‹ Fouilles à la colonne ThéodosienneChapitre 27 sur 29 · L. Septimius Tryphon · texte numérisé non relu

L. Septimius Tryphon

M. Aurelius Asclepiades

xvij.) De la colline Hamoud-es-Saouari provient, je crois, l’inscription suivante ;

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xviij.) L'édifice à la colline Hamoud-es-Saouari occupe une surface de 1 85m 1 85 en longueur et de presque autant en largeur. C’est le pendant du Gymnase vu par Strabon à l’Est de la ville. Nul doute que de la construction d’un tel monument, qui couvrait du Nord au Sud un sixième ou un septième de la ville, mention en est restée quelque part. Dans la numismatique Alexandrine nous voyons figurer un édifice, tantôt deux, constamment en rapport avec le Sérapée. Cette série de médailles va de Trajan à l'an XII d’Antonin. La construction de l’édifice aura donc duré de l'an 98 à l’an 149 de notre ère. Mais si les démiurges, de l’édifice sont douze, ainsi qu’il est dit par Aphthonius ; si Antonin est le dernier des démiurges, les onze souverains qui l’ont précédé étant Claude Ier, Néron, Galba, Othon, Vitellius, Vespasien, Titus, Domitien, Nerva, Trajan et Hadrien, le souverain qui a commencé les travaux est bien Claude Ier, qui par Suétone nous est indiqué comme fondateur du Çlaudium.

xix.) L’inscription de Minet-el-Bassal, que nous avons donnée à la page 34, nous indique Apollonius comme architecte préposé aux travaux publics de Trajan. A noter que l’architecte s’adresse à Sérapis pour la bonne réussite de ses propres travaux, et que l’édifice cité à maintes reprises ci-dessus prend dans les médailles le nom de Trajanum. Le Çlaudium ayant été bâti sur le flanc oriental, l’empereur Trajan continue l’édifice en décorant le sommet du plateau par le stoa ou forum. Ce serait le Trajanum des médailles.

Le Trajanum n’est mentionné que sous Trajan : les médailles de son successeur dont à l’édifice le nom de Hadrianum. On opposera le passage de Spartien: Cum opéra ubique infinita fecisset , numquam ipse nisi in Trajani patris templo nomen suum scripsit, (Hadr., XIX, 9). Mais les médailles aussi d'Alexandrie font autorité et Suide, malgré l’obscurité du texte, semble affirmer que Jovien, sur les instances de sa femme; fit brûler la bibliothèque d’un temple de Trajan bâti par Hadrien. On pourrait croire que Suide place le scène à Antioche; mais personne n’ignore que l’empereur Hadrien en voulait énormément aux citoyens d’Antioche et qu’il n’aurait pas daigné y bâtir aucun monument.

Le fait s’est donc passé soit à Rome, soit à Alexandrie. Pour admettre que ce fut à Rome, nous manquons de tout argument

probant, le Forum Trajanum s’étant conservé dans sa splendeur encore longtemps. Pour Alexandrie, c’est le cas contraire. Mais le Hadrianum n’a rien à voir avec le palais d’Hadrien mentionné par Néroutzos.

xx). La colonne de Sérapis, ayant été érigée postérieurement à Pline l’Ancien, doit avoir été montée par'l’architecte Apollonius.

xxj). Le massacre de Caracalla n’apporta aucune détérioration à l’édifice.

xxij). La prise d'Alexandrie par Aurélien peut avoir endommagé le côté oriental de l'édifice : nous avons retrouvé dans un puits, avec des fragments d’architecture en calcaire, quelques potins d’ Aurélien.

xxiij). L’inscription gravée sur la base de la colonne actuelle ne suffit pas à démontrer que le préfet Poseidios ait érigé une colonne à Dioclétien, parce que le piédestal était mieux indiqué pour recevoir une dédicace de façon qu’elle fut visible. L’inscription Dioclétienne n’est visible nettement que de onze heures à midi.

xxiv) . Le martelage de l’inscription dioclétienne a eu lieu au moment de l’érection de la colonne actuelle. Sous Dioclétien on n'était pas réduit à tels manques de proportions dans les parties d'une colonne. Sous Constantin non plus : il a mis en œuvre les restes d’un arc de Trajan, mais son arc à Rome est bien proportionné.

Lorsque plus tard on a voulu ériger, avec des restes d’autres monuments, l'actuelle Colonne, on lui a donné un chapiteau d’un diamètre trop fort, d’une hauteur trop faible, ébauché d’un manière trop molle, un chapiteau corinthien sur un fût dorique. Par contre, le socle de la base est trop élevé, le piédestal est trop court. On a donc employé des restes d’anciens monuments existant sur le plateau.

La base d’une colonne Dioclétienne a-t-elle été retrouvée quelque part? Il faudrait, en ce cas, supposer que le piédestal de cette colonne Dioclétienne, que nous ignorons, fut orné de bas-reliefs, afin d’excuser le préfet d'avoir gravé l’inscription sur le socle et non sur le piédestal.

xxv) . Le fait même d’avoir employé dans les fondations de la colonne un tronçon de l’obélisque de Séti 1, sens dessus dessous,

nous oblige à placer l’érection de la Colonne d’Alexandrie après la destruction du Sérapée, soit à l’époque d’Arcadius, fils de Théodose le Grand.

xxvj). Dans les fouilles on a trouvé des bases du péristyle, mais pas de chapiteaux. Mahmoud et Falaqui cependant en aurait retrouvé sur le côté septentrional de l’enceinte, dans le cimetière indigène. Il est vraisemblable qu’on a emporté les chapiteaux du péristyle de la salle centrale, parce qu’ils étaient en cuivre doré: xopuçalSè xfoai )(aXx(p psv Ss8rj|iioopYY] [levât, XPua$ aoy^pUTiTÔ [levât

(Aphthonius). Ch. Chipier (Dictionnaire des antiquités, s.v. Columna) dit que dans l’ordre corinthien les Romains aimaient couronner les colonnes de chapitaux d’airain ; qu’il en avait été ainsi au portique de Cn. Octavius et à l’intérieur du Panthéon.

xxvij) On croit que d’après un ordre de Constantin, en 328, on enleva du Sérapée la statue de Sérapis avec le Nilomètre ; que la statue fut brûlée et que le Nilomètre fut déposé dans l'église patriarcale bâtie par Grégoire l’Arien. Evidemment il y a confusion de dates. Grégoire, ou Georges, l’Arien avait été mis sur le siège de S. Athanase pas avant le conciliabule de Tyr en 335. Le Nilomètre aurait été restitué au Sérapée en 361 où il resta jusqu’à l’an 391 . Quant à la statue chryso-éléphantine de Sérapis elle ne paraît pas avoir été détruite en 328, puisqu’on lui sacrifiait vers l’an 391.

Je crois que l’ordre de Constantin regardait la colonne de Sérapis, ou au moins la statue couronnant la colonne. Ce serait dans les mœurs de Constantin, qui transféra de Rome à Constantinople la colonne du Soleil surmontée d’une statue d’Apollon en bronze et après avoir substitué aux rayons du Soleil les clous de la Passion ordonna qu’on eût à tenir cette figure pour la sienne.

Ce grand dépouilleur des colosses de Rome, pourquoi n’aura-t-il dépouillé Alexandrie de la Colonne de Sérapis? C’est bien possible.

xxviij) L’œuvre des chrétiens avant l’an 391 s’étairiimitée, semble-t-il, à la consécration du Mithreum : en 391 elle se limita à la destruction des temples surgissant sur le plateau et à chasser les réclus ( agneuontes ) et les récluses ( pallacides ) de leurs couvents. Les savants et les élèves, chrétiens ou payens, reprirent peu à peu leurs habitudes ; il y eut encore une école de droit et une école de lettres ; les savants se plaçaient debout près d’un pilier et débitaient

leurs cours, les élèves faisaient cercle autour du maître et prenaient leurs notes.

xxjx) L’ancien Musium des Romains changea de nom : il s’appella Evangelium : les moines chrétiens occupèrent le monastère des Agneuontes. Au temple de Sérapis, grand initiateur par le baptême, succéda l’église de Saint-Jean-Baptisté. L ’Hadrianum des anciens devint Y Arcadium des Byzantins.

xxx) Ce nom à' Arcadium donné au siège de l’École d’Alexandrie nous donne aussi la date de l’érection de la Colonne. A Constantinople, on n’en voit pas bien le motif, on dresse à Arcadius une colonne triomphale sur la septième colline.

Arcadius , le fils aîné de Théodose-le-Grand, lui succéda en Egypte l’an 395, quatre ans après la destruction du Sérapée. Il avait dix huit ans, et il gérait les affaires par l’intermédiaire de son premier ministre, Rufifin. Puisqu’il est mort en l’an 408, très jeune encore, fasciné par Ruffin et par Eudoxie, son œuvre est nulle ; il laisse faire. On le tente par la vanité ; on donne son nom au Fayoum : Arcadia , provincia Ægyptiquœ antea Heptanomos et Heptanomia. (Eustath. ad Dionys. Perieg. v. 251 p. 134 Bernh. et Parthey, ind. gcogr. lat. copt. p. 5 1 5). Le Fayoum était peuplé par des couvents de moines fanatiques. Une ville prit de l’empereur le nom d 'Arcadia. (son xal ’ApxaSÉa AbpTCioi) Steph. Byz.) Le stoa de

l’acropole prit le nom d' Arcadium. La réaction chrétienne avait triomphé de la religion des Sérapiastes ; mais le Christianisme qui avait déjà à Alexandrie une école de catéchistes et de polémistes, le Christianisme ne pouvait pas se passer d’une école savante, ni il osait condamner en plein jour les néo-platoniciens ; les principaux des Sérapiastes restèrent encore dans le nombre des savants.

xxxj) Une loi de Théodose II en 426 ordonne cuncta paganorum fana , templa, délabra, si quœ etiam iiunc restant integra , præcepto magistrat uni destrui , collocationeque vénéra ndœ christ iance religionis signo expiari prœcipimus (Cod Théod. L. 25. 31).

Très clair. Les temples qui n’avaient pas été détruits sous Aurélien, ceux qui n’avaient pas été réduits en églises chrétiennes, furent détruits en l’an 426, et la croix chrétienne plana solitaire sur ce triste sol jonché des statues mutilées des dieux et des héros.

Les temples d’Alexandrie subirent le sort commun; mais la

demeure à Alexandrie n’était pas gaie. En 415 les juifs avaient essayé leur Saint-Barthélemy contre les chrétiens (voxiO|xa)(La) et Hypathie avait été assassiné par les chrétiens.

xxxij). Conditions statiques de la ville d’ Alexandrie au commencement du £7me siècle ap.J.-C.

« Per id temporis et in vastailla Alexandriae urbe, quae ad Nilum « flumen est sita, sensus quidam eius turbinis fuit, brevis tamen « et pauculus nec omnibus cognitus : unde incolae omnes et praeci- « pue iam aetate provectiores pro ingenti miraculo quod contigit (( habuere, quum ibi antehac numquam terraemotus fuerit. Prae « formidine tamen omnes re mira subita consternati, in publicum « se effundebant : et me simul, qui ibi tune legum et eruditionis « causa aderam, etsi parvi motus, terror invasit, et eo magis, quia « mecum tacitus considerarem Alexandriae aedificia nec firmiora « esse, nec satis ampla, nec posse vel ad breve commota sub- « sistere, nimirum quum extenuata haec sint et sub uno lapidum « contextu extructa, Qui timor haud sane supervacaneus vide- « batur, quum vel viri literatissimi eodem pavore, non praeteritae « adeo concussionis de causa, quam futurae detinebantur. Hi « namque exhalationes quasdam esse asseverabant , inflatiores « quidem et siccas, infra terrae concavitate coërcitas ; et quia « non facile evaporarent, in interiorem terrae has partem violen- « tius convolutas universa superstantia commovere, quousque « tandem impetu violento compressions in apertum ferantur ». Agathias, lib. II.

Il s’agit ici du premier tremblement de terre ressenti à Alexandrie, en juin, je crois, de l’an 525, parce que l’école de droit à Alexandrie, fréquentée par Agathias fut fermée en 529. Nous y assistons à une dispute savante sur la cause des tremblements de terre : mais le cadre qu’on nous trace de la faible solidité des maisons d’Alexandrie est navrant. Pas d’édifices vraiment anciens, dont la solidité résiste à toute secousse du sol ; pas même de constructions d’un certain appareil.

xxxiij). Les mesures de Justinien édictant la fermeture des écoles de lettres et de droit, permirent-elles à Alexandrie- la continuation cette célèbre école médicale qui en fut la gloire la plus incontestée ? y eût encore à l’Evangelium d’autres professeurs ; mais à titre

officieux et, à ce que nous en connaissons, ce furent des théologiens qu’on ne tarda pas de traiter en hérétiques.

C’est la fin du Musée et de l’Ecole d’Alexandrie.

xxxjv). La restauration de ÏAngelium étant advenue sous le patriarche cophte Isac, quelques années après la conquête des Arabes, elle a dû être limitée à l’église de Saint Jean-Baptiste. Cette église fondée sous Arcadius entre 395 et 408 pouvait bien temporum iniuria tomber en ruine vers le 600. C’est le moment où les Cophtes vont bâtir l'église de Saint-Marc, après le schisme entre Jacobites et Melchites.

On a trouvé à l’Hamoud-es-Saouari quelques empreintes chrétiennes sur plâtre, près de la Colonne ; dans le grand souterrain de l’ouest on a trouvé aussi avec des lampes païennes une lampe ornée de la croix cophte.

Je viens ici déposer mes conclusions. Ce sont:

a) La colline Hamoud-es-Saouri qui est le noyau de l’ancienne Rhacotis, à partir de la XIXrae dynastie.

b) C'est là que se trouve une nécropole préalexandrine, autour d’un ancien sanctuaire d’Isis et Osiris. Le mobilier de cette nécropole consiste en auges, en vases à dessin géométrique, en tables d’offrandes, en autels en forme de mastaba , etc.

c) Le Lagiitm est à -chercher dans la gorge à tombeaux qui sépare la colline Hamoud-es-Saouari de la colline Abou-’l-Kassim. C’est l’œuvre des Ptolémées.

d) Un tsium semble avoir été bâti sur le plateau de la Colonne, sous le règne de Philadelphie. La statue de la déesse était colossale. On y voyait aussi une statue d’Arsinoé II érigée par Thestor, fils de l’architecte Satyros. La reine Bérénice II y a accompli quelque acte religieux.

e) Il est probable que les tombeaux de quelqu’un des premiers Lagides existent près de l’Isium. Dans ce cas, il doivent avoir été des Lagides antérieurs à Ptolémée IV, qui eut son tombeau et son temple funéraire, je crois, dans la Néapolis, sur l’emplacement dé l’actuelle Bourse Toussoun.

f) Sous Ptolémée IV ou V on adopte le culte de Sérapis, officiellement (Insc. de la Bourse Toussoun et de Mandarah). C’est à ce moment que les dogmes des Sérapiastes vont être fixés, et que Sérapis remplace Osiris.

g) Après Ptolémée VIII, et jusqu’à Claude Ier, la colline et le temple de l’Hamoud-es-Saouari sont négligés.

h) Claude Ier y fonde le Claudium sur le flanc oriental ; on lui doit probablement le grand escalier.

i) Le culte de Sérapis et d’Isis s’affermit, à partir de Claude. Les Flaviens, Trajan, Hadrien modifient complètement la topographie de la colline. L’enceinte du plateau est portiquée en forme de stoa, et devient le rendez-vous des savants et des théologiens, auxquels on ouvre la bibliothèque fille et des salles à conférences. Au dedans de l’enceinte il y a un Serapeum et un Isieum.

j) La colonne de Sérapis plane sur l’édifice ; elle atteint cinquante mètres, environ, sur la Rue R 7 bis. L’édifice est achevé en l’an XII. d’Antonin.

k) Après Septime Sévère il n’est plus question de la grande bibliothèque. Après Caracalla, l’ancien Musée n’existe plus. Le Claudium tient ferme jusqu’à Aurélien.

l) La bibliothèque fille tombée au pouvoir de Georges de Cappadoce, est saisie par le gouvernement central de Constantinople en 362 ; on peut se demander si elle ne fut pas brûlée d’ordre de Jovien.

m) Le Sérapée est détruit en 391 .

n) Une colonne est érigée en commémoration de la victoire des chrétiens sur les Sérapiastes et les Isiaques. C’est la Colonne Théodosienne.

0) Le fût de la colonne théodosienne est probablement le même que j’ai désigné passim sous le titre de Colonne de Sérapis. Il est à croire que la base dioclétienne appartenait à une autre colonne érigée en l’honneur d’un autre empereur que nous ignorons, mais dont la statue fut en porphyre; le piédestal, orné de trophées en métal, peut avoir supporté une statue colossale, telle que la statue Rotoli-Choiseul .

p) Le Claudium prend le nom à! Arcadium.

q) On installe près du plateau un couvent de moines, et on y bâtit une église en l’honneur de S. Jean-Baptiste.

r) L’Arcadium prend aussi les noms d t Angel ium et Evangelium'. cela, je crois, à partir de Justinien.

s) La statue en airain est descendue/.

/) L’Eglise de Saint-Jean est restaurée sous le patriarcat d'Isac ; elle est détruite, probablement au Xme siècle.

//) Joussef Salah-Ed-Din fait transporter à la mer, en l’an 1 167, les colonnes et les grands blocs de l'édifice, en enrochement, au pied des remparts donnant sur le rivage.

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