‹ Fouilles à DahchourChapitre 27 sur 69 · TRAVAUX SOUTERRAINS · texte numérisé non relu

TRAVAUX SOUTERRAINS

Comme je l'ai déjà dit, le sol sur lequel était construite la pyramide avait été mis à nu par les travaux de 1882. Dès le mois de février je fis pratiquer au centre de cette tranchée un sondage au perforateur qui m'apprit qu'il n'existait aucune construction jusqu'à dix mètres de profondeur. L'appareil était descendu non pas dans des décombres ou des terrains remaniés, mais bien dans les alluvions du diluvium d'abord et dans les grès tendres ensuite. Un nodule siliceux d'une grande dureté, analogue à ceux qui abondent dans les couches traversées par les puits des mastabas, avait arrêté mes trépans de telle sorte que j'avais acquis la certitude que les chambres funéraires étaient creusées dans les bancs de grès. Toutefois je ne pouvais en rien préjuger de leur profondeur.

Afin d'explorer les diverses couches situées sous le centre de l'édifice, je résolus de percer une galerie jusqu'aux points à examiner et d'étendre les ramifications de mes galeries tant en profondeur qu'en développement horizontal.

Le 9 avril, les travaux furent commencés en a au fond du puits des princesses. Les ouvriers que j'employais étaient des carriers de Tourah, les seuls qui dans tout le pays fussent quelque peu au courant de ces sortes de fouilles.

Il est extrêmement difficile d'obtenir des fellahs dans les opérations à ciel ouvert un travail méthodique et régulier, et à fortiori dans les chantiers souterrains est-il presqu'impossible de leur faire suivre une direction déterminée ou conserver un niveau constant. Les ouvriers étant à la tâche évitent avec soin les bancs les plus durs, recherchent les plus tendres où le travail plus rapide est plus rémunérateur.

D'à en ^ j'obtins cependant le creusement d'une galerie rectiligne qui, si elle avait été continuée, m'aurait amené au nord du centre de la pyramide en un point très favorable aux galeries accessoires. Mais le sol de cette galerie a fi était formé de grès très durs et je ne pus obtenir de mes carriers qu'ils conservassent le niveau du commencement des travaux.

Je fus alors obligé de me rejeter sur la gauche en y, dans un endroit favorable à une descenderie et je regagnai ainsi quelques mètres sur la verticale.

De y je repartis dans une direction me permettant d'atteindre le point que j'avais choisi, mais pendant une absence que je fis, profitant du manque de surveillance, les ouvriers changèrent de direction et, dans le tronçon Ô e, marchèrent droit au sud.

Les travaux étaient en £ lorsque je revins. Je fis alors creuser la galerie « Ç qui, deux mois environ après le commencement des fouilles souterraines, me mena au point que je désirais atteindre, ç.

TRAVAUX SOUTERRAINS. gr

Le sol de la galerie était alors à trois mètres environ au-dessous des grès atteints par le sondage au perforateur.

De la galerie « t je fis diriger un rameau rj vers le centre du monument, puis un autre &x visant le même but, mais courant à un niveau inférieur.

Pendant tout le cours des travaux, depuis l'origine jusqu'au point â, je n'avais rencontré que des grès tendres, mais fort solides et se tenant bien. A partir de â les as.sises devinrent plus friables; il semble qu'elles aient été disloquées si bien que les ouvriers n'avançaient qu'avec .soin, craignant toujours un éboulement. Creuser un puits eût été impossible dans la région du centre, car on eût à coup sûr rencontré des nodules siliceux et les briser eût causé une trépidation de nature à causer des accidents.

J'avais bien, il est vrai, offert à mes carriers des bois pour soutenir leurs galeries, mais ils n'avaient aucune idée de ce qu'est un boisage de mine et force m'eût été d'exécuter ce travail moimême. Je n'aurais pas hésité, si les relevés, les dessins et la rédaction du compte-rendu des fouilles n'avaient pris tout mon temps. Je dus donc abandonner pour le moment ce .secours et chercher des points faibles dans les grès afin d'y creuser des descenderies et de gagner les niveaux inférieurs. C'est ainsi que je creusai dans les premiers jours de juin la galerie Jà et que je parvins à y creu.ser un puits de quatre mètres. Je n'avais plus alors qu'à faire exécuter un rameau k rj pour me retrouver sous le centre de la pyramide à un niveau inférieur aux galeries tr] et d- x.

Après avoir fait tant de détours, il était certain que l'air viendrait à manquer pour les travailleurs. Je l'avais prévu et cherchai à me procurer au Caire un ventilateur. Malheureusement, je ne pus en trouver un et force me fut d'arrêter les travaux pour les reprendre plus tard avec les appareils nécessaires.

Cette fouille souterraine, bien qu'ayant permis d'examiner une grande partie de l'aire comprise sous la pyramide, n'a pas conduit aux appartements funéraires. Les niveaux inférieurs restent à explorer et il est impossible de dire dans l'état actuel des choses si la chambre royale est située sous le centre du monument.

FOUILLES A UAHCHOUR.

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Fig. 205. — Plan des travaux à la pyramide méridionale.

PYRAMIDE MÉRIDIONALE. 87

PYRAMIDE MERIDIONALE

(Planche XXXII.)

La pyramide méridionale de briques, située, comme je l'ai dit, à l'ouest du village de Menchiyèh, s'élève sur un plateau sableux moins élevé que celui c{ui sert de base à la pyramide du nord. Ce monument a beaucoup perdu de sa hauteur primitive; son revêtement a été exploité dans l'antiquité et, plus tard, les fellahs des hameaux voisins y sont venus s'approvisionner de briques.

Malgré les attaques du temps et des hommes, la pyramide du sud est, certes, en bien meilleur état de conservation que sa voisine du nord; elle s'élève encore à une hauteur imposante au-dessus du niveau des sables et sa pointe sombre se distingue de fort loin.

D'après les restes confus, rencontrés dans les fouilles, on peut évaluer à 100 mètres environ son côté; quant à sa hauteur, elle ne peut être estimée, car nous ne savons pas encore si les faces de ce monument ne possédaient pas deux inclinaisons différentes, comme le fait a lieu dans la pyramide méridionale de pierres de Dahchour.

Autour du monument s'élevait une muraille de briques crues ceignant les terrains réservés aux princes et aux princesses de la famille royale. La face septentrionale de cette enceinte mesurait 184"' 20 soit environ 350 coudées égyptiennes.

La pyramide était construite de briques crues, tout comme sa voisine du nord, son revêtement était en calcaire blanc de Tourah. (Voir planche XL.)

Je n'insisterai pas sur la description de ce monument : les fouilles de 1894 n'ont pas permis d'ouvrir les chambres funéraires qu'il renferme. J'en reprendrai l'étude en même temps que je décrirai les mastabas voisins. Ces travaux feront l'objet d'une nouvelle campagne de recherches. Il était nécessaire, cependant, que, dès maintenant, le lecteur se rendît compte de l'importance de cet ensemble de constructions.

A l'ouest de la pyramide sont les ruines informes de mastabas construits en calcaire blanc; au sud les mêmes débris couvrent le sol, tandis qu'à l'est une large avenue conduit à la vallée. A droite et à gauche de cette rue étaient des constructions sur la description desquelles je reviendrai plus tard; enfin, à la hauteur de l'enceinte, gisent les débris du temple de la pyramide.

Depuis longtemps j'étais décidé à commencer les fouilles autour de ce monument, mais l'éloignement du terrain par rapport aux villages d'où je tirais mes ouvriers m'avait engagé à retarder le commencement des travaux jusqu'à la fin du Ramadan.

Le 7 avril j'allai une dernière fois inspecter le terrain, afin d'indiquer à mes reïs la marche à suivre. En examinant les débris qui jonchaient le sol, je rencontrai un fragment de grès siliceux pro-

venant de la base d'une statue et portant le cartouche du roi Amenemhat III f ° ^^^1- Je fis alors ramasser avec soin tous les morceaux de pierre dure répandus à la surface du sol, et dans ces débris je retrouvai d'autres fragments de la même statue et un second cartouche du roi. Cette découverte et aussi l'aspect général des ruines et de la pyramide m'amenèrent à penser que je me trouvais, là encore, en face d'une nécropole princière de la xii" dynastie.

Les fouilles commencèrent le 9 avril et, dès les premiers sondages, les ouvriers rencontrèrent sous les sables une épaisseur considérable de débris du fond. La roche en ce point du plateau de Dahchour ne ressemble en rien à celle sur laquelle repose la pyramide du nord. Les grès sont remplacés par d'épais bancs d'argile brune très dure (parce qu'elle a perdu son humidité) et fendillée en tous sens. Ce genre de terrain est fort impropre aux travaux souterrains car il s'éboule avec la plus grande facilité; mais on verra par la suite que ces difficultés n'étaient pas de nature à effrayer les architectes égyptiens.

Les premiers sondages avaient été effectués dans l'angle du nord-est de l'enceinte de briques, les déblais étaient jetés en dehors. Mais, lorsqu'un examen minutieux du terrain nous eut prouvé

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Fig. 206.

que cet angle ne renfermait pas de puits, les débris des travaux furent amoncelés sur ce sol demeuré vierge.

Les chantiers sondaient en s'avançant vers l'angle de la pyramide. Ils rencontrèrent toujours des débris du fond jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus à un mur de briques profondément caché sous les terres et qui semble avoir bordé une sorte de fossé qui jadis entourait le colosse de briques.

Lorsqu'on franchit ce mur, la nature du sol change complètement d'aspect : à l'extérieur on rencontre des débris de toute nature; à l'intérieur, au contraire, les sables fins du désert sont venus s'accumuler au fond du fossé et ont été recouverts plus tard par les débris du revêtement de calcaire de la pyramide.

Ce mur, large de deux briques seulement, semble n'avoir été construit que pour soutenir les terres. Ses angles sont munis de piliers carrés. Quant à l'aire comprise entre la pyramide et cette muraille, elle est parfaitement plate; les alluvions ont été coupées avec une grande précision.

Après avoir fait quelques sondages dans ce fossé, je modifiai la direction de mes chantiers et les fis marcher d'est en ouest en suivant l'enceinte de la pyramide sur la droite.

Le 16 avril un puits fut découvert à six mètres environ de la muraille d'enceinte presque en face de l'angle du nord-est de la pyramide, il présentait des dimensions inusitées : large de 2'" 40, il avait 6"' 10 de longueur (fig. 206). En le vidant on s'aperçut qu'il était accompagné d'un autre

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puits situé ;iu nord et de dimensions ordinaires. Ces deux puits étaient séparés entre eux par une muraille de bric^ues (fig. 208).

Les deux cavités furent déblayées en même temps et on se rendit vite compte de ce fait (lue le

grand puits n'était autre que le vide dans lequel on avait construit jadis les appartements funéraires. La roche en ce point étant très croulante, les architectes n'avaient pu Fig. 243.

y creuser le vide suffisant pour construire le tombeau : force leur avait été de bâtir à ciel ouvert dans une fosse profonde.

Le second puits était la véritable entrée du tombeau. Il était garni de briques crues sur une grande hauteur.

En déblayant la grande ouverture, on rencontra d'abord un mur incliné construit en briques et conduisant à une petite porte voûtée, ménagée dans la muraille qui séparait les deux puits. Dans

les décombres, les ouvriers trouvèrent une petite statue de bois doré d'un travail très soigné, mais en fort mauvais état de conservation. Son socle portait gravé sur feuilles d'or l'inscription suivante : ^^^g"( ^ J At '^ '^'^ ^^ soleil, (issu) de son flanc, Hor, qui donne la vie (fig. 209) et des lambeaux d'autres signes paraissant appartenir au second cartouche du roi. Tout près de cette statue, on trouva peu après les débris de deux vases d'albâtre (fig. 210), semblables en tous points aux canopes de cette époque, sauf pour l'inscription qu'ils portent et qui est la même pour tous les

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Fig. 20g.

deux : «Roi Fou-Ab-Ra, je t'offre ta boisson, celle qui est sortie de la terre dans Héliopolis. L'ennéade vit en eux (ces vases) dans le temple d'Héliopolis; je te les offre et tu vis en eux éternellement». Ce texte nouveau donna le second cartouche du roi for^OJ, nom dont on avait déjà retrouvé les fragments sur les feuilles d'or de la statue.

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