IV, XXII
* Voyes planche U, figure a.
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les fortifications par le dehors. Peut-être le curieiu principe qui a présidé & la construction de ces murs avait-il pour but d’ajouter à leur soli- ' dité. Quoique Icsassiscs paraissent, au premier aspect, réglées, elles ont cependant des saillies et des retraites , des tenons et des mortaises , qu'on dirait empruntés é l'agencement des charpentes. Un certain nombre s'engagent les unes dans les autres comme par des dents d'engrenage, et, devenues par lé solidaires, elles offraient aux contre-coups du bélier une secrète élasticité, i laquelle se prêtait la mollesse un peu spongieuse du tuf.
Ce gigantesque travail m'a rappelé la muraille de Jérusalem, telle que nous la font connaître les ouvrages de M. de Saulcy* et les photographies de M. Salimann. Il n’est pas sans une lointaine analogie avec celui de certaines constructions archaïques de la Grèce et de l'Étruiïe. .Mais il ne faut point presser ces comparaisons. J'insisterai plus volontiers sur le plan général des salles cintrées, qui se succèdent comme une série d'absides, toutes égales, juxtaposées sans intemiption. Il aurait été beaucoup plus simple, et surtout plus économique, de faire des chambres carrées. Mais, si l'on considère les anciennes ruines que possèdent les Iles de Malte et de Goxio, on verra que le demi-cercle, ou cul-de-four, est une forme aimée des Phéniciens. A Crendi.on compte jusqu'è quatorze petites salles ainsi terminées. Le port Collion olfre un autre exemple de constructions tout à fait circulaires, tandis que les Grecs, au contraire, préféraient les constructions carrées ; leurs tours elles-mêmes étaient le plus souvent carrées. Enfin , quoique les grandes citernes de Carthage aient été refaites et que leur appareil soit romain , il est permis de croire que leur plan est ancien, et que les architectes romains n'ont fait que copier les Carthaginois. Les citernes sont une série de bassins égaux, parallèles, ouvrant sur un corridor commun. N'est-il pas singulier que la même définition se puisse appliquer aux constructions de Byrsa? f/ne jériede salles égales, paralUUs,oatrttntsar an corridor commun. I J'ai cherché inutilement des traces de l’enduit qu'on appliquait sur t le tuf pour le protéger contre l’action de l'air. Pline nous apprend que
^ Hùtoirg dê VarIjadaiqM, p. I70«( sdîvanies.
les Cartbigmois aTaient soin de le courrir de poix ou de bitume, perce que la chaux elle-même i eût attaqué ^ Ëo admettant même que ni TAfriquc ni la Sicile ne pusaent fournir les matières nécessaires \ l'emploi du bitume dans les constructions de Babylone et les relations commerciales de Carthage avec l'Asie, rendraient plus vraisemblable une coutume dont l'art devait fort peu s'accommoder. Il est vrai que la nécessité doit passer avant l'art. L’état dans lequel j'ai trouvé les ruines enfouies sous la terre prouve que le tuf avait grand besoin d'être protégé. Les joints intérieurs et secrets sont demeures intacts et d'une remarquable précision; mais les angles et les joints des surfaces, toutes les parties exposées au contact de l'air, de l'eau, des sels terrestres, ont été rongées. Çè et li sur les bloca, on remarque de grandes plaques friables; si l’on y touche, elles tombent en poudre et laissent un trou, comme pour mieui justifier les critiques de Pline.
J’ai déjà dit que les murs démantelés de Byrsa restèrent enfouis et oubliés pendant plus de cinq siècles, jusqu'au moment où Théodose ordonna de les relever. Les habitants de la nouvelle Carthage ne pouvaient ignorer Texistence de ces ruines. S'ils l'ignoraient, ib la reconnurent bientôt en creusant les fondements des fortifications qu'iU voulaient bâtir. C'était un grand avantage, pour des gens que menaçait l’approche des Vandales, de trouver ainsi des constructions considérables prêtes à servir leurs desseins. Je dob dire maintenant quel parti ib en tirèrent, ainsi que j'ai pu le constater par mes fouilles. Ib commencèrent per chercher les murs puniques de Byru, mieux conservés alors qu'ib ne le sont aujourd’hui, on le suppose abément. Ils en dégagèrent scrupuleusement le plan pour s’y conformer. Quand le soubassement ancien reparut dans un état satbfaissut avec ses assises saines, ib bâtirent simplement par-dessus : c'est pourquoi les pans de
' • Sod cura tuenlur picando parietes , quooiam et lecterii calce roditur. • (£/àl. aa(. XXXVl, xxii.) Quelle était cette dre piuùqiu donllea arlistea grecs ae •erv aient?
* Voyci le Mémoire de M. Du.qpile annexé i fouvrage de Bureau de la Malle, soua le titre d'Appendice 11, page a3g.
* Pline. Jïut. Mt. XXXV, xv.
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murailles Tomtinet, en piaires plates imitant des briques, que j'ai trouvés couchés sur la pente de la colline, afiectaient une forme cintrée correspondant au cintre des salles puniques. Elles ont été précipitées par les machines des Arabes , qui renonçaient à défendre Carthage et la démantelaient; mais leur base punique, toujours inébranlable, a résisté è cette seconde ruine, comme elle avait résisté aux efforts de Scipion. Lorsque les architectes romains jugèrent un peu altérées certaines parties des soubassements antiques, ils les visitèrent jusqu'au roeber, s'assurèrent que la surface seule était gètéc, la recrépireni avec du mortier, puis bâtirent également sur cette assiette. J'ai observé des traces de mortier sur certains joints compromis , mais sur les joints extérieurs seulement et sur quelques assises du sommet qu'on avait replacées. Enfin, lorsque les murs puniques nolfrirent point des garanties suffisantes de solidité, on les démolit jusqu'au rocher, et on refit, toujours sur le même plan, des cintres entiers. J'en ai déblayé un qui a encore huit mètres de hauteur, et qui porte avec lui sa date, puisqu'il est construit tout entier en opai reticalaittm , c'est-â-dire en petites pierres carrées , posées en losange , et qui imitent les mailles d'un filet bien tendu : travail élégant, si goûté sous les empereurs.
Ce n'est pas tout; l’histoire nous apprend que les Vandales laissèrent les fortifications romaines se dégrader â leur tour, et que Bélisaire les fit réparer ‘. Un des cintres, bâti â la hâte , en matériaux irréguliers et de diverses sortes , que déguisait un grossier enduit , atteste ces réparations. Les Vandales qui habitaient Byrsa avaient sans doute ouvert, de ce côté, une brèche par laquelle ils jetaient mille débris. Ces débris, auxquels sont mêlés d'innombrables os d'animaux et de volailles, des cendres qui encombraient le foyer domestique , forment un talus jusqu'à une hauteur de vingt-cinq pieds. Bélisaire ferma cette brèche pour compléter l'enceinte rajeunie de Byrsa.
Un dernier problème reste à résoudre , ou plutôt une dernière justification dns historiens qui ont parlé de Carthage doit être produite. Ils disent que les fortifications contenaient plusieurs étages. I-eur témoi-
' Procop. Dt Ml. Vmi. I, xxi; !>• mJtf. VI, v.
FOUILLES A CAKTHAGE.
giiage est-il conflnné par les fails ? Comme lei murs puniques n’eiUtem que jusqu'à la hauteur de 5 mètres, ils ne peuvent porter l'indication des étages. Toutefois , les morceaux de bois à demi brûlés que j'ai trouvés sur le rocher, parmi les cendres, me paraissent provenir des planchers supérieurs. Mais des preuves incontestables sont restées sur le cul-de-four refait par les Romains, le cul-de-four en opai relicalatam. Il a encore 8 mètres, plus de la moitié de sa hauteur totale, qui devait être de i5 mètres. Or, à 6 mètres au-dessus du rocher, le cul-de-four est percé d'une rangée de trous où s'engageaient de petites poutres carrées. Certaines entailles sont même légèrement obliques, parce que la forme circulaire du mur l'exigeait. On conçoit que les poutres n'eussent qu'une faible grosseur; elles étaient toujours assez solides, puisque le plancher n'avait que 3 m. 5o cent, de portée, les salles n'étant pas plus larges. On remarquera, en outre, combien les mesures répondent à celles que donnent les historiens. D'ordinaire, les étages superposés vont en diminuant, c'est une loi de construction aussi bien que de perspective. Puisque le premier étage avait 6 mètres de hauteur, le second en devait avoir 5, le troisième à, ou peu s'en faut. En additionnant ces trois chilTres on retrouve les 1 5 mètres qui sont la hauteur totale des fortifications, selon les auteurs.
Enfin, j'ai découvert au pied des remparts certains fragments dont je m'exagère peut-être l'importance, car j'ai cru, non-seulement qu'ils indiquaient l'existence des étages , mais qu'ils avaient dû servir à la décoration extérieure des murs. On doit accueillir les suppositions qu’ils m'ont inspirées avec la plus grande défiance. Ces fragments sont dessinés à la planche II ; ils se ressemblent beaucoup, quoique de proportion et do matière diiférentes. Le plus grand (fig, 3), qui n'a pas cependant plus de ao centimètres de largeur, est en calcaire gris, beaucoup plus dur que le tuf. Il représente une croix dont les quatre bras ont pour centre une rosace très-simple, avec un contour saillant et un contour creux
' Les temples de Sclinonte, ville dont te terriloire louchait aux possessions des Carthaginois, en Sicile, étaient en tuf; leurs corniches et les parties destinées k recevoir des ornements peints ou sculptée étaient en calcaire plus dur.
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qui se fondent; cest tout à fsit la rosace qu’on voit sur les stèles phéniciennes. La croix ressort en demi-relief sur une pierre unie, dans laquelle elle est sculptée; le relief est de lo centimètres, le dessin ne l'indique |>oint assez. La seconde croix (fig. 4] est un peu plus petite, elle n'a que 1 1 centimètres. Ses branches sont nécessairement plus minces et elle est en marbre, au lieu d’ètre en calcaire ^ Elle a 3 centimètres de relief. Enlin, la troisième est en marbre également, plus petite encore, avec i centimètre seulement de relief; le nombre de ses bras a été augmenté pour éviter la maigreur (fig. 5). Toutes les extrémités de ces trois fragments sont brisées; elles représentent ce qu'on appelle en architecture un arrachement, preuve assurée quelles tenaient à autre chose et se rattachaient à une décoration plus générale. Cette triple décoration, de proportion décroissante, trouvée à une telle place, paraisûit si bien répondre aux trois étages de la muraille, que je n'ai pu m’empécher d'y voir une frise extérieure, d’un caractère primitif qui convenait à un édifice militaire. On veiTa à la planche 11 la restauration que j'en propose. La dHl'éroncc des teintes indiquera sufTisamment les parties qui existent, les parties que je restitue. La répétition d'une figure géométrique, reportée k l'infirii sur elle-même et variée par la fantaisie, est le principe de rornementation qu'aiment les Arabes et à laquelle ils ont donné leur nom. l^cs Arabes, cependant, n'ont rien inventé : ils n'ont (ait que transformer Théritage des Byzantins et du vieil Orient. I.«s arabesques remonteraient elles donc jusqu'aux Phéniciens?
' On ne saurait admettre que le^ Romains, en restaurant à 1a hite les murs de Byrsa, aient voulu reproduire leur décoration ancienne aussi bien que leur plan. 11 est certain que le travail de ce second Fragment et celui du troisième est plus délicat que celui du premier. Toutefois U no faut point oublier que les sculptures de Sélinonte (j'aîmc à citer U ville grecque qui avait le plus de relations avec Carthage) noua offrent des tètes, des mains et des pieds en marbre blanc, ajustés sur des bas-reliefs en pierre. Les Carthaginois . voulant exécuter une frise d'une proportion plus petite, employèrent une matière qui se pouvait tailler avec plus de finesse, c'est-à-<ltrc le marbre. Quant au fragment n* 5, U ressemble tellement à un fragment d'arabesque, que je t'aurais attribué è un plafond arabe, sans sa provenance. C'est ce fragment, surtout, que je ne public qu'avec toutes sortes de réaerves.
Je m'arrête; je aérais blâmable, si j’osais, devant un si petit nombre d'éléments, établir une théorie au lieu de poser une simple question.