PORTRAIT DE M. JOSÉ TAPIRO
Fac-similé d'un croquis de Fortuny.
reine, et, le jour où la ville de Barcelone avait cessé de lui payer la pension de 25 douros par mois (i32 francs), le duc de Rianzarès la lui avait servie jusqu'au jour de son mariage avec Mlle Cécilia de Madrazo. Désormais fixé, sûr de l'avenir au point de vue de l'indépendance,
2o LES ARTISTES CÉLÈBRES
muni d'un traite qui lui permettait de compter sur des revenus fixes, Fortuny revint à Rome, organisa sa maison, augmenta son atelier et commença d'importants travaux. C'est véritablement à cette époque que se rattache la constitution de ce cénacle hispano-italien, où on ne prononçait son nom qu'avec admiration. Les noms de la plupart de ceux qui le composèrent de 1866 à 1870 sont aujourd'hui connus de ceux qui s'occupent d'art; Fortuny en a représenté quelques-uns dans son Faust de Gounod. C'étaient Villegas, Rico, Jorris, Ferrandiz, Xi menez, Agrasso, Tapiro, etc. Les ateliers allemands furent un peu bouleversés, les disciples prudents et circonspects de l'ascétique Overbeck anathématisaient ce transfuge et ces Andalous qui osaient parler de lumière, d'atmosphère, de transparence des tons, de chatoiements des couleurs; ces fantaisistes brillants et sans traditions qui, au lieu de vivre dans l'Olympe ou dans la nébuleuse mythologie de Kaulbach et les ennuyeuses allégories de Cornélius, demandaient leur inspiration au soleil de Rome, à sa lumière, à sa campagne ; prenaient leurs modèles dans la vie réelle et cherchaient même des procédés nouveaux pour peindre avec plus de transparence, plus de limpidité et d'éclat.
Cette période de 1866 à 1870 est la période d'éclat d'une existence trop courte. Il n'est que bien rarement question de la Prise de Tétuan ; la toile est roulée, la municipalité de Barcelone, de temps en temps, demande à l'artiste ce que devient la commande ; Fortuny répond d'une manière évasive : il s'est fait un nom dans une manière très différente, il a tôut à perdre, et il semble qu'il ait peur. Un jour enfin il propose de rendre la somme qu'on lui a payée ; on la refuse ; il insiste pendant des années ; quand on a bien compris qu'il n'exécutera jamais sa grande toile, on annule le contrat. Il est piquant d'apprendre que l'homme qui a vendu deux tableaux de im,40, 75,000 francs chacun, devait recevoir 6,000 francs de la ville de Barcelone pour cette composition qui mesurait i5 mètres de long sur 4 mètres de haut.
Ce ne sont pas les Espagnols seulement qui se groupent autour de Fortuny, son atelier est un de ceux qu'on visite le plus : de Boston, de Philadelphie, de Cuba, de New-York et de Chicago, on lui envoie des visiteurs qui font de la propagande à cette peinture brillante, curieuse, habile, et encore plus faite pour charmer les yeux que pour toucher le cœur. L'atelier lui-même est plein d'intérêt, c'est un cabinet d'amateur, un petit musée. Les murs nus lui font horreur, Fortuny couvre tout