DEUXIÈME PARTIE
en dehors de l'Etrurie et du Bolonais, c'est en général à des Italiotes qu'il convient d'attribuer la civilisation de Villanova \ Si l'on s'en tenait donc aux découvertes archéologiques, on serait tenté de soutenir que les Etrusques, qui ont participé eux aussi à la civilisation de Villanova, étaient des Italiotes (quoiqu'il ne faille pas oublier que des peuples très divers peuvent avoir la même civilisation). On pourrait ajouter comme arguments les rapports que leur religion présente avec celles des peuples italiques, et la forme italique d'un grand nombre de noms de personnes gravés sur des inscriptions d'Etrurie ~. — Mais la langue des Etrusques s'oppose à cette conclusion. Une grande partie au moins de son vocabulaire semble différer absolument de celui des langues italiques : ce qui revient à dire qu'en partie au moins, les éléments qui ont constitué la nation étrusque n'appartenaient pas au peuple des Italiotes^.
Dès lors, deux hypothèses sont possibles. - • P Les Etrusques auraient vécu avec les Italiotes dès une époque très lointaine, qui serait antérieure à l'arrivée de ces deux peuples en Italie et dont nous n'avons aucune notion ; la civilisation des stations lacustres et des terranlares de la vallée orientale du Pô (auxquelles se rattachent les établissements semblables de la vallée du Danube) pourrait bien être le résultat d'une fusion entre celle des Italiotes et celle des Etrusques. Les uns et les autres seraient entrés ensemble en Italie, y auraient vécu pendant des siècles dans la vallée du Pô; puis ils auraient passé l'Apennin, les Etrusques, accompagnés
303. Not. d. Scavi, 1888, p. 240 sq. Undset, Btill. di palet, ital, T. VIII, 1882, p. 36 sq. ; Mitth. der anthropologischen Oesellschaft in Wien, T. XIX, 1889, p. 125 sq.
^ Cependant pour les habitants d'Esté, cela n'est nullement prouvé.
^ Voir Mûller, Die Etrusker (édit. Deecke), T. II, p. 42 sq. Schwegler, Eomische Geschichte, T. I, p. 270, n. 16, p. 275. Helbig, Annali dell'Inst., 1884, p. 110, n. 1 et 3 (cf. aussi p. 133 sq). Cuno, Vor geschichte Roms, T. II {Die Etrusker und ihre Spuren im Volk und im Staate der Romer), chapitres II, p. 32 sq., et V, p. 127 sq. ; mais je suis loin d'accepter les théories excessives de cet auteur.
^ Je crois que personne ne conteste qu'à l'époque de la domination étrusque, une partie au moins de la population de l'Etrurie ait été italique.
ÉTUDE DES FOUILLES
peut-être d'une partie des Italiotes, pour s'établir en Etrurie ; les autres Italiotes pour occuper l'Ombrie, le pays des Sabins, le Latium, puis le Picenum et le reste de la péninsule.
2° Les Etrusques seraient venus parmi les Italiotes à une époque où ceux-ci étaient déjà en possession de la civilisation des terramares, peut-être même de celle de Yillanova. Dans ce cas, il faut admettre qu'ils étaient un peuple complètement barbare, qui se serait empressé d'adopter la civilisation des Italiotes. Si l'on accepte cette seconde hypothèse, on peut hésiter entre trois solutions: ou bien les Etrusques seraient arrivés avant que les Italiotes eussent passé les Apennins, et ils auraient fait un long séjour avec eux dans la vallée du Pô ; — ou bien, en entrant en Italie, ils auraient détruit les terramares; alors aurait eu lieu le passage des Apennins: les Etrusques auraient chassé devant eux une partie des Italiotes, ceux qui occupèrent rOmbrie, les pays des Sabins, le Latium, ils auraient emmené avec eux en Etrurie les autres comme sujets et auraient été initiés par ces derniers à la civilisation italique ; — ou bien ils seraient venus parmi les Italiotes à une époque où ceux-ci avaient déjà franchi les Apennins et occupaient le pays qui fut plus tard l'Etrurie ; ils les auraient vaincus, mais ils les auraient soufferts auprès d'eux, ils auraient accepté leur civilisation; quant à leur langue, ils ne l'ont certainement pas adoptée tout-à-fait: on peut tout au plus admettre qu'il se forma une langue mixte parlée à la fois par les Italiotes et les Etrusques (car rien n'indique qu'au temps de la domination étrusque en Etrurie on s'y soit servi d'une autre langue que de celle que nous appelions l'étrusque).
Entre ces hypothèses, il est bien difficile de choisir. — Je suis, pour ma part, peu disposé à croire que deux peuples aient vécu ensemble, ou tout au moins l'un auprès de l'autre, pendant des siècles, sur un espace restreint, dans un pays de plaine comme l'est la partie orientale de la vallée du Pô, ayant tout-à-fait la même civilisation, sans qu'ils soient arrivés à se fondre; et la preuve que cette fusion