cheminée d'appel.

Les fours a la houille sont à peu près carrés; cependant, dans le Stafifordshire, on fait usage des fours circulaires, qui conviennent surtout pour les briques réfractaires, à cause de leur plus grande valeur.

A Saint-Menge (Vosges), on cuit dans le même four de la chaux vive et' des briques. Les voûtes et la sole du four sont en pierres à chaux, et dessus on place des briques à cuire. Les grilles s'étendent sous la moitié de l'épaisseur des murs du four et une partie des voûtes. Il y a une grille à l'extrémité de chacune des trois voûtes parallèles en calcaire qui s'étendent d'un côté du four au côté opposé ; lés six grilles sont séparées par un massif de maçonnerie qui s'élève jusqu'au niveau des grilles. , Dans un four de 4 mètres de Margeur, 3 mètres dé longueur et 3 mètres de hauteur, on peut cuire 3 mètres cubes de chaux.

Conduite du feu. Pour cuire la brique en four fermé, la conduite du feu exige de Texpérience. On commence par un feu modéré, que l'on prolonge pendant 24 heures; on le porte ensuite à un degré moyen de chaleur, que l'on continue pendant 36 heures; puis on le pousse jusqu'à

la plus forte intensité, et on l'y maintient, autant que possible, jusqu'à rentière cuisson des briques, après quoi on ferme hermétiquement toutes les issues du four, afin que le refroidissement se fasse lentement.

La durée de la cuisson varie avec la contenance du four. Pour les fours ordinaires, qui renferment 40 à 60 milliers de briques, le feu est allumé pendant dix à douze jours, et l'on en consacre cinq ou six au refroidissement.

Quelles que soient l'espèce de four et la nature du combustible employé, toutes les parties intérieures ne sont pas portées au même degré de température, d'où il résulte que les briques d'une même fournée ne sont pas toutes également cuites, et sont, par suite, de diverses qualités ; celles qui occupent le tiers inférieur de la hauteur du four sont ordinairement les plus estimées, par la raison qu'elles sont cuites au degré le plus convenable, et qu'elles ne sont presque pas déformées.

Des fours à briques du midi de la France ont donné les proportions suivantes de produits de diverses qualités :

Briques de .premier choix, d'une cuisson parfaite, destinées aux ouvrages hydrauliques ) . . . . 0,40

Briques de deuxième choix, d'une cuisson parfaite, déformées et beaucoup en morceaux, propres au même emploi que les précédentes, mais destinées aux massifs 0,15

Briques de troisième choix, assez tendres pour être taillées, employées pour les travaux de bâtiments 0,2^»

Briques de quatrième choix, très-tendres et beaucoup en morceaux, bonnes pour cloisons et remplissages 0,10

Déchets et résidus 0,10

Briques-combustible. M. Tiget façonne ces briques comme les briques ordinaires, mais la terre est remplacée par un mélange de 80 kilog. de terre et de 16 kilog. de détritus de charbon de bois, de coke ou de tourbe carbonisée, et l'eau pure par une dissolution de 800 grammes d'alun et 200 grammes de nitrate de soude.

L'enfournement n'est pas changé non plus, si ce n'est qu'on dispose les briques-combustible par lits de quatre à cinq briques, alternant avec les briques ordinaires. Une brique-combustible peut, en se cuisant,, en cuire quatre autres. La mise en feu d'un four chargé de 20000 briques n'est nullement difficile : il suffit quand le four est entièrement chargé, de jeter des menues escarbilles sur les grilles pour sécher la marcliandise; puis on fait rougir le premier rang de briques-combustible, qui brûle de lui-même, en communiquant de proche en proche la combustion aux quatre rangs qui le surchargent; la marchandise placée audessus rougit et finit par allumer le second massif de briques-combustible, q.ui suffit pour terminer la cuisson. Quand le premier rang de briques-combustible est rouge, on ferme tous les foyers et cendriers : l'air n'arrive plus qu'avec difficulté, mais cependant en quantité suffisante pour^opérer la combustion de toutes les briques-combustible. Une

1348 CINQUIÈVE PARTIE.

fois le four feitné, la cuisson i&*8cfaève sans la présence d'aucun ouvrier. Une eiiisson de 2(H00 briques dure de 48 à 60 heures.

M. Salvétat rapporte avoir suivi la cuisson d'un cbargement composé de la manière suivante, en commençant par les étages inférieurs :

CiDi[ rangs de briqtte»-combustible 2500

Briques réfractaires 4500

Tuyaux de drainage de 0«»y035 5500

Tuyaux de drainage de 0-,08 à 0-,15 2000

Briques ordinaires , 1000

Briques-combustible 1500

Boisseaux carrés garnis 150

Briques réfractaires 2500

Boisseaux anglais 150

Grosses pièces 50

CarresBX 2500

La combustion a marché régulièrement, et les produits obtenus ont été d'une qualité aussi marchande que par une cuisson ordinaire. D'après un calcul de M. Salvétat, en faisant usage de briques-eombustiMe, on diminuerait de 0,25 le prix de revient ordinaire de fabrication et de cuisson.

753. Indices de bonne ou de mauvaise qualité des briqites. Les qualités que doivent réunir les briques à bâtir sont les suivantes :

1° Homogénéité dans toute la masse;

2» Absence de fissures et de défauts;

3* Dureté, les rendant capables de supporter de fortes charges;

4** Régularité de formes, afin que les joints soient partout de même épaisseur, et que par suite le tassement de la construction soit uniforme ;

5° Uniformité de dimensions, afin que les briques d'une même assise soient de même hauteur, que sans difficulté on obtienne des parements de maçonnerie bien réguliers ;

6** Uniformité des couleurs, ce qui importe seulement dans les briques de revêtements et dans les travaux d'ornementation;

7<* Facilité de les couper et tailler à la longueur et sous la forme que réclame le travail.

Ces qualités sont la conséquence d'une bonne et régulière fabrication, et surtout du choix de la terre et de sa préparation.

Les briques de mauvaise qualité se reconnaissent facilement par leur couleur jaune rougeâtre, et mieux encore par le son sourd qu'elles rendent quand on les frappe; leur grain étant mollasse et grenu, elles s*émiettent sous les doigts, se rompent facilement, et absorbent Fean avec avidité.

Les bonnes briques, au contraire, rendent un son clair par la percussion ; elles sont dures et ont le grain fin et serré dans la cassure ; elles sont ordinairement d'un rouge brun foncé, et quelquefois elles-présentent k la surface des parties vétrifiées. Il ne faut cependant pas toujours se fier à cette dernière apparence; il arrive souvent qu'elle n'est due qu'au degré de cuisson, et que l'argile est impure et mal préparée. Il arrive aussi quelquefois que pour donner un plus beau coup d'oeil aux

MATÉRIAUX EMPLOYÉS DANS LES CONSTRUCTIONS. iJ49

briques, le fabricant sème sur la plate-forme du séchoir un peu de sable siliceux fin et du mâchefer pilé ; ces matières s*attachant à la surface des briques encore humides, et se vitrifiant en partie au moment de la cuisson, elles donnent une belle apparence aux briques, qui peuvent cependant être d'une qualité trè&4nférieure.

D'après des expériences de M. Salvétat, 100 kilogrammes de briques sèches absorbent, en moyenne, 13^,11 d'eau.

Pour vérifier si une brique peut résister à l'action de la gelée, d'après M. Brard (727), on la fait bouillir pendant une demi-heure dans une dissolution saturée à froid de sulfate de soude, puis on la suspend par un fil au-dessus de la capsule dans laquelle elle a bouilli. Au bout de vingt-quatre heures, la surface se trouve recouverte de petits cristaux, que Ton fait disparaître par une nouvelle immersion dans la dissolution ; ils se reforment encore après quelque temps de suspension ; on les fait disparaître de même, et après avoir répété la même opération pendant cinq jours, après chaque nouvelle apparition de cristaux, si la brique est gélive, elle abandonne des petits fragments qui se réunissent au fond de la capsule; dans le cas contraire, la cristallisation du sulfate de soude n'en détache aucune particule, les arêtes ne s'émoussent même pas.

Prix de fabrication des briques. Voir VArt de Construire^ n* 55.

754. Briques en usage à Paris. Les briques de Bovrgogne sont les meilleures qu'on emploie à Paris ; on y fait une plus grande consommation des briques de Montéreau ou de Salins, qui approchent beaucoup des précédentes en apparence et en qualité ; les briques dites de 'pays^ qui se fabriquent à Paris et dans ses environs, sont bien moins estimées encore ; cependant en les emploie avec assez d'avantage dans les bâtiments, k cause de leur légèreté. Les indications suivantes feront reconnaître ces diverses espèces de briques.

Les briques de Bourgogne ont 0',220 de longueur sur 0",i07 de largeur et 0'",055 d'épaisseur ; cette dernière dimension n'est ordinairement que de 0",048 à 0",05 pour les briques de Montereau. Ces deux espèces de briques sont d'un rouge très-pâle; mais les premières sont plus chargées de petites taches brunes produites par des matières vitrifiées, elles produisent parfois des étincelles sous le choc de l'acier, et elles pèsent 2250 kilogramfhes par mille, au lieu que ce poids n'est que de 2063 kilogrammes pour celles de Montereau. Les briques de pays sont d'un rouge foncé; en qualité, elles approchent de celles de Montereau, seulement elles résistent mal aux chocs; elles ont encore O',220 de longueur, mais seulement 0",i03 de largeur, et, au plus, 0",040 a 0»,045 d'épaisseur; le millier pèse 1935 kilogrammes.

La brique de Sarcelles, du village de ce nom, situé à 42 kilomètres de Paris, est celle dont on fait le plus grand usage dans cette ville; elle ne porte que 0",21 de longueur, sur 0",095 de largeur et 0",05 d'épaisseur; sa couleur est le rouge vif uniforme, sans vitrification; elle est beaucoup plus fragile et plus légère que les précédentes; le millier ne pèse que 1750 kilogrammes.

1350 CINQUIÈME PAKTIE.

Les grands travaux exécutés à Paris ces dernières années ayant exigé l'emploi de quantités considérables de briques, les constructeurs y ont utilisé les excellents produits des fabriques de la Normandie et de la Picardie. Les briques de Vernon (Eure), et celles de Saint-Quentin, Amiens, Compiègne, etc., sont livrées a Paris à des prix très-peu supérieurs à ceux des briques de v^V^^ <iui s'y employaient ordinairement, et inférieurs de 25 p. 100 au moins à ceux des briques de Bourgogne, qu'elles égalent presque en qualités.

735. D'après leur emploi^ les briques peuvent être divisées en :

1® Briques de grosses constructions;

%" Briques de fourneaux, de cheminées et de carrelages;

3* Briques de réservoirs et aqueducs;

4" Briques creuses;

5° Briques circulaires;

6* Briques réfractaires.

Les briques de grosses constructions sont plus communes. Selon les localités, elles coûtent de iO à 30 et rarement 35 francs le mille. Elles ont ordinairement 0'",2I4 à 0"',27 de longueur, 0",iO à 0",17 de largeur, et 0'",06 à 0",07 d'épaisseur. Les plus grosses, dites briques anglaises, contiennent parfois de menus fragments de coke et de mâchefer, qui les rendent plus légères et susceptibles de garder la chaleur des chambres dont elles forment les murs.

Parmi les briques cuites à la volée, il s'en trouve quelquefois dont l'argile, trop peu chauffée, est encore délayable par l'eau. On s'en assure en immergeant dans ce liquide les briques dont la nuance terreuse indique la faible cuisson, et en observant si elles se désagrègent.

Les briques de fourneaux, de cheminées et de carrelages devant résister à une certaine température ou a des frottements et des chocs continuels, elles doivent être dures, compactes, lourdes et bien cuites. Parmi les briques qui réunissent ces qualités, on peut citer celles de Bourgogne, homogènes, et surtout. celles dites des bonnes marques^ ainsi désignées parce qu'elles sont marquées de deux lettres des meilleurs fabricants. Les briques des bonnes marques de Bourgogne sont assez réfractaires pour servir à la construction des fours usuels; mais ce ne sont pas des briques réfractaires proprement dites.

On fait des demi-briques, qui n'ont que la moitié de la longueur des briques ordinaires, et d'autres que la moitié de l'épaisseur. Les premières sont très-commodes pour couper les joints sans avoir à casser des briques entières, et les secondes pour obtenir une hauteur précise sans passer trop de temps à tailler.

Les briques que Ton doit préférer pour les réservoirs et les aqueducs sont les plus compactes, les plus fortement chauffées à la cuisson, au point qu'elles offrent, sur l'un de leurs côtés au moins, des traces plus ou moins prononcées de vitrification à la surface. Ces sortes de briques sont appelées briques fort cuites.

On fait des briques vernissées sur une ou plusieurs faces, à l'aide d*un

enduit vitreux, qui sont d'un usage convenable pour les citernes, les réservoirs, les aqueducs, et même pour conduits de fumée, la suie n'y pouvant pas tenir.

Briques creuses. Ces briques, imaginées par M. Borie, doivent la place marquée qu'elles ont aujourd'hui dans les constructions, non-seulement à leur légèreté et à la modicité de leur prix, mais encore à leur grande résistance à la rupture et aux agents atmosphériques, à une liaison plus intime des maçonneries qui en sont faites, à leur inconductibilité de la chaleur, k leur peu de transmissibilité de Thumidité. On les emploie pour planchers, voûtes, cloisons et autres parties d'un bâtiment auxquelles il est important de ne donner qu'un faible poids.

Ces briques ont à peu près les dimensions des briques ordinaires. Les troiis s^nt ordinairement percés dans le sens de la longueur de la brique. On distingue les briques à grandes, k moyennes et à petites cavités; ces dernières sont plus légères pour une même résistance, et admettent moins de mortier dans leur intérieur. Il y a des briques qui n'ont que 4 et même 2 trous.

Comme pour les briques pleines, toutes les argiles conviennent à la fabrication des briques creuses, pourvu que la proportion d'alumine soit à peu près normale (730). Un retrait de 1/8 environ sur les dimensions entre une brique sortant du moulage et la même brique sèche, prête k la cuisson, indique que le mélange argileux est en proportion convenable. Un retrait moindre correspond k un mélange manquant de plasticité et se moulant imparfaitement; ce défaut se rectifie par une addition d'argile ou en éliminant l'excès des matières siliceuses. Au contraire, un retrait plus prononcé correspond k des produits qui courent le risque de se fissurer à la dessiccation et k la cuisson; dans ce cas, on doit diminuer la plasticité de la terre par Taddition de matières inertes. Les argiles d'Ivry et de Chantilly demandent l'addition d'environ 33 p. 100 de sable fin.

Le mélange argileux, convenablement trituré à l'aide d'appareils spéciaux, est livré au moulage, qui se fait k l'aide de machines semblables à celles employées pour faire les tuyaux de drainage. Ces machines peuvent mouler de six à sept mille briques par jour lorsqu'elles sont mues par la vapeur, et quatre à cinq mille lorsqu'elles sont mues à bras. La machine de Clayton peut produire de dix à quinze mille briques par jour. Les vides étant parfois sensiblement égaux aux pleins, il y a alors en moins 50 p. 100 de matières premières k acheter et à triturer; le séchage s'effectue beaucoup plus rapidement, et à la cuisson on réalise une économie de combustible s'élevant à 40 p. 100. Toutes choses égales d'ailleurs, le prix de revient des briques creuses est notablement inférieur à celui des briques pleines; mais la mise de fonds pour l'acquisition des machines et l'installation de l'usine est assez considérable.

Le séchage s'effectue ordinairement sur des rayons mobiles pouvant recevoir dix briques posées de champ, et facilement transportables par

les ouvriers. La cuisson a lieu dans des fours prismatiques accdlés, marchant alternativement.

Briques circulaires. Ces briques, de Tinvention de M. Gourlier, sont employées avec succès dans la construction des tuyaux de cheminées dans répaisseur des murs. Elles se relient bien avec la maçonnerie, et remplacent avec avantage les anciens coffres de cheminées, si sujets à se crevasser et à exposer aux incendies. On en fait pour tuyaux circulaires de 0',23 et 0'",25 de diamètre, et pour tuyaux rectangulaires à angles arrondis, de 0",25 de large sur O^jli à 0",40 de long. 15 assises de ces briques font 1 mètre de hauteur de tuyau.

Briques réfractaires. Ces briques, dont nous avons déjà parlé au n** 730, ne se fabriquent que dans certaines localités, où se trouvent des argiles pures ou exemptes de chaux, de potasse, de pyrites de fer. Ces terres sont souvent expédiées elles-mêmes aux usines, qui les font, mouler pour leurs usages particuliers, aux formes spéciales de divers objets de fortes dimensions, employés crus ou cuits dans les fours mêmes. Telles sont certaines briques de voûtes, grands creusets, etc. Ces terres sont aussi employées pour cimenter les briques réfractaires.

Les briques réfractaires les plus estiméas en France sont celles du Moutet (Saône-et-Loîre), de Forges-les-Eaux (Seine-Inférieure), de Sept- Veilies, de Courpières (Puy-de-Dôme), de Meillonas (près Metz), et enfin les briques des bonnes marques de Bourgogne.

Les briques réfractaires communes, dites de pays, se fabriquent dans les environs de Paris (Versailles, Saint-Denis, Sarcelles, etc.). Elles valant de 52 à 58 fr. le mille, tandis que celles de bonnes marques de Bourgogne valent environ 80 fr. et les ordinaires 70 fr.

On fait aussi, avec une sorte d'argile appelée /arme /o5Jz7e, des briques qui jouissent de la propriété d'être moins denses que Feau, d'être tout à fait réfractaires, et de conduire si mal la chaleur, qu'une des extrémités d'une brique étant portée à la température rouge, on peut tenir l'autre entre ses doigts; on peut même enfermer de la poudre dans une de ces briques et l'entourer de feu sans qu'il y ait détonation.

756. Poteries. On désigne ainsi, dans les bâtiments, les boisseaux en terre cuite pour tuyaux de cheminées, les pots pour ventouses à courant d'air, les mitres en terres, dites à la Fougerole, etc. Ces divers objets sont en grès ou en terre cuite, préparée à peu près de la même manière que celle employée à la fabrication des briques (728, 730, 731).

Depuis environ vingt-cinq ans, on substitue aux anciens planchers en bois des espèces de voûtes en briques ou en poteries creuses, hourdées en plâtre ou en mortier, et consolidées par des fermes en fer. Ce genre de construction offre l'immense avantage de joindre la solidité à la légèreté, et de mettre les édifices presque entièrement à l'abri des incendies.

On fait des poteries de formes et de dimensions diverses, pour voûtes et pour cloisons; les unes ont la forme d'un pot à fleurs fermé aux deux extrémités, et dont les dimensions habituelles sont 0"',10 de diamètre moyen sur 0",i5 de hauteur; les autres sont des cylindres de 0*,06 de

hauteur seulement, sur 6^,17 de diamètre. Ces poteries se fabriquent toutes à peu près de la même manière, au moyen d'un tour de potier, avec de la terre préparée comme pour la fabrication des tuiles, des briques et des poteries grossières. Dans le midi de la France on fabrique encore, pour voûtes légères, des prismes creux en terre cuite, qui ont 0*,14 de hauteur, des bases hexagonales inscrites dans des cercles de 0",i7 de diamètre, et dont le vide est cylindrique.

757. Carreaux. On nomme ainsi des petites dalles employées au pavage des chambres. On en fait en pierre calcaire, souvent à Tétat de marbre; on leur donne les formes triangulaire, carrée, hexagonale, octogonale, que Ton emploie séparément ou combinées entre elles {InU 963).

Les carreaux les plus employés sont hexagonaux et en terre cuite préparée comme pour les briques (730, 731). On en fait de deux grandeurs : les uns, employés au pavage des chambres^ ont 0",027 d'épaisseur et sont inscrits dans un cercle de 0*,20 de diamètre ; les autres sont inscrits dans un cercle de 0",14 de diamètre ; il en faut respectivement 40 et 80 pour couvrir 1 mètre de surface, et le poids du mille varie de 800 à 900, et de 3&0 à 400 kilogrammes. Ceux qu'on emploie k Paris sont fabriqués en Bourgogne, k Massy, à Paris et dans ses environs. Les premiers sont les meilleurs, surtout pour les lieux humides ; ceux de Massy viennent après, seulement ils sont moins bien moulés que ceux de Paris, qu'on emploie ordinairement.

On fait également en terre cuite, maî^ en bien moins grande quantité, des carreaux de forme carrée, qu'on n'emploie guère que pour couvrir les fourneaux de cuisines ou daller les cheminées d'appartements. On en fabrique de trois échantillons, qui ont chacun leur usage particulier : ceux des deux premiers échantillons ont 0",027 d'épaisseur, et respectivement 0",20 et 0",16 de côté; ceux du troisième, appelés carreaux à bandes y ont 0*,16 de côté, et seulement 0",02 d'épaisseur.

À Lyon, à Marseille et dans les autres villes du Midi, on emploie, comme k Paris, des carreaux carrés et hexagonaux, mais dont la surface est vernie ou polie. Lorsqu'on les essuie avec un linge un peu gras, ils acquièrent immédiatement un aspect de propreté que la peinture k l'huile et l'encaustique sont loin d'atteindre. Les fabriques de Trèbes, près Carcassonne, et celles de Saint-Henri, près Marseille, sont en grande réputation pour ce genre de carreaux, qu'elles expédient dans presque toutes les villes du littoral de la Méditerranée.

Les qualités et les défauts des carreaux sont les mêmes que pour les briques (733), et ils proviennent également du plus ou moins de soin apporté k la préparation de la terre et k la cuisson; seulement le peu d'épaisseur des carreaux les fait quelquefois gauchir au feu, au point de lés rendre très-souvent impropres k faire des carrelages sans balèvres; on est alors obligé de les dresser au grès, ce qui est dispendieux.

758. Carreaux en plâtre. Avec le mortier de plâtre et des plâtras de peu d'épaisseur, on fait des carreaux qui servent k construire des cloi-

sons d'appartement; ils ont ordinairement 0",48 de longueur, sur 0",32 de largeur, et de 0",055 jusqu'à 0",i6 d'épaisseur; l'épaisseur la plus habituelle est de 0",08, c'est celle qui est la plus conforme à l'équarrissage ordinaire des huisseries et des poteaux de remplissage des cloisons.

Depuis quelques années, on fait à Paris des carreaux creux en plâtre, ayant à peu près les mêmes dimensions que les précédents; ils ont l'avantage d'être très-légers, et surtout d'assourdir les appartements divisés par les cloisons qui en sont construites.

759. Plâtre, sa cuisson^ son emploi, (Art. n" 401 et suivants.) Le sulfate de chaux, que l'on désigne sous le nom de gypse, fournit le plâtre quand on lui fait perdre son eau de cristallisation en l'exposant à une certaine température.

On a reconnu que les grandes couches de pierre à plâtre surmontent souvent des bancs de pierre calcaire sans en être jamais surmontées; d'où l'on est porté à conclure qu'elles sont d'une formation plus récente.

Le sulfate de chaux pur ne donne pas d'étincelle sous le choc de l'acier et ne fait pas eflfervescence avec les acides.

Le sulfate de chaux est peu soluble dans l'eau ; à la température ordinaire, il se dissout dans environ cinq cents fois son poids d'eau. Le maximum de solubilité correspond à + 35** ; a 0°, cent parties d'eau en dissolvent 0^,205, et à 35% 0^,254; au-dessus de 35% la solubilité diminue à mesure que la température augmente, et à 400* cent parties d'eau n'en dissolvent que 0%217.

L'eau des puits de Paris et de ses environs contient une certaine quantité de sulfate de chaux en. dissolution. Si l'on en évapore des quantités souvent répétées, comme dans les chaudières à vapeur, il se forme un dépôt de sulfate de chaux hydraté (200, 374).

Le gypse chauffé à 420 ou 430 degrés abandonne complètement son eau, et se change en sulfate de chaux anhydre; mais, à cet état, mis en contact avec l'eau, il reprend facilement celle qu'il a perdue, et s'échauflfe d'une manière sensible. Pour que ce dernier effet se manifeste, il faut que le gypse n'ait pas été trop chauffé; ainsi, lorsque la température s'élève seulement à 160 degrés, la matière ne reprend plus son eau que très-lentement. Le sulfate de chaux anhydre de la nature, Vanhydrite, i\e se combine pas avec l'eau ; il se comporte comme le gypse qui a été calciné au rouge. Le sulfate de chaux fond à la température rouge, et il se solidifie par le refroidissement en une masse cristalline.

Les fours les plus employés à la cuisson des pierres à plâtre se composent d'un mur de 4'",50 formant le derrière du four, et de'deux autres . construits perpendiculairement au premier, et destinés k supporter un comble à deux égouts, dont les tuiles sont posées k claire-voie, afin de laisser passer la fumée et la vapeur.

Sous cette espèce de hangar, dont le devant reste entièrement ouvert, on établit, parallèlement aux murs de côté, plusieurs petites gale-

ries voûtées de 0",65 environ de hauteur sur 0»,50 de largeur, séparées par des pilliers de même largeur. Ces galeries se font avec les plus gros morceaux de pierre à plâtre, en ayant soin de laisser des petits vides dans les voûtes pour faciliter le passage de la fumée. On place alors de la pierre à plâtre sur les voûtes, jusqu'à la hauteur 4-,50 des murs du four, en terminant par une couche d'éclats provenant des résidus de l'extraction .

On remplit alors les galeries de fagots, de bourrées ou de bois fendu ; on y met le feu, que Ton active graduellement au commencement; puis on entretient une chaleur régulière jusqu'à la fin de l'opération! La cuisson étant complète, on recouvre la masse d'une couche de poussier de pierre à plâtre, afin de concentrer la chaleur, et on laisse refroidir.

La quantité de bois brûlée dans ces fours varie évidemment suivant l'essence et Tétat de dessiccation du bois. '

Tableau des résultats moyens obtenus pour trois fours différents contenant

chacun 60 mètres cubes de plâtre.

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