‹ Fouilles à Carthage aux frais et sous la direction de M. BeuléChapitre 6 sur 10 · VI. — Les temples d'Esculape et de Jupiter · texte numérisé non relu

VI. — Les temples d'Esculape et de Jupiter

Pendant que mes .Arabes déblayaient le palais romain, ils retiraient fréquemment, parmi des débris de toute sorte, des fragments de colonnes, de chapiteaux, de frises, en marbre blanc de Pelfellah. Ces fragments, que je faisais mettre 4 part aiissitdt, offraient les mêmes pro|iortions, le même style-, ils provenaient d'un monument d'ordre corinthien . dont la beauté était certainement bien supérieure au caractère de l'édifice où ils sc trouvaient. Il était sensible, d'ailleurs, qu'ils

' Taille, Hat. IV, sisviii.

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De pouvaient avoir apprtcnu à aucune partie de cet édifice, qui était revêtu, soit de marbre de couleur, soit de stuc peint. Enfin, comme Us ne 80 rencontraient que dans les premières couches de leirain ci disparaissaient à mesure que Ton arrivait aux couches plus basses, il était évident qu’ils étaient tombés du sommet du plateau auquel le palais romain était adossé. Or nous savons que, sur ce plateau, s'élevait le temple d'Esculape. Lorsque Carthage fut détruite pour la seconde fois, les ruines du temple roulèrent en partie sur les ruines du palais qui était situé quarante pieds plus bas : la poussière, la terre entraînée par les pluies, les herbes et les fenouils, dont les racines pénètrent è trente pieds sous le soi, les recouvrirent. Ainsi averti, je reconnus, panni un certain nombre de fragments do sculpture et d’architecture qui ont été recueillis sous les portiques qui entourent l’église de Saiut-Louis, des morceaux de chapiteaux et de corniches exactement semblables à ceux que je réunissais moi-méme. L'architecte français qui avait bâti la chapelle les avait trouvés en creusant les fondations, cl il avait eu le soin de les faire encastrer dans les murs des portiques, à l’abri dos intempéries. Comme la chapelle de Saint-Louis occupe une partie de l’emplacement du temple d'Esculape, il était naturel de faire ces découvertes, et il est très-regrettable que M. Jourdain ne les ail point poussées davantage, avant que l'église achevée écartât définitivement les recherches.

Le temple d'Esculape était le plus célèbre cl le plus riche parmi les temples de fancicnne Carthage*. Les auteurs nous apprennent seulement que les Romains l’avaient rebâti nous saurons désormais avec quelle magnificence. L’édifice tout entier était en marbre blanc, comme le Parthénon, comme le temple de Jupiter Olympien et les autres monuments de la magnifique .Athènes. 11 était d'ordre corinthien : les débris de chapiteaux , de pilastres, les rinceaux des frises montrent avec quelle élégance et quelle pureté rornementalion avait été traitée. Le style me

' Appien, Vil], eux.

* Apulée, Fhrid. p. i46. A chaque pas, on trouve des preuves de la fidélité scrupuleuse des nouveaux Carthaginois a relever les anciens temples. Non-sculemcnl Us refirent aussi le temple de Saturne, mais iis rétablirent les sacrifices humains, qui durèrent jusqu’au proconsulat de Tibérius. (Tertull. Apcîo^. VUl, s.)

to

FOUILLES A CAHTHAGE parait celui des beaux temps de l'architecture romaine sous l'empire. Les colonnes étaient cannelées et concaves dans leur partie supérieure; dans la partie inférieure les cannelures étaient convexes. Chaque cannelure avait 9 centimètres de corde; les baguettes qui les séparaient avaient 3 centimètres de largeur; donc.cn supposant vingt-quatre cannelures, on compte que les colonnes avaient 2 mètres 88 centimètres de circonférence. près de neuf pieds. Parmi les fragments de corniches et de frises, j'ai mesuré des oves qui ont lo centimètres de hauteur sur i6 de largeur, des perles qui ont jusqu'à 8 centimètres de diamètre dans leur plus grand axe. Les feuilles d'acanthe qui forment, soit les chapiteaux. soit les rinceaux des frises, sont d'un travail délicat et d’un effet large. Je ne doute point qu'en continuant à enlever les terres on n'y découvre de nouveaux morceaux qui fourniraient à un architecte expérimenté tous les documents d'une restauration scientifique. C'est ainsi que tes fouilles au-dessous de Saint-Louis, non-seulement confirment nos hypothèses sur l'emplacement du temple d'Escuiape, mais jettent une lumière précise sur le temple lui-méme.

Une autre temple m'a été révélé par un bas-rclicfen marbre que j'ai découvert en exécutant les fouilles D. Ce has-relief est brisé (U n’a plus que 3à centimètres de haut sur a3 de large); mais, par une rare fortune, il représente encore dans sa hauteur un temple d'ordre ionique, d'une charmante proportion, avec son péribolc qui masque la base des colonnes. En avant de ce monument, qui est figuré en petit et en perspective , comme un fond de tableau , il y a une couronne de chêne, avec des glands entremêlés au feuillage. La plus grande partie de la couronne manque : peut-être portait-elle au centre une inscriptioD votive, car le bas-relief est lui-même votif. (Voycx planche II, figure 6.) Le chêne était consacré à Jupiter, Jupiter avait un temple à Carthage'; je me suis donc demandé si ce n'était point le temple de Jupiter, tel que font bâti les Romains, que j'avais sous les yeux. Une autre question s'offrait ensuite tout naturellement : le templede Jupiter n'était-i! pas situé dans Hyrsa? les Romains ne font-ils pas élevé dans l'acropole, en souvenir

* .\îcmum. ad Donatut. p. i6a. Dupin, 1703.

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de Jupiter Capitolin i> J’ai examiné avec soin le terrain autour du lieu où le bas-relief avait été trouvé. A peu de distance, un mur de soubassement, qui est dessiné sur le plan général de l'acropole, existe encore à ileur du sol. Entre ce mur et l'angle sud-est de Byrsa s'étend un espace tout à fait propre i contenir un temple, qui aurait été paialléle au temple d'Elsculape, orienté comme lui. Mais je ne voudrais point insister sur des suppositions qui se déduisent de telle sorte et qui finiraient par paraître chimériques. Tout ce qu’il m'est permis d'aflirmer, c’est que ce fragment de bas-relief est d'une grande importance, puisqu'il nous fait connaiircun temple ionique de Carthage et peut-être de B^rrsa

Vil. — Les future* explorations à Cartbapr.

Le temps m’était compté à Carthage : je n'ai pu prolonger mes recherches autant que je l'aurais voulu. Bientôt j'irai les reprendre, et m’étahlir pendant quelques mois encore en Afrique ; mais je ne me dissimule point que les elTorts d'un particulier, si persévérants qu'ils soient, ne peuvent obtenir que de modestes résultats. Il faut les ressources dont ungouvcrnementdispose : puisse l’exemple de l'Angleterre, qui vient d'enfouir une somme considérable dans le sol de Carthage, être tôt ou tard

■ Deux inscriplions, l'une grecque, l’suUe latine, ont été retrouvées sur le plateau de Bjrrsa et y ont été sans doute apportées jadis. L'inscription grecque parait volive :

ANTItpiACüOHPtiJI

AEMACKAIATEIPEA

•PÙJNHN

L'inscription latine est une épitaphe chrétienne :

LOCATA INNO CA IN PACE Vixrr ANNIS xvini

FOLILLES A CARTHAGE.

suivi! Seulement, on devra adopter un système tout opposé au système de M. Davis, qui ne chercliait que des objets propres i orner le Musée britannique. Ce sont les monuments eux-mèmes, leurs ruines mutilées mais instructives, les traces delà vieille cité phénicienne, presque effacées et si précieuses, lesspicndeurs de la colonie romaine, que n’ont pu complètement détruire les dévastations de quinsc siècles, c'est l’architecture, rcllct fidèle de ndstoirc d'un peuple, souvent aussi éloquente que scs souvenirs, qui doit être le but de fouilles désintéressées. J’appelle fouilles désintéressées celles qu’on entreprend , non pour rapporter des objets antiques dont la valeur excède facilement ce qu'on a dépensé, mais pour faire reparaître au jour une cité perdue, une civilisation oubliée, des édifices qui nu se peuvent transporter. Quel que soit le pays qui revcndiipie un jour cette tâche, j’ai cru devoir consigner, à la fin du présent mémoire, des observations qu’une longue étude du sol m'a suggérées i peut-être épargneront-elles aux futurs explorateurs des débuts pleins d'incertitudes et de déceptions. J'indiquerai les points de la topographie de Carthage qui me paraissent promettre aux fouilles d'intéressants résultats.

Avant tout , le palais romain qui est au-dessous de la chapelle de Saint- Louis sera aisément déblayé. La France, qui possède dans l’enceinte même de Saint-Louis la ruine la plus belle et la mieux conservée qu’il y aitè Carthage (je n'cxccplcquc les citernes), ne peut négliger d’embellir un territoire qui lui appartient. Par une rare fortune,! axe de cet édifice est l’axe de l'église; et l’abside centrale, qui est plus richement décorés, correspond exactement à la grille du jardin et à la porte de l'église; de sorte qu’en enlevant Ica terres, on exhaussera Saint-Louis sur un soubassement de sept coupoles, qui lui formeront un piédestal grandiose. Les déblais serviront i terminer l'esplanade en avant de la grille, que j'ai déjà sensiblement étendue, afin qu’elle commande la mer et une vue qui estadmirable. A mesure que le plan deviendra distinct, on pourra sc faire une idée plus précise de la destination de ce monument et lui assigner uti nom que je n’ai point osé lui donner. Il est é supposer que les salles sc prolongeront en dehors des murs de Saint-Louis et passeront sous la route carrossahle qui tourne autour desmun. Mais

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il »cra facile de reporter cette roule sur l'esplanade , et de dt^molir le mur lui*mème pour le reconstruire plus loin , en agrandissant rcnccinte dans laquelle toutes les ruines seraient comprises. Ce soin regarde évi* demment le Gouvernement français, et j‘aimc à croire qu'il rcs'cndiquera tous ses privilèges de propriétaire.

A l'angle nord-est de l'enceinte, on voit des débris de constructions arrachès cl Jetés sur le sol. tandis qu'on sent quelques murs percer sous terre. Il sera important de faire là des l'cchercJies, de même qu'un peu plus bas, sur la pente de la colline. Je suis porté à croire que le chemin qui montait à passait de ce cùté , et qu’il devait être borde de constructions. En ouvrant une large et profonde trancliée et en rejetant les terres sur la pente qui est au-dessous de la route, on découvrira peutêtre les cléments du problème. LVscalicr de soixante degrés qui. au temps de la Carthage punique, conduisait au temple d'Escuiape. fut-il refait par les Romains? Le rcmpiacèrent-ils par une rampe douce et accessible aux chars? Le palais du proconsul , substitué aux anciennes fortifications, 0 exigea-t-il pas un changement complet dans le système qui donnait accès à lacropolc? Dans toute cette partie de Byrsa, il y a une accumulation assez considérable de terre et de débris qui ont dd protéger des ruines dignes d'être cherchées.

J’en dirai autant de la petite entrée que je suppose avoir existé à l'uucst de Byrsa. Elle est marquée sur mon plan. En sondant le sol, en ouvrant les tains qui s'avancent obliquement de chaque côté du passage, il est possible qu'on trouve quelques indications antiques.

Les murs puniques de Byrsa, que je n'ai découverts que sur une longueur de 4o mètres, offrent une ample matière aux recherches. Il est tiaturci de penser qu'on les retrouvera sur (oui le flanc méridional de raerupolc, inégalement conservé.s, remaniés à diverses é{K>ques, mais à dos époques si diverses, qu’il est aisé de reconnaître ta main des Carthaginois, celle des Romains et celle des Byzantins. 11 est même permis d'espérer qu'en déblayant toute la ligne des fortifications, travail considérable, on fera reparaître au jour des ruines plus complètes et plus instructives. Non-seulement on doit attendre des détails mieux caractérisés, des appareils plus beaux, des accidents plus curieux; il est, en outre.

probable qu'on retrouvera tel élément du problème qui m'a échappé , par exemple la trace des communications avec l'intérieur de la citadelle et quelques débris incontestables des portes qui devaient s'ouvrir, soit sur le derrière des salles circulaires, soit plutôt sur le corridor qui les desservait toutes. Il ne faut point sc dissimuler que la quantité de terres i enlever sera énorme, sur une longueur de 4oo mètres. Mais on peut choisir un ou deux points: la direction et le plan des murs de Byrsa étant connus, on prendra ses mesures avec une précision mathématique, de façon à économiser le temps et la dépense.

Le problème des fortifications puniques na point été complètement résolu par la seule découverte des murs de la citadelle. Les murs qui défendaient la ville basse et coupaient l'isthroo, quoiqu’ils fussent semblables à rextéricur, devaient différer sensiblement par leurs dispositions intérieures. Il fallait, au rez-de-chaussée du moins, des salles et des passages plus larges, afin de loger les trois cents éléphants dont parlent les historiens. Ce qui sci'vait de magasin dans l’acropole, lieu peu accessible à des animaux monstrueux, se transformait en écurie dans la plaine. Combien il serait à souhaiter qu'on trouvât les ruines de cette muraille! Elles existent vraisemblablement, à une assez faible profondeur, sous les champs d'orge et sous les oliviers. Des mouvements de terrain qui forment de longues lignes droites, entre le lac de Tunis et le lac de Soukara, m'ont fait songer plus d’une fois â interroger le sol. 11 était malheureusement diflicile de m'entendre avec les propriétaires des moissons qu'il fallait détruire , des arbres qu'il fallait aiTachcr. D’ailleurs, ces mouvements de terrain ne pouvaient-ils être plutôt la trace des circonvallations creusées par les Romains pendant leurs différents sièges? Toutefois, pour encourager ceux qui voudront tenter l'entreprise, je leur dirai que les Arabes n'ont ni connu ni détruit les restes des fortifications puniques qui sont ensevelies dans la plaine. Je n'ai aperçu aucune marque de leur fatal passage, tandis que, sur les hauteurs, il est aisé d’admirer avec quelle minutieuse patience ils ont détroit fenceintc romaine bâtie sous Théodose. Cette enceinte était beaucoup plus petite que celle de la Carthage phénicienne. Les Romains étaient remontés sut les collines qui terminent la presqu'île et

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avaient établi leur système de fortifications sur une ligne de défense plus restreinte, mais préparée par la nature. Paibe, sur sa carte, a très^ bien indicpié une partie de ces fortifications du n* 1 1 o au n" 1 1 1 , c’est* i^-dire depuis la maison de campagne du Sabab-taba jusqu'à la route qui conduit aux citernes de .Malqà; mais il en a omis la partie la plus considérable, que J’ai reconnue jusqu'au village de Douar-el Schott et au delà. Les Arabes ont jadis découvert cette muraille, qui était enterrée à peu de profondeur au dessous du sol. Ils font démolie pierre par pierre, avec soin, de façon à ne point toucher à la terre, qui s'était tassée et durcie par l'elTct des siècles. Les pierres enlevées, il est resté un fossé large de près de quatre mètres, qui est comme le moulage en creux de la muraille disparue. Grâce au ciel, les Arabes n'ont rien fait de semblable pour les fortifications puniques.

Je ne puis rien dire du forum et des monuments qui touchaient à grand centre de la vie politique. C'élatt, au printemps dernier, unr plaine couverte de riches moissons, et je n'ai pu y faire aucune explo ration. M. Davis, jadis, a fouillé l’emplacement supposé du temple de Bael et n'a trouvé que des débris de constructions romaines et une petite statue d'Apollon, d’époque romaine également. Mais cette première épreuve ne doit décourager personne, puisque Ton sait que les temples de l'ancienne Carthage, refaits scrupuleusement par les Ru mains, n'ont pas dû laisser de traces.

Les ports de Carthage méritent une attention spéciale. Leur forme est assez bien conservée, quoiqu'ils soient aujourd’hui à demi comblés. Ils appartiennent au kbasnadar du bey (ministre des finances) et au général Khaü-ed-din, qui ont fait planter tout autour des jardins. Ceux qui tenteront de les explorer ne doivent point ignorer que fentreprise présente des difficultés. D'abord, le port militaire, le Cotbon, reconnaissable à sa forme ronde, excitera plus d’espéi'anccs que le port niarcliand, qui communique avec lui. Le Cothon, en effet, était bordé de quais, de loges qui pouvaient contenir deux cent vingt vaisseaux; sur la petite ile qui en forme le centre était bâti le pavillon de l’amiral carthaginois. En avant de chacune des loges, ménagées tant sur le port quo sur file, s'élevaient deux colonnes ioniques qui formaient deux

{K)rtiqufîAcii'culaireset concentriques, ne comptant |>as moins de qualrt* cent quarante colonnes Malgré racharnement des Romains qui détruisirent ces ports, malgré les travaux de la colonie qui dut les refaire, malgré la construction du monastère fortifié que Salomon, par 1 ordre de Justinien ^ fit l>âLir auprès du port, qu"on appelait alors Mandraciam, on peut croire que des restes de la décoration punique sc retrouveront sous le sol. Mais qui peut dire à quelle distance dans l'intérieur des terres sont enfouis les liords primitifs du Colbon? l^s ruines successives ont du peu à peu le combler et faire avancer uii quai factice, tout composé de débris sur lesquels on bâtissait de nouveau, comme sur des remblais. Il faudra donc ouvrir d'assez loin une large tranchée, pour cbeixdier l'ancienne circonférence du port creusé par les Phéniciens. Outre la (Üniculté de bouleverser des champs cultivés, où jeter les débris et la terre quoii extraira de la tranchée? Si l'on se place dans la petite lie qui portait le pavillon de lamiral, Icmbarras sera eneoi'e plus grand, |iarce que la place sera plus étroite; è moins qu’on ne prenne le parti barbare d'achever de combler le port cl de refouler les eaux dans la mer. 11 faudra se défendre aussi contre les inliltratioas. inévitables dès qu'on atteindra une certaine profondeur.

Sur le rivage même, rien ne parait plus facile que de déblayer un grand nombre de petites .salles, toutes parallèles et de grandeur semblable, qui regardent la mer et semblent une série de magasins. Ces salles, qui ont été constmites par les Romains, se multiplient le long des quais. Elles sont remplies de sable aujourd’hui. Non-seulement on voudrait les déblayer, mais il sciiiblo qu'on puisse espérer, en pénétrant au-dessous de la couche romaine, retrouver d(*s restes puniques. Les quais de l'ancienne Carthage, construits en matériaux gigantesques, les roches noires qui formaient une digue pour les protéger contre les vagues, se reconnaissent encore çà et là. On peut même, par une patiente étude, en restituer le plan par la pensée et admirer le système que les Phéniciens avaient employé pour rompre la vio-

' Appien, VIII, XCVI,

* Procope, l)f «tltfic. VI, v; firli Vand II, xxvi.

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leiice de la mer« lorsque le vent souillait de l’ouverture du golfe. Je ne puis entrer ici dans ces curieux détails : je dirai seulement que le danger de ces fouilles, en apparence si faciles, ce seront encore les infiltrations. J’ai essayé moi-même de creuser au pied d’un mur en pierres colossales, qui m'indiquait un anci<m passage pour monter du quai à la ville ; aussitôt l’eau a ]>aru, mes ouvrici's ont tenté en vain de l’é' puiser cl ont dû s’éloigner.

Les explorateurs qui recherchent particulièrement les petits objets tels que vases, pierres gravées, monnaies, trouvailles qui dépendent beaucoup du hasard, pourraient entreprendre des fouilles à El-Mersa et à Qamart. El-Mersa répond a l'ancien quartier de Carthage qu'on :ippelait Mégara. Lû ctuieiU les maisons des riches, ci il ne serait pas impossible que U terre eût gardé quelque trésor; car Mégara perdit beaucoup de son importance et fut peu habitée sous les Romains, qui réduisirent considérablement rcriceintc de Carthage. De plus, le vent, depuis bien des siècles, a jeté sur les terrains qui sont près de b mer une grande quantité de sable, qui a dû cacher de bonne licure les .inti(|uités aux dévastateurs. Mais il faudrait tenter la fortune sans indiration précise, ce qui réussit mieux souvent au laboureur qui retourne sou champ ou creuse les fondations de sa chaumière qu'à l’arrhéologuo le plus lirconspccl. II en sera de môme à Qamart, quoique le Djcbolkhawi cache dans ses Hancs la nécropole de Carthage. Le sol y est soc. stérile, et ce n'était point une grande perte que de rabaiidoniicr aux morts. Autant le village de Quinart est riant avec ses orangers cl ses palmiers, autant le Djcbel-kliawi est désolé : de maigres oliviers et des orges qui refusent de pousser en sont tout rornemcnl. A quelques pouces de profondeur, souvent à (leur du sol, existe une couche de roche, facile à exploiter, dont on fait d’excellente chaux, aujourd’hui comme dans l'antiquité. Los Carthaginois laissaient subsister cette couche horiiontale do rocher en guise de plafond , et par-dessous creusaient leurs tombeaux. Les terres entraînées par les pluies, la poussière, les débris de toute sorte les ont comblés. Il faudra donc beaucoup de temps pour vider des souterrains qui , probablement , ont déjà été pillés plusieurs fois.

Mais qui peut deviner les secrets enfouis sous le sol d'une cité qui

FOUILLES A CABTIIAGE.

a cU* une des plus grandes et des plus riches du inonde Carthage, malgré les préjugés qui éloignaient d'elle les recherches, malgié les souvenirs exagéiés de la vengeance romaine, malgré les dilBcultés que pré- M’Utent des fouilles qui doivent atteindre ü une profondeur considérable, Carthage aura son tour, comme l'Égyplo, comme Niiiive et Babylone. On interrogera un jour ses ruines et celles de Tyr avec passion, pour connaître l'art et la civilisation des Phéniciens, comme on a découvert la civilisation et l’art de la haute Asie. L'archéologie sera appelée encore une fois à venir au secours de riiistoire. Les gou veriieincnts seuls pourront entreprcndiT des fouilles vastes et vraiment fécondes. Qu'on ne juge point alors trop sévèrement ceux qui les premiers , abandonnés k leurs propres ressources , auront enfoncé la pioche Jusqu’à la couche des ruines puniques et entrevu une moisson que de plus heureux recueilleront.

Uni

LES POHTS.

LKS FO BTS.

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