Tacite; Hist. I
L’empereur Septime Sévère est nommé dans une stèle cylindrique de Syène, en granit, transportée par Mimaut à Alexandrie et de Alexandrie à Paris, dans laquelle mention est faite de la découverte de nouvelles carrières de granit à Assouan, dont on a tiré columnas grandes et militas.
En voici le texte, d’après Letronne : (O
a) J(ovi) O(ptimo) M(aximo) Hammoni Chnubidi, Junoni reginæ, quor(um) sub tutela hic nions est :
b) CLuod primiter sub imperio p(opuli) R(omani), felicissimo sæculo D(oniinorum) n(ostrorum) invictorum imp(eratorum).
c) Severi et Antonini piissimorum Aug(ustorum), et G(etæ nobilissi(mi Cæsaris, et) Iuliæ Domnæ Aug(ustaæ( m(atris) k(astrorum).
d) Juxsta Philas novæ lapicædine adinventæ tractæque sunt parastaticæ et côlumnæ grandes et rnultæ :
e) Sub Atiano Aquila præfecto Aegypti ; curam agente op(erum) domini(coruni) Aurel(io) Heraclida dec(urione) al(æ) Maur(oruni).
Sur les indications de Tillemont, M. Letronne a établi que cette inscription doit être placée de 205 à 209 de notre ère.
Je ne peux me passer de transcrire ici un passage de l’immortel Letronne.
« Quant à l’opération dont la dédicace conserve le souvenir, les « mots quod primiter sub imperio populi Romani. . . . novæ lapi- « cœdinx adinventæ sunt méritent attention. Il en résulterait que, « pendant les deux premiers siècles de la domination romaine, on « n’avait fait nulle attention aux carrières de granit que la « montagne pouvait recéler: qu’elles furent enfin découvertes « (adinventæ) au commencement du IIP siècle de notre ère, et ex- « ploitées pour la première fois. Il paraît même que cette exploita- « tion fut très-active, puisqu’on en tira des pilastres et des colonnes « nombreuses et de grande dimension. J’ai émis plus haut (p. 197, « 198) la conjecture que ces carrières furent exploitées après « l’abandon de VHyd remua Traianum, nécessité par l’ensablement « du canal des deux mers. Ce qu’il y a de certain, c’est que celles-ci « étaient abandonnées à l’époque où les carrières de Philæ furent « découvertes et mises en œuvre. »
(1) Letronne - Recueil, I. p. 446-447.
« En expliquant l’inscription gravée sur la base de la co-
« lonne dite de Pompée, j’exposerai les raisons qui rendent probable « que ce grand monument provenait de ces nouvelles carrières. »
(Letronne. Recueil, I, pp. 449, 450).
D’abord, y eut-il une colonne en l’honneur de Septime Sévère à Alexandrie ? Les médailles alexandrines nous font voir à l’an II de Septime Sévère, style égyptien, (193 ap. J.-C.) une colonne surmontée d’un aigle romain et flanquée d’enseignes militaires. Mais, toujours d’après les médailles, ça n’a pas l’air d’avoir été un monument extraordinaire, mais tout simplement une colonne militaire que les officiers de la IIme légion, à l’avènement du nouvel empereur, lui auraient élevée, ainsi qu’ils avaient habitude de le faire, même pour les préfets du prétoire. (Voir au Musée d’Alexandrie les colonnes de 77. Longatus Rufus et de Honoratus). Ce monument qui nous est désigné par la médaille de l’an 193 n’est pas à confondre avec l’autre que les vétérans lui érigèrent en 199.
Dans le silence des historiens, ainsi que des descripteurs, nous pouvons nous demander si Septime Sévère, ayant réellement fait quelque chose pour les Alexandrins, en obtint une preuve éclatante de leur reconnaissance.
Septime Sévère visita Alexandrie et l’Egypte en l’an 202, en compagnie de Julia Domna et de Caracalla. Voici comment la chose est narrée par Aelius Spartianus.
« Dein cum Antiochiam transisset, data virili toga filio maiori, « secum eum consulem designavit, et statim in Syria consulatum « inierunt. Post hoc dato# stipendio cumulatiore militibus Ale- « xandriam petit. In itinere Palæstinisplurima iura fundavit. Judæos « fieri sub gravi pœna vetuit. idem etiam de Christianis sanxit. « deinde Alexandrinis ius buleutarum dédit, qui sine publico con- « silio (ita ut sub regibus ante) vivebant, uno iudice contenti, quem « Cæsar dedisset. multa præterea his iura mutavit. iucundam sibi « peregrinationem hanc propter religionem dei Sarapidis et propter « rerum antiquarum cognitionem et propter novitatem animalium « vel locorum fuisse Severus ipse postea semper ostendit. (0 »
(1) Script, hist. aug. — Lipsiæ 1884 - vol. I, p. 148.
D’après cet historien on voit que l’empereur a assez bien mérité des Alexandrins. Dion Cassius vient à l’appui de Spartien : il dit toTç 8’ ’AXs^avàpsüaiv avso pouXsuxwv TtoXtTsuaGat sxéXeoasv.(,) C’était une dérogation à la jurisprudence constante des empereurs.
Dion Cassius nous donne d’autres notices : l’empereur rendit des honneurs à Alexandre le Grand et à Pompée le Grand, réglementa l’entrée au tombeau d’Alexandre, et prit des mesures administratives à l’égard des bibliothèques.
Qu’il me soit permis de faire suivre quelques réflexions, à ce savant commentaire de notre maître à tous.
La Colonne est en granit d’Assouan. Sous Tibère les gisements de granit dans cette carrière semblaient épuisés. C’est pourquoi Vitrasius Pollio en chercha d’autres ailleurs, au Mous Claudianus.
La Colonne d’Alexandrie peut avoir été taillée soit avant Claude Ier, soit à partir de Septime Sévère. Si elle avait existé avant Claude Ier, pour quel motif n'aurait-elle pas été mentionnée par Pline l’ancien, ni par Strabon? Veut-on y voir l’obélisque de l’Arsinoéum dégradé par Maximus, préfet, et arrondi plus tard en colonne? Cette solution exigerait une nouvelle interprétation du célèbre passage de Pline : « inde eum Navalibus incommodum Maxumus quidam prcefectus Aegypti transtulit in forum, reciso cacumine, dum vult fastigium addere auratum, quod postea omisit. »
Mahaffy, qui partage cette idée, déjà émise par un des membres de la Commission française de l’Egypte en 1799, voudrait lire: «inde eum navalibus in commodum, Maximus etc. transtulit in pharum. » f3)
Je ne voudrais pas forcer, sans nécessité, le texte universellement accepté d’un auteur classique. Transtulit in pharum. . . Pas in Pharum insulam; donc, pas à Pharos. Où donc ? Évidemment sur « une colline dont on aurait oublié de donner le nom, lorsqu’il le fallait.
(2) The Atbcnœum; n. 3618, Feb. 27, *97.
(3) Le temple de Debbod continué par Tibère est resté inachevé. Le quai d’Eléphantine a été restauré par les Romains qui y employèrent des blocs empruntés à un édifice plus ancien. Le grand temple de Philæ a été soigné par Tibère, Caligula et Claude; mais à la. diversité des chapiteaux on voit qu’on les a empruntés à
td’autres édifices. Le kiosque de Philæ est cependant l’œuvre de Tibère.
In pbarum , pour y être comme un phare pendant le jour, et le fastigium doré aurait brillé sur les vagues de la mer qui miroite. Cet amendement a été suggéré à M. Mahaffy par la division de l’adjectif inœmmodum dans les deux mots in commodum. Mais par quels motifs doit-on rejeter le texte primitif, là où il dit transtulit in forum ? On dira : Parce qu’il n’y avait pas de forum à Alexandrie. Et qui est-ce qui le dit? Pline est un auteur latin, un personnage même bien placé pour connaître la topographie d’Alexandrie, lui qui était préfet de la flotte de Misène. A ce double titre il faut le croire, lorsqu’il dit qu’à Alexandrie il y avait u n forum, et que dans ce forum le préfet Maximus avait déposé l’obélisque tronqué de l’Arsinoéum.
Au temps des Plines quel fut le plan général des forum romains ?
Le forum des Romains ne peut être comparé qu'au stoa ou portique des Grecs. Le stoa d’Hadrien à Athènes formait une enceinte carrée, entourée de portiques, comprenant des salles décorées de tableaux et de statues. Il y avait, en outre, un temple de tous les dieux ou Panthéon, et une bibliothèque. (Collignon, Man. d'arch. gr. p. 86.) Il en est de même à l’Hamoud-es-Saouari. Le forum de Trajan à Rome avait ses portiques, ses statues, son temple, sa bibliothèque et une colonne triomphale au centre. Le forum des latins à l'époque impériale a donc son équivalent dans le stoa des Grecs, à la même époque. Sur le plateau de la colline Hamoud-es- Saouari il y avait une enceinte carrée, entourée de portiques, comprenant des salles décorées de peintures (fouilles 1896) et de statues de personnages (fouilles Mimant ); il y avait en outre des temples, et une bibliothèque (Aphthonius), une colonne colossale, celle qu'on nomme «colonne Pompée» ou «colonne dioclétienne » : l’édifice avait en conséquence une grande ressemblance avec le Forum Trajattum , et aussi avec le Stoa d'Hadrien .
Si, ainsi que je le crois, Pline a appellé forum le stoa à l’Hamoudes-Saouari, il n’y aura pas besoin de faire violence au texte de Pline. L’idée du préfet Maximus a été d’ériger l’obélisque de Nectanébe sur le plateau de LHamoud-es-Saouari. Dans cette idée il opéra le transfert de l'obélisque : la date de ce transport peut être fixée sous le règne d’Auguste, étant préfet un certain M. Mâgius M. f.
Maximus, sur le compte duquel nous ne sommes guère renseignés, mais dont la préfecture tombe après le 14 av. J.-C., soit après le voyage de Strabon. Le préfet portait des améliorations aux Navalia (Newpca) ; il voulait agrandir les édifices destinés à l’approvisionnement de la flotte marchande ou de l’escadre alexandrine. Le temple d’Arsinoé le gênait: il le détruisit; l’obélisque le gênait, il le transporta ailleurs, sur une colline, en vue du Port Eunostos, près de l’ancien Stade. La position n’était pas mal choisie, parce que l’obélisque placé ainsi à seize mètres au-dessus du niveau de l’Heptastade devait obtenir une élévation de quarante mètres environ sur le niveau de la mer et être visible de Pharos aussi bien que d’Eunostos.
Le passage de Pline, même si l’on n’y apporte aucune modification, fait comprendre que pour donner suite au projet de Maximus on commença par couper le pyramidion, dans l’idée de lui substituer un couronnement doré. Cette opération ayant déformé l’obélisque, il semble que le préfet déférant aux railleries des Alexandrins renonça à son fastigium, sans qu’on sache ce qu’il advint ensuite de l’obélisque.
On dira que 1 1 forum n’existait pas à l’époque de Maximus ; mais il existait sans doute à l’époque de Pline, et celà suffit pour expliquer son transtulit in forum.
La transformation d’un obélisque en colonne ayant 2m53 de diamètre exige, je crois, qu'on lui donne en hauteur une trentaine de mètres, au moins, et la cououre du pyramidion ne suffit pas à la besogne. Pas un texte ne nous autorise à croire à cette transformation : les savants se fondent exclusivement sur ces deux conditions de fait: a) que Maxime en coupa le pyramidion, circonstance qui nous ferait reconnaître cet obélisque, si on l’avait transporté à Rome, à Constantinople etc; b) qu’on ne le trouve nulle part.
Je ne pourrais cependant en tirer une conclusion péremptoire : mais plutôt, et comme élément de discussion, je rappellerai que les médailles d’Alexandrie, à partir de Trajan (c’est-à-dire après Pline l’ancien) nous présentent sur leur revers tantôt une colonne de Sérapis, tantôt une colonne surmontée du calathus.
Sous Trajan.
a) ATT- TPAI AN • C6B T€PM . AAKIK. Buste lauré et cuirassé de Trajan, à dr.
B- L I Z- L’empereur dans une quadrige, couronné par la Victoire : au fond, une colonne surmontée d'une statue (Mionnet, 745 ; Feuardent, 1085 ; Musée d’Alexandrie, 812).
b) Même légende, même buste.
B- L K- Colonne surmontée d’une corbeille, au milieu de deux dragons ailés et mitrés. (Feuardent. 1063).
c) Même légende, même buste.
B- L IZ- Colonne surmontée d'une corbeille, au milieu de deux dragons ailés et mitrés. (Feuardent. 1081; Mionnet, 731; Stuart Poole, 357.)
d) Même légende, même buste.
B- L I T- L;i déesse Athène nicéphore (?), casquée, debout, à gauche, appuyant la main gauche sur son bouclier. Devant, sur une grande base, la chouette chère aux savants : derrière, une grande colonne surmontée d’un buste de Sérapis. (Feuardent, 998 bis;
Sous Marc Aurèle, empereur.
M. ATPHAIOC ANTONINOC
B LH MONHTA- La Monnaie, debout, à gauche, tenant des balances et le sceptre: derrière la Monnaie, une colonne surmontée d'une statue, debout. (Feuardent, 2020).
Sous Commode.
M- A- KOM- ANTfl- C€B 6TC6B- Tête Iaurée et barbue de Commode, à dixA".
B- LKA- Femme tourelée (Alexandrie ?), debout, à gauche, sacrifiant sur un autel ; en face, la tête de Sérapis sur une colonne. (Mionnet, 2346 ; Feuardent, 2264 ; Stuart Poole, 1432 ; Musée d’Alexandrie, 2239).
Sous Septime Sévère.
B- LA- Victoire, à droite, couronnant un buste colossal de Sérapis placé sur une grosse colonne. (Musée d’Alexandrie, 2329).
Sous Elagabale.
B- L B- L’empereur debout, à droite, sacrifiant sur un autel, devant un buste colossal de Sérapis placé sur une forte colonne.
Si nous voulons admettre que la colonne avait été érigée paj les Alexandrins après l’an 202 en l’honneur de Septime Sévère, en tant que « colonne de la constitution», Dion et Spartien n’auraient pas manqué de nous le dire; on retrouverait au moins à la Colonne quelque reste de la statue et de la dédicace; on l’aurait certainement reproduite sur les médailles d’Alexandrie. Quoique la correction de Michaëlis soit heureuse, nous ne pouvons croire à l’existence d’une colonne Sévérienne. La reconnaissance des Alexandrins se limita, paraît-il, à l’érection d’une statue sur le rivage du Grand Port : cette statue a été retrouvée en 1799.
Je ne saurais dire si les Alexandrins très flattés de la deuxième visite de Caracalla lui décernèrent, ou non, une colonne triomphale. Certes, les statues ne manquèrent pas, et à son entrée il en vit plusieurs; il y en avait une aussiàrHamoud-es-Saouari. Mais cette visite fut suivie du massacre général et de l’abolition de la constitution accordée par son père et par lui en 202. Donc pas de colonnes.
A partir de Caracalla et jusqu’à Dioclétien la ville d’Alexandrie fut ensanglantée par des émeutes et des révolutions. Macrin et Alexandre Sévère n’ont rien fait pour le bien de la ville, qui ne demandait qu’un peu de répit et de clémence. Après Alexandre Sévère la domination des Césars sur l’Egypte ne fut reconnue que de temps en temps, jusqu’à s’attirer des horribles châtiments par Aurélien, Claude II et Dioclétien. Le règne de Falerius Severus ne dura que quelques mois.
En somme, une Columna Severi n’a jamais existé.
Colonne de Titus ? Pococke suppose que la Colonne d’Alexandrie peut avoir été érigée en l’honneur de Titus qui séjourna en Egypte.
La date ne serait pas mal choisie, pôur une première érection ; mais des médailles d’Alexandrie il semble établi que la ville n’érigea pas à Titus une colonne, mais un arc de triomphe. Les dieux envièrent à Rome le bonheur d’être gouvernée avec tant de clémence et de bonté ; la vie de Titus fut de courte durée. Un billon de l’an VI de Domitien (au Br. M.) laisse voir un arc de triomphe, à trois arcades : la façade est décorée de quatre colonnes, au-dessus desquelles quatre Victoires encadrent deux médaillons. Sur la plateforme l’empereur figure dans une quadrige entre deux trophées auxquels sont enchaînés des captifs. Il s’agit d’un véritable arc de
triomphe dédié en l’an 6 de Domitien, en souvenir du bellum judaicum , auquel prit part l’armée d’Egypte. Il ne pourrait y être question de l’arc de Titus à Rome, parce que celui d’Alexandrie a trois arcades. On le revoit à l’an XIV et à l’an XV de Domitien. Des ruines d’un arc de triomphe peuvent être reconnues le long de la rue militaire de Y Oppidum Romanorum.
Colonne d’Hadrien ? Cette circonstance expliquerait le silence de Strabon, de Josèphe, de Tacite et des Plines. Admettons en effet que Titus, alors général en chef et vicaire impérial, demeurant quelque temps à Alexandrie, à la prière de la noblesse, des prêtres, ou de sa propre initiative, ait eu l’idée de relever l’obélisque tronqué par Maximus : Pa-t-il fait? Pourrait-on l’affirmer? Non. Pourrait-on le nier? Non. Doit-on attribuer l’érection de la Colonne à Hadrien? Non plus, parce que sur les médailles nous avons à l’an 13 de Trajan une colonne de Sérapis ; à l’an 16, la colonne surmontée de la corbeille ; à l’an 17, la colonne surmontée d'une statue. Quand même la colonne de l'an XVII serait la célébré colonne Trajane de Rome, il est possible d’admettre que l’architecte Apollodore se soit inspiré de la colonne du forum d’Alexandrie, lequel, s’il n’était pas l’œuvre de l’architecte Apollonius mais d’un autre plus ancien, ne cesserait point pour cela d’être un monument capable d’inspirer l’architecte attitré de Trajan. L’œuvre d'Hadrien se porta sur l’édifice lui-même, pas sur la colonne.
Une tradition ecclésiastique rapportée par Stefano Mantegazza et par Lumbroso, prisée au récit des agiographes, fait que la colonne ait été érigée soit par Maxence, soit par Maximin Daza. Sur la Colonne il y avait une idole : les chrétiens qui se refusaient d'adorer l’idole étaient tués sur le champ. Cette tradition qu’on aurait tort de mépriser, nous ramène à l’existence d’une «Colonne de Sérapis».
Dans une note qui accompagne un plan d’Alexandrie possédé par ce Musée on lit : Sexto fere ab Alexandria milliario, ad Occidentem, inter vetusta œdificia, coin mua visitur spectatœ altitudinis et cr assit udinis, quant Arabes Hemedussaoar, hoc est arborum collumnant vocitant. De bac fabula recensetur : quemdam ex Ptolemœis Alexandrin: regibus collumnam in port us ext remit a te œnstrui jussisse , qua civitatem ab hostium incursionibus tutam ac Jyroiude inexpugnabilem redderet, atque in ejus fastigio ingens ex Chalibe spéculum ap-
posuisse, cujus abdita virtute quotquot retecto speculo iuxta collumnam prœterveherentur naves, e vestigio (? ) mirabiliter conflagrarent : sed a Mahumetanis vastato speculo, ejus quoque virtutem evanuisse, atque illin c asportatam extitisse. Ridicula profecto narratio et quce inf antibus persuaderi debeat,
Laissons, s’il vous plait, de côté les mirabilia débités par les cicéronis alexandrins aux voyageurs : il n’en reste pas moins établi que dans la tradition alexandrine au XVIme siècle la colonne des piliers, ou des arbres n’était autre chose que l’obélisque deNectanèbe érigé par les Ptolémées au rivage du Grand Port, et transféré par les Musulmans sur la colline Hamoud-es-Saouari.
Au XIIme Siècle.
An ii 17. L’auteur du Tohfat el Alalbal y compte 300 colonnes, évidemment il ne se limite pas au plateau de la colline.
An 1153. Edrisi, qui vécut à la cour de Roger II en Sicile et très bien placé pour connaître les choses d’Alexandrie, d’après son abréviateur, écrit : La grande colonne appellée colonne des piliers (Hamoudes-Saouari) se trouve clans un bâtiment situé au sud de la ville: E édifice forme un carré long ; les colonnes sont encore sur pied et il y en a 16 pour chacun des côtés les plus courts et 6y pour chacun des côtés les plus longs, Rien de plus formel : Edrisi a vu. Il faudra, je crois, lire 66 au lieu de 67 : en tout cas c’est bien du plateau de la Colonne qu’il s’agit.
An 1160, environ. ‘Benjamin de Tudela, savant juif, f 1173, nous a laissé une relation de ses voyages, en hébreu (Constantinople,
1 543) traduite en latin (Leyde, 1633e) et en français (Amsterdam, 1734). Il dit: Hors de la ville d’Alexandrie est l’École d’Aristote précepteur d’Alexandre, qui est un grand et bel édifice orné de colonnes de marbre entre chaque école. Il y a environ vingt de ces écoles, où l'on venait de tous les endroits du monde pour entendre la sagesse du philosophe Aristote.
Enfin nous allons être fixés sur la tradition alexandrine au sujet du grand palais hors de la ville: c’était là qu’on étudiait la philosophie, mais personne 11’ig.nore que les savants du Musée impérial s’appellaient cpiX6aocpoi? même sans professer la philosophie. Et le Musée
avait vingt salles à conférences, ou, au moins, vingt sections de portiques où l’on pouvait se promener et faire son cours.
An 1167. Karadja, Qarâ-qoucb (autrement Bohâ-ed-Din-el-Assady) nubien, vizir de Yussef Salah-ed-Dîn, fait transporter à la mer les colonnes de la colline es-Saouari, et les y jeter en enrochement au pied des remparts de la ville. Abou’I féda le dit, lui qui n’était pas de beaucoup éloigné de l’événement, lui le contemporain de Dante Allighieri.
Au XIIIme Siècle.
C’est Abd-al-Latif, (1 161-123 1) qui clôture la série des voyageurs se référant à V édifice enveloppant la Colonne. L’éminent écrivain établit trois choses. Ce sont :
i° Que vers l'an 1200 de notre ère les colonnades avaient été détruites : c’est de la pure histoire, dont, peut être, quelques membres et la plupart des voyageurs ne se rendent pas grand compte.
20 Que la Hamoud-es-Saouari (la Colonne d’Arcadius) en zt 1200 restait seule debout, couronnée d’une qobba ; mais, des restes existants, on pouvait juger que les colonnades avaient été couvertes d’un toit quelles soutenaient: (Matter , passim).
y Que l’édifice lui-même était le stoa où enseignait Aristote, et après lui ses disciples ; que c’était là l’Académie que fit construire Alexandre, quand, ;1 bâtit cette ville, et où était placée la bibliothèque que brûla Amrou. (Cf. Matter et de Sacy).
Les Arabes et les Juifs, personnages de marque en tout cas, jusqu’à l’an 1200 placent de commun accord la Bibliothèque fille et le Musée à la colline Hamoud-eVSaouari : il nous font assister à la dégradation raisonnée de ce monument, et, à grandes lignes, ils nous en donnent les détails. De ce temps là il n’y a pas d’autres traditions. C’est pourquoi Matter s’écrie: « De ces indications il ré- « suite évidemment que c’est bien du même édifice, du grand por- « tique quadrangulaire, que parlent Aphthonius et les écrivains que « nous venons de citer ; que ce portique était réellement situé au- « près de la Colonne des piliers, qui est encore debout, et près de « laquelle Pococke (1704-1765) découvrit les vestiges des colonnes « enlevées par Karadja ; que le Musée était oublié au moment de la „
« conquête arabe ; et que déjà une tradition générale identifiait le « Sérapéum et l’ancienne Académie d’Alexandrie. » (Hist. de l’école d’Alex. 1840 p. 328 et 329).
XIVme Siècle.
De l’ancien édifice à la Colonne on ne voit plus que des restes insignifiants, mais la Colonne plane sur cette sauvage solitude. Pétrarque et Boccaccio viennent de paraître : c’est l’aube de la Renaissance. Rien n’échappe à Pétrarque, qui est le plus grand latiniste de son siècle : c’est la gloire des Romains qui attire le poète lauré sur le Capitole. Il médite un voyage en Orient, et, en érudit, il s’y prépare avec soin. Il doit faire ce voyage avec Giovanni di Mondello ; au dernier moment il change d’idée : il ne partira pas, mais il enverra ses notes à son ami. Alexandrie est à voir. Est-ce qu’il y a quelque chose à voir ? Sans doute : il y a le tombeau d’Alexandre le Grand et l’urne cinéraire de Pompée. Qu’a entendu dire Pétrarque ?
XVme Siècle.
G. Lumbroso mentionne « l’autore délia veduta di zAlessandria annessa con altre al codice Urbinate 277 délia Vaticana, cbe colloca sul capitello délia nostra colonna un ’ area ebiusa da copercbio acuminato, apponendovi la scritta « Sepulcrum Pompei ».
L’historique de l’inscription gravée sur la base, côte ouest, de la Colonne d’Arcadius n’est pas à faire. On n’a qu’à lire le savant commentaire au n° 4681 du Corpus Inscriptionum Græcarum (III, p. 328). Pour le bonheur des amateurs auxquels la langue latine ne serait pas familière, je crois faire chose utile de donner ici le résumé fidèle de la question.
La première mention de cette inscription est à chercher dans Cyriaque d’Ancône dit l’antiquaire (av. l’an 1443). Il visita Alexandrie et la Colonne, dont il essaya de déchiffrer l’inscription, laquelle à cette époque reculée était déjà peu lisible. Il arriva à y lire