‹ Fouilles de Delphes (volume 2)Chapitre 12 sur 58 · LIONS ET SPHINX DE DELOS · texte numérisé non relu

LIONS ET SPHINX DE DELOS

de l'attitude de l'animal, et cette attitude a évolué, au cours du vie siècle av. J.-C, dans le sens d'une contraction du corps. Des termes de comparaison valables sont fournis à ce propos par des monuments de Délos : la rangée de lions (pi. XV, 2) qui bordait le chemin du Iyétôon, mise en place vers la fin du vne siècle, très vraisemblablement par les Naxiens, et un Sphinx (pi. XV, 3) qui couronnait une des deux colonnes votives jumelles (1) dont la consécration peut être attribuée également à Naxos (cf. plus loin, p. 28). On constate, des lions de Délos au Sphinx de Delphes et au Sphinx de Délos, une tendance à redresser progressivement le corps de l'animal assis (fig. 1) ; à mesure que la ligne oblique du corps se relève, les pattes antérieures se rapprochent de l'arrièretrain, la longueur du quadrilatère de sustentation et, par suite, celle de la plinthe diminuent. Quelques rapports illustrent cette tendance à la contraction du corps de l'animal :

(1) Ces monuments n'ont été jusqu'à présent que brièvement mentionnés : HomohE, CRAI, 1913, p. 204-205 ; Rev. arch., 1913, II, p. 121 ; DEONNA, Dédale, II, p. 72, n. 3. On en a retrouvé les éléments suivants : un des chapiteaux en assez bon état (inv. A 583) (pi. XVI, 1 à 3), un fragment de l'autre (inv. A 584) ( pi. XVI, 4 et 5), une partie de la plinthe d'un des .Sphinx avec les pattes postérieures de l'animal, le corps (sauf les pattes antérieures) et la tête d'un des Sphinx (sur la statue, cf. plus loin, p. 28). On n'a publié des chapiteaux que des croquis restaurés : Homoue, Conférences de l'Exposition (1890), I, p. 98, fig. 4 ; NÉNOX, Les envois de Rome, pi. 63, 2 ; PERROT-CHIPIEZ, Hist. de l'art, VII, p. 631, pi. LUI, 3 ; DURM, Baukunsl3, fig. 279, 5 ; LECHAT, Le temple grec, p. 110, fig. 15. Ils sont étudiés par M. R. Vahois (à qui je dois les références bibliographiques qui précèdent) dans le chapitre VI, encore inédit, de son ouvrage sur l'architecture à Délos. De la base et du fût des colonnes, aucun élément n'est identifié avec certitude. Des chapiteaux ont été découverts dans la région de l'Artémision ; or, immédiatement à l'Ouest de l'Artémision, se trouvent deux dalles pratiquement identiques (pi. XVII, 1 et 2), présentant au centre une cavité d'encastrement circulaire et, sur trois côtés, des cavités rectangulaires pour l'encastrement de stèles. Dimensions des deux dalles : 1 m. 211 X 1 m. 199 (1 m. 202 à l'autre face) X o m. 316 ; 1 m. 213 X 1 m. 137 X o m. 297 (la face inférieure de la pierre est irrégulière). Diamètre de la cavité circulaire : o m. 573/0 m. 578 sur une dalle, o m. 579/ o m. 580 sur l'autre (mesures prises au fond de la cavité ; le diamètre au bord supérieur est inférieur de 3 à 4 millimètres). Profondeur de cette cavité : o m. 088 sur une dalle, o m. 103 sur l'autre. G. Poui,SEn, selon une information de M. Vaij^ois, avait envisagé l'attribution de ces deux dalles aux monuments des Sphinx ; elle est en effet très vraisemblable. Quant au fût, le seul élément qui pourrait lui appartenir est un fragment de la partie inférieure d'une colonne à 28 cannelures (inv. 14.221; actuellement au S.-O. de la Salle hypostyle), conservé sur une hauteur de 1 m. 05. De diamètre au lit de pose est au moins de o m. 542 ; au fond des cannelures, il est de o m. 516 à o m. 20 du lit de pose, de o m. 494 à o m. 85 de ce lit. La hauteur du manchon lisse à la partie inférieure (o m. 09) peut s'expliquer par l'importance du diamètre, supérieur au diamètre moyen des colonnes ioniques archaïques de Délos. Elle se justifierait aussi si le tambour était directement encastré dans une des cavités circulaires, remplie au fond et au pourtour d'une couche de plomb ; un socle cylindrique pouvait également s'interposer entre la dalle et le fût, comme pour une colonne votive proche de l'édifice A. La diminution du diamètre étant de o m. 022 sur o m. 65 de hauteur, la hauteur du fût, avec un diamètre de o m. 542 au lit de pose et de o m. 394 au lit d'attente, aurait été, sans entasis, de 4 m. 37, et la hauteur de la colonne, chapiteau compris, de 4 m. 71, ce qui donnerait au rapport entre cette mesure et le diamètre inférieur une valeur de 8,69, susceptible d'être légèrement accrue si l'on devait ajouter à la hauteur de la colonne celle d'un socle. L'appartenance du fragment de fût à l'une des deux colonnes est donc théoriquement possible ; mais elle ne peut être établie. M. Vau,ois a envisagé peur ce fût de colonne d'autres attributions : si le prostôon Est de l'oikos des Naxiens semble devoir être écarté (diam. au lit d'attente du tore : o m. 535), le prodomes Ouest de ce même édifice et le prodomos du temple archaïque d'Artémis demeurent des localisations possibles, quoique également difficiles à contrôler.

Fig. 1. — Profil schématique d'un lion de Délos et des Sphinx de Delphes et de Délos

(échelle : 1 : 20).

Lions Sphinx Sphinx

de Délos (i) de Delphes de Délos

Longueur de la plinthe Profondeur de la plinthe Hauteur de la statue Longueur de la statue Hauteur de la statue Longueur du quadrilatère de sustentation

(1) Les mesures des lions de Délos varient sensiblement d'un exemplaire à un autre. Les rapports indiqués ici sont établis d'après les mesures prises sur un même exemplaire. Sur d'autres, le rapport de la longueur à la profondeur de la plinthe descend à 3,1, celui de la hauteur de la statue à sa longueur totale à 0,68, celui de la hauteur de la statue à la longueur du quadrilatère de sustentation à 0,85.

(2) Hauteur de la statue du Sphinx de Délos : 1 m. 23 du sommet de la tête au lit supérieur de la plinthe, dans l'état actuel de la statue au musée de Délos, où les pattes antérieures sont remplacées par des supports de plâtre.

(3) Ce rapport diffère du précédent pour les lions seuls, parce que la tête fait une forte saillie sur les pattes antérieures, tandis que, dans les Sphinx de Delphes et de Délos, elle ne dépasse pas le plan des pattes. Ce détail s'explique et par la position très allongée des lions et surtout par la différence de structure entre l'encolure léonine et le cou humain.

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