‹ Fouilles dans la nécropole de Vulci (volume 2)Chapitre 212 sur 343 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dans celles qui renferment des vases peints attiques \ et ils ont été en vogue pendant une assez longue suite d'années, car les tombes à chambre de Corneto et cle Vulci qui en contiennent sont nombreuses. Ils ne sont donc guère postérieurs au milieu du sixième siècle, et ils ont dû être importés en Etrurie pendant une période qui peut être évaluée approximativement à plus d'un demi-siècle. Ce serait par conséquent vers la fin du septième siècle qu'il conviendrait de placer les plus récentes tombes à fosse de Corneto ~. A Vulci, si l'on tient compte de l'abondance plus grande des vases de type corinthien, les fosses les plus récentes pourraient être datées du commencement du sixième siècle environ. — A Corneto, on distingue deux types successifs de fosses: 1°) celles qui contiennent un cercueil de nenfro ou de pierre calcaire, clans lequel ont été enfermés le mort et le matériel funéraire ^ ; 2°) celles où le mort et les objets ont été déposés simplement sur le sol, au fond de la tombe, laquelle a reçu un couvercle de dalles plates ^ C'est

YA Corneto: Helbig, Bïdl. clelVInst. 1885, p. 221, n° 4 (il n'est pas sûr du reste que ce soit un vase de fabrique corinthienne); Not. d. Scavi 1889, p. 101, n""* 4-5 en bas et p. 102, n° 7. — Une amphore attique à figures noires de style archaïque (Monumenti deWlnst., T. XII, pl. IX et X) a été trouvée à Corneto dans une tombe à chambre auprès de vases corinthiens (Helbig, Bull. dell'Inst., 1884, p. 123-126). Mais il y a eu dans cette chambre trois dépositions, deux représentées par des squelettes qu'on a retrouvés sur des banquettes, la troisième par l'amphore attique qui contenait des cendres humaines. Les vases corinthiens faisaient probablement partie du matériel funéraire qu'on déposa avec les deux morts inhumés. Cf. peut-être aussi notre tombe XLIX, 57 et 87 (voir ce qui est dit p. 117-118).

- Je parle ici des tombes à fosse anciennes, dont le type est j^ostérieur aux puits, antérieur aux chambres. On vient de trouver à Corneto une tombe à fosse avec une amphore attique à figures rouges (Helbig, Noi. d. Scavi, 1890, p. 76), mais c'est là un fait isolé.

3 Voir Ghirardini, Not d. Scavi, 1881, p. 362; 1882, p. 192 sq. Pasqui, ibid., lS8b, p. 456, 457, 460,461,465. Helbig, ^nnaZz deWInsL, 1884, p. 114; Bull. deU'Inst., 1882, p. 161-162, 212; 1883, p. 123; 1884, p. 119; Mîtth. des arcJi. Instituts, Rom. Ahtli., T. I, 1886, p. 85; T. II, 1887, p. 155, 156. L'antériorité de ce type a été montrée par M. Helbig, Bull. deWInst., 1885, p. 116.

* Ghirardini, Not. d. Scavi, 1881, p. 363; 1882, p. 204-205 (cf. Helbig, Annali, 1884, p. 174); p. 205-206. Helbig, Annali, 1884, p. 114; 1874, p. 54; 1881, p. 39-40;

1882, p. 10, 162; 1885, p. 115 sq., 212, 21G ; Mitth., 1886, p. 85 et 89 ; 1887, p. 153sq.;

ÉTUDE DES FOUILLES

seulement dans ces dernières qu'on a trouvé quelques vases corinthiens. Mais on y a recueilli surtout des vases importés de terre jaune, appartenant à deux classes : vases de style corinthien primitif à simples ornements ou à figures de quadrupèdes courant, et vases à décoration géométrique \ Les fosses de ce type sont nombreuses et doivent par conséquent se répartir sur un espace de temps assez long. Le type antérieur des fosses à cercueil était encore probablement en usage à cette époque: la plus connue, celle du Guerrier ~, qui renfermait un certain nombre de ces poteries à décoration géométrique et semble avoir été une des plus récentes, ne paraît pas séparée par une très longue période d'années des célèbres tombes Eegulini- Galassi (Cervetri), del Duce (Yetulonia), Bernardini (Préneste)^: or ces tombes datent à mon avis de la seconde moitié du septième siècle ^. A Corneto, où les fouilles ont eu une grande extension, les fosses à cercueil ont été trouvées en moins grand nombre que les fosses avec couvercle de dalles, et elles ne différaient pas notablement entre elles par le matériel qu'elles contenaient. Il est donc assez vraisemblable que ce type de tombe n'a pas été en usage pendant très longtemps. Le matériel des fosses h cercueil

Not. d. Scavi, 1888, p. 691, 695; 1889, p. 102; 1890, p. 74 — Les fosses sans couvercle sont contemporaines des deux types précédents, mais surtout du premier : voir Ghirardini, Not. d. Scavi, 1882, p. 193 sq. Helbig, Ânnali, 1884, p. 115; Not. d. Scavi, 1889, p. 102. Elles sont parfois ovales, au lieu d'être quadrangulaires : Bull. delVInst., 1874, p. 57.

^ Voir plus loin, chapitre III, § 3, et chapitre IV, § 4.

2 Helbig, Annali delVInst., 1874, p. 249 sq., et Monumenti, T. X, pl. X-X-».

^ Cf. par exemple Monum. delVInst., T. X, pl. X, fig. 1, et Not. d. Scavi, 1887, pl. XIV, fig. 2. — Monum., pl. X^, fig. 1, et Not. d. Scavi, pl. XV, fig. 5 et 6. — Monum., pl. X^ fig. 8, Not. d. Scavi, pl. XVI, fig. 4, et Monum., T. X, pl. XXXI% fig. 7. — Monum., pl. X^, fig. 24 et 25, et Not. d. Scavi, pl. XIV, fig. 7. Que la tombe du Guerrier soit du reste antérieure à ces tombes, c'est ce qui ne me paraît pas douteux. Il suffit de comparer les poteries étrusques de la tombe de Corneto et celles de la tomba del Duce, pour s'en convaincre. La première ne contient que des vases dHm.'pasto italico, qui ne semblent pas faits au tour (la tasse publiée dans les Monumenti, T. X, pl. X", fig. 18, et une autre semblable n'appartiennent certainement pas à cette tombe) ; dans la seconde, on a trouvé de véritables buccheri.

* Voir plus loin, chapitre III, § 6.

ressemble beaucoup à celui d'un certain nombre de puits \ au milieu desquels elles ont été creusées ^ et qui doivent être à peu près contemporains. Dans ces puits, on trouve déjà des objets qui sont de fabrication grecque ^. Si l'on tient compte de ces observations, qui manquent, il est vrai, de rigueur scientifique, on pourra dater les puits les plus récents de Corneto de la fin du huitième siècle environ. — Pour Vulci, il est encore difficile de fixer une date approximative. Nos fouilles ne nous ont fait connaître que des puits qui ne paraissent pas plus récents que ceux de Corneto, et je ne crois pas pouvoir accepter sans réserves les renseignements qui feraient croire à l'existence de puits moins anciens Quant aux fosses primitives nous en avons découvert trop peu pour pouvoir hasarder une hypothèse sur l'époque de l'introduction de ce type de sépulture à Vulci; d'aillears une partie des fosses étant à incinération, la différence entre les deux formes de tombes est bien moins tranchée qu'à Corneto, où l'inhumation est de règle dans les fosses. •

En somme, nous pouvons dire que vers la fin du huitième siècle on a encore creusé des puits dans l'Etrurie méridionale, et qu'auparavant ce type de tombe y était seul usité.

Je crois qu'il est difficile de nier qu'à cette époque les Etrusques y fussent établis. Les auteurs anciens racontent bien des fables sur ce peuple, mais ils s'accordent à le considérer comme ayant vécu en Italie dès une très haute antiquité Quelques-uns le croyaient même

1 Voir Helbig, Annali deU'InsL, 1884, p. 116 sq. Undset, îhid., 1885, p. 13 sq. ^ Martha, Vart étrusque^ p. 42 et 99.

^ Pour ne citer que quelques exemples, je pense que les objets reproduits Not. d. Scavi, 1882, pl. XIII'-' , fig. 14 (fibule) ; Monumenti deH'List., T. XI, pl. LIX, fig. 28, (pot à décoration géométrique) et pl. LX, fig. 19 (épée), sont grecs. Voir encore à ce sujet les observations de M. Martha (VArt étrusque, p. 71 sq.), sur lesquelles il y a du reste, je crois, des réserves à faire.

Voir plus haut, p. 308, n. 4. . . , .

^ Voir plus loin, chapitre II.

« Voir Ephore dans Strabon VI, 2, 2. Tite Live, I, 2; cf. V, 33, 11. Hérodote I, 94. Appien, De regibus, 1. Diodore de Sicile, XIV, 113, 2. Théogonie d'Hésiode, vers 1016 Virgile, Enéide, VIII, vers 479-480. Etc.

autochthone \ Le nom des Etrusques est mêlé aux plus anciennes traditions de Rome ~.

MM. Helbig et Martha ont montré, par des arguments très plausibles, que rien n'indique l'arrivée en Etrurie d'un peuple conquérant, à l'époque où y fut introduit un type nouveau de tombe, la fosse. Aucune ville ne semble avoir été détruite alors, car le développement d'aucune nécropole ne s'arrête avec la période des puits ^. A Corneto, h Bisenzio, les puits les plus récents et les tombes k cercueil les plus anciennes se trouvent les uns auprès des autres ^ : et pourtant ces tombes auraient été creusées au lendemain de la conquête, quand la haine entre vainqueurs et vaincus ne pouvait être assoupie.

Si certains savants refusent d'attribuer les tombes à puits aux

^ Denys d'Halicarnasse, I, 26 et 80.

^ Voir Des Vergers, VEtrurie et les Etrusques, T. II, p. 1 sq. Il ne faiit pas du reste exagérer l'influence exercée sur Rome à ses débuts par les Etrusques. A cet égard, les théories récemment développées par M. Cuno (Vorgeschichte Boms, T. II, Die Etrusker und ihre 82niren im Volk und ira Staate der Romer) me semblent excessives.

Je ne suis pas disposé à donner une grande importance dans cette question à l'argument tiré du calcul des siècles chez les Etrusques. Selon la manière dont on interprète les textes, l'ère des Etrusques aurait commencé, d'après le témoignage de leurs histoires, soit 290 ans environ avant la fondation de Rome, c'est-à-dire vers le milieu du onzième siècle (0. Mûller, Die Etrusker, édition Deecke, T. I, p. 69; T. II, p. 309 sq. Des Vergers, VEtrurie et les Etrusqu.es, T. I, p. 159 sq.), soit peu après l'an mil (D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de VEurope, deuxième édition, p. XVII sq. et 150). Il resterait à savoir si cette date traditionnelle a quelque valeur historique, et si elle marque l'époque de l'établissement des Etrusques dans l'Italie centrale. — D'autre part, rien ne prouve que l'invasion des Etrusques dans le pays situé au sud de l'Apennin ait causé, comme l'a supposé M. Helbig [Annali delVInst. 1884, p. 155), la migration des Sicules en Sicile,, migration qui eut peut-être lieu vers le milieu du XP""= siècle. — Enfin on doit définitivement laisser de côté les documents qui prouvent qu'à partir du quatorzième siècle, sous Séti I, Mînéphtah I, Ramsès III, les Egyptiens eurent à combattre un peuple appelé les Tourshâ, car il est très invraisemblable qu'il s'agisse d'Etrusques établis en Italie (voir la bibliographie de cette question dans Wiedemann, Aegyptische Oeschichte, p. 474, n. 4 sq. et supplément).

^ Martiia, L'Art étrusque, p. 38.

4 Martha, l. c, p. 42. Pasqui, Not. d. Scavi, 1886, pl. II, fig. 1, p. 144, 177 sq., 290 sq. — De même à Vulci: voir tombes XCVI-CI.

DEUXIÈME PAKTIE.

Etrusques, c'est parce qu'elles sont à incinération, et que, selon eux, les Etrusques enterraient leurs morts et ne les brûlaient pas. On a déjà opposé à cette doctrine des arguments sérieux ^ ; elle n'en continue pas moins h être répandue ~. Elle se fonde sur deux propositions: r) les Italiotes brûlaient leurs morts; 2°) à l'époque où l'occupation de l'Etrurie par les Etrusques n'est pas douteuse, l'inhumation était en usage dans ce pays. — Il est incontestable qu'a l'origine le mode de sépulture des Italiotes a été uniquement l'incinération; les nécropoles des terramares le prouvent ^ — Il est certain, d'autre part, qu'à dater du septième siècle environ, l'inhumation domine dans l'Etrurie méridionale. Mais l'incinération ne disparaît pas. A Corneto, outre quelques exemples de tombes à fosse et à chambre ^, on peut citer les tombes dites à hico, où sont déposés des vases contenant des cendres et qui datent du sixième siècle et du commencement du cinquième ^. A Vulci, nous verrons plus loin que dans les fosses et les chambres l'incinération est fréquente. Plus au nord, à Orvieto, l'un et l'autre rites sont usités aux sixième et cinquième siècles, quoique l'inhumation domine A Chiusi, où l'inhumation paraît s'être introduite au sixième siècle ^, l'incinération continua à être un mode de sépulture extrêmement

^ Milani, Miiseo italiano di antichità classica, T. I, p. 290. Helbig, Annali del- Vhist., 1884, p. 125 sq. Martha, L'Art étrusqzie, p. 35 sq.

^ Von Duhn, Bomier Studien R. Eelailé genndmet, p. 21 sq. L'autem* part de •deux prémisses qu'il n'a pas cru devoir démontrer dans cette étude, d'ailleurs très courte : 1°) que l'introduction d'un nouveau rite funéraire dans tin lieu doit correspondre à l'arrivée d'une population nouvelle (pour moi, je suis loin du reste de prétendre qu'il n'en ait pas été souvent ainsi) ; 2" que le rite funéraire des Etrusques était proprement l'inhumation. — Eeinach, Revue critique, 1889, T. II, p. 496. Etc.

3 Von Duhn, 1. c. p. 23, n. 1. Pigorini, Bull, di palet, ital., T. XVI, 1890, p. 21 sq.

4 Helbig, Bull. dell'Inst, 1884, p. 124; Not. d. Scavi 1888, p. 181-183. ^Helbig, Not. d. Scavi, 1888, p. 58; 1890, p. 148 et 149.

6 Voir Kôrte, Annali dell'Inst., 1877, p. 107-108. Gamurrini, Not. d. Scavi, 1880, pag. 441.

''Tombe de la Pania: Helbig, Bull. delV Inst., 1874, p. 203 sq.; Annali 1877, p. 398 sq., tav. d'agg. UV; Monumenti, T. X, pl. XXXIX^

ÉTUDE DES FOUILLES

répandu \ et il en fut de même dans l'Etrurie septentrionale pour laquelle nous n'avons pas du reste des renseignements assez précis. Dans des tombes à chambre de l'Etrurie, h partir du septième siècle, on rencontre souvent les uns auprès des autres des morts inhumés et des morts brûlés A Bologne, dans les cimetières récents du type de la Certosa, c'est-à-dire h une époque où les Etrusques occupaient certainement cette ville, la proportion des morts brûlés par rapport aux inhumés est de un à deux ^. Ainsi, au temps où les Etrusques étaient, de l'aveu de tous, établis en Etrurie et en Emilie les deux modes de sépulture ont été en usage.

On explique, il est vrai, cette persistance de l'incinération en disant, pour les villes où elle a été très répandue à l'époque de la domination étrusque, que les Etrusques y ont adopté le rite funéraire de la population italique qu'ils ont trouvée dans le pays ; pour celles où les exemples d'incinération sont en minorité, que les morts ensevelis suivant ce rite ont appartenu à des familles d'Italiotes restées fidèles à la coutume de leurs ancêtres — Je ne crois pas que cette manière de raisonner soit admissible. Si les tombes h incinération de l'Etrurie méridionale et de Bologne étaient celles d'une population sujette, elles devraient en règle générale contenir un matériel moins riche que les tombes des inhumés. Or il n'en est rien. Les puits de Corneto et de Bisenzio contemporains des premières fosses h cercueil ne sont pas, considérés dans leur ensemble, plus pauvres qu'elles; cependant ils datent d'une époque qui, d'après l'opinion des savants pour lesquels l'apparition des fosses à inhumation est la preuve de l'arrivée d'un nouveau peuple, aurait suivi immédiatement la dépossession des Italiotes par les Etrusques. Les tombes à huco renferment d'ordinaire

' Voir Milani, Museo italiano di antichità classîca, T. I, p. 325. ^ Voir plus loin, chapitre IV, § 2.

^ Zaniloni, Glî Scavi délia Certosa, p. 414. Von Duhn, Bonner Studien E. Kekulé gewîdmet, p. 25.

* Von Duhn, l. c, p. 26, 31, 32, 34.

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