VI. — Observations sur l'époque de ces tombes
Les tombes h fosse que nous venons d'étudier sont, à en juger par la ressemblance parfaite du matériel, toutes à peu près contemporaines ^
Ce matériel peut être comparé avec celui d'un groupe de tombes bien connu *, où l'on a trouvé beaucoup d'objets de caractère oriental ^,
^ La petite fosse LVI est peut-être un peu plus récente: voir le n'^S.
* Voir Ghirardini, Not. d. Scavi, 1882, p. 205, n. 2-7. Undset, Annali delVInst, 1885, p. 26 sq. Martha, L'Art étrusque, p. 106 sq. — Ajouter la tombe de Oometo décrite par Helbig, Bull. delVInst,, 1885, p. 213-215; la tombe de Civita-Castellana décrite par Cozza et Pasqui, Not d. Scavi, 1887, p. 309-311 et pi. VI; plusieurs tombes non encore décrites de Vetulonia et de la région de Civita-Castellana.
'Je me sers à dessein de cette expression vague: objets de caractère oriental. L'analyse détaillée et la classification des objets trouvés dans ces tombes serait importante, mais naturellement elle ne peut trouver place ici. MM. Helbig (Anncdi, 1876, p. 247 sq.; 1877, p. 399 sq.; 1879, p. 6 sq.; Dos homerische Epos, p. 30-31, 39, 59), Perrot {Histoire de VArt^ T. III, p. 757 sq., 853, 855, 868, etc.), Martha {UArt étrusque^ p. 105-117) croient qu'un grand nombre de ces objets sont de fabrication phénicienne: cela est du reste incontestable pour certains d'entre eux: par exemple pour les conpes d'argent, quoiqu'il ne soit pas suffisamment prouvé qu'elles aient été faites à Carthage comme le veut M. Helbig (voir Furtw&ngler, Die Bronzefunde aus Olympia^ p. 52, n. 1; p. 56; Roscher*s Lexikon, p. 1756-1757. American Journal of archae(h hgy, T. UI, 1887, pi. XXX: coupe de Chypre); sans doute aussi pour le soyphos d'argent de la tomba del Duce {Not. d. Scavi, 1887, pi. XVI, fig. 1); pour la ciste Caatellani {Monumenti delVInst., T. VIII, pi. XXVI) ; pour des ivoires sculptés (tombe Bemardini, MonumenH delVInst., T. X, pi. XXXI, fig. 3 ; T. XI, pi. II, fig. 1^. — Récemment plusieurs savants, entre autres MM. Milchhôfer, Die Anfânge der Kunst in Oriechenland, p. 81, n. 1, p. 222; Langbehn, Flilgelgestalten der àltesten griechischen Kunst, p. 79 sq.; Purtwàngler, Bronzefunde aus Olympia, p. 51, 52, 61-63; Annali delVInst., 1880, p. 130 sq.; Roscher's Lexikon, T. I, p. 1755, 1760-1761, 1765; Dûmmler, Jahrbuch des arch. Instituts, T. II, 1887, p. 90, 91 ; Mitth., Rom. Ahth., T. H, 1887, p. 188; Studniczka, Athm. Ahth., T. XII, 1887, p. 10; Bôhlau, Jahrbuch, T. H, 1887, p. 62, p. 63, n. 25; T. III, 1888, p. 359, ont cherché à réagir en différents sens contre la part trop grande faite, à leur avis, à l'industrie phénicienne et ont rattaché un certain nombre de ces objets à Tart lycien, à l'art lydien, à l'art grec, en particulier & l'art ionien de l'Asie-Mineure. — Je suis disposé à croire qu'il faut faire une très grande part à la fabrication italienne, non seulement pour les objets d'usage commun, mais aussi pour les bijoux les plus fins. Comme Ta fait remarquer M. Undset {Annali,
420 DEUXIÈME PABTEE.
et c'eHt surtout avec les tombes BeguHini-Oalassi de Cervetri, Bernardini de Préneste^ dél Duce de Yetulonia que les analogies sont nombreuses :
1885, p. 76; cf. Orsi, Muaeo italiano di antichità dassica, T. 11, p. 99), certaines fibules (le travail trèH fin trouvées dans ces tombes ont des formes italiennes : Martha, VArt iinitque^ pi. I, fig. 12, avec une inscription étrusque; Micali, Manumenti inediti^ pi. XXI, flg. i\ et 7 (les fibules qu'on observe sur le vase François [voir plus haut, p. 409, 11. 4] paraissent ôtre, il est vrai, d'un type analogue, mais l'inscription étrusque de la fibule que je viens de mentionner ainsi que Tinscription latine d'une autre de même forme (voir p. 825, n. 8 et 408, n. 11), prouvent que les fibules italiennes ne sont pas dcH objets importés); Museo etrusco gregoriano^ T. I, pi. XXXII-XXXEŒ; Micali, Monvinenti per servire alla storia^ pi. XLV, ^g, 3. H est donc vraisemblable qu'elles ont été fabriquées en Italie (peut-être du reste par des artistes étrangers : voir Martha, /. r., p. 587), et la même conclusion s*applique à des objets de même style et de même technique trouvés dans ces tombes. D'autre part, sur quelques objets de cette époque, on observe le mélange ou plutôt la juxtaposition de plusieurs styles: par exemple, Tarmille de Oorneto publiée das les Monumenti et AnnciU delClnst.^ 1854, pi. XXXIII, fig. 1 et 2 (cf. Furtw&Dgler, Annali^ 1880, p. 183); l'anse de bronze recouverte d'une plaque d'argent de la tombe Bernardini {Monumenti dell'Inst^ T. ^T^ pi. II, fig. U, et Helbig, Annali, 1879, p. 11); on peut dire aussi les deux grandes fibules d or de Vulci (Micali, Monumenti per la storia^ pi. XLV, fig. 3) et de la tombe Begalini-Qalassi {Musto etrusco greg.^ T. I, pi. XXXIT-XXXIH), qui sont de forme semblable mais d'un style tout différent. Cette particularité s'explique si l'on admet qu'ils ont ét^V fabriqués dans une région où l'art ne se développait pas d'une manière originalei mais où Ton imitait des œuvres de provenances diverses, où se rencontraient peut<K^tre aussi dos artistes de différents pays. — Ce sont les figures et les ornements de style oriental qui dominent dans cette série de monuments. Quant à la qoestian de savoir si toi objet de ce style, importé ou fabriqué en Italie, doit être rmttaelié à Tari gr\H> aquatique ou à Tart phénicien (ou même à Fart lycien, à Tart lydien), arts qui nous sont pn^:»que inconnus, je la crois fort difficile à résoudre. — En gênênl, on peut prouver ou admettre que les motifs orientaux qui se voient sur ces objets ont ^tn^ emplv^yi^ji par Tart grec archaïque, surtout par Tart grec d'Asie-lGnenre. Gertuns détailj^ comme les Centaures à jambes de devant humaines {Mon, déirimsL T. X, pK XXXI, fig, 5: pK XXXIX';fig. 1 : Artkneohgla, T. XLI, partie L pL VI) : le type du grifilon te) qu\>n le voit sur quelques-uns de ces monuments (Iftm. deWIu^L T. X, pt XXXIL fig. t^: T. XL pi- U, fig. 10: T. X, pi. XXXTX\ ûg. 1: Perrot et Ckipiei, T, ni, p. S5T. fig, t^^ : les ailes recoquillées. etc^ semblent appartenir propremat à Tart gT^\ La Chimère qui apparaît plusieurs fois ^^Mmsfy eimseo Gr^^ T. L pL XXIX: ci. Jlf,^ lrf^r|lM^#.. T. X, pL XXXI. fig, 7: XXXI\ fig. 1: T. XL pL IL % 1) a cil I^Mt nue inv^ntivva ourieniale, Sur le seau d'ivoire de Chinai ^Jfoa. éeO^Imti, T. X, pi, XXXIX ^ èiT. P on v>>:t i^pr^^ntêe une soène de FO^yssêe: sar les 0Hr& d'wtra.-^ii^ vl^ la îoïiSf .1 I^i* Perrvn et Cbiriej, T. UL r- S5^ 5»^^ £z. ^4 S5- « «war^v.e vvnaîr:? *icti*$ ^:i: 5temb>ï:t ies lettre* gr^ecq-seis. D':e» axzv nfiè» las res- $<4m;VZass>^» :?cct tï>è5 r.^ïiVre'rise^ ar^K' des oVet? Tr:--v*s ,Sa25$ i«5 pays pà«ûeie&$. <î;i SJc^^aics!e <* $:zrîc« à Chrr*^, ci il v avait d'aillewr* :=x :v©i ce ciccQjasfîin. ctwçk-
je renvoie à cet égard aux rapprochements que j'ai faits dans les pages qui précèdent ^
M. Helbig attribue d'une manière générale ces tombes au sixième siècle*. On pourrait peut-être préciser un peu plus, quoiqu'une classification chronologique tout-à-fait rigoureuse me semble bien difficile en cette matière.
La tombe de la Pania près de Chiusi ^, où l'on a trouvé le célèbre seau d'ivoire qui sera prochainement exposé au musée de Florence, semble être une des plus récentes de tout le groupe ^ Oa y a trouvé plusieurs vases de bucchero ornés de figures estampées k Taide d'un
H faut se souvenir d'une part que Part grec oriental et l'art phénicien ont pu se développer BOUS les mêmes influences, d'autre part que dès cette époque l'art grec semble avoir exercé une grande influence sur l'art phénicien qui n'eut jamais d'originalité, et que des artisans grecs travaillaient peut-être même dans des centres phéniciens (voir Purtwângler, Roacher'a Lexikon^ T. I, p. 1755). Par conséquent, la différence entre l'art des villes grecques d'Asie-Mîneure et celui des villes phéniciennes ne devait pas être bien grande. C'est ainsi qu'un bijoiT d'argent trouvé récemment à Chypre et fabriqué certainement dans cette île nous offre le pur type grec du griffon (voir Diimmler, Jahrbuch des arch, Instiiids, T. II, 1887, p. 92 et pi. VIII); la Chimère se retrouve aussi à Chypre (Perrot et Chipiez, T. III, p. 284, fig. 215). De plus, pour les objets feibriqués en Italie on pourrait admettre un mélange d'éléments appartenant à l'art phénicien et d'éléments appartenant à l'art grec oriental. — Je ferai remarquer que les textes historiques que l'on a invoqués pour soutenir l'hypothèse d'un commerce très important des Carthaginois en Italie à l'époque des tombes Regulini-Galassi, etc. (Helbig, Annali delVInsL 1876, p. 245-246 ; Das hovierische Epos, p. 31 et 92. Martha, VArt étrusque^ p. 116-117) ne me semblent rien prouver, car à mon avis ces tombes sont du septième et du commencement du sixième siècles, tandis que l'époque oh les Carthaginois s'unirent aux Etrusques contre les Phocéens de la Corso (en 537), où ils conclurent leur premier traité avec Rome (508; cette date est très contestée, mais je suis disposé à l'admettre) correspond précisément à l'introduction d'un très grand nombre de vases attiques en Etrurie. Du reste, quand M. Helbig a fait ces rapprochements historiques, la chronologie des vases attiques n'avait pas encore été renouvelée par les découvertes de l'Acropole.
^ Voir p. 372, n. 1, 6; 373, n. 9; 374, n. 5; 375, n. 8; 393, n. 1, 2, 6; 402, n. 3, 5, 9, 10; 403, n. 2, 4; 404, n. 1 ; 407, n. 5; 408, n. 11 ; 409, n. 8; 416, n. 7; 417, n. 1, 4; 418, n. 4.
' Das homerische EpoSj p. 01. Cf. Annali delVInsLj 1884, p. 148, n. 1.
« Helbig, Bull delVInst, 1874, p. 203 sq. ; Annali, 1877, p. 398 sq. tav. d'agg. UV; cf. 1878, p. 299 sq.; Monumenti, T. X, pi. XXXIX a.
* Comme l'a déjà fait observer M. Helbig, Annali^ 1877, p. 408.
422 PBSiaËBE PABTIE.
cylindre. A Cometo, h Yulci, h Orvieto ces vases appartienneDt à répoque de Timportation des céramiques corinthiennes de style oriental, mais non aux premiers temps de leur importation ^ Il n'y avait pas, il est vrai, de céramiques de cette classe dans la tombe en question, mais il faut remarquer d'abord qu'elles sont rares k Chiusi ^, en second lieu que les poteries corinthiennes primitives, dont on a trouvé des exemplaires dans la tombe en question, se sont fabriquées encore à répoque des vases corinthiens de style oriental ^. Il est vraisemblable que la fabrication des buccheri décorés ainsi (avec des reliefs grecs) a commencé un peu plus tard à Chiusi que dans les villes du littoral. Je crois qu'on se ne trompera guère en disant que ces buccheri ont été déposés dans la tombe de la Pania vers le milieu du sixième siècle, au plus tard. Malheureusement nous ne savons pas si le seau d'ivoire et les autres objets y ont été enfermés en même temps, car deux morts ont été ensevelis dans la tombe, et le matériel a été déplacé par les voleurs qui l'ont visitée dans l'antiquité.
La tombe d'Isis, ouverte à Yulci, dans la région de la Polledrara (voir notre carte) *, avait aussi plusieurs chambres ^ : il convient donc d'admettre qu'elle a servi à plusieurs dépositions et que les objets qu'on y a recueillis n'étaient pas tous absolument contemporains. Les gourdes de porcelaine dite égyptienne avec hiéroglyphes, recueillies dans cette tombe ®, permettent seulement de dire qu'elle est postérieure h 1 avènement de la vingt-sixième dynastie égyptienne ^ (vers 660 ®). Quant
^ Voir plus loin, chapitre IV, § 3.
* Voir Helbig. Annali delVInst.y 1884, p. 110-111, n. 4. ^ Voir plus loin, chapitre IV, § 4.
^ Sur cette tombe, voir Martha, L*Art étrusque^ p. 109-110.
^ Martha, /. c, p. 189.
® Micali, Monumenti inediti^ pi. VII, fig. 4 et 5.
7 Helbig, Annali delVInst, 1876, p. 242.
* Wiedemann, Aegyptische Geschichte^ p. 732-733. Selon M. Maspéro (Histoire fl«cienne des peuples de VOrient^ quatrième édition, p. 530), en 656. — Il y avait ans»
à rhydrie polychrome qui y a été trouvée \ il n'est pas douteux qu'elle se rattache à l'art grec : on y voit représenté le mythe de Thésée et du Minotaure. Il y a de plus des raisons de croire qu'elle se rattache à Tart ionien *. Où a-t-elle été fabriquée ? Récemment, plusieurs savants^ se sont prononcés pour Naucratis. Si cette hypothèse était fondée, nous pourrions avoir un point de repaire chronologique important : il est en effet probable que les Grecs s'établirent à Naucratis sous Amasis, donc après 569 avant J.-C. *. Malheureusement l'attribution de l'hydrie en question h, la fabrique de Naucratis n'est nullement prouvée ^. Mais l'époque h, laquelle appartient la tombe d'Isis peut être fixée à peu près, si on la compare h, d'autres sépultures de Sovana et de Cervetri qui renfermaient des objets exactement semblables et en outre des vases corinthiens, à figures d'animaux de style orientale
dans la tombe d'Isis, selon M. A. S. Murray (Journal of helîenic StudieSj T. X, 1889, p. 247), Tin scarabée égyptien avec le cartouche de Psamitik I (656-611). ^ Micali, Monumenti inediti, pi. IV, fig. 1.
* Voir les rapprochements faits par M. Dûmmler, Mitth. des arch. Instituts^ Rom, Abih.j T. m, 1888, p. 165 et 171, et M. Bôhlau, Jahrbuch des arch. Instituts, T. II, 1887, p. 63, n. 25. — Pour les méandres isolés du col, cf. Dtimmler, Mitth,, R, A,, T. II,
^ C. Smith dans Flinders Pétrie, Naukratis, p. 49. Dûmmler, Mitth,, R. A,, T. III,
1888, p. 165. Von Rohden, dans Baumeister, DenkmUler des klassischen Altertums, T. ni, p. 1957.
* Hérodote, II, 178. — L'exactitude du renseignement donné par Hérodote a été, il est vrai, contestée à la suite des fouilles récentes: voir Flinders Pétrie, Naukratis (1*'* partie), p. 4-5 (je n'ai pas à ma disposition la seconde partie où cette question est traitée à nouveau) ; mais M. Hirchfeld (Rheinisches Muséum, T. XLII, 1887, p. 209 sq.; T. XLIV, 1889, p. 461 sq. ; cf. Berliner philologische WochenschHft, 1890, p. 913) Ta défendue par sérieux arguments.
^ M. E. A. Qardner {Journal of helîenic Stndies, T. X, 1889, p. 126 sq.) rejette absolument cette attribution. N'ayant pas vu Toriginal et la reproduction de Micali étant tout-à-fait insuffisante, je ne puis me prononcer sur la question de savoir si rhydrie a été fabriquée en Etrurie ou en Orient. — Cf. une œnochoé en bucchero d'Or- ^eto, qtii semble de fabrication étrusque; elle est conservée au musée de Berlin: Furt- ^ângler, Beschreibung der Vasensammlung im Antiquarium, n° 1543. Cf. peut-être sussi une amphore en bucchero trouvée à Cervetri et décrite par M. Helbig, BulL delVInst, 1881, p. 167, mais les figures y sont en relief.
^ Helbig, Annali, delVInst, 1876, p. 242-244. — On n'en a pas signalé dans la tombe d'Isis, mais lors de la découverte on a pu les laisser de côté, comme étant sans valeur. —
Cette tombe n'est pas d'une époque très éloignée de celle des tombes Regulini-Galassi, Bernardini, del DucCy comme le prouve en particulier une bande d'or qu'on y a trouvée ^ : elle est tout-à-fait du style du pectoral et de la grande fibule recueillis dans la tombe Regulini-Galassi ^
La taniba del Duce h Vetulonia ^ contenait une coupe appartenant à la même fabrique que celle qui est publiée dans les Annali ddVlnsL 1877, tav. d'agg. CD, fig. 5* (forme 143; oiseaux et losanges séparés par des triglyphes). Nous avons trouvé des coupes semblables dans trois tombes^. Dans la tombe XII, A (n*^ 8), une de ces coupes était accompagnée de deux œnochoés de type corinthien primitif (n*"' 6 et 7). Une tombe à cassone fouillée le 18 février (lettre X sur la carte générale), et dont la description n'est pas donnée dans la première partie de ce livre, en renfermait une autre qui a été recueillie avec une œnochoé exactement semblable au n*^ 6 de la tombe XII, A; avec plusieurs coupes semblables à l'exemplaire publié par Lau, Die griechischen Vasen^ pi. VIII, fig. 3; avec un assez grand nombre de vases d'impasto italico (dont plusieurs ^ salières „ à bords plats, d'une forme voisine de 129, mais h cuvette moins large et plus profonde, ornées sur les bords de canards estampillés); enfin avec quelques buccheri proprement dits, parmi lesquels je citerai en particulier un scyphos exactement semblable à un exemplaire de la tomba del Duce ^ et provenant sans doute de la même fabrique. La tombe LU qui nous a donné deux coupes semblables aux précédentes (n"** 21 et 22) paraît être d'une époque plus récente. Elle contenait, il est vrai, trois œnochoés (n*^' 3, 6 et 7) da
Je ferai remarquer que la p3^is d'albâtre reproduite dans Micali, Monumenti inediti, pi. VIII, fig. 11, est une forme propre à des poteries de style corinthien (c'est notre forme 158 ; cf. Lau, Die griechischen Vaseuy pi. IV, fig. 3). ' Micali, Monumenti inediiij pi. VIII, fig. 4.
2 Museo etrusco gregoriano, T. I, pi. XXVIII-XXIX, XXXn-XXXIII.
3 Falchi, NoL d. Scavi, 1887, p. 474-506 ; pi. XIV-XVIII.
^ Musée de Florence. Cf. Palchi, NoL d. Scavi, 1887, p. 497. ^ Cf. plus haut, p. 395.
° NoL d. Scavij 1887, pi. XVI, fig. 6 (= Martha, VArt étrusque^ p. 456, fig. 295). Cf. un autre exemplaire publié dans le Museo etrusco gregoriano, T. I, pi. UI, fig. 1.
même style que les n^'' 6 et 7 de la tombe XII, A, mais aussi deux autres œnochoés corinthiennes de style développé avec des figures d'animaux empruntées h l'art oriental (n*^" 4 et 5; cf. Longpérier, Musée Napdécn 111^ pi. LXIY) Celles-ci n'appartiennent pas, il est vrai, à la période la plus avancée de la fabrique qu'on pourrait appeler conventionnellement italo-corinthienne ^ D'après les observations qui précèdent^ je crois que Timportation de ces coupes en Etrurie répond k peu près aux premiers temps de l'importation des vases corinthiens de style développé, vers la fin du septième siècle environ. — Dans la tomba dd Duce, il y a de nombreuses poteries locales en impasto Udico, mais aussi des buccheri proprement dits qui ont des formes anciennes ^ Or dans la région de Corneto-Vulci on peut déterminer avec une certaine précision Tépoque à laquelle a commencé la fabrication de ces poteries : les vases corinthiens de style primitif s'importaient en grande quantité, et déjà arrivaient quelques vases de style développé ^. Cette remarque n'aurait qu'une valeur très limitée si les buccheri en question avaient été faits à Vetulonia, où la fabrication du bucchero a pu commencer plus tard qu'ailleurs ; mais la parfaite identité des exemplaires de la tomba del Duce et de ceux que l'on a trouvés en plus grand nombre dans les villes du littoral de l'Etrurie du sud, me porte à croire qu'ils proviennent d'un même centre de fabrication, plus méri- <lional que Vetulonia.
Nous sommes donc ramenés encore vers la fin du septième siècle. O'est à cette époque que je place la tomba del Duce ^. En tout cas, on
peut guère descendre plus bas que le commencement du sixième siècle.
^ Les œnochoés du type de celle qni a été publiée par Longpérier, L c, pi. LXV ont d'une époque un peu plus récente.
* Forme 159 (avec de fines stries sur la cuvette) ; forme 31 (cf. plus haut, p. 424, n. 6). ^ Voir plus loin, chapitre IV, § 3.
* Je ne puis adopter Tavis de M. Von Duhn, Bonner Studien R. Kekulé gewidmet, . 31, qui la place vers la fin du sixième siècle. Je n'ai pas trouvé non plus dans la oie de M. Pais sur la nacelle de bronze trouvée dans cette tombe {Rendiconti del-
^Aceademia dei Ltnceî, T. V, 1889, premier semestre, p. 431 sq.) d'arguments qui me fassent modifier la date proposée ici.
Il est impossible de ne pas être frappé de la ressemblance de style du seau d' ivoire de la tombe de Chiusi, et de la caisse funéraire de la tomba dd Duce {Notizie degli Scavi^ 1887, pi. XVIII) \ Ce sont, semble-t-il, deux monuments appartenant au même art et k peu près contemporains. Cependant, en tenant compte de la différence des matières employées, la caisse me fait l'impression d'être un peu plus ancienne ^.
Les deux tombes Regulini-Galassi de Cervetri et Bernardini de Préneste sont à peu près contemporaines, à en juger par la ressemblance d'un assez grand nombre d'objets. — Dans la tombe Regulini- Galassi il y a eu plusieurs dépositions, dont deux principales, l'une dans la première chambre, où l'on a enseveli un guerrier, l'autre dans la chambre du fond où a été enterrée une femme avec ses nombreux bijoux ^ Il ne paraît pas cependant que ces deux dépositions aient été séparées par un long intervalle d'années ^. Dans la tombe Bernardini à Préneste, il n'y a eu, semble-t-il qu'une déposition ^ — Il n'est pas facile de déterminer exactement l'époque de ces tombes, car dans cette recherche on ne peut se prévaloir du secours de céramiques nationales ou importées ^. Dans la tombe Bernardini on a trouvé, il
^ Cf. aussi la base da buste de femme de la tombe d'Isis (Micalî, Monumenii ineditif pi. VI, fig. 2). Quant aux œufs d'autruche de cette tombe, ils présentent avec les objets que je viens de mentionner une incontestable parenté : cependant les différences de style sont trop sensibles pour que je croie qu'ils appartiennent au même art.
* Cf. pour les détails le type des griffons et la forme des ailes. — Les animaux estampés sur plusieurs vases à'impasto italico de la tomba del Duce (NoL d. Scaviy 1887, pi. XV, fig. 1 ; pi. XVI, fig. 7) sont aussi d'un style un peu plus primitif que ceux de la classe des buccheri à relief plat que Ton trouve dans PEtrurie méridionale avec des céramiques appartenant à une époque avancée de la fabrique dite italo-corinihîenne.
^ Voir Canina, UAntica Etruria marittima, T. I, p. 181-183. Les deux chambres latérales ovales semblent d'une époque un peu postérieure (Canina, ibid,, p. 184).
* On connaît du reste à peu près la place des objets. Voir Canina, L c, p. 199-200 et pi. L; Museo eirusco gregoriano^ T. I, pi. I.
^ Voir les observations de M. Helbig, BulL delVInst,^ 1876, p. 119.
* Dans le Museo etrusco gregoriano^ T. I, pi. II, fig. 2 sq. ; III, 1 ; IV-VII de l'édition A (cf. T. II, pi. XCVI-XCVIII, C, Cm de l'édition B), sont reproduites comme provenant de la tombe Regulini-Galassi d'assez nombreuses poteries. Je ne crois
à croire que les deux tombes dont il s'agit sont d'une époque un pe plus ancienne que la tomba del Duce et la tombe d'Isis, sans pouvoi du reste en donner de preuves convaincantes. Le support de bronze d la tombe Regulini-Galassi ^ me paraît être d'un style moins avancé que la caisse funéraire de la tomba dd Duce et la base de la statue de la femme de la tombe d'Isis ^
En résumé, toutes ces tombes semblent appartenir k une époque qui s'étend du milieu du septième siècle au plus tôt, jusqu'au milieu du sixième siècle au plus tard ^. Nos fosses qui ne contenaient pas de buccheri proprements dits ni de vases corinthiens primitifs (sauf le n*^ 12 de la tombe LXXVIIl) ne sont contemporaines que des tombes les plus anciennes de cette série ^. Pour adopter une date moyenne, on pourrait les placer vers le second tiers du septième siècle environ. Celles qui ont été étudiées au chapitre II seraient du commencement du même siècle, à, peu près.
Les fosses que nous avons ouvertes ne sont pas les plus récentes de la nécropole de Vulci. M. Helbîg en a signalé d'autres, ouvertes en 1884 près du ponte délia Badia, où les vases corinthiens primitifs (avec de simples ornements ou des figures de quadrupèdes courant) et corinthiens récents (avec des animaux de style oriental) étaient nombreux ^ ; elles sont par conséquent postérieures aux nôtres, et con-
^ Museo etrusco aregoriano^ T. I, pi. XVII. Cf. aussi le bassin de bronze de la même tombe: ïbid,^ T. I, pi. XV, fig. 1, 3; la partie supérieure de la grande fibule d'or: ihid., pi. XXXII.
* Voir plus haut, p. 403, n. 4. — Il faudrait, il est vrai, savoir si ces objets appartiennent tout-à-fait au même art et peuvent par conséquent être comparés au point de vue chronologique; je le crois, mais cette opinion pourrait être discutée.
^ Il m'est impossible de partager l'opiniou de M. Brizio, qui place les tombes di type Regulini-Galassi immédiatement après la période des puits {AtH délia Deputazknu di storia patria per la Romagnay Série III, T. III, 1885, p. 140 sq.).
* Cf. aussi p. 403, n. 4.
^ Bull, delVInst.y 1884, p. 164. Cf. une fosse de la PoUedrara dont le matéri^a/ est décrit Bull delVIiisL, 1882, p. 100.
430 DEUXIÈME PABTIE.
siècle et du commencement du cinquième, ne sont pas antérieures ces chambres ^ A Givita-Castellana, les tombes à fosse ouvertes dam s la région de la Penna renfermaient le même matériel que les chant. — bres voisines ^ A Véies, les fosses et les chambres de la Vaccareccic:^^ sont contemporaines^. — A Chiusi, le type de la tombe k jarre (à giro'^ ne disparut pas non plus lors de T introduction du type de la tomb^^ k chambre ^.
* Voir Kôrte, Annali delVInst, 1877, p. 110. Helbig, Mttth.j T. I, 1886, p. 214.
' Cozza et Pasqui, Not. d. Scavi^ 1887, p. 170.
^ Lanciani, ibid., 1889, p. 155.
^ Voir Milani, Museo italiano di antichità classica, T. I, p. 325. Il y a beauconp de tombes à ziro qui semblent dater du sixième siècle; dans l'ane d'elles, conservée au musée de Florence on aurait même trouvé une fibule d'une type voisin de celui de la Gertosa. La tombe à chambre décrite par M. Helbig (BulL delVInst^ 1877, p. 19B sq. et Annali, 1878, p. 296 sq.) paraît être du commencement du sixième siècle à peu près.
ÉTUDE DBS FOUILLES. 431