DEUXIÈME PARTIE
et c'est surtout avec les tombes Regulini-Qalassi de Cervetri, Bernardini de Préneste, ciel Duce de Vetulonia que les analogies sont nombreuses ;
1885, p. 75; cf. Orsi, Museo italiano di antichith dassica, T. II, p. 99), cei-taines fibules de travail très fin trouvées dans ces tombes ont des formes italiennes : Martha, VÂrt étrusque, pl. I, fig. 12, avec nne inscription étrusque; Micali, Monumenti inediti, pl. XXI, fig. 6 et 7 (les fibules qu'on observe sur le vase François [voir plus haut, p. 409, n. 4] paraissent être, il est vrai, d'un type analogue, mais l'inscription étrusque de la fibule que je viens de mentionner ainsi que l'inscription latine d'une autre de même forme (voir p. 325, n. 3 et 408, n. 11), prouvent que les fibules italiennes ne sont pas des objets importés); Museo etrusco gregoriano, T. I, pl. XXXII-XXXIII ; Micali, Monumenti per servîre alla storia, pl. XLV, fig. 3. Il est donc vraisemblable qu'elles ont été fabriqviées en Italie (peut-être du reste par des artistes étrangers : voir Martha, l. c, p. 587), et la même conclusion s'applique à des objets de même style et de même technique trouvés dans ces tombes. D'autre part, sur quelques objets de cette époque, on observe le mélange ou plutôt la juxtaposition de plusieurs styles: par exemple, l'armille de Corneto publiée das les Monumenti et Annali delVInst., 1854, pl. XXXIII, fig. 1 et 2 (cf. Furtwangler, Annali, 1880, p. 133); l'anse de bronze recouverte d'une plaque d'argent de la tombe Bernardini [Monumenti dell'Inst., T. XI, pl. II, fig. 9, et Helbig, Annali, 1879, p. 11); on peut dire aussi les deux grandes fibules d'or de Vulci (Micali, Monumenti per la storia, pl. XLV, fig. 3) et de la tombe Regulini-Galassi {Museo etrusco greg., T. I, pl. XXXII-XXXIII), qui sont de forme semblable mais d'un style tout différent. Cette particularité s'explique si l'on admet qu'ils ont été fabriqués dans une région oii l'art ne se développait pas d'une manière originale, mais où l'on imitait des œuvres de provenances diverses, où se rencontraient peut-être aussi des artistes de différents pays. — Ce sont les figures et les ornements de style oriental qui dominent dans cette série de monuments. Quant à la question de savoir si tel objet de ce style, importé ou fabriqué en Italie, doit être rattaché à l'art grec asiatique ou à l'art phénicien (ou même à l'art lycien, à l'art lydien), arts qui nous sont presque inconnus, je la crois fort difficile à résoudre. — En général, on peut prouver ou admettre que les motifs orientaux qui se voient sur ces objets ont été employés par l'art grec archaïque, surtout par l'art grec d'Asie-Mineure. Certains détails, comme les Centaures à jambes de devant humaines {Mon. dell'Inst. T. X, pl. XXXI, fig. 5; pl. XXXIX^ fig. 1; Archoeologia, T. XLI, partie I, pl. VI); le type du griffon tel qu'on le voit sur quelques-uns de ces monuments {Mon. dell'Inst. T. X, pl. XXXII, fig. 6; T. XI, pl. II, fig. 10; T. X, pl. XXXIX% fig. 1; Perrot et Chipiez, T, III, p. 857, fig. 625) ; les ailes recoquillées, etc., semblent appartenir proprement à l'art grec. La Chimère qui apparaît plusieurs fois {Museo etrusco Greg., T. I, pl. XXIX; cf. Mon. dell'Inst., T. X, pl. XXXI, fig. 7; XXXP, fig. 1: T. XI, pL II, fig. 1) n'est pas une invention orientale. Sur le seau d'ivoire de Chiusi {Mon. dell'Inst. T. X, pl. XXXIX'% fig. 1) on voit représentée une scène de l'Odyssée; sui' les œufs d'autruche de la tombe d'Isis (Perrot et Chipiez, T. III, p. 856 sq., fig. 624 sq.) on remarque certains signes qui semblent des lettres grecques. D'un autre côté, les ressemblances sont très nombreuses avec des objets trouvés dans des pays phéniciens, en Sardaigne et surtout à Chypre, où il y avait d'ailleurs un fond de population grecque.
ÉTUDE DES FOUILLES
je renvoie à cet égard aux rapprochements que j'ai faits dans les pages qui précèdent ^
M. Helbig attribue d'une manière générale ces tombes au sixième siècle^. On pourrait peut-être préciser un peu plus^ quoiqu'une classification chronologique tout-à-fait rigoureuse me semble bien difiicile en cette matière.
La tombe de la Pania près de Chiusi ^, où l'on a trouvé le célèbre seau d'ivoire qui sera prochainement exposé au musée de Florence, semble être une des plus récentes de tout le groupe On y a trouvé plusieurs vases de bucchero ornés de figures estampées à l'aide d'un
Il faut se souvenir d'une part que l'art grec oriental et l'art phénicien ont pu se développer sous les mêmes influences, d'autre part que dès cette époque l'art grec semble avoir exercé une grande influence sur l'art phénicien qui n'eut jamais d'originalité, et que des artisans grecs travaillaient peut-être même dans des centres phéniciens (voir Furtwângler, Eoscher's Lexikon, T. I, p. 1755). Par conséquent, la différence entre l'art des villes grecques d'Asie-Mineure et celui des villes phéniciennes ne devait pas être bien grande. C'est ainsi qu'un bijou d'argent trouvé récemment à Chypre et fabriqué certainement dans cette île nous offre le pur type grec du griffon (voir Dùmmler, Jahrbuch des arch. Instituts, T. II, 1887, p. 92 et pl. VIII); la Chimère se retrouve aussi à Chypre (Perrot et Chipiez, T. III, p. 284, fig. 215). De plus, pour les objets fabriqués en Italie on pourrait admettre un mélange d'éléments appartenant à l'art phénicien et d'éléments appartenant à l'art grec oriental. — Je ferai remarquer que les textes historiques que l'on a invoqués pour soutenir l'hypothèse d'un commerce très important des Carthaginois en Italie à l'époque des tombes Regulini-Galassi, etc. (Helbig, Ânnali dell'Inst. 1876, p. 245-246 ; Das homerische Epos, p. 31 et 92, Martha, L'Art étriisqice, p. 116-117) ne me semblent rien prouver, car à mon avis ces tombes sont du septième et du commencement du sixième siècles, tandis que l'époque où les Carthaginois s'unirent aux Etrusques contre les Phocéens de la Corse (en 537), où ils conclurent leur premier traité avec Rome (508; cette date est très contestée, mais je suis disposé à l'admettre) correspond précisément à l'introduction d'un très grand nombre de vases attiques en Etrurie. Du reste, quand M. Helbig a fait ces rapprochements historiques, la chronologie des vases attiques n'avait pas encore été renouvelée par les découvertes de l'Acropole.
1 Voir p. 372, n. 1, 6; 373, n. 9; 374, n. 5; 375, n. 8; 393, n. 1, 2, 6; 402, n. 3, 5, 9, 10; 403, n. 2, 4; 404, n. 1 ; 407, n. 5; 408, n. 11 ; 409, n. 8; 416, n. 7; 417, n. 1, 4; 418, n. 4.
^ Das ho7nerische Ejios, p. 91. Cf. Annali deWInst., 1884, p. 148, n. 1. 3 Helbig, Bull. dell'Inst., 1874, p. 203 sq. ; Annali, 1877, p. 398 sq. tav. d'agg. UV; cf. 1878, p. 299 sq.; Monumenti, T. X, pl. XXXIX a.
* Comme l'a déjà fait observer M. Helbig, Annali, 1877, p. 408.
cylindre. A Corneto, à Vulci, à Orvieto ces vases appartiennent à répoque de Timportation des céramiques corinthiennes de style oriental, mais non aux premiers temps de leur importation \ Il n'y avait pas, il est vrai, de céramiques de cette classe dans la tombe en question, mais il faut remarquer d'abord qu'elles sont rares k Chiusi ~, en second lieu que les poteries corinthiennes primitives^ dont on a trouvé des exemplaires dans la tombe en question, se sont fabriquées encore à l'époque des vases corinthiens de style oriental ^. Il est vraisemblable que la fabrication des buccheri décorés ainsi (avec des reliefs grecs) a commencé un peu plus tard à Chiusi que dans les villes du littoral. Je crois qu'on se ne trompera guère en disant que ces buccheri ont été déposés dans la tombe de la Pania vers le milieu du sixième siècle, au plus tard. Malheureusement nous ne savons pas si le seau d'ivoire et les autres objets y ont été enfermés en même temps, car deux morts ont été ensevelis dans la tombe, et le matériel a été déplacé par les voleurs qui l'ont visitée dans l'antiquité.
La tombe d'Isis, ouverte à Vulci, dans la région de la Polledrara (voir notre carte) ^, avait aussi plusieurs chambres ^ : il convient donc d'admettre qu'elle a servi à plusieurs dépositions et que les objets qu'on y a recueillis n'étaient pas tous a))solument contemporains. Les gourdes de porcelaine dite égyptienne avec hiéroglyphes, recueillies dans cette tombe permettent seulement de dire qu'elle est postérieure à l'avènement de la vingt-sixième dynastie égyptienne (vers 660 ^). Quant
' Voir plus loin, chajDiti'e IV, § 3,
2 Yoiv Helbig. Annali deU'Inst., 1884, p. 110-111, n. 4. ^ Voir plus loin, cliapitre IV, § 4.
^ Sur cette tombe, voir Martha, L'Art étrusque, p. 109110. s Martha, l. c, p. 189.
Micali, Monumenti înediti, pl. VII, fig. 4 et 5. ' Helbig, Annali delVInst., 1876, p. 242.
* Wiedemann, Aegyptîsche Geschîchte, p. 732-733. Selon M. Maspéro (Histoire ancienne des peujyîes de V Orient, quatrième édition, p. 530), en 656. — Il y avait aussi
ÉTUDE DES FOUILLES
à Thydrie polychrome qui y a été trouvée \ il n'est pas douteux qu'elle se rattache à l'art grec : on y voit représenté le mythe de Thésée et du Minotaure. Il y a de plus des raisons de croire qu'elle se rattache à l'art ionien ~. Où a-t-elle été fabriquée ? Récemment, plusieurs savants ^ se sont prononcés pour Naucratis. Si cette hypothèse était fondée, nous pourrions avoir un point de repaire chronologique important : il est en effet probable que les G-recs s'établirent à Naucratis sous Amasis, donc après 569 avant J.-C. ^. Malheureusement l'attribution de l'hydrie en question h la fabrique de Naucratis n'est nullement prouvée ^. Mais l'époque h laquelle appartient la tombe d'Isis peut être fixée à peu près, si on la compare à d'autres sépultures de Sovana et de Cervetri qui renfermaient des objets exactement semblables et en outre des vases corinthiens, à figures d'animaux de style oriental ^
dans la tombe d'Isis, selon M. A. S. Murray (Journal of hellenîc Studies, T. X, 1889, p. 247), un scarabée égyptien avec le cartouche de Psamitik I (656-611). ' Micali, Monumenti ineditî, pl. IV, fig. 1.
" Voir les rapprochements faits par M. Dûmmler, Mitth. des arcJi. Instituts, RUm. Abth., T. III, 1888, p. 165 et 171, et M. Bôhlau, Jahrbuch des arch. Instituts, T. II, 1887, p. 63, n. 25. — Pour les méandres isolés du col, cf. Dûmmler, Mitth., R. A., T. II,
0. Smith dans Flinders Pétrie, Naultratis, p. 49. Dûmmler, Mitth., R. A., T. III,
1888, p. 165. Von Rohden, dans Baumeister, Denlcmdler des klassischen Altertums, T. m, p. 1957.
^ Hérodote, II, 178. — L'exactitude du renseignement donné par Hérodote a été, il est vrai, contestée à la suite des fouilles récentes: voir Flinders Pétrie, Naulcratis (1"'« partie), p. 4-5 (je n'ai pas à ma disposition la seconde partie où cette question est traitée à nouveau) ; mais M. Hirchfeld (Rheinisches Muséum, T. XLII, 1887, p. 209 sq.; T. XLIV, 1889, p. 461 sq.; cl Berliner philologische Wochenschrift, 1890, p. 913) l'a défendue par sérieux arguments.
^ M. E. A. Gardner {Journal of hellenic, Studies, T. X, 1889, p. 126 sq.) rejette absolument cette attribution. N'ayant pas vu l'original et la reproduction de Micali étant tout-à-fait insuffisante, je ne puis me prononcer sur la question de savoir si l'hydrie a été fabriquée en Etrurie ou en Orient. — Cf. une œnochoé en bucchero d'Orvieto, qui semble de fabrication étrusque; elle est conservée au musée de Berlin: Furtwângler, Beschreîbung der Vasensammlung im Antiquarium, n° 1543. Cf. peut-être aussi une amphore en bucchero trouvée à Cervetri et décrite par M. Helbig, Bull. delVInst, 1881, p. 167, mais les figures y sont en relief.
Helbig, Annali, delVInst., 1876, p. 242-244. — On n'en a pas signalé dans la tombe d'Isis, mais lors de la découverte on a pu les laisser de côté, comme étant sans valeur