‹ Fouilles à la colonne ThéodosienneChapitre 25 sur 29 · TON ANAPIANTA CYN TH BAC€I AN€0IK · texte numérisé non relu

TON ANAPIANTA CYN TH BAC€I AN€0IK

L KÂ ATTOKPATOPOC KAICAPOC TITOY AIAIOY AAPIANOT ANTOONêINOY C€BACTOT €TC€BOTC MÉCOOPH €nArOM€NGuN T &

« A Isis la riche, déesse très-grande,

« Tiberius Julius d'Alexandrie,

« qui fut préfet de la cohorte ire « Flavienne, qui fut des agoranomes,

« lors qu’il était chargé de l’annone dans le quartier « bêta »,

« a consacré cette statue avec son piédestal,

« l’an XXI de l’empereur César Titus Aelius « Hadrien Antonin Auguste, le Pieux,

« en Mésori, le 3 des épagomènes ».

Neroutzos bey a été le premier à voir l’importance topographique de cette inscription, laquelle d’un coup nous donne la position topographique du quartier bêta , d’une statio annonce, et du temple d’/s/s Plousia. Les sondages de M. Hoggarth en 1895 le long de la rue Daniel-en-Nebi, sur la gauche du théâtre Zizinia, ayant amené la découverte de grandes fondations romaines et la certitude aussi que le terrain avait déjà été fouillé, j’ai voulu voir sous quel rapport ces fondations pouvaient elles se trouver avec les fondations découvertes lors des terrassements opérés pour une maison de feu le comte Joseph de Zogheb. Dans la discussion qui à l’Institut Egyptien (séance du 28 décembre 1872) fit suite à la savante communication de Neroutzos bey, on fit noter que de nombreux objets d’antiquité avaient été trouvés par feu le comte Zizinia à l'occasion de la construction du théâtre de son nom. Ces objets d’antiquité pouvaient en 1882 être visités dans l'hôtel de la famille Zizinia à Alexandrie. Cette collection a été dispersée après l’année terrible de 1882; il en reste cependant quelques statues, deux desquelles me semblent provenir du temple d’Isis Plousia.

La déesse Euthênia (Annona), en hiér, Ra tient , est une forme juvénile d'Isis, en tant que frugifera, rcXouofo. Déesse de la récolte, elle est assimilée à Corè , fille de Déméter-Isis. Les princesses impériales de Rome aimaient se faire représenter sous les traits de Euthênia : c’est le cas de Livie et d’Agrippine jeune.

La statue ci-après, par ses dimensions moindres que nature, ne peut être la statue principale de la déesse dans son temple, mais bien le portrait d'une princesse jeune sous les traits d’Isis Plousia. La coiffure est bien celle d’Isis, le mouvement est quelque peu froid, l'attitude a du hiératique, mais l'habillement est celui d’une dame romaine.

L’autre statue, ci-contre/ représente' l’empereur Marc Aurèle, debout, en costume"militaire.‘ Son attitude est noble etjcalme. Le manteau impérial relevé à gauche' laisse'apercevoir la’cuirasse ornée de griffons et dejnéduses ; 'tandis queM’empereur philosophe, par un geste à lui familier, serre de la main gauche le pommet d’une courte épée'enfermée dans sa gaîne. Le bras droite descend le long du corps et la main droite est appuyée sur une corne d’abondance

surgissant négligemment du sol, à symboliser que la statue était placée dans le temple d’isis Plousia, la déesse de l’approvisionnement. Si je ne suis pas dans l’erreur, le temple d'Isis Plousia surgissait sur l’emplacement du Théâtre Zizinia ; la statio annonce du quartier Béta se trouvait là, où feu le Comte Joseph de Zogheb éleva sa maison.

Il nous reste un plan de risium de Pompéi, reproduit par La Faye (œuv. cit. p. i) d’après Nicolini. Ce qui m’a frappé dans ce plan c’est d'abord le naos divisé par le milieu en pronaos et colla.

On y voit des autels placés le long du péristyle: le maître autel se trouve hors du naos, dans Y area et quelque peu à gauche de l’escalier.

Le naos est plus élevé que le restant de l’édifice.

Cette disposition du plan me semblant presque imposée par le rituel isiaque, j’ai voulu bien m’assurer si rien de pareil allait se rencontrer sur l’un des édifices compris dans la cour centrale, à la Colonne.

Une inscription de haute époque ptolémaïque

AP^AAONI B A .... I (?)

OEoTIM*2

retrouvée en 1896 tout près de la Colonne fait une évidente allusion à Apollon, comme à un des djeux de la localité, à l’époque ptolémaïque. Cette trouvaille m’a fait ressouvenir d’un article de Mr. H. Weil sur un péan delphique (1).

Mr. Weil résume le péan, en disant: « Le fils de Zeus et de Léto « occupe le sanctuaire de Delphes par la volonté des immortels, « (paxàpwv pouXaîç). Depuis que le dieu de la lyre (Apollon) habite « la grotte sacrée, il sort de ces lieux souterrains, toujours entouré « d’épouvante (cppixwevTOç (àSuxou) dee arrêts, des oracles purs « et saints (Géjjuv eùaeêyj).

« Le poète fait une allusion discrète au temps où les divinités « chtoniennes, avant rétablissement du culte , d’Apollon, répondaient « aux pèlerins descendus dans V antre, par des songes obscurs , des « visions effrayantes. Apollon mit fin à ces terreurs infernales en « perçant de ses flèches le serpent Python, enfant de la terre, (Démé- « ter). Ce combat reste sous entendu; mais il faut s’en souvenir pour (( comprendre la suite. Purifié dans le Tempé (de la souillure causée « parle meurtre du dragon), ramené par Pallas, le jeune dieu, après « un accord à l’amiable avec Géa et Thémis (qui avaient jusque là (( présidé à l’oracle) prend définitivement possession du temple. (( Apollon reconnaissant du service que lui rendit Pallas, assigne « à cette déesse la place d’honneur aux abords du temple et perpétue « à tout jamais le souvenir de ce fait. D’autres dieux, Poséidon, les « Nymphes, Dionysos, Artémis viennent se grouper autour d’Apol- (( Ion et lui faire hommage des lieux et des honneurs qui leur « appartiennent ». A l’avis de Mr. Weil, le péan delphique d’Aristonoos de Corinthe remonte à l’un des trois derniers siècles avant l’ère chrétienne: Aristonoos est un contemporain des Ptolémées.

Dans ce péan grecque, à mon avis, il y a tout un résumé très-clair de la mythologie alexandrine, telle qu’elle avait été remaniée par les exégètes d’Alexandrie, à l’époque ptolémaïque. Le combat contre le dragon ( Osiris en divinité chtoniênne) nous rappelle l’ancien oracle d’Osiris et l’incubation dans les souterrains du temple pharaonique.

Apollon (Hélios), aidé par Pallas, après avoir tué le serpent Python (Agathodœmon) fils de Géa ( Déméter-Isis ) et frère, probablement.

(1) ci. Bull, de Corresp. hellénique XVII. 561.

de Thémis (Persepbone-Coré), prend définitivement possession du temple des divinités chtoniennes (Déméter-Isis et Thémis-Perséphone) après un accord qui n’a lieu qu’après le baptême d’expiation dans le lavacrum sueturn des initiés. C'est dans le souterrain aux incubations qu’il préside aux oracles, en lieu et place des divinités chtoniennes. Apollon, de ce chef, n’est que Hélios embrassant Sérapis. A côté de son temple il fait une place d’honneur à Pallas sospita , laquelle à Alexandrie est Neith-Coréou Neith-Sélène, Thémis-Sélène, forme adoucie de l’ancienne Isis-Déméter.

Dans le péan d’Aristonoos il y a, donc, à mon avis, bien de souvenirs de la mythologie alexandrine : de cet hymne il me semble avoir compris que les parties essentielles d’un Isium sont trois : a) Vadytum. pour les incubations, afin d’y obtenir des oracles:

b) le temple (area et naos )

c) le lavacrum pour le baptême de ceux qui s’y voulaient initier aux mystères de la déesse. Sur le plateau de l’Hamoud, à droite de la Colonne, on trouve successivement le lavacrum, le temple et Vadytum. Il est donc admissible qu’il y avait un temple, soit d’Isis, soit de Hélios, parce que nous ne pouvons pas oublier les formules alexandrines très répandues.

*) Ail HAICO MGTAACO CAPAniAI

GN KANCOBCO KAI TTACI TOIC 0GOIC

b) Ail HAICO MGrAACO CAPAniAI KAI TOIC CTNNAOIC OGOIC et le cri unitaire de ralliance

GIC ZGTC CAPAniC auquel cri les Juifs répondaient par GIC 0GOC

ou GIC ©GOC IAKCOB

et les chrétiens par ic XK NIKA, Cbristus vincit , et plus tard les musulmans par leur cri traditionnel : « tl n’y a d’autres Dieux que Dieu ! »

Arf.a de l’Isium. Mr La Faye a finement observé, d’après le récit d’Apulée, que dans le rituel des Sérapiastes et des Isiaques il était établi que la foule ne pouvait entrer dans la cella du dieu ou de la déesse.

Megarum

Le prêtre officiant se tenait sur le pronaos et siégeait quelquefois sur le suggestus (pro foribus assistentes). Les pastophores, appellés par un des grammates, entraient dans le ofjxoç du dieu ou de la déesse, pour la vestition des statues. Les statues, ainsi que l’on fait très souvent dans les églises catholiques, habillées par les ministres du culte, étaient transportées par les pastophores hors de la cella : on ouvrait les portes du temple ; les pastophores sortaient et exposaient à Yadoration de l’assemblée pieuse la statue ou les

statues. i

Les fidèles réunis dans Y area se prosternaient et adorabaut; ils défilaient au devant de l’idole, en lui baisant les pieds : les pastophores rentraient dans le temple, ta multitude ad suos discedebat lares et l’office du soir était fini.

Cette esplanade (area) existe à l’Hamoud-es-Saouari. Elle va de la colonnade orientale à la colonnade occidentale, sur une longueur évaluée à 66m et une largeur vérifiée de 26 m et 40 cm. Elle n’a pas de pèribole spécial, attendu que le grand péristyle de la cour centrale enveloppe de même l’area du Sérapéum et de l'Isium. Le dallage, en partie encore visible, a été Elit en dalles de calcaire numismale (1 ,52 de long, sur o,n75 de large).

Lavacrum, XoOxpov. La purification par l'eau était une cérémonie des isiaques, semblable au baptême chrétien par immersion. Le bassin pour le lavacrum se trouvait à petite distance de chaque temple d’Isis : à l’Hamoud-es-Saouari il se trouve entre les ruines du temple d’Isis et la Colonne. Dans ce réservoir il y avait probablement de l’eau puisée du Nil, apportée par le canal. A l’aide d’un grand puits creusé sur le côté Sud on pouvait vider la piscine, afin d’y renouveler la provision d’eau sacrée. Le XcOipov d’Alexandrie, par ses proportions, est digne du grand Sérapéum. Creusé dans le rocher, il a une profondeur de deux mètres sur le niveau du plateau ; il mesure 1 2ni8o de long sur 1 1 mètres de large. La mosaïque du pavage a disparue; la substruction du pavé est en béton hydraulique ; la piscine est quelque peu inclinée vers le Nord. Sur le côté méridional s'entrouvre un puits circulaire, ayant )m de diamètre: ce puits a i6m de profondeur, il communique avec un embrachement du deuxième aqueduc d’Alexandrie. Sur le côté occidental, à noter une conduite qui s’y déverse à 1 5 mètres Nord de la Colonne.

La naissance de la conduite est prise à l’ouest de la Colonne, à 2im de distance, et presque sur son axe de l’E. à l’O.

Le maître autel. S’il existait dans Y area, à gauche de l’escalier ou devant l'escalier, il n’en reste rien.

Escalier du naos. 11 a été détruit complètement: quelques assises en calcaire peuvent le faire reconnaître. Sa cage est nettement donnée ; puis qu’elle coupe régulièrement les grandes fondations de l’ouest, à 25m2 du portique oriental de l’acropole. L’ouverture de l'escalier a été de 3m50, environ.

Le temple Ptolémaïque. L’Isium primitif des Ptolémées serait l'œuvre de Ptolémée Philadelphe, qui aurait rempli un vœu d’Alexandre-le-Grand, négligé par Ptolémée Soter : c’est du moins ainsi la tradition classique. .Effectivement à l’Hamoud-es-Saouari un ancien Isium a été agrandi par les Romains. L’Isium des Ptolémées était un temple ressemblant aux temples helléniques : il était prostylos, tetrastylos. Ses substructions étaient en tuf noirâtre des îles ; les assises étaient en grands blocs du Mex. Le sommet du plateau avait été aplani avec soin ; le temple reposait sur un stéréobate de trois degrés (om88 + ora33 + om33 = im54), taillé dans le rocher de la colline. Un quatrième degré exhaussait le sol du pronaos au dessus du niveau du portique. L’ouverture de l’escalier donnant au pronaos me parait avoir été de trois mètres : l’orientation, entre N. E. et S. O. Un megarum s’ouvrait à droite de la façade orientale fsous les grandes fondations actuelles de l’ouestj ; un petit lavacrum sur la gauche. Dans les substructions du temple romain on trouve des restes en calcaire compact et en marbre, provenant de la décoration du temple ptolémaïque. On peut rapporter à ce temple trois monuments: a) la partie inférieure d’une statue colossale de déesse en granit rose, retrouvée au fond du naos romain ; b) la base de la statue d’Arsinoë philadelphos, engagée actuellement dans la base de la Colonne ; c) l’inscription fragmentaire de Bérénice, femme d’Evergète Ier, trouvée en 1895 à vingtcinq mètres de l’Isium.

L’Isium des romains. D’après les ruines actuelles et la fouille inachevée, risium des Ptolémées agrandi par les Romains avait une largeur de 30m8 ( 7« d’un stade de i85mi85). Il y a quelque trace du péristyle, au moins sur la façade occidentale. A mon avis, le

temple romain était un hexastyle corinthien, dont les colonnes paraissent avoir eu un diamètre de i ™2y. L’entablement était doré et orné d’aigles ; il a été détruit avec acharnement.

Le pronaos semble avoir une profondeur de 1 5m25, et se conformer dans sa disposition générale au plan du pronaos dans l’Isium de Pompéi. L’emplacement d’une niche à gauche, destinée à recevoir une statue et faisant saillie sur le rectangle du plan, me semble suffisamment reconnaissable. Des autels, le long des colonnades, aucune trace. La cella, elle aussi, a une profondeur de \ Elle

se conforme, presque exactement, à la cella de l’Isium de Pompéi ; au fond de laquelle s’étend sur toute la largeur un banc en maçonnerie, d’une médiocre hauteur (qui, dans le cas actuel, est de im22), dont l'intérieur est creux et communique avec le dehors par deux ouvertures, Ainsi qu’on le voit, je me sers des mots mêmes par lesquels Mr La Faye décrit le naos ( pronaos et cella) de l'Isium de Pompéi. D’après lui, on enfermait les objets du culte dans cette sorte d'armoire, qui servait en même temps de piédestal à la statue de la déesse. Nous y avons trouvé la partie inférieure d'une statue colossale d’Isis, en granit rose d’Assouan, œuvre de l'époque ptolémaïque. Le banc de maçonnerie a été retrouvé, la statue aussi ; la preuve qu’on nous demandait a été donnée.

Bien que les fouilles au fond du naos soient inachevées, il est cependant établi que des chambres existaient au derrière du naos, sur une longueur de six mètres environ, et sur une largeur de vingt mètres. Le dernier mot sur leur véritable destination n’est pas dit.

Megarum de l'ouest. Par le baptême isiaque on était admis dans le troupeau des isiaques: on était autorisé à monter l’escalier du naos et à faire dans le pronaos et au pied des autels ses dévotions à la déesse Isis. Cette entrée dans le pronaos était réglée par la communication d’un mot d’ordre .

« Vers la fin du dixième jour, les fidèles sont introduits en foule « dans le temple, et chacun, suivant la coutume ( Térence , Phorm., « v. 13-15, cité par Maury, p. 352, note 6), offre des présents au « néophyte. Quand tous les profanes se sont retirés, commence « pour lui la partie principale de l’initiation, la plus terrible et la « plus solennelle ; la grande veillée : (ITavvu)(tç. Maury , p. 330. « C’est ce qu’ Apulée appelle noctis sacratæ arcana), Le myste as-

« sîstait, dans la partie la plus retirée du sanctuaire, à une sorte de « drame qui faisait passer sous ses yeux toute l’histoire légendaire « de la divinité à laquelle il se consacrait : puis il était soumis lui- « même, au milieu des ténèbres, à une série d’épreuves redoutables, « jusqu’à ce qu’on l’amenât dans un lieu de délices tout resplendis- « sant de lumière, où des apparitions soudaines, où d’harmonieux « accords venaient frapper ses sens par un contraste imprévu. « (Maury, p. 353). Lucius a été témoin de scènes semblables dans « le temple d’Isis ; mais il ne peut en révéler le moindre détail sans « sacrilège. Aussi se contente-t-il de dire à mots couverts : J’appro- « chai des limites du trépas ; je foulai du pied le seuil de Proserpine « et j’en revins en passant par tous les éléments ; au milieu de la « nuit je vis le soleil briller de son éblouissant éclat ; je m’approchai « des dieux de l’ enfer, des dieux du ciel; je les contemplai face à face ; « je les adorai depi'ès, En un mot, Lucius a vu. (La Faye; op. cit. « p. 1 10-1 1 1 ). »

Le grand souterrain à l’ouest de la Colonne peut bien à de certaines époques avoir été usurpé par les chrétiens ; mais l’appareil en est hellénique, les proscynèmes remontent par leur paléographie à l’époque de Tibère, on n’y a pas trouvé trace d’ossements. On voit dans l’embranchement septentrional, au fond, l’emplacement d’une petite chapelle (ayjxoç). Les lampes recueillies dans ce souterrain ne donnent que des figurations d’Iris-Coré avec la torche des dadouques , et de Hélios embrassant Sérapis. Ce n’est donc pas un columbarium, pas une catacombe, mais une dépendance de l’Isium ? le seuil de Persèpbone ?

Les savants qui ont visité ce grand souterrain, ne sont pas tombé d’accord sur sa destination. Plusieurs d’entre eux ont admis la possibilité que ce soit un tombeau royal d’époque ptolémaïque. A la rigueur il n’est pas dit que tous les Ptolémées ont été ensevelis au même endroit : on pourrait, je crois, admettre le contraitre. Que si ce grand souterrain fut la dernière demeure d’un roi ou d’une reine, il n’est pas impossible que sous les Romains le silence se soit fait sur le nom du personnage qui y fut enseveli et que le souterrain ait servi à des fonctions religieuses.

N’avait-on pas détruit l’Arsinoéum ? Octavien n’avait-il pas méprisé les Ptolémées, ne daignant qu’une visite au tombeau

d’Alexandre-Ie-Grand ? Les historiens mentionnent-ils aucune visite aux tombeaux des Ptolémées ?

Nous avions un temple dédié à Isis et à Osiris, à Ptolémée IV et à sa femme.

L'apothéose du roi et de la reine est en Egypte la conséquence immédiate de leur décès. C’est très probable que les tombeaux de Ptolémée IV et de sa femme étaient sur l’emplacement de l’actuelle Bourse Toussoun, à quelques mètres des tombeaux de la famille auguste de Mohamed Aly.

Un tombeau royal a été reconnu par la Commission Française d'Egypte à Souk-el-Wardana, là où j’ai opéré des fouilles en 1896. Rien ne s’y oppose. Serait-ce le tombeau de Bélestiche ? Serait-ce le tombeau d’un Ptolémée ? Rien ne s’y oppose également. Arsinoé II aurait-elle été ensevelie près de l’ancien sanctuaire de Rhacotis ? On opposera que ce fut dans les Navalia. L’inscription de Bérénice Il retrouvée à la Colonne se rapporterait-elle au tombeau de Ptoléméé III ou de quelque autre de la même famille ? C’est peutêtre probable.

D’autres y ont vu le plan d’un Sérapée, semblable à celui de Memphis, mais quelque peu réduit. Les Hapis manquent, mais la statue d'un Hapis en granit noir a été retrouvée à l’ouverture du souterrain. Une chose est certaine : l’exploration complète de ce grand souterrain est une question d'argent ; elle en vaut cependant la peine.

Ces proscynèmes , cités plus haut, me suggèrent des réflexions. Les pieux visiteurs et les touristes d’autrefois ont laissé des proscynèmes sur les parois des édifices sacrés, soit en leur propre nom, soit au nom d’un autre. (0 Le proscynème n'est essentiellement qu’un hommage rendu soit à la divinité d’un temple, soit à la beauté des édifices ou des lieux sacrés ; expression de la piété ou de l’admiration des voyageurs. (*) Nous avons ici des proscynèmes , nous avons des inscriptions votives ; c’est donc à la divinité d’un temple qu’on s’adresse. Quelle que soit cette divinité, il nous est dit par l’inscription suivante :

(1) Letronne : Recueil, l. p. 432-33.

(2) Letronne, ibid. II, p. 1.

CÀPAniÀI KAI TOIC GYNNAOIC ©GOIC Ynep CCOTHPI AC AYTOKPATOPOC KAICAPOC TPA! ANOY AAPiANQY CGBACTOY

« à Sérapis et aux dieux qui sont dans le même temple, pour la « santé de l’empereur César Trajan Hadrien auguste. ...»

Voulons nous admettre que ce fut un sentiment d’admiration de la part de Dorothée et d’Ammonius? Admiration pour la beauté du lieu? c’est un souterrain funéraire, qui probablement n’a jamais reçu des statues ni autre ornement à exciter l’admiration des touristes. Ce fut-il la longueur extraordinaire des galeries souterraines dans la nécropole d’une cité marchande qui comptait par mètre carré (je devrais dire par coudées) l’espace disponible et inoccupé, dont tout autre aurait mieux disposé et profité? Il est bien possible que ce développement, inusité à Alexandrie, ait impressionné les visiteurs. Il n’y a, en effet, qu’à tenir compte des données suivantes :

longueur

Tombeau de Ramsès IV 66m

» » Séti II 73m

» » Ramsès VI io6m

» » Siptah U2m

» » Ramsès III 125™

» » Seti I i45m

Notre hypogée donne les mesures suivantes :

longueui

cour du milieu 9m20

grande galerie ; à l’embranchement 23m40

de l’embranch. à la galerie en pente 4m40

galerie en pente 2 7moo

2me embranchement 28moo

couloir du Ier embranchement 6moo

ire galerie secondaire S. E 22m 40

couloir de la galerie S. E 7m°°

2me galerie S. E 29moo

1 5Ôm40

Je suis bien sûr que ce sont, à ce jour, les plus grandes galeries qu’on connaisse à Alexandrie. La Commission Française d’Egypte a reconnu à Souk el Wardana un grand édifice funéraire, qu’on qualifia de « Tombeaux des Ptolémées ». Ce fut, sans doute, un monument funéraire de premier ordre; je l'ai déblayé de nouveau en mars 1S96 pour en rectifier le plan. L’hypogée mesurerait 6ym en longueur sur 70™ environ, en largeur: mais nos fouilles ont aisément démontré que si cet hypogée ptolémaïque est le plus extraordinaire qu’on connaisse de Gabbari au Mex, il ne mesure réellement que 54™ X 36™ 5 environ ; ce qu’il en reste, doit se rapporter à d’autres hypogées non symétriques à l’hypogée principal.

Cela soit dit pour ce qui pouvait exciter l’admiration des touristes d’autrefois ; quant à la piété, je ne puis me prononcer.

Mais commençons par décrire la galerie secondaire de l’Ouest à l'Est. Dans Y atrium à ciel ouvert une porte, à demi écroulée, (2m90 de haut, sur im90 de largeur) donne l'accès à la galerie. Il n’en reste que le montant de gauche, orné de corniches, mais dépourvu de toute sculpture. Un dromos du S. au N. (7m de long.) s’enfonce doucement dans l’intérieur de la colline; le parement du dromos est visible de l’un et de l’autre côté, à une hauteur de om 65 environ. Les parois, cependant, avaient été recouvertes d'un enduit blanc, dont il ne reste que des traces. La banquine, qui au moment de la trouvaille était protégée par le sable, paraissait d’une blancheur étonnante.

L’alignement du revêtement est parfait, sauf à corriger les inégalités de la paroi, où l’on avait comblé les interstices par du remplissage. A l’extrémité du couloir s'ouvre une galerie qui s’enfonce sur une longueur de 29 mètres dans le sein de la colline. On peut voir, même aujourd'hui, que l’entrée de cette galerie a été autrefois soigneusement masquée par une maçonnerie très serrée. La hauteur de cette galerie va de 2m9o à 3,n40 pour finir à 3m20 ; sa longueur oscille entre im9oet 2ni. A droite on compte seize niches à deuiix ; six en haut et dix en bas. Sur le côté opposé on en compte dix-huit. Au fond de la galerie, une petite chambre mesure 1 m6o de haut, sur un 1 «*30 de large et 2m90 de profondeur. Je ne connais pas dans les nécropoles d'Alexandrie aucune galerie qui ressemble à celle que je viens de décrire. Le revêtement en a été en partie enlevé. Les niches, à l’exception de celle du fond, présentent invariablement la disposition suivante :

Niches dans les Galeries de l'Ouest

A l’extérieur la niche s’ouvre en carré ayant un mètre de côté; à l’intérieur elle se compose d'une partie évidée, destinée apparemment à recevoir des coffres rectangulaires en calcaire et un podium pouvant avoir reçu le mobilier funéraire. Ce podium a toujours sur le bord principal un trou se glissant à l’intérieur et dont je n’ai pas encore compris la destination. Au dessus de chaque niche il y avait un autre trou pour y fixer une lampe ; c’étaient des lampes en terre cuite rougeâtre, quelquefois dorées.

J’ai nommé les coffrets en calcaire ; ils sont tous brisés, anépigraphes, sans ornements. Leurs débris sont amoncelés dans leur niche: il est évident d’abord qù’ils étaient scellés, qu’on les a brisés afin de les vider sans peine; que ce qu’ils contenaient a été recueilli avec soin et transféré ailleurs, car il n’en existe aucune trace. Et cependant les restes des coffrets sont là, en place; la brisure n’avait nullement pour motif le besoin d'employer ailleurs le calcaire, ne fût-ce que pour pierre de remplissage. Les coffrets sont trop petits pour avoir pu servir à des humations ordinaires.

Les Juifs à Chatby, faisaient usage de coffrets funéraires, mais seulement pour débarrasser les chambres funéraires à l’occasion de nouvelles inhumations. On connaît les coffrets funéraires des Juifs; ils sont en terre cuite, et affectent la forme d’une cuvette à bains : ils portent souvent en outre des inscriptions. La seule inscription recueillie dans cette galerie est gravée avec soin, en caractère de bonne époque ptolémaïque. sur une dalle de calcaire numolitique mesurant aujourd’hui, om 40 X om 46. On lit,

,111111 1 HNIOYO

en lettres de om 10 de haut. Je croyais pouvoir y lire Noupnrjvfou ; mais ce n’est pas certain : de la lettre O il n’y en a que la moitié et le O peut être aussi un 0.

J’ai pensé qu’il peut bien se faire qu’il y eut autrefois dans ces coffres des animaux sacrés, et sur le podium leur mobilier ainsi que des offrandes.

M. Perrot fût noter W que les fosses des nécropoles insulaires sont en général trop petites pour que l'on ait pu y coucher des corps tout entiers y et que cependant il n’y a aucune trace de crémation. Qu’il

(1) Perrot et Chipiez - La Grèce primitive, p. 1012.

est probable que Von déposait dans ces fosses les os déjà dépouillés de la chair et détachés les uns des autres . (Beat, journal , t. V, p. 48-49). Il rappelle aussi que la Crète a donné plusieurs échantillons de cuves en terre cuite , élégamment décorées, dont les dimensions se rapprochent de celles des urnes qui , dans d’autres pays, en Etrurie par exemple, recevaient les résidus du bûcher. (V L’exemplaire qu’il en donne, d’après M. Orsi 1 (2) mesure en hauteur, om48 ; en longueur, près du bord, 1 m 1 o 5 . Lorsqu’on les a découvertes, elles étaient pleines d’ossements, mais ceux-ci, dit M. Orsi O), ne portaient aucune trace de feu.

Lors de mes fouilles dans la nécropole orientale d’Alexandrie, surtout à Hatt-en-Nar près de l’Ibrahimieh, j’ai recueilli des cuves en terre cuite, pleines d’ossements qui ne portaient aucune trace de feu. Le Musée d’Alexandrie en possède cinq exemplaires, qui mesurent :

en hauteur

en largeur

VjJ

om 745

om 260

om 775

Om 210

ora 645

Om '200

om 705

om 580

Ces cuves que j’ai trouvé dans des chambres non encore violées, gisaient dans un coin de la chambre funéraire, la chambre elle même étant occupée par des squelettes alignés en ordre de date, sans aucune trace de crémation.

Sur la panse de la cuve b on avait tracé au couteau le nom du mort:

AT AGOTIOAIOC

Au lieu des cuves on trouve aussi des jarres en terre cuite, avec couvercle, mais sans anse, la panse très épanouie, servant au même office. Le nom du défunt est ordinairement gravé au couteau sur le bord supérieur de la jarre.

Cette banquine, et podium qui s’élève près des cuves à l’Hamoud es Saouari tient bien la place de la table funéraire à laquelle le défunt est censé boire et manger des provisions ensevelies avec lui dans la demeure qu’il ne quittera plus. On pourrait donc à la

(1) id. ibid p. 567-568. (2) Orsi, Urne funebri Cretesi, pl. II. (3) Orsi, op.

laud. pag. 116; Perrot, op. laud. p. 568.

rigueur croire que dans les cuves en calcaire on avait déposé les restes de l’inhumation. Cette explication serait tout naturelle et acceptable, si on avait trouvé dans ces galeries deux choses : d’abord des chambres avec des squelettes de même qu’à Chatby et à Hatten-Nar; si dans les cuves, ou quelque part près des cuves, on eût trouvé des ossements. Comme ni l’une, ni l’autre chose s’est trouvée dans ces galeries, il n'est pas admissible que ce furent les restes de l’inhumation qu’on déposa pieusement dans ces coffrets. On pourrait aussi croire que dans ces cuves en déposait les restes du boucher et que le coffre remplaçait l’urne cinéraire. Mais, d’abord, il n’existe aucun exemple dans les nécropoles d’Alexandrie, et, en tout cas, comment expliquer le manque absolu d’ossements ?

Je pourrai aussi ajouter que dans la nécropole occidentale d’Alexandrie, à Kom-el-Chogafa, à Kasr-el-Ashr, à Mafrousa, à Kom-el- Koubebe, à Souk-el-Wardana la crémation est une exception, tandis quelle est assez répandue dans la nécropole orientale, à Chatby, Hadra, Hatt-en-Nar, etc. A Kom-el-Chougafa j’ai compté par centaines les squelettes de morts qui avaient été inhumés; j’y ai trouvé aussi une magnifique urne en verre remplie d'ossements non calcinés par le feu, ainsi qu’une magnifique urne en terre remplie d’ossements également non calcinés par le feu ; dans le caveau d’Hérakléon j’ai trouvé cinq ou six urnes cinéraires en plomb, de l’époque des Antonins.

Une seule explication me semble possible et je vais la proposer : des animaux sacrés, à l’état de momie et enveloppés dans leurs bandelettes peuvent avoir été déposés dans ces coffres brisés, qui n’ont révélé jusqu’à présent la présence d’aucun fragment épigraphique certain. La destruction de ces caveaux minuscules n’est pas l’œuvre des chercheurs de pierres, qui auraient emporté tout ce tas d’éclats de coffrets, mais bien des chercheurs de momies. Pas une niche a été épargnée, la recherche fut minutieuse. Mais dans quel but? Une lampe chrétienne, décorée de la croix avec mèche, que j’ai trouvé dans la grande galerie, me fait croire que les chrétiens qui à l’Hamoud-el-Saouari ont martelé tant d’inscriptions hiéroglyphiques et païennes, eux qui ont brisé tant de statues, dans l’intention de purger le lieu de toute superstition ont brisé les coffres, en ont extrait les petites momies pour ies jeter ailleurs. L’atrium a été

ensuite comblé avec le sable du rivage de' la mer et le terrain a été nivelé à l’état où nous l’avons trouvé.

J’ai nommé les animaux sacrés : il y eut certainement à l’Hamoudes-Saouari des animaux sacrés sculptés en basalte et en granit. Mahmoud-el-Falaqui y avait trouvé un épervier d’Horus en basalte noir ; nos fouilles ont mis à jour, tout à fait à Ventrée de ces souterrains, un autre épervier d’Horus en basalte noir, brisé avec acharnement, et le grand taureau en granit, noir, brisé lui aussi : tout le monde peut les voir au Musée d’Alexandrie. Puisqu’on y vénérait les images des animaux sacrés, qu’y aurait-il d’impossible que, ainsi qu’en maintes parties de l’Egypte, il y eut aussi à Rhacotis des hypogées pour des animaux sacrés ? Il suffirait de rappeler le caveau d’un bœuf découvert par Mahmoud-el-Falaqui dans les souterrains au Nord de la Colonne.

On objectera que tout celà suppose l’existence d’un temple égyptien près de la Colonne Dioclétienne et qu’il faut le prouver. Nous l’avons prouvée.

Sur le côté Sud de la cour s’ouvre l’entrée de la grande galerie. La décoration de la porte n’existe plus : les pieds des montants sont en calcaire. A la place du montant de gauche, en haut, on voit des entailles produites par le frottement des cordages contre le roc tendre de la porte, lorsqu’on a voulu en extraire ou y introduire des monolithes. La porte mesure 3m 80 en haut, sur 2m 30 de large.

En entrant, à droite, on voit sept zôthèques creusées dans le vif du roc (om 45 X om 40 X om 80 en moyenne); on n’a rien trouvé dans ces zôthèques. La galerie qui, à sa naissance, est orientée entre l’O. et l’E. , après 57111 tourne au S., mais dès qu’on s’est orienté entre l’O. et l'E. on a d’abord neuf autres zôthèques. Les douze niches qui suivent, peuvent, par leurs dimensions (im 90 X im40sur im20 de hauteur), avoir reçu des cadavres inhumés. Sur la gauche on compte douze zôthèques et neuf grandes niches.

Après 23m 40, toujours entre l’O. et l’E., un dromos, à droite, donne accès à une autre galerie secondaire semblable tout à fait à la galerie que nous avons décrite ci-dessus, à la page 1 1 5 . La porte du dromos mesure en haut. 2m 50 sur im50 de largeur; le dromos lui-même a 6m de long. On y voit quatre niches à droite et deux semblables à gauche (im X im X om 40). Pour en finir, cette

galerie secondaire sur 22m 40 de parcours laisse voir 13 niches à droite et autant à gauche, (im X ira X om 55). Au fond de la galerie on trouve des traces de l’ancienne banquine qui courrait le long des parois, sur une hauteur de om 35.

Revenons sur nos pas au point de l'embranchement. D’ici à la deuxième partie de la galerie principale, qui est toute en descente, il n'y a à parcourir que 4m 40; on compte à droite 8 zôthèques et 2 niches à gauche.

La descente commence à 2}m 40 de l’entrée principale de la galerie; à ce point la hauteur de la galerie est de 2m40 sur 2m6o de largeur ; nous sommes à 9™ 20 au-dessous du sol et nous allons descendre en pente rapide.

Dans cette descente on ne rencontre que rarement des zôthèques : dans son parcours nous avons recueilli trois lampes en parfait état; dont une avec Hélios et Sérapis, l’autre avec Isis-Déméter, une troisième avec la croix copte. Quelques restes d’amphores.

Après 27 mètres la galerie tourne au N. E. en passant entre le lavacrum de l’Isium et la Colonne. Quelques zôthèques, de rares restes d'amphores, et c’est tout. On est encore en descente : nous sommes à peu près à i8m au dessous du sol, et à 82™ de la porte qui donne sur Y atrium. La galerie est inachevée : on voit encore sur place les blocs taillés dans le roc, au fur et à mesure qu'on se préparait à la continuer.

Peut-être qu’un déblaiement plus soigné pourrait nous donner le dernier mot sur la destination de cet important souterrain. 11 me semble que si l’on débarrassait avec soin les couloirs, si l’on irait jusqu’au rocher, si l’on sondait en tous sens le pavage, on trouverait quelque chose qui nous mettrait sur la bonne voie. Cette galerie en pente rapide doit, je crois, aboutir à quelque souterrain de bien autre importance. Pour l'instant, et faute d’argent, nous n’avons à relater ici que ce que nous avons trouvé, et ce que nous espérons trouver encore.

TEMPLE DE SÉRAP1S?

Sérapéum ? L’Isium étant à droite, il serait logique de voir dans les ruines à gauche les restes d’un Sérapée; à l’époque romaine les deux temples sont ordinairement compris dans la même enceinte, qui s’appelle To SspaTCStov xai to ’laelov. L’ancien sanctuaire mentionné par Tacite peut être reconnu dans l’édifice trapézoïdal, dont on peut voir ci-contre le plan. Ses fondations étaient profondément encaissées dans le rocher : elles avaient une épaisseur de 4ra40. On y avait employé des grands blocs de calcaire du Mex, dont une partie reste sur place. Ces sont des blocs mesurant im 20 de long. Le temple aurait une largeur variante de à 28m4 entre le Nord et le Sud : sur une longueur de 27 mètres entre l’Est et l'Ouest.

La chose qui seule me retient d’y voir l’ancien sanctuaire d’Osiris et Isis visité par Alexandre-le-Grand c’est un grand souterrain qui s’ouvre sur son flanc oriental. Ce souterrain est antérieur à l’occupation romaine. Le revêtement du couloir d’entrée est en appareil

hellénique, mais les Romains ont bouché le couloir par une fondation en béton. Le souterrain est donc l’œuvre des anciens habitants de Rhacotis, ou bien des Ptolémées. L’entrée, ainsi que je l’ai dit, était sur le côté Est ; la largeur du couloir n’est d’abord que de \m}0 sur un parcours de ipm2o; il tourne en direction du Nord pour reprendre après 2m la direction de l'Ouest. A ce point, le souterrain qui est en pente, obtient une largeur de 2m40 et on peut le suivre sur une longueur de huit mètres. Il s’enfonce au dessous des maisonnettes arabes qui couvrent le Sud-Ouest du plateau. Ce souterrain ne pourrait être qu’un tombeau royal, ou le caveau des Hapis : dans l'un ou l'autre, il faudrait acheter les maisonnettes qui nous empêchent de pénétrer outre, afin d’avoir un argument décisif sur lequel nous puissions nous baser.

Temple ou tombeau ptolémaïque, il était en tous cas un édifice consacré à la religion. Des statues de pharaons l’ornaient. Qu’il me soit permis de citer deux monuments de la dix-neuvième dynastie, qui s’y trouvaient et que j’ai transférés au Musée d'Alexandrie. Ce sont :

i° Granit rose : haut. 2mos. Groupe colossal. Un pharaon debout, acéphale, serre de la main droite le sceptre hiq. Une déesse debout, acéphale, probablement la déesse Isis, pose ses mains sur les épaules du roi, en signe de protection. (XIXmc dyn.).

2° Granit rose : haut. ini09. Statue assise du roi Ramsès II; acéphale. Le pharaon serre à la poitrine le sceptre hiq. (XIXmedyn.)

D’autres statues semblables gisaient sur le sol en 1879 lorsque je visitai la première fois ces ruines. Ce gisement de statues de la dix-neuvième dynastie nous laisse supposer que sur le plateau de la colline un pharaon, Ramsès II plutôt qu’un autre, avait fait ériger un sanctuaire à la triade très répandue : Osiris, Isis-Hathor, et Horus. Ce serait le sacellum de Tacite.

Les Romains ont agrandi, refait même et avec leur magnificence habituelle, le temple qui fut corinthien et dans lequel ils employèrent les marbres et les granits les plus variés. Les faibles proportions du temple primitif, sa forme trapézoïdale, ses statues pharaoniques, ses fondations énormes en calcaire du pays sont autant d’arguments en faveur d’un temple égyptien proportionné au petit poste militaire de Rhacotis, sous la dix-neuvième dynastie.

Arca ? Sur le côté oriental du péristyle, à 1 6m 8 S. E. à partir de l’axe de la Colonne, on voit trois puits circulaires fort semblables aux puits des citernes. La conservation du souterrain est parfaite, tout en offrant une ressemblance marquée avec les citernes romaines de l’Italie méridionale.

Les parois des puits sont munies d’échancrures en escalier, pour permettre de descendre dans le souterrain ; elles sont enduites en ciment imperméable. D’abord j’avais jugé que nous étions en présence d’une citerne destinée à y déverser les eaux de pluie de la plate-forme; mais en vidant le souterrain (8 au iojuin 1896) je venais de faire une trouvaille semblable à celle qu’on fit en 1865 dans Ylsium de Pompéi. M. La Faye ( Hist . du culte des divin. d'Alex, p. 182-183) nous dit: « dans un coin de Y area (de Ylsium ) « est une margelle carrée, dont deux côtés, opposés l’un à l’autre, « s’élevaient, il y a peu de temps encore, en forme de pignons (v. « une photographie reproduite dans une gravure d’Overbeck, p. « 73) et supportaient, à l’époque de la découverte, un toit à deux « pentes. ( Pomp . ant. hist., 14 Décembre 1765. Nicolini, p. 13). « En réalité, on n’a pas encore expliqué d’une manière satisfaisante « l’usage de cette singulière bâtisse. Aujourd’hui, si l’on se penche « sur le bord, on voit courir tout au fond l’eau du Sarno que le « canal de Fontana amène de ce côté. Mais primitivement le trou « qui limite cette margelle ne pénétrait pas aussi avant dans le sol « et ne communiquait avec aucune cavité plus large. On y a trouvé, « au milieu d’un monceau de cendres, des figues , des pignons , des « châtaignes , des noix et des noisettes; ce n’était donc pas un regard « du souterrain du temple (favissœ), (Fiorelli ; Descriz. di Pom- « pei, 1873, P- 360-61). On a émis aussi l’opinion qu’on s’en « servait comme de réceptacle pour les cendres et les offrandes « consumées dans les sacrifices, que l’on ne voulait pas jeter au « vent ou sur un terrain profane ( Overheck , p. 103). Mais alors « comment expliquer qu’on y ait trouvé des statuettes de marbre, « des médailles de bronze, des lampes de terre cuite et des flacons « de verre? {Pomp. a. h., 8 juin 1763, 21 juin et 3 juillet 1766). « Et comment supposer qu’un déversoir soit situé dans 1 area, a « droite du naos, presqu’à une place d’honneur? Peut-être avait- « on là une arca), s’ouvrant par une petite porte pratiquée dans

« le toit et destinée à contenir toute espèce d’objets nécessaires « au culte. »

Il m’est cher de l'avouer ; je ne suis pas à même de lancer une opinion, lorsque Fiorelli, La Faye, Overbeck en ont une déjà acquise et cependant diverse. Le litige est adbuc sub judice et je viens porter d’autres données à la question.

Les trois puits à l’Hamoud-es-Saouari forment un triangle ; appellons-les A, B, C. A, sera un puits; B, un deuxième; C, un troisième. A et B, à la base du triangle, s'ouvrent le long de la deuxième muraille de l’Est. Mais A et B ne communiquent avec C que par des couloirs étroits, dans lesquels nous n’avons rien trouvé qui mérite d'ètre signalé. Le puits C, par contre, n’était qu’une ouverture verticale circulaire, pratiquée à la partie supérieure ( luminare ) obstruée par les décombres, et donnant autrefois le jour à une chambre, dont la paroi s’élevait circulairement en voûte ellipsoïde. La chambre contenait des cendres, des charbons , des pignons carbonisés, des ossements de poissons, des valves de mollusques , et aussi des fragments de peintures sur stuc et du remblai.

J’ai le devoir d’exposer les faits, tels qu’ils se sont passés ; la fouille, du reste, n’était pas clandestine. Messieurs les touristes y accédaient chaque jour, sans besoin de permission spéciale. Nous avons donc eu à l’Hamoud-es-Saouari en juin 1896 le même fait qu’on avait signalé à l’Isium de Pompéi en 1765 et 1766.

Détails d’après les fouilles. La façade du pronaos était ornée de colonnes corinthiennes en granit. On sait que ces colonnes ont été jetées à la mer en 1167; je n’en ai retrouvé que de rares fragments. Quelques restes de statues, retrouvés sur place, peuvent avoir décoré le fronton oriental. L’entablement était doré ; nous en avons encore des beaux fragments.

La statue de la déesse, par son travail, accuse l’époque ptolémaïque. C’est ce qui reste évidemment de 1’ âyaXjia iiéyiaiov de la déesse Isis-Coré mentionné par le pseudo-Callisthène, comme existant au Sérapée. (A noter que jelisK<5pY]ç ûc.fi. etpasxopyjç &|i.)

Cette statue ne pourrait avoir reçue pour base la pierre sur laquelle on lit la dédicace à Arsinoë II : mais une statue d’Arsinoë II peut avoir été placée dans VI sium à la Colonne. J’ai toujours soutenu que cette base engagée dans le soubassement de la Colonne ne

venait pas de loin, qu’elle était presque in situ : la trouvaille de Ylsium confirme mes conjectures. M. Mahaffy a bien voulu me signaler des statues de princes Lagides existant au Vatican. J’ouvre le catalogue du Musée. Egyptien au Vatican, par le chev. Massi, à la page 217, et je trouve :

N° 10. Princesse égyptienne, statue en granit rouge.

» 12. Statue en granit rouge représentant Ptolémée II Philadelphe. . .

N° 14. Arsinoë, sœur et épouse de Ptolémée II Philadelphe. Statue en granit rouge.

Les fouilles nous donnent :

a) Base d’une statue d’Arsinoë, sœur et épouse de Ptolémée Philadelphe, (basalte).

b) Inscription au nom de Bérénice, fille adoptive d’Arsinoë et épouse de Ptolémée III, * (marbre statuaire).

c) Partie inférieure d’une statue colossale d’Isis, œuvre du temps de Ptolémée II, (granit rouge).

Les statues du Vatican proviennent, je crois, de la collection Borgia ou des fouilles opérées en Egypte par le chev. Gaddi. Il est de toute probabilité qu’elles viennent d’Alexandrie. Dans ce cas, on sait très bien que les fouilles des voyageurs modernes se sont toujours portées sur le plateau de la Colonne ; c’est ce qui a été fait par Rotoli, par Minaut, par Drovetti, et par bien d’autres. Nous avons à Alexandrie la base de la statue d’Arsinoë, tandis que la statue se retrouve probablement au Vatican. Si l’on pouvait faire avec bonheur cette constatation, on aurait prouvé:

a) que Ylsium, dont la construction avait été délibérée par Alexandre-le-Grand et négligée par Ptolémée Soter, fut bâti par Ptolémée Philadelphe et continué par son fils ;

b) que l’Isium était orné des statues de Ptolémée II, Arsinoë II et Bérénice, la evergètt ;

c ) que le beau fragment colossal de la statue de la déesse, que j’ai trouvé dans le naos de l’Isium, doit être daté du règne de Ptolémée IL

Galeries du Cimetière Hamoud- es-Saouari.

Lf.s galeries dans le cimetière indigène. J’en donne ci-dessus le plan qui en a été dressé par M. E. Bauer. Ces galeries ont leur entrée à l’angle N. O. de l'acropole, près de l’enceinte funéraire de la famille de S. E. Ahmed pacha Mazloum. Un puits circulaire s’ouvre dans le massif du béton et, en descendant verticalement dans le rocher, par un couloir a b donne accès à une chambre b ayant une issue c sur le chemin a c, par lequel les chercheurs de trésors ont pénétré dans un ancien couloir auquel vient aboutir le réseau des galeries. On avance le long de ce couloir jusqu’à une porte cintrée obstruée par la terre descendue par un deuxième puits à fleur du

sol, mais compris dans l’enceinte funéraire dont ci-dessus. En revenant sur nos pas jusqu’à la porte cintrée e nous pénétrons dans une très belle galerie mesurant 9m6o de long X 2m de large et deux statures en hauteur. Cette galerie semble être fort ancienne ; mais à l’époque romaine et dans le but de la rendre capable de supporter les poids les plus lourds, la voûte a été consolidée par des arceaux aigus, et les parois ont été revêtues en rangs de petits blocs de calcaire du Mex et en rangs de briques, à tour de rôle. Sur la paroi de droite on voit facilement qu’à des distances régulières on y avait scellé des stèles d’une médiocre épaisseur : elles ont été arrachées de leur place soit par les chrétiens, soit par les chercheurs de trésors.

Une petite chambre à gauche, mesurant un mètre de côté, nous laisse hésitants sur sa destination; il y a des traces de graffites. De/, par une arcade en plein cintre mais très basse on pénètre dans le couloir / g et par lui dans la galerie g h, au milieu de laquelle s’ouvre un puits circulaire i creusé dans le rocher. C’est ici, je pense, que Mahmoud el Falaqui a cru retrouver les restes d’un Hapi. « J’ai découvert aussi, dit-il, les ossements d’un bœuf dans une caverne du même monticule, à 85 mètres au Nord de la Colonne. . . » Il y a dans ce puits des ossements qui semblent donner gain de cause à mon prédécesseur. Cette galerie a deux issues, par h et par /. Par cette dernière arcade nous entrons dans le couloir m n, qui s’élargit jusqu’à 0 p j sans cependant communiquer avec la galerie obstruée c d. De r à / la galerie s’enfonce dans la direction de l’Est, avec un petit embranchement au Sud. Par la porte v on reprend le chemin vp obstrué par les terres descendues du luminaire. De temps en temps les stèles se continuaient.

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