PAYSANNE ITALIENNE
(Collection de M. W. H. Stewart.)
Sa voie d'ailleurs n'était pas encore bien tracée; son indépendance n'était pas assurée comme artiste ; il n'était donc pas libre de suivre ce qui l'attirait le plus; mais, tout en faisant un nombre énorme d'études pour son grand travail, il lavait déjà ces brillantes aquarelles qui devaient nous révéler son talent, et il peignait un certain nombre de tableaux qui ne comptent pas parmi les moins intéressants. Ce que nous avons vu de plus caractéristique parmi les productions de cette époque, ce sont d'abord les grandes figures détachées, Tètes de Kabyles et Tètes de cavaliers noirs, les deux toiles avec variante intitulées les Barocchi (collection de M. Stewart. — Ancienne collection Fol) ; une scène de Bateleurs kabyles, signée 1 86 1 , à M. Stewart, et un épisode, Jardin de la villa Borghèse, qui a dû passer en Amérique. Quoiqu'il se soit beaucoup modifié à la fin de sa vie et ait cherché des effets tout autres, il y a déjà là en germe les qualités qui ont valu à l'artiste la grande réputation dont il a joui plus tard. Les têtes, grandeur nature, sont largement brossées, mais elles pourraient être signées d'un nom tout autre; les Barocchi indiquent déjà la tendance de Fortuny à accumuler dans son cadre les objets accessoires brillamment exécutés, au détriment du rôle que l'homme, l'être qui vit et qui pense, doit toujours jouer dans un tableau.
On reconnaît dans cet intérieur somptueux le beau coffre Renaissance qu'il avait acheté pour faire l'ornement de son atelier, les armures japonaises, les beaux cadres sculptés, nombre d'autres objets d'art pour lesquels il s'était passionné, dont il aimait à s'entourer, et qui firent plus tard de son studio de Rome un véritable cabinet d'amateur. Il y a même dans le tableau qui appartient à M. Stewart (car il existe une répétition de cette toile) une particularité qui mérite d'être signalée et qui prouve toute l'acuité de cet œil qui semblait distrait, et la sûreté de cette mémoire. Comme il avait peint des personnages du xvme siècle, des Rococos ou Barocchi regardant des gravures dans un intérieur somptueux, il avait dressé sur la cheminée monumentale un cadre à grand ramage, et il lui parut piquant de peindre le portrait du propriétaire du tableau revêtu d'une armure. Aucun document n'existait, ni photographie, ni dessin ; il peignit de souvenir la figure de M. Stewart, qui est très ressemblante et tout à fait dans le caractère.
Nous ne saurions prendre un à un pour les décrire tous les tableaux de l'artiste, mais celui qui représente des Maures assistant aux bizarres