PAR LUI-MÊME
somme, une des gloires de l'Espagne moderne. Fortuny en fut, de son temps, le chef officieux; plus tard, M. Casado devint le chef officiel; aujourd'hui, c'est un artiste bien connu et très apprécié, M. Palmaroli, qui en est le directeur.
En ces années qui suivent son départ de l'Espagne, et qui se placent entre 1 85 7 et le mois d'août 1859, les travaux de Fortuny se résument en études et copies exécutées pour son instruction personnelle, et en reproductions de diverses œuvres des maîtres auxquelles il était astreint par les règlements qui régissent l'institution. Il envoya entre autres la Lucre\ia Romana de Guido Cagnacci et le fragment de fresque de l'Académie de Saint-Luc. Mais pendant qu'il travaille à Rome à l'abri de tout souci, sans avoir encore trouvé sa voie, et dans la donnée des disciples d'Overbeck, éclate, dans son pays, un événement auquel il semblerait qu'il doive rester étranger, mais qui aura cependant la plus grande influence sur sa carrière.
A la suite des empiétements successifs des tribus d'Anghéra sur le territoire espagnol de l'Otéro, aux portes de Ceuta, la guerre vient d'éclater entre l'empereur du Maroc, Abd-er-Rahman , et le gouvernement de la reine Isabelle ; l'enthousiasme est général, toutes les provinces rivalisent de zèle, la municipalité de Barcelone désire que Fortuny suive le corps expéditionnaire pour retracer les divers épisodes de la lutte.
Nous eûmes cette singulière fortune de quitter l'Espagne avec Fortuny à bord du Vasco Nune^ de Balboa, et de débarquer avec lui sur la terre d'Afrique. On sait que le général Prim, qui devait gagner à la pointe de l'épée, dans les plaines de Castillejos, son titre de marquis, était déjà, de par droit de conquête, comte de Reus, cette même ville qui avait donné naissance au futur peintre de la Vicaria. Il était donc naturel que ce dernier suivît le quartier général du grand Catalan, qui menait alors un train de prince, et ne marchait qu'escorté de poètes, d'artistes, de journalistes, dont la plupart, d'ailleurs, nos compagnons d'alors, ont eu les plus brillantes destinées.
A cette époque de sa carrière, Fortuny est un jeune homme de vingttrois ans, très robuste, bien découplé, un Catalan un peu abrupt, concentré, taciturne, résolu dans les moments difficiles; il est habitué à la dure, toujours prêt à tout, et il va au feu sans phrases.
Ce séjour au Maroc, qui dura de cinq à six mois, fut certainement