SOCLES DE COLONNES IONIQUES I
décoraient une partie des socles cylindriques. Mais, à Naucratis et à Ephèse, le socle se prolongeait au pied par une base moulurée du type ordinaire (tore cannelé à Naucratis, double scotie et tore cannelé ou décoré d'un motif lesbique à Ephèse) (i), tandis qu'à Delphes aucune moulure ne s'insère entre le socle et la dalle-stylobate. De même procédé avait été, semble-t-il, adopté pour la colonne votive d'Egine déjà mentionnée (2). Des pièces d'architecture archaïque, découvertes à Samos, montrent quelle a été, à l'origine, la raison d'être de l'insertion d'un élément intermédiaire entre le stylobate et le fût : elle était d'ordre pratique. L,e socle préservait du contact de l'eau la colonne de bois qui s'y dressait (3). Un exemple d'arrangement identique à celui de la colonne du Sphinx de Delphes est fourni par un édifice naxien de Délos, Yoikos à colonnade axiale, où les fûts de la colonnade intérieure reposent sur des socles lisses, posés eux-mêmes sur de grandes dalles rondes (pi. XVII, 3). Ces socles, hauts de o m. 463 à o m. 470, sont légèrement tronconiques (diamètre au lit de pose : o m. 437 à o m. 444 ; au lit d'attente : o m. 423 ; mesures prises à la 3e et à la 5e colonne à partir de l'Ouest). Le retrait du fût sur le socle est, comme à Delphes, de o m. 03 environ (diamètre inférieur du 3e fût à partir de l'Ouest : o m. 366). L,a partie inférieure du fût, sur une hauteur de o m. 03, jusqu'au départ des cannelures (au nombre de 24), est restée complètement lisse (4). L,a construction de cet édifice remonte à 600 environ av. J.-C. (5) ; au prostôon ajouté à l'Est du monument vers 570-560, les colonnes reposent sur une base faite d'un socle circulaire dont le profil se creuse très légèrement et d'un tore lisse, ébauche de la base du type « samien » (6).
(1) C'est en s'autorisant de ces exemples qu'on a pu proposer, pour le trésor de Marseille du sanctuaire d'Athéna Pronaia, une restauration très vraisemblable de la façade : P. DE La COSTE-MESSE- IJÈRE, Au musée de Delphes, p. 456 et fig. 19 (reproduite par G. DAUX, Pausanias à Delphes, p. 63).
(2) Aegina, p. 87, 156, 486-487, fig. 43, pi. XX et LXIV ; cf. Homoli,E, FD, IV, 1, p. 51. La comparaison de ce monument avec celui de Delphes serait instructive ; mais les éléments conservés à Egine sont peu nombreux, et la restauration proposée s'inspire largement de la colonne delphique. Peut-être deux autres monuments semblables ont-ils été élevés sur l'Acropole d'Athènes au cours de la première moitié du VIe siècle av. J.-C. : A. E. RaubiXSCHEK, Dedications from the Athenian Akropolis, n°» 1 et 2, p. 5-6 ; mais on n'en a retrouvé que quelques fragments inscrits, et la restauration en est fort incertaine.
(3) On a retrouvé à l'Héraion de Samos une base tronconique (hauteur : o m. 21 ; diam. inf. : o m. 39 ; diam. sup. : o m. 34) qui a peut-être appartenu au temple de l'époque géométrique (Buschor, Ath. Mitt., LV, 1930, p. 15, fig. 5, Beil. III, 1), plusieurs bases rectangulaires du Portique Sud (ibid., p. 24), deux bases à peu près circulaires (hauteur : o m. 232 ; diam. : o m. 555) portant au lit d'attente la trace de piliers rectangulaires et provenant peut-être du deuxième temple {ibid., p. 37 et fig. 14). Au temple de Rhoikos même, un groupe de bases de colonne est constitué par des cylindres lisses ; H. Johannes, Ath. Mitt., LXII, 1937, P- I4"I5. P1- x. I< les attribue aux colonnes intérieures de la cella.
(4) M. R. Vali,ois croit pouvoir attribuer à un autre monument naxien de Délos, la stoa, un tronçon inférieur de colonne, qui commence par un socle haut de o m. 185 pour un diamètre de o m. 405. Le diamètre de la colonne est de o m. 345 à la partie lisse (haute de o m. 03) qui précède les cannelures.
(5) Vai,lois, Architecture hellénique à Délos (1944), p. 16-18 et 109.
(6) Cotjrby, BCH, XLV, 1921, p. 235, exprime, sans la motiver, l'opinion que le placement des
l8 LA COLONNE DES NAXIENS
Le tambour supérieur de la colonne du Sphinx s'évase légèrement à partir d'un point situé à o m. 25 du lit d'attente (cf. plus haut, p. 10). Ce trait, qui se retrouve dans les colonnes du temple d'Apollon à Naucratis (1) et de l'Artémision d'Ephèse (2), accentue la ressemblance du haut de la colonne du Sphinx avec les colonnes « éoliques » (cf. plus loin, p. 23-24).
Le chapiteau delphique frappe d'abord par son allongement. Cette impression se confirme si l'on compare ses proportions non seulement à celles de chapiteaux de la fin du vie siècle et du Ve (3), mais même à celles du chapiteau de l'Artémision d'Ephèse, tenu pour exceptionnel par sa longueur et son étroitesse (4). Le rapport de la longueur à la largeur du lit d'attente est le même dans les deux cas : 2,21 à Ephèse, 2,20 à Delphes. Mais les rapports des dimensions horizontales au diamètre du lit de pose du chapiteau sont tous plus élevés à Delphes :
Delphes Ephèse
Longueur du lit d'attente 2,12 1,97
Intervalle des volutes 1,28 0,91
Longueur totale 2,54 2,24
Le rapport entre la distance des centres des volutes et le diamètre du lit de pose atteint, au chapiteau naxien, la valeur de 1,82 ; le rapport entre la profondeur du balustre et la distance des centres ne dépasse pas 0,52. L'allongement du chapiteau delphique est encore souligné par sa hauteur relativement réduite : alors qu'à Ephèse le rapport de la longueur totale à la hauteur du chapiteau est de 3,56, il atteint au chapiteau du Sphinx naxien la valeur singulière de 4,70.
Les conclusions chronologiques tirées de la comparaison d'un chapiteau de colonne votive et d'un chapiteau d'édifice appellent certaines réserves : l'allongement du chapiteau a pu être déterminé, en partie au moins, par les dimensions et la forme de la plinthe de la statue du Sphinx. Mais la longueur même de la plinthe n'est pas dépourvue de signification chronologique : elle dépend
colonnes intérieures sur les socles cylindriques résulte d'un remaniement, peut-être contemporain de la construction du prostôon Est, qu'il date d'ailleurs curieusement d'une époque tardive (postérieure au 11e siècle av. J.-C).
(1) Durm, Baukunsl3, p. 300, fig. 276 ; DlNSMOOR, Arch. of Ancient Greece, p. 126, fig. 47.
(2) Excav. at Ephesus, pi. VIII ; Dtjrm, op. cit., fig. 281 ; DlNSMOOR, op. cit., p. 129, fig. 48.
(3) Cf. les tableaux dressés par R. Martin, BCH, LXVIII-LXIX, 1944-1945, p. 364-365.
(4) Dinsmoor, op. cit., p. 130. Les colonnes de l'Artémision présentaient entre elles des différences. En outre les chapiteaux sont tous restaurés et leurs mesures ne peuvent être tenues pour rigoureusement exactes. J'ai utilisé, pour le calcul des proportions, les indications numériques données dans Exe. at Eph., p. 277.