‹ Fouilles dans la nécropole de Vulci (volume 2)Chapitre 215 sur 343 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

de tombe en usage, c'est-à-dire pour la région de Corneto (peut-être aussi pour Vulci) avant le milieu du huitième siècle environ.

Au nord de l'Apennin, on retrouve la civilisation des tombes à puits de l'Etrurie, dite de Villanova. Pendant plusieurs siècles, peut-être jusque vers la fin du sixième, elle s'y est maintenue, en faisant de lents progrès et en ne subissant que dans une faible mesure les influences extérieures qui se sont exercées avec une grande force dans l'Italie centrale. Elle a existé dans toute la contrée qui s'étend depuis le Panaro à l'ouest, jusqu'à l'Adriatique à l'est (région de Rimini et de Saint-Marin) et elle a eu pour siège principal Bologne ^ Quel peuple était alors maître de cette contrée? Dans ces dernières années, plusieurs savants ont soutenu que c'étaient les Ombriens et que les Etrusques ont pénétré dans la vallée du Pô seulement au cinquième siècle avant Jesus-Christ ^, •

Cependant les traditions qui nous montrent les Etrusques franchissant l'Apennin pour s'établir dans l'Italie du nord représentent ces migrations comme fort anciennes ^, et aucun texte ne mentionne une conquête qui aurait eu lieu en pleine époque historique. Denys d'Halicarnasse, en racontant des événements qui eurent lieu en 524^ y parle de Tyrrhéniens, qui venaient d'être chassés par des Celtes de la région confinant à la mer Adriatique K Si l'on admet Féta-

^ Voir le résumé de Martha, h^Art étrusque, p. 75 sq.

^ Brizio, Monumenti archeol. délia i)rovincia di JSologna, p. 11 et 27; Attî e Memorîe délia Deputazîone di storia patria per la Romagna, Série III, T. II, 1884, p. 287; T. III, 1885, p, 185, 221; etc. Zannoni, OU Scavi délia Certosa, p. 117, 451; La Fonderia di Bologna, p. 102. Orsi, Museo italiano di antichîta classica, T. II, p. 117. D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, deuxième édition, p. 159- 160. Montelius, voir dans Ij' Anthropologie, T. I, 1890, p. 367. M. Von Duhn, tenant compte de la nouvelle chronologie des vases établie à la suite des découvertes de l'Acropole d'Athènes, place l'arrivée des Etrusques à Bologne vers le milieu du sixième siècle (Atti délia Dej). di stor. pair, per la Romagna, Série III, T. VIII, 1890, p. 6).

3 Voir 0. Mùller, Die Etrusker, édit. Deecke, T. I, p. 67, n. 6; p. 125 sq. ; T. II, p. 287, n. 33-35; Helbig, Annali delVhist, 1884, p. 160-161.

■* VII, 3. — Selon Tite-Live, V, 33, 6, quand dès le commencement du sixième siècle les Gaulois apparurent dans la vallée du Pô, ils y trouvèrent les Etrusques. Mais il y a peut-être des réserves à faire au sujet de son récit (voir plus loin, p. 330-331).

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blissement des Etrusques dans la vallée du Pô h une époque reculée, il est assez naturel de penser qu'ils ont occupé en particulier Bologne, position importante qui assurait leurs communications avec les Etrusques de l'Italie centrale \ Je ne veux pas m'appuyer ici sur Pline, qui appelle Bologne " princeps Etruriae „ ~ ; car rien ne prouve qu'il ne fasse pas allusion à la Bologne de l'époque suivante. — D'autre part, il est certain qu'à une époque difficile à déterminer une partie au moins de la région située au sud du Pô a été sous la domination des Ombriens. Strabon parle d'une manière générale de colonies fondées par les Ombriens au sud du fleuve, et dit que dans ce pays il y a un fond de population ombrienne remontant h l'établissement de ces colonies ^. Ailleurs, il rapporte que Ravonne passait pour avoir été fondée par des " Thessaliens „, qui à une époque qu'il n'indique pas appelèrent les Ombriens dans leurs murs Pline appelle Butrium au nord de Ravenne une possession des Ombriens ^. Rimini est qualifiée par Strabon de colonie ombrienne ^ ; il dit ailleurs que le littoral au sud de Ravenne était habité par des Ombriens Selon Tite-Live, il y avait des Ombriens au sud du Pô quelques années avant la prise de Rome par les Graulois ^. Comme on le voit, les textes cités n'attribuent avec précision aux Ombriens que la possession du littoral de

^ Sur la route qui unissait alors les deux parties de l'Italie, voir Helbig, Annali delVInst., 1884, p. 159. J'avoue du reste que ces communications n'ont pas dû être bien actives, au moins à partir de la fin du huitième siècle environ, car depuis cette époque les deux civilisations diffèrent de plus en plus.

^ Histoire naturelle, III, 115.

4 V, 1, 7; cf. V, 1, 11; V, 2, 10.

^ V, 85, 2. — Cf. encore quelques textes qui attestent la domination ombrienne sur l'Adriatique au sud du Pô: Strabon, VIII, 6, 16. Théopompe dans Athénée XII, 32 (cf. ScynyDus de Chios, vers 866); Scylax, Périple, 16, Pour le développement de la puissance ombrienne dans cette région, voir Brizio, Atti délia Dep. di stor. pair, per la Romagna, Série III, T. III, 1885, p. 181-182: je n'accepte pas du reste les opinions de cet auteur.

DEUXIÈME PAKTIE.

r Adriatique \ Il se pourrait qu'une partie au moins de cette région ait été occupée à une époque très ancienne par des Ombriens (appartenant au peuple des terramares ?). Puis seraient venus les Etrusques ; c'est ce que dit Pline pour la côte située au sud de Rimini ~. Plus tard, la domination ombrienne y aurait été rétablie, probablement à la suite d'expéditions venues de l'Italie centrale. Selon Strabon, ce fut après une guerre désastreuse des Etrusques contre des barbares de la vallée du Pô, que les Ombriens (habitant le pays situé à l'est du Tibre) attaquèrent les peuples qui venaient de chasser leurs rivaux, et fondèrent dans ce pays, au sud du fleuve, des colonies ^ Dans un autre passage déjà, cité, il dit que, si les Thessaliens de Ravenne appelèrent les Ombriens dans leur ville, ce fut pour échapper aux attaques et aux outrages des Tyrrhéniens ^ : ce qui permet de supposer que les Etrusques occupaient alors le pays voisin^. --En somme, les textes anciens, pour la plupart très peu précis, ne nous forcent nullement

^ Hérodote (IV, 49) dit que l'Alpis et le Carpis naissent de la région située audessus des Ombriens (h. 5i -7,; x-arù-apOi /.wp-r; 'Oy.gpi/.w-;) pour aller se jeter dans l'Ister. Ce texte ne me semble pas suffisant pour conclure (D'Arbois de Jubainville, Les premiers hahitants de l'Europe, p. 159-160) que le bassin du Pô était alors occupé par les Ombriens. Peut-être Hérodote a-t-il employé cette expression parce qu'il avait entendu dire par des navigateurs grecs que les Ombriens étaient établis sur le littoral de l'Adriatique au sud de l'embouchure du Pô, et que, n'ayant aucune notion sur le pays situé derrière ce littoral, il en a attribué la possession à ces mêmes Ombriens. Malgré son séjour à Thurioi, l'historien grec était dans une ignorance profonde de la géographie intérieure de l'Italie: voir Nissen, Italische Landeskïinde, p. 8-9; Helbig, Eendîconti deW Accademia dei Lincei, T. V, 1889, premier semestre, p. 79. En tout cas à l'époque où écrivait Hérodote, les Etrusques étaient déjà établis depuis longtemps à Bologne, puisque les plus anciennes tombes du type de la Certosa, que personne ne leur conteste, ne sont pas postérieures à la fin du sixième siècle.

"III, 112. Pline dit que les Ombriens furent chassés du pays ; peut-être conviendrait-il de croire qu'une partie au moins d'entre eux y restèrent, mais sous la domination des Etrusques.

^ Le nom même de Eavenna indique peut-être une origine étrusque, comme le suppose Helbig, Die Italiker in der Poebene, p. 107. A mon avis, l'inscription étrusque d'une statuette de bronze trouvée dans cette ville (Fabretti, Corptts inscr. italic, n° 49 et pl. V) ne prouve rien, car cette statue était facilement transportable.

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à croire qu'à l'époque de la civilisation de Villanova, la partie de la région cispadane où elle florissait ait eu pour maîtres les Ombriens, non les Etrusques.

Il est vrai qu'on a découvert autour de Bologne (dans le cimetière de la Certosa, dans les propriétés Arnoakli et de Lucca, dans le jardin public) d'autres nécropoles dont les tombes les plus anciennes datent de la fin du sixième siècle environ \ Elles se distinguent des nécropoles précédentes par leur matériel funéraire, leur orientation, le mode d'ensevelissement (l'inhumation y domine)'; à l'ouest de la ville, dans la propriété Arnoaldi, un fossé et une zone de terrain de cinquante-six mètres non occupée par des sépultures séparent le cimetière archaïque du cimetière récent ^. Nous nous trouvons en présence de deux civilisations distinctes dont la nouvelle ne doit presque rien à l'ancienne ; on n'a pas trouvé de tombes de transition et il est très probable qu'on n'en trouvera pas — Ce changement ne peut être expliqué que par l'arrivée d'une nouvelle population, remplaçant ou tout au moins absorbant celle qui avait auparavant habité Bologne, y implantant son industrie et ses mœurs, ouvrant au commerce attique un marché qui jusqu'alors lui avait été fermé Or le matériel

^ On indique généralement une date postérieure (voir la bibliographie dans Grhirardini, Not. d. Scavi, 1888, p. 325, n. 6); mais il faut tenir compte de la nouvelle chronologie adoptée pour les vases peints à la suite des fouilles de l'Acropole. M. von Duhn parle même du milieu du sixième siècle (voir plus haut, p. 326, n. 2); c'est, à mon avis, exagérer en sens contraire: on n'a pas encore trouvé à Bologne de vases peints à figures noires du style le plus sévère, et de plus il convient de supposer qu'il s'est écoulé un certain temps entre la fabrication des vases et leur déposition dans les tombes.

^ Voir Brizio, Attî délia Dep. di stor, pair, per la Romagna, Série III, T. III, 1885, p. 187 sq., et 197. M. Helbig {Armali delVInst, 1884, p. 168 sq.) me semble avoir donné trop d'importance aux rares ressemblances que présentent entre elles les nécropoles du type de Villanova et celles du type de la Certosa.

3 Gozzadini, Not. d. Scavi, 1884, p. 73 et 293. Brizio, l. c, p. 186 et pl. VI.

* Voir Zannoni, Gli Scavi délia Certosa, p. 455.

^ M. Martha {L'Art étrusque, p. 96-97) croit que la population est restée la même, mais que vers le cinquième siècle, à une époque où les Etrusques de la Toscane se sentaient déjà contrariés dans leur expansion naturelle par les progrès de la République

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