DEUXIÈME PARTIE
des tombes du type de la Certosa ressemble à celui des sépultures contemporaines de l'Etrurie ^ ; les inscriptions des cippes prouvent que des Etrusques y ont été ensevelis. — Mais, à mon avis, il n'est pas nécessaire d'en conclure que les Etrusques n'ont occupé Bologne qu'à partir de cette époque, qu'ils ont alors vaincu et soumis une population différente. Une autre explication est admissible. Peut-être à la fin de la période Arnoaldi, Bologne a-t-elle été détruite et ses habitants contraints à fuir; à la suite de cette catastrophe h laquelle ils n'auraient pas pris part, des Etrusques de l'Italie centrale seraient venus s'y établir. Je serais disposé à croire qu'il y eut alors quelque invasion gauloise dans le Bolonais. On trouve une double tradition chez les auteurs anciens sur l'entrée des Gaulois en Italie Plusieurs placent cet événement immédiatement avant la prise de Rome, au début du quatrième siècle. Au contraire, selon Tite Live, dont le récit contient du reste des détails légendaires, les Glaulois passèrent les Alpes pour la première fois deux cents ans auparavant; ils conquirent peu à peu la vallée du Pô au prix de nombreux combats contre les Etrus-
romaine, un grand nombre d'entre eux durent se répandre au delà de l'Apennin, « Il » arriva alors ce qui arrive toujours quand la civilisation rencontre la barbarie ; le » peuple barbare se transforma rapidement à l'image du peuple civilisé. » Mais comment l'arrivée pacifique d'immigrants venant les uns après les autres cliercber fortune au nord de l'Apennin aurait-elle pu déterminer la disparition presque complète et subite d'une industrie qui, loin d'être celle d'un peuple barbare, s'était montrée depuis des siècles capable de progrès, lents il y vrai, mais continus; qui avait exercé une grande influence sur le reste de l'Italie du nord (voir le résumé de M. Undset (Westdeutsche Zeitschrift, T. VI, 1887, p. 103 sq.), et qui, à la fin de la période Arnoaldi, était en pleine floraison? Cette hypothèse n'explique pas non plus la modification des rites et la séparation des deux cimetières. Enfin, dans la première moitié du cinquième siècle, les Etrusques n'avaient rien à craindre des Romains. Ceux-ci étaient occupés à l'intérieur par la lutte des patriciens et des plébéiens, à l'extérieur par des guerres continuelles contre les Eques et les Volsques, et s'ils avaient parfois à combattre ceux des Etrusques qui étaient leurs voisins immédiats, ce n'était pas toujours à leur avantage: la tradition des trois cent-six Fabius le prouve.
1 Voir Brizio, l. c, p. 198 sq. A mon avis, M. Helbig (Annaîi delVInst., 1884, p. 162 sq.) a trop insisté sur des différences qui constituent les particularités de l'industrie locale.
^ Voir les textes cités par Nisseu, Italische LandesJmnde, p. 476, n. 3.
ÉTUDE DES FOUILLES
ques \ Le témoignage de cet historien, né, comme on le sait, h Padoue, ne peut être traité légèrement. Cependant, à en juger d'après les découvertes faites jusqu'à présent, les tombes gauloises de l'Italie septentrionale et celles qui se ressentent de l'influence que leur civilisation y exerça, paraissent plutôt confirmer la tradition contraire ~. Quelle que soit d'ailleurs l'époque de l'établissement définitif des Gaulois dans la vallée du Pô, tant au nord qu'au sud de ce fleuve, il est permis de supposer qu'ils ont pu y faire auparavant des invasions passagères, sans avoir d'autre but que le pillage. On trouve dans Denys d'Halicarnasse ^ une indication assez précise à cet égard. " Au temps de l'archontat de Miltiade à Athènes (524 avant Jésus-Christ), des Tyrrhéniens qui habitaient auparavant sur les bords du golfe Ionien (la
mer Adriatique), mais qui en avaient été chassés par les Celtes
tentèrent de détruire Cumes „. Ce serait peut-être à cette époque que les Gaulois auraient envahi et dévasté le Bolonais ^ et qu'ils en auraient
' V. 33, 5 et 6; V. 34. Cf. aussi les indications plus vagues de Polybe (II, 17).
^ Voir Brizio, Atti délia Dep. di stor. pair, per la Romagna, Série III, T. V, 1887, p. 457 sq. Castelfranco, Bull, di palet, ital., T. XII, 1886, p. 194 sq.; 228 sq. Mariotti, Not. d. Scavî, 1877, p. 166 sq. Podestà, ibid., 1879, p. 295 sq. Cipolla, ibîd., 1880, p. 236 sq. Ghirardini, ihid., 1883, p. 71 sq., 383 sq.; 1888, p. 326, 371 sq. Montelius, Bull, deirinst., 1877, p. 72 sq. Helbig, ibid., 1882, p. 76, 78-79. Undset, ibid., 1883, p. 156 sq.
^ VII, 3 — Je ne partage pas les doutes de M. Von Dulm {Verhandlungen der g4im Versammlung deutscher Philologen in Trier, 1880, p. 147) sur l'exactitude de ce renseignement.
* De ce texte on pourrait en rapprocher un autre de Strabon (V, 1, 10): « Les » Etrusques avaient fait une expédition contre les barbares de la vallée du Pô, expé- » dition qui avait réussi ; mais bientôt après, leur mollesse leur attira un désastre. Alors » les Ombriens vinrent attaquer ceux qui avaient chassé les Etrusques. Puis les Etrua- » ques et les Ombriens, se contestant la possession de cette contrée, y établirent les » uns et les autres un grand nombre de colonies... » Ainsi, selon Strabon, les Etrusques eurent à combattre des barbares dans la vallée du Pô et furent chassés par eux ; ils envoyèrent ensuite des colonies dans cette région. M. Brizio, Atti délia Dep. di stor. pair, per la Eom.agna, Sér. III, T. III, 1885, p. 221, pense que ces barbares étaient des Gaulois; rien ne le prouve, mais je serais aussi assez disposé à le croire et à supposer que le désastre dont parle Sti-abon est celui que mentionne Denys d'Halicar nasse.
BEUXIÈME PARTIE.
chassé les habitants. A la suite de ce désastre, les Etrusques de l'Italie centrale, qui dans les siècles précédents paraissent s'être peu inquiétés de la vallée du Pô, se seraient sentis menacés: Bologne détruite, l'Apennin était facile à franchir. Ainsi s'expliquerait l'envoi de nombreux colons en Emilie ^. La puissance étrusque aurait alors été restaurée dans cette région. Mais la civilisation y prit un aspect tout différent : auparavant c'était celle de Villanova qui s'était développée lentement, presque à l'abri des influences étrangères ; dès lors ce fut celle que les nouveaux venus avaient apportée du centre de l'Italie où l'industrie et les mœurs primitives avaient été depuis longtemps modifiées par suite des relations des Etrusques avec les peuples de la Méditerranée. Cette hypothèse d'une invasion gauloise en Emilie à la fin du sixième siècle est bien fragile ; je ne crois pas cependant qu'elle vaille moins que celle de la domination des Ombriens à Bologne, que rien ne prouve, et de la venue des Etrusques en Emilie au cinquième siècle seulement, qui est contredite par de nombreux textes anciens. Je pense donc que depuis un temps très reculé les Etrusques ont été les maîtres de la région de Bologne, sans vouloir nier du reste qu\ine population italique j ait vécu sous leur dépendance.
D'ailleurs la question de savoir à qui appartenait cette région à l'époque des nécropoles du type de Villanova a sans doute une grande importance historique ; au point de vue archéologique, elle me semble d'un intérêt médiocre, Car si le pays avait été sous la domination des Ombriens, et non, comme je le crois, sous celle des Etrusques, la civilisation qui s'y serait développée aurait été probablement à peu près la même.
^ Tout le pays aurait partagé le sort de Bologne; M. Brizio, Atti, l. c, p. 212, fait remarquer en effet que dans les localités de l'Emilie où l'on constate l'existence de la civilisation de Villanova, on ne trouve pas de traces de la civilisation qui suivit; elles furent donc probablement détruites.
^ De plus, si l'on admet que le texte de Strabon se rapporte à ces événements, on peut supposer que les Etrusques s'alarmèrent des conquêtes faites dans la vallée du Pô par les Ombriens, leurs ennemis depuis des siècles.
ÉTUDE DES FOUILLES
Plusieurs savants, MM. Pigorini \ Helbig ~, Undset ^ ont en effet montré que l'existence de la civilisation de Villanova ne se constate pas seulement en Etrurie et en Emilie. On la retrouve dans le Latium, à Albano, k Ardée ^, à Rome et aux environs ^ ; dans le pays de Falisques à Civita-Castellana ; en Ombrie, à Terni et dans le dépôt de Piediluco^; à Este dans les tombes et les habitations les plus anciennes ^. Les nécropoles du Picenum ^, de la Campanie^'^, de Sybaris^\ qui sont d'une manière générale plus récentes, se rattachent à la même civilisation
^ Bull di palet, ital, T, VIII, 1882, p. 115 sq.; T. XV, 1889, p. 65 sq. 2 Annali, 1884, p. 135, 184 sq.
^ Annali, 1885, p. 47 sq. Je renvoie à cet article qui donne un tableau complet de la période dite du premier âge de fer en Italie.
■* Pigorini, Bull, di palet, ital., T. VIII, 1882, p. 114 sq. Cf. aussi à Pratica, mais les tombes découvertes sont d'une époque plus récente (Helbig, Bull. dell'Inst., 1885, p. 59 sq., 82 sq.).
^ De Rossi, Bull. dell'Inst., 1885, p. 72 sq. ; Annali, 1885, p. 295 sq. ; Bull, délia commissione municipale, T. XIII, 1885, p. 39 sq. Not. d. Scavi, 1885, p. 17; 1886, p. 122 et 270; 1887, p. 64 sq., 372, 534-535; 1888, p. 59 et 132; 1889, p. 36.
A cet égard, les fouilles de 1889-1890 ont une assez grande importance. Eroli, Oggeiti antichi scavafi in Terni dal 1880 al 1885. Pasqui, Not. d. Scavi, 1886, p. 246 sq. On y a trouvé des urnes qui sont presque du type de l'ossuaire de Villanova (p. 267). M. S. de Rossi, Le scoperte e gli studi paleoetnologici deW Italia centrale, p. 13 et 19; Terzo rapiporto sugli studi e sulle scoperte jjaleoetnologiclie nel- Vltalia média, 2''"'« édition, p. 17 sq. (tirage à-part du Buonarroti, Série II, T. VI et VII) ; Pezzi d'aes rude di peso definito, Rome, 1886.
* Prosdoeimi, Not. d. Scavi, 1882, p. 17 sq.; Bull, di palet. ital.,T. XIII, 1887, p. 156 sq., 185 sq. Ghirardini, Not. d. Scavi, 1888, p. 378.
^ Helbig, Das homerische Epos, p. 43.
Suessula (Von Duhn, Mitth. des arch. Instituts, Rom. Abth, T. II, 1887, p. 247- 248, 249 sq.); Piedimonte d'Alife (Dressel, Annali dell'Inst., 1884, p. 218 sq.); Le Gallazze (Sogliano, Not. d. Scavi, 1884, p. 277 sq.).
" Pigorini et Pasqui, Not. d. Scavi^ 1888, p. 239 sq., 462 sq., 575 sq., 648 sq. Je n'ajoute pas ici les nécropoles de la partie occidentale du bassin du Pô, car si la civilisation qu' elles révèlent a pu subir l'influence de celle de Villanova (voir Undset,, Westdeutsche Zeitschrift, T. VI, 1887, p. 103 sq.), elle n'a pas la même origine. Elle se rattache probablement à la civilisation des palafittes orientales. Voir à ce sujet Pigorini, Bull, di palet, ital, T. XIV, 1888, p. 124; T. XV, 1889, p. 70; Monumenti antichi delV Accademia dei Lincei, p. 146; Rendiconti delV Accademia dei Lincei,