DEUXIÈME PARTIE
que nous nous trouvons d'abord en présence d'objets importés, puis d'une industrie locale qui s'est formée peut-être sous la direction de quelques ouvriers étrangers établis dans le pays et qui s'est lentement développée. J'en dirai autant pour l'argent et l'or \ — Les fibules fabriquées en Italie (dès l'époque que représente la nécropole de Bismantova, intermédiaire entre celles des terramares et celles du type de Villanova) sont peut-être des imitations de fibules importées que l'on trouve déjà dans les terramares ^. — Quant aux objets en bronze laminé qui manquent dans les terramares et se trouvent, en petite quantité il est vrai, dans les tombes à puits, M. Pigorini les croit importés par le commerce maritime, " car les plus anciens attestent une grande habileté, par conséquent un long exercice de la part des fabricants ; et, comme on ne découvre nulle part non seulement en Italie, mais même en Europe d'exem^plaires représentant une phase antérieure d'une telle industrie, il convient d'admettre qu'elle a été introduite dans notre continent quand elle était déjà avancée „. Cependant cette industrie dut être exercée d'assez bonne heure dans quelques ateliers locaux, où travaillèrent peut-être d'abord des étrangers; car on a trouvé dans des tombes à puits des ossuaires en bronze laminé, ayant la forme, proprement italienne, de Villanova ^ — Pour les poteries qui diffèrent de celles des terramares nous devons distinguer deux séries: 1" celles qui reproduisent des modèles en bronze^; — 2° celles qui ressemblent à des poteries primitives trouvées en Orient, particulièrement à Hissarlik et à Chypre ^\ Comme les vases de cette
1 Cf. Helbig, Annali delVInst, 1884, p. 123. ^ Voir plus haut. p. 281.
3 j^^^ii p^^igt^ ifal, T. XIII, 1887, p. 79. Cf. Martha, L'Art étrusque, p. 67 sq.
* Voir plus haut, p. 267, n. 1. Cf. Undset, Annali delVInst., 1885, p. 88-89; Pigorini. l. c, p. 90. — Les réserves de M. Martha {L'Art étrusque, p. 74, n. 1) à cet égard me semblent excessives; car je crois qu'il est difl&cile de contester que l'urne de Villanova dérive d'une forme en usage dans les nécropoles des terramares (voir plus haut, p. 257, n. 2).
s Voir Pigorini, /. c. Cf. plus haut., p. 257 et p. 279. Je n'ai pas à insister ici sur cette question; du reste je pense que dans l'état
ÉTUDE DES FOUILLES
seconde série ne sont pas en somme très nombreux et qu'ils se trouvent surtout dans les tombes h puits récentes, ils ont dû être copiés sur quelques objets introduits par le commerce ; ils ne représentent pas la céramique d'une population nouvelle. — D'autres objets, trouvés en petite quantité dans les puits : perles de verre, morceaux d'ivoire, scarabées émaillés, ont été certainement importés d'Orient ^
Ce furent sans doute des vaisseaux phéniciens et aussi, à la fin de cette période, des vaisseaux grecs ^ qui apportèrent sur les côtes de la Méditerranée ^ les objets, les germes des industries nouvelles qui donnèrent à la civilisation de Villanova une physionomie assez différente de celle des terramares.
En résumé, la civilisation de Villanova dérive de celle des terramares; les éléments nouveaux qu'on y constate représentent des importations faites par des marchands étrangers; ils ne sont pas dus à l'établissement d'un peuple nouveau en Italie.
Or il me semble aujourd'hui prouvé que les terramares ont été habitées par les Italiotes, venus de la vallée du Danube par les Alpes ^ ;
actuel de nos connaissances, des comparaisons entre les objets trouvés en Italie st ceux d'Orient pourraient conduire à de graves erreurs. Il faut attendre que de nouvelles découvertes nous fassent connaître ce qu'était en Orient cette céramique à l'époque de nos puits, et nous apprennent avec précision les limites de la région où elle se fabriquait.
' Voir Martha, VArt étrusque, p. 70.
^ Les plus récentes tombes à puits de Corneto datent de la fin du huitième siècle environ : or Cumes était déjà fondée à cette époque, et d'ailleurs la fondation de cette ville suppose des relations antérieures entre les Grecs et les Italiens. Voir plus haut, p. 318, n. 3, et p. 325, n° 2.
^ Il convient aussi de ne pas exclure l'hypothèse qu'une partie de ces importantions aient été faites par le nord, peut-être même par l'Adriatique, la civilisation de Villanova étant arrivée de ce côté jusqu'au littoral (pays de Rimini et de Saint-Marin). Voir Undset, Annali deU'Inst., 1885, p. 90 sq. Helbig, Das homerische Epos, p. 84 sq.
* Ohierici (Le antichità preromane délia jifovincia di Reggîo, p. 20) a le premier, je crois, exprimé cette opinion. Elle a été appuyée d'arguments solides par M. Helbig dans son livre Die Italiker in der Poebene, Cf. Pigorini, Biill. di palet. îtal., T. VIII, 1882, p. 33 ; IX, 1883, p. 81 sq. ; X, 1884, p. 33 sq. ; XV, 1889, p. 65 sq. ; Atti del- V Accademia dei Lincei, Memorie délia classe di scienze morali, Série III, T. I, 1877, p. 308 sq.; T. VIII, 1883, p. 316; Rendiconti, T. IV, 1888, deuxième semestre, p. 302-