‹ Fouilles à DahchourChapitre 59 sur 69 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Cette apparence particulière est plus nette encore sur les grains de moyenne taille, à cause de la gangue dont ils sont imprégnés. Par contre, les grains de petite taille sont, comme nous l'avons dit, assez généralement cubiques, et à arêtes vives.

La couleur de ces grains, abstraction faite de la poussière argilo-siliceuse qui les recouvre, est d'un noir plombé, terne, et n'a rien de l'éclat de la stibine, et moins encore du brillant de la galène. Mais, si l'on prend un de ces cristaux, on peut le cliver avec la plus grande facilité, et alors apparaissent tous les caractères classiques de la galène. Grâce à cette facilité de clivage, nous avons pu séparer complètement le minéral de sa gangue, — dont il était imprégné d'ailleurs en très petite quantité, — et nous l'avons soumis à l'analj'se qualitative.

C'est un sulfure de plomb dans lequel nous avons trouvé des traces d'argent, et une quantité très appréciable de fer, sans trace d'aucun métal du groupe de l'or. Nous y avons recherché spécialement l'arsenic, l'antimoine, ainsi que le molybdène, — que X. Fischer avait signalé dans un des fards noirs du Fayoum (n" 9), — mais en vain. Le zinc y manquait totalement, de même que le cuivre. L'alumine et la chaux n'y figuraient qu'en traces infinitésimales, et nous n'y avons pas rencontré de silice.

On a vu plus haut qu'un fard noir, analysé par A. de B^eyer, était formé de sulfure de plomb et de poudre de charbon, et que l'éminent chimiste s'était demandé si le produit qu'il examinait n'était pas artificiel. Il pensa, avec une certaine vraisemblance, que ce fard pouvait avoir été obtenu par réduction, au moyen du charbon, du sulfate de plomb en sulfure, et il indiqua fort ingénieusement comment les Égyptiens, qui ne connaissaient pas l'acide sulfurique, auraient pu parvenir à préparer ce sulfate de plomb. Il réussit lui-même, d'ailleurs, à obtenir de toutes pièces, par le moyen qu'il mdiquait, un produit identique à celui des Egyptiens.

D'autre part, plusieurs auteurs ont étudié des fards égyptiens au sulfure de plomb, contenant un excès de soufre. Ils ont, pour expliquer la présence de ce soufre, invoqué successivement plusieurs théories : oxydation d'un polysulfure plombique; action de l'hydrogène sulfuré (provenant de fosses d'aisance) sur du sulfate de plomb; fusion du plomb et du soufre, connus tous deux à l'état libre par les anciens Égyptiens.'

A. DE B^yer et X. Fischer se sont, en fin de compte, arrêtés à considérer ces sulfures de plomb comme naturels, le premier à cause de la présence de sable et de fer dans le fard qu'il étudiait, le second à cause de ce fait qu'il existe dans la nature des galènes renfermant un excès de soufre libre et que, par conséquent, il est plus simple de penser que les Egyptiens, au lieu de fabriquer ces galènes, se sont contentés de les recueillir et de les employer telles quelles.

La question de savoir si le sulfure de plomb qui constitue notre fard est artificiel ou non peut donc présenter quelque intérêt, d'autant plus que nous avons, pour la résoudre, un échantillon bien plus prol)ant sous ce rapport que ceux dont ont disposé nos prédécesseurs.

Or, tous ceux qui ont quelques notions de minéralogie n'hésiteront pas à affirmer qu'une galène aussi iMen cristallisée que celle qui nous a été remise ne peut être que naturelle. Il serait du reste bien difficile, — peut-être même impossible, — d'obtenir aujourd'hui, malgré tout le luxe d'outillage de nos laboratoires, des cristaux de galène aussi beaux, aussi grands, d'un clivage aussi aisé et régulier, (jue ceux dont nous avons donné plus haut la description.

Une observation très judicieuse de notre collègue L. Didelot, si compétent en la matière, vient encore corroborer notre manière de voir. L'un des plus gros grains de fard, — nous a-t-il fait

Page 1