LA CIVILISATION ETRUSQUE
à la fois industriels et artistiques, la supériorité moderne paraît incontestable, sauf pour la céramique. Nos beaux carrosses du siècle dernier ont pris origine dans les voitures étrusques dites arcerœ ^ voitures à quatre roues attelées de deux chevaux et élégamment couvertes, dont nous trouvons plusieurs représentations dans les monuments étrusques; mais les voitures modernes sont bien supérieures à différents points de vue.
On ne pourrait en dire autant de la robe actuelle des magistrats; comme toutes les choses d'apparat, de cérémonie et de pompe solennelle, la robe rouge provient des Etrusques; quoique encore majestueuse en comparaison des vêtements étriqués de Tépoque actuelle, elle est cependant inférieure à la robe pourpre étrusque.
Beaucoup d'autres choses, grandes ou petites, importantes ou insignifiantes, nous viennent des Étrusques, parmi les principales il faut compter l'institution des noms de famille, élément primordial de nos
(i) Majores nostri, dit Salluste (Catilina. 5i, 3i. EIz.) insigniamagistratuum ab Tuscis pleraque sumpserunî, et Florus (L. l^^, ch. v) duodecim namqiie Tusciœ populos [Tarqidnius) frequentibus armis subegit, indefasces, trabeae (les robes rougcs),curules,anuli,phaleyœ paliidamenta, prœtextœ : inde quod aureo curru quatuor equis tritimphatnr : togœ pictœ, tunicœque palmatœ, omnia denique décora et insignia quitus imperii dignitas eminet.
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sociétés modernes et dont l'auteur a le premier démontré Torigine étrusque.
L'humanité n'a pas beaucoup changé depuis deux mille ans, l'industrie seule a transformé l'aspect extérieur des choses ( [ ) ; elle a amélioré les conditions matérielles de la vie, grâce au développement des sciences, mais elle a multiplié les moyens de faire le mal, les moyens de destruction.
L'homme au point de vue moral n'a pas gagné, quant à l'homme physique il n'a pas plus changé que l'homme moral et même, si Ton s'en rapporte aux représentations figurées de l'époque, l'homme était, il y a deux mille ans, plus éloigné du singe qu'il ne Test aujourd'hui.
(i) L'industrie absorbe tout aujourd'hui, et l'art paraît impuissant. L'industrie imite et reproduit admirablement tous les modèles des siècles précédents; elle les développe et les grandit par l'emploi du fer; mais l'art n'a rien créé de nouveau dans notre siècle, tandis que dans le siècle précédent on a assisté à l'efflorescence de trois grandes époques artistiques, caractérisées par les styles dits de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI.
— La prédominance des intérêts matériels a eu une fâcheuse influence sur la politique comme sur les arts et la littérature dans presque tous les pays, et notre fin de siècle a ajouté un chapitre au livre de Machiavel, le chapitre des Filouteries.
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Il est assez remarquable que les deux plus anciennes traditions de l'humanité, le culte des ge'nies ailés ou des anges et la vénération pour les morts, dont l'expression se retrouve dans la plupart des monuments de l'Étrurie et qui forment les caractères particuliers de sa religion, se soient conservées vivaces jusqu'à notre époque au milieu des ruines des anciennes religions et des anciens systèmes de philosophie.
Les Dieux Lares ou génies ailés des Étrusques et des Romains [ewndem esse Genium et Larem) correspondent aux anges de la religion chrétienne (i).
(i) Censorin renvoie pour les attributs des génies au livre Sacré des Pontifes dit de indigitamentis. Il assimile complètement le Génie au dieu lare, Eumdem esse Genium et Larem multi veteres mémorise prodiderunt et l'on peut assimiler également le genius natalis à l'ange gardien de la religion chrétienne, Genius est Deus cujus in tutela ut quisque natus est vivit. (Chap. m.)
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En ce qui concerne les anges, la philosophie est d'accord avec la théologie ; d'après le Dictionnaire de Trévoux les anges tiennent le premier rang parmi les créatures de Dieu et la définition de l'Encyclopédie de d'Alembert et Diderot est conçue à peu près dans les mêmes termes.
On retrouve la notion des anges ou êtres intermédiaires entre l'espèce humaine et la divinité dans toutes les civilisations.
Si nous connaissons mal ce qui est au-dessous de nous dans la nature, nous connaissons plus mal encore ce qui est au-dessus, nous ne pouvons en avoir une idée que par l'imagination ou par la révélation. Mais l'existence d'êtres supérieurs à l'homme, destinés à servir de traits d'union entre Dieu et l'humanité que l'on retrouve dans toutes les traditions religieuses n'a rien de contraire au bon sens et se justifie par le raisonnement.
De même qu'il y a des millions d'êtres qui nous séparent de la matière inerte, de même il est vraisemblable que dans l'ordre de la création il y ait des milliers d'êtres qui nous séparent de Dieu, échelons entre l'homme et la divinité, pour lesquels nous sommes simplement des microbes pathogènes très méprisables dans l'immensité des mondes et au milieu des sphères célestes.
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L'Orient, qui le premier a étudié le ciel et sondé les profondeurs de l'infini, appelait anges des divinite's cosmiques, comme le remarque M. Maury, et de grands esprits comme Pythagore, Platon, Origène considéraient les astres comme des êtres animés.
Quoique l'église catholique n'ait pas une doctrine arrêtée en ce qui concerneles anges, elle reconnaît leur existence fréquemment mentionnée dans l'Écriture Sainte, elle célèbre la fête des saints anges à un jour déterminé, le 2 octobre, et admet l'intervention d'un ange dans le dogme de l'annonciation.
Contrairement à l'opinion de Tertullien, Origène, etc., le concile de Latran a déclaré en 1225 que les anges sont de purs esprits, des êtres immatériels.
On reconnaît parmi les anges différents degrés, on les divise en plusieurs ordres ou hiérarchies, et les anges supérieurs ont une science que ne possèdent point les anges inférieurs.
Mecque hoc débet videri absurdum quasi ifiang-elo veperirent probro vertefida nescientia alicujus veritatis natiiralis quia certum est apud S"' Thomain aliquas naturales veritates latere angelos inferioi'esde quibus illuminant ur a super ioribus, àh le plus savant traité de la nature des anges, dont l'auteur est le Révérend Père
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Paul Casati (i), savant théologien et mathématicien qui a eu l'honneur de convertir la reine de Suède, et Kant ne s'éloigne pas de ces théories quand il suppose que la Terre et Mars, planètes moyennes, e'tant habitées par des êtres de conditions moyennes au physique comme au moral, les planètes supérieures comme Jupiter doivent être le séjour d'esprits supérieurs et glorifie's.
Les êtres supe'rieurs qui, suivant toutes les probabilités de la logique, peuvent habiter d'autres planètes et d'autres mondes plus brillants que le nôtre, doivent regarder notre fourmilière humaine, si vaine, si ignorante, si malfaisante et si orgueilleuse avec plus de dédain et de mépris encore que nous ne regardons les véritables fourmilières qui vivent et meurent à nos pieds sans nous connaître, de même que nous ne connaissons point les êtres supe'rieurs qui doivent peupler les immenses étendues des mondes que nous aper-
(ij De Angelis, disputatio theologica, amhort Paiilo Casati — Placentias, lyoS, petit 111-4°. 23o p. ex typographia Zambelli.
A noter dans ce savant traité : le chap. 3. An angeli sint prorsus incorporel; le chap. 6 : De Angelorum numéro; le chap. 14 ; An angélus cognoscat cogitationes cordium; le chap. 16 : An angeli cognoscant supernahn-alia;\e chap. ig : De hierarchicis angelorum operationibus ; le chap. 24 : De pœna dœmonum; le chap. 29 : De sanctorum angelorum officiis erga homines; enfin le chap. 3o : Quid prestent angeli circa res corporeas.
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cevons à peine et dont nous ignorons la nature (i).
Le culte des Dieux lares chez les Étrusques, non moins que la ve'nération pour les morts, démontre la croyance à l'immortalité de l'âme.
Les Dieux Lares étaient, dans l'idée populaire, comime le dit Michelet, les âmes pures des ancêtres qui protégaientla famille, les âmes pures mystérieuses et impalpables dont l'autel était placé au seuil de la maison.
Les Dieux Lares et les Déesses Lasas chez les Romains, et avant eux chez les Étrusques, étaient des génies protecteurs que l'on peut assimiler aux anges gardiens de la religion chrétienne (2).
Ces génies protecteurs, lares et lasas, sont représentés sur un très grand nombre de monuments de peinture et de sculpture, particulièrement dans les tombes et sur les urnes funéraires, sous la même forme que les anges du christianisme.
(i) On abuse beaucoup aujourd'hui dans la littérature et dans la philosophie de la connaissance du moi; mais ce moi n'est le plus souvent ni beau ni bon à connaître, et ce qu'on appelle des états d'âme ne sont guère que des états de névropathie.
(2) Les deux questions de l'existence des génies ou des anges, et celle des bons et mauvais génies ou des anges gardiens, ne sauraient se confondre : le raisonnement a en effet de la peine à admettre qu'un ou deux êtres supérieurs restent attachés à un être inférieur, à moins que ce ne soit la personnification des âmes des ancêtres ou l'expression d'une allégorie sur les impulsions au bien et au mal.
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Leurs attributions, leurs prérogatives, leur nature même ne sont guère mieux définies dans la religion catholique que dans les religions antiques, mais leur existence est admise par les plus savants théologiens. Saint Jérôme croit qu'un ange gardien est attaché à chaque homme au moment de son baptême, et Bossuet a dit: « Elle ne vient pas des ténèbres de la superstition, cette doctrine consolante qui nous montre dans l'ange gardien un tuteur dévoué, toujours prêt à prendre nos intérêts et notre défense. » — Cette considération a de l'importance de la part d'un des plus grands esprits et plus savants théologiens de notre époque moderne.
Ce problème mystérieux et si intéressant pour l'humanité a toujours captivé les hautes intelligences, et il a servi de thème pour les plus belles compositions poétiques et artistiques, à Dante, à Milton, à Lamartine, à presque tous les poètes, à presque tous les artistes, peintres, musiciens, sculpteurs, et aujourd'hui encore, dans notre siècle dominé par l'industrie, le culte des anges est presque le seul qui persiste, il se retrouve dans les œuvres de tous les artistes et de tous les littérateurs, même les plus matérialistes
La contre-partie des bons génies, des anges du bien, existe dans toutes les religions et dans toutes les civilisations, dans le Brahmanisme et dans le Bouddhisme
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comme dans la religion catholique, chez les Égyptiens, les Chinois et les Perses, etc. ; ce sont les mauvais ge'nies, les démons, les furies; nous les retrouvons également dans la littérature, les beaux-arts, la peinture, la sculpture et l'architecture ; mais leur influence sur les arts a été moins grande que celle des bons ge'nies ou des anges. On les représente sous une forme terrible ou grotesque, on les tourne souvent en ridicule, et ils inspirent au vulgaire autant de mépris que de terreur.
Leur existence ne se justifie pas d'ailleurs au point de vue philosophique comme celle d'êtres supérieurs intermédiaires entre l'homme et la divinité. Il y a en effet assez de maux naturels, sans qu'on ait besoin d'en chercher de surnaturels.