CHAPITEAU DE NAXOS
Ces trois exemples jalonnent la ligne d'une évolution qui, sans présenter une uniformité parfaite, se vérifierait cependant dans son principe par l'examen des figures d'animaux assis qui sont peintes sur les vases ; elle aboutit à son terme au type des Sphinx funéraires, au corps très ramassé, qui couronnaient des colonnes ou des stèles (i).
Plus directement encore que les deux chapiteaux de Délos mentionnés cidessus, un autre chapiteau (pi. XVII, 5 à 7), malheureusement très mutilé, est comparable à celui de Delphes. Il a été trouvé à Naxos même (2). Ses mesures, forcément approximatives, sont les suivantes : longueur totale : 1 m. 76 ; hauteur (du lit de pose au lit d'attente) : o m. y] ; profondeur du balustre : o m. 602 ; diamètre du lit de pose : o m. 69. Les dimensions de ce chapiteau sont donc très proches de celles du chapiteau de Delphes. Les rapports qui peuvent être calculés confirment la ressemblance : longueur totale /diamètre du lit de pose : 2,55 ; longueur totale /hauteur : 4,75. Les détails de structure soulignent encore cette étroite parenté : absence complète d'abaque, canaux du balustre (au nombre de 6, séparés par une seule baguette) s'amortissant sans transition au bord du lit d'attente, même tracé des spires (bordées de baguettes plus grosses qu'à Delphes), canal circulaire séparant le lit de pose de la couronne de feuilles du kymation, disposition des feuilles non symétrique, semble-t-il, par rapport aux balustres (l'axe de la seule feuille entièrement conservée ne coïncide pas avec le milieu du balustre). Le canal des volutes est concave ; entre les volutes, au-dessus du kymation, il est plat. Seules la courbe un peu plus prononcée du profil du balustre et la hauteur moindre du kymation par rapport à la hauteur totale dénotent peut-
(1) Cf. par exemple, G. RiCHTER, Archaic Atlic gravestones, p. 64 sq. ; Archaic Greek art, p. 76, fig. 118 et 119 ; A] A, XLVIII, 1944, p. 323, fig. 1 et pi. VII.
(2) Le chapiteau provient de l'intérieur de l'île. Il a été transporté au musée de Naxos par les soins de M. N. Condoléon, à qui je dois de connaître son existence et d'avoir pu l'examiner et en prendre les photographies publiées ici. M. Condoléon en donnera une étude plus détaillée. Un des balustres et le kymation sur les deux faces du chapiteau ont été brisés par les paysans qui ont profondément creusé le lit d'attente en forme d'auge, en ménageant un conduit d'écoulement dans l'épaisseur du marbre. On ignore évidemment si le chapiteau provient d'un édifice ou d'une colonne votive : l'idée, en soi étrange, de transformer un chapiteau en auge serait-elle venue aux paysans à la vue d'une cavité d'encastrement ménagée dans l'antiquité au lit d'attente ? La question est compliquée par l'existence d'un fragment de balustre, provenant du même endroit et transporté également au musée de Naxos ; théoriquement il peut appartenir au balustre brisé du chapiteau ; mais les baguettes des spires de la volute sont plates, alors qu'elles sont normalement arrondies sur les deux volutes du balustre conservé du chapiteau. Avait-on dressé deux colonnes jumelles comme à Délos ? M. Condoléon signale l'existence, à l'endroit d'où proviennent le chapiteau et le fragment de balustre, de deux tambours de colonne incomplets, partiellement enfouis, conservés sur une hauteur approximative de 1 m. 35 et de o m. 85. On ne peut affirmer que les tambours appartiennent au même monument que le chapiteau, car, à proximité, auprès d'une église byzantine, d'autres pierres antiques sont éparses dans les champs. Cependant la taille des cannelures (au nombre de 24) à arêtes vives révèle un travail archaïque, et la mesure du diamètre (o m. 75) au seul lit où, dans l'état actuel, il soit mesurable, ne s'oppose pas à une attribution commune pour les tambours et le chapiteau. On souhaite qu'une fouille mette au jour d'autres éléments du monument.
être un stade légèrement plus avancé, dans l'évolution du chapiteau ionique, qu'au monument naxien de Delphes.
Outre son allongement, le chapiteau du Sphinx delphique présente des détails de structure caractéristiques : l'absence d'abaque, le profil du balustre, le tracé des spires de la volute, la hauteur et la disposition du kymation.
I/absence d'abaque ne constitue, ni pour la chronologie, ni pour le style, un indice appréciable. C'est un trait archaïque certes, mais qui survit au ve siècle (i). On peut faire valoir, à ce propos aussi, la fonction particulière du chapiteau, destiné à porter une statue et non un entablement. Mais le même détail de structure reparaît sur d'autres chapiteaux naxiens archaïques, non seulement de colonnes votives (celui du Sphinx de Délos et, si le monument était votif, celui de Naxos), mais aussi d'édifices (2).
L,e balustre est presque cylindrique : c'est à peine si la ligne joignant, d'une volute à l'autre, deux points symétriques s'incurve en son milieu. Les cinq canaux du balustre sont coupés selon une ligne droite à o m. 03 au-dessous du lit d'attente, sans qu'aucune moulure ménage la transition. C'est là incontestablement une marque d'archaïsme, qui rapproche le chapiteau delphique de quelques exemplaires difficiles à dater, mais sûrement très anciens, où le balustre n'est qu'un cylindre lisse sur les faces duquel les volutes sont gravées (3) . La forme cylindrique du balustre détermine celle des volutes et en limite du même coup l'extension : le bord extérieur de la volute n'est même pas tangent à la couronne de feuilles du kymation. Il en résulte un faible développement de la volute par rapport à la longueur totale du chapiteau : mesurée horizontalement en passant par son centre, elle représente à peine le quart de cette longueur.
I/absence d'œil au centre de la volute est normale à l'époque archaïque, mais la concavité du canal l'est moins. Toutefois on ne tirera de ce détail aucune
(1) Par exemple à Milet, Néapolis, Docres : Dinsmoor, Arch. of Ancient Greece, p. 136-137.
(2) Six chapiteaux de Délos, attribués par R. Vaiaois à la stoa des Naxiens, construite vers 550- 540 {Arch. hell. à Délos, p. 21), ne comportent pas d'abaque. Dimensions approximatives de ces chapiteaux : long, totale : o m. 65 à o m. 70 ; haut, du lit de pose au lit d'attente : o m. 18 à o m. 19 ; diam. du lit de pose : o m. 255 à o m. 27 ; prof, du lit d'attente : o m. 32 à o m. 33. Chacun de ces chapiteaux se distingue des autres par quelque détail. Sur cinq d'entre eux, le canal est convexe. Quatre ne présentent que des différences assez légères de structure (notamment dans la longueur du lit d'attente, la distance des centres des volutes et la hauteur du canal) et de style (dans le traitement des oves du kymation et des canaux du balustre) . De cinquième est conçu dans un style sensiblement différent : balustre fortement cintré, dont les canaux s'amortissent plus bas que le lit d'attente ; son appartenance à la stoa peut s'expliquer par une réfection ou par l'achèvement de la construction à une date plus récente. Quant au sixième chapiteau, il se différencie des autres par la concavité du canal, par la substitution aux oves d'un kymation lesbique sculpté, et par la présence d'une cavité carrée d'encastrement au lit de pose et d'un goujon au milieu du lit d'attente. R. Vai^ois, op. cit., p. 22, n. 5, a lui-même souligné ces divergences et proposé de les expliquer par l'intervention d'un sculpteur athénien.
(3) Cf. par exemple un petit chapiteau de bronze d'Olympie : WURZ, Die Entslehung der Sâulenbasen (1925), p. 95, fig. 240 ; trois fragments de chapiteaux de pierre de Didymes : WiEGAND-Knackfuss, Didyma (1941), p. 149, pi. 213, F 662, A, B, C ; un chapiteau du musée de Délos.
KYMATION DU CHAPITEAU 23
conclusion sur le degré d'évolution du chapiteau (i), d'autant moins que deux autres chapiteaux naxiens à peu près contemporains, ceux de Délos et de Naxos précédemment cités, sont traités de la même façon. L,e tracé des spires diffère très légèrement entre les quatre volutes, et il est possible qu'il n'ait pas été déterminé par une construction géométrique, mais dessiné à main levée (2).
I,a hauteur relativement faible des chapiteaux de Delphes et de Naxos par rapport à leur longueur a déjà été notée (3). Dans cette hauteur, la couronne de feuilles (4) du kymation occupe, à Delphes, une place qui paraît démesurée. ]> canal entre les volutes ayant disparu sur les deux faces du chapiteau, on ignore sa hauteur exacte et son aspect : était-il concave sur toute sa longueur, ou plat comme au chapiteau de Naxos (cf. plus haut, p. 21), ou encore interrompu en son milieu par un motif décoratif comme au chapiteau du Sphinx de Délos (pi. XVI, 1) ? Cependant la hauteur relative du kymation et du canal peut être appréciée par des rapports approximatifs qui illustrent la différence de structure du chapiteau de Delphes et des chapiteaux apparentés : la valeur du rapport atteint à Delphes environ 1,52, à Naxos 1,26 ; à Ephèse, elle est inférieure à 1 (5) ; à Délos, elle tombe à 0,78. Parmi ces chapiteaux, celui de Delphes est le seul où la retombée des feuilles dépasse (de o m. 046) le niveau du lit de pose. I,e bord inférieur des feuilles du kymation se trouvait, par rapport au lit de pose, très légèrement plus bas, semble-t-il, sur le chapiteau de Naxos, au même niveau sur les chapiteaux de l'Artémision d'Ephèse, très légèrement plus haut sur le chapiteau du Sphinx de Délos.
I^e développement du kymation en largeur et, par suite, sa saillie sur le fût de la colonne sont aussi plus importants au chapiteau du Sphinx de Delphes qu'ailleurs. I> rapport entre le plus grand diamètre de la couronne de feuilles et le diamètre du lit de pose du chapiteau atteint 1,45, alors que sa valeur approximative est de 1,43 à Naxos et de 1,40 à Délos (6). I^a saillie et la retombée de la couronne de feuilles, complétant l'effet produit par l'évasement du tambour supérieur du fût (cf. plus haut, p. 10 et 18), imposent le rapprochement entre les
(1) Cf. sur ce point les observations de Dinsmoor, Arch. 0/ Ancient Greece, p. 143.
(2) Une recherche rapide n'a pas permis à Y. Fomine de déterminer les centres qui auraient servi au tracé des volutes. A ce tracé, on comparera celui d'une volute peinte sur un fragment de terre cuite (pi. XVII, 4) découvert à Delphes, près de la Lesché des Cnidiens (inv. 7025 ; dimensions : o m. 19 X o m. 08) ; par sa technique, le fragment paraît s'apparenter à la céramique protocorinthienne.
(3) Cf. plus haut, p. 18 et 21. Au chapiteau du Sphinx de Délos, dont la longueur n'est pas exactement mesurable, le rapport entre la longueur et la hauteur ne paraît pas dépasser 3,35.
(4) J'emploie le mot « feuilles » de préférence à « oves » pour marquer que ce décor s'apparente, par sa forme, aux « feuilles d'eau » et, par sa fonction, aux couronnes de feuilles des chapiteaux « ioniens-éoliques ».
(5) D'après Excav. at Eph., pi. VI et VIII.
(6) 1,20 à Ephèse, d'après Excav. at Eph., p. 277. Mais la comparaison est, pour ce rapport, à peu près dépourvue de sens, à cause de la différence de structure des chapiteaux de l'Artémision : à Delphes, à Naxos et à Délos, le canal circulaire ménagé autour du lit de pose du chapiteau en écarte la couronne du kymation.
monuments de Delphes, de Délos et de Naxos et les colonnes terminées par un chapiteau à feuilles retombantes de Delphes et d'Arkades (i).
I,e profil du kymation dépend de son diamètre à chaque niveau. Au chapiteau du Sphinx de Delphes, le plan du plus grand diamètre passe par le milieu de la hauteur. A cause de la structure du chapiteau, les feuilles se prolongent plus loin vers le haut que vers le bas. Mais le profil (pi. XI, coupe AB) (2) suit, du bas des feuilles jusqu'à un point symétrique par rapport au milieu de la hauteur, le tracé d'un cercle, dont le centre semble coïncider avec le point de rencontre du plus grand diamètre et d'une verticale élevée par le milieu du canal séparant le kymation du lit de pose. Malgré la grande hauteur du kymation, qui obligeait à allonger les feuilles, celles-ci demeurent relativement très larges (3). Elles conservent presque jusqu'au bas la même largeur et ne se terminent pas en pointe. L,e kymation du chapiteau de Delphes est un peu plus récent que divers décors retrouvés en Ionie (4), notamment à Didymes (5), où le profil dessine un demicercle à peu près parfait et où les feuilles s'inscrivent dans un carré ; on s'accorde, avec vraisemblance, à dater ces décors du premier quart du VIe siècle av. J.-C. Mais le kymation delphique paraît sensiblement plus ancien (même en tenant compte de la différence de structure des chapiteaux) que celui de l'Artémision d'Bphèse, dont le profil est plus tendu (6). I,a même impression résulte de la comparaison, tant pour le profil que pour la facture des feuilles, avec les « feuilles d'eau » du trésor de Cnide à Delphes (7) et avec le décor d'éléments attribués à l'Héraion
(1) Cf. P. DE LA COSTE-MESSEUÈRE, Au musée de Delphes, p. 254, n. 2 ; DlNSMOOR, Arch. of Ancient Greece, p. 143.
(2) Profil relevé par L- ShoE, Profiles of Greek mouldings (1936), pi. II, 4 (où il est coupé horizontalement en bas).
(3) Longueur du développement de la circonférence du kymation : 3 m. 33. Largeur max. d'une feuille (avec la baguette qui l'entoure) : o m. 195. Hauteur du kymation : o m. 264. Rapport entre la largeur et la hauteur d'une feuille : 0,73.
(4) Cf. SHOE, Profiles, pi. I.
(5) Cf. en particulier plusieurs blocs de l'assise de couronnement d'un mur de terrasse : WiEGAND- Knackfuss, Didyma (1941), p. 131, pi. 55 (F 626), 224 (F 628), 225 (F 624 et 625), 226 (F 623), 227 (F 630) ; Shoe, Profiles, pi. A, 1 et I, 2. En outre divers fragments proviennent d'autres monuments de la même époque : Wiegand-Knackfuss, op. cit., p. 148, pi. 220 (F 655 et 657), 224 (F 656).
(6) Excav. at Eph., pi. VIII ; SHOE, op. cit., pi. III, 4.
(7) Photographies des « feuilles d'eau » du trésor de Cnide : P. DE La CosTE-MESSEUÈRE, Au musée de Delphes, pi. XXI ; SHOE, op. cit., pi. A, 3. Profil : Shoe, pi. II, 5. Sur la légère antériorité des feuilles du chapiteau naxien par rapport à celles du trésor, les observations de P. DE La CosTE-MESSE- UÈRE, op. cit., p. 269, n. 1, me paraissent entièrement fondées. D'après les éléments d'architecture, le trésor a été daté du deuxième quart du VIe siècle par WEICKERT, Typen, p. 105, et, plus précisément, de la décade 565-555 par Dinsmoor, Arch. of Ancient Greece, p. 138. La date de 565 environ a été retenue par L- Shoe ; cependant le profil des moulures relevées par elle, op. cit., p. 12, pi. II, 5, p. 13, pi. III, 1 et A, 4, p. 149, pi. LXVIII, 8 et 9, p. 153, pi. LXXI, 9 et 10, s'accommoderait mieux d'une date un peu plus basse, mais antérieure, en tout cas, au milieu du VIe siècle. Tout en reconnaissant que, par son décor architectural, le trésor appartient à la période antérieure à 548, P. DE La CosTE-MESSElylÈRE, op. cit., p. 8, n. 5, l'a daté des années 550-545 (la date de 544 paraissant constituer, pour des raisons historiques, une limite inférieure : ibid., p. 275, n. 5 ; FD, IV, 2, p. 14-15) à cause du style des sculptures. Mais la découverte, en 1938, d'un fragment de torse de Caryatide (P. DE La CostE-MESSE-
KYMATION DU CHAPITEAU 25
samien de Rhoikos (i). Mais la ressemblance paraît plus étroite avec des fragments de l'autel de Rhoikos, dont la construction a pu précéder celle du temple : même profil proche du demi-cercle, bas des feuilles se détachant également sur un profond canal, proportions et facture des feuilles à peu près identiques (2). Un autre rapprochement valable s'établit avec le chapiteau du temple d'Apollon à Naucratis (3). I^e kymation du chapiteau de Delphes se situerait donc assez précisément dans le deuxième quart du VIe siècle, avant 560. Celui du chapiteau du Sphinx de Délos est nettement plus évolué : les feuilles y sont plus étroites (4) et le profil de la couronne, dont le plus grand diamètre se trouve vers le tiers de la hauteur à partir du bas (5), s'éloigne du demi-cercle.
L,e traitement du kymation sur le chapiteau de Delphes souligne l'indépendance primitive de la couronne de feuilles. A Naucratis, le kymation était taillé dans un autre bloc que le reste du chapiteau. Ce détail de facture n'est pas forcément un indice de haut archaïsme, car la séparation effective des deux éléments
UÈRE, BCH, L,XII, 1938, p. 285-288), duquel a été rapproché, en 1939, un fragment de bras et d'épaule portant les restes de mèches de cheveux, a remis en question l'identification des Caryatides du trésor (cf. P. DE La COSTE-MESSEUÈRE, Rev. arch., 1940, II, p. 103-107). En 1952 a pu être reconstituée, par le rapprochement de plusieurs fragments, une partie importante du corps de l'autre Caryatide. Des éléments qu'on avait rapportés au monument {FD, IV, 2, p. 1-18), la tête doit être écartée ; sa date est susceptible d'être abaissée dans la deuxième moitié du VIe siècle, moins sans doute que n'a proposé de le faire W. Darsow, Mitteilungen, III, 1950, p. 119 sq. Quant aux deux corps acéphales, M. DE La COSTE-MESSEUERE m'indique qu'il en maintient la date vers 550-545, tandis que les éléments architecturaux se classeraient mieux dans la décade 560-550 : pour concilier les données de la sculpture et de l'architecture, il placerait la construction du trésor vers 550.
(1) ShoE, op cit., pi. III, 11 à 13. L'analyse des éléments du temple, retrouvés dans les fondations de l'édifice qui l'a remplacé, a conduit E. Buschor et ses collaborateurs à dater le monument bâti par Rhoikos des années 560-550. Cette conclusion a été confirmée par L. Shoe, op. cit., p. 13, à qui les moulures samiennes ont paru un peu plus évoluées même que celles de l'Artémision de Crésus. Dinsmoor, Arch. of Ancient Greece, p. 124, voudrait faire remonter jusqu'à 575 la date de la construction, parce que le temple de Samos aurait été imité dans les façades à double rangée de colonnes du temple d'Apollon à Syracuse et du temple C de Sélinonte. Même si cette filiation était établie, il resterait à préciser la date des temples de Sicile : Dinsmoor lui-même ne remonte pas, pour le temple C, au delà de 55°-53°-
(2) Je ne tiens compte que des éléments de poros appartenant à l'état primitif de l'autel, et en particulier d'un fragment de feuilles de l'assise de couronnement : H. Schi<Eif, Ath. Mitt., LVIII, 1933, p. 190 et 200, fig. 25, Beil. LVII, 2 (autre élément de poros, frise de palmettes et de lotus et astragale : Buschor, Ath. Mitt., LV, 1930, p. 92-93, fig. 45, Beil. XXV ; Schi,EiF, loc. cit., p. 192; Shoe, op. cit., pi. II, 8). L'autel a été reconstruit en marbre, à l'époque hellénistique ou romaine, sur le modèle de l'état ancien. Les décors sont traités d'une manière sèche qui dénote l'imitation archaïsante {Ath. Mitt., LV, 1930, Beil. XXVI ; LVIII, 1933, Beil, LV à LVII ; Shoe, pi. A, 2) ; mais les profils semblent reproduire assez fidèlement le modèle (Shoe, pi. II, 2 et 9).
(3) WElCpERT, Typen, p. 86-87 '• ROBERTSON, Handbook2 (1945), P- 98-100, fig. 45 ; Dinsmoor, Arch. of Ancient Greece, p. 126, fig. 47 ; SHOE, op. cit., pi. II, 1. Date probable : deuxième quart du VIe siècle, vers 565.
(4) Longueur du développement de la circonférence : environ 1 m. 82. Largeur max. d'une feuille : o m. 086. Hauteur du kymation : env. o m. 145. Rapport entre la largeur et la hauteur d'une feuille : 0,59.
(5) Profil : Shoe, op. cit., pi. II, 3. Il n'existe guère de profils comparables, la tendance générale étant de reporter dans la moitié supérieure le point le plus saillant.
du chapiteau s'est maintenue à Samos, au temple de Polycratès, construit à partir de 535-525 (1). Cependant la comparaison des chapiteaux des Sphinx de Delphes et de Délos n'est pas, à cet égard, dépourvue d'intérêt. A Délos comme à Delphes, les feuilles sont disposées sans souci de symétrie par rapport aux balustres ; la couronne est brisée sur une des faces du chapiteau, mais il semble bien que le nombre des feuilles était également impair (vingt et une plutôt que vingt-deux) . Mais, si la structure générale reste identique, la conception du rôle du kymation a changé. Sous les balustres, les feuilles, au lieu de se détacher au-dessus du canal circulaire, sont traitées en relief plat. L,a volute, si peu développée dans le chapiteau de Delphes qu'elle n'atteignait pas le kymation, s'est agrandie à Délos, en corrélation avec l'étranglement assez prononcé du balustre en son milieu, au point d'amputer la feuille du kymation contre laquelle elle vient buter (p. XVI, 3) et de provoquer un accroissement de l'intervalle entre deux feuilles voisines (pi. XVI, 5). Enfin un autre signe de la conception du kymation comme une partie intégrante de l'ensemble apparaît dans le fait que la couronne n'est plus un cercle parfait : son diamètre, de o m. 58 d'une face à l'autre, est ramené à 0 m. 55 entre les balustres.
Analyses et comparaisons aboutissent à fonder sur des bases assez solides le classement chronologique des principaux chapiteaux ioniques du haut archaïsme insulaire et ionien. I,e chapiteau du Sphinx de Delphes se classe en tête de la série. Celui du temple de Naucratis, trop mutilé, est à peu près contemporain. Tous deux précèdent de peu le chapiteau, également mutilé, de Naxos et les décors sa miens de l'autel et du temple de Rhoikos. Ensuite viennent les chapiteaux de l'Artémision d'Ephèse et les plus anciens des chapiteaux de la stoa des Naxiens de Délos. L,a construction de la stoa a été entreprise dans la décade 550-540, celle du temple d'Ephèse a pu se prolonger de 560 à 545 environ ; les premiers travaux de Rhoikos remontent à 560 environ ; l'édification du temple de Naucratis est antérieure de quelques années. On fixera sans grand risque d'erreur la construction de la colonne naxienne de Delphes entre 570 et 560. I^e chapiteau du Sphinx de Délos est un document de caractère mêlé, dont le classement est malaisé ; par sa structure, il appartient à la même série que les chapiteaux de Delphes et de Naxos, mais à un stade incontestablement plus évolué ; certains détails analysés plus haut, comme la faible hauteur du kymation par rapport à la hauteur totale, l'étroitesse des feuilles de la couronne et leur facture, l'étranglement du balustre, pourraient indiquer une date voisine de celle des chapiteaux d'Ephèse ou même un peu plus récente.
Iya statue du Sphinx (pi. XIII) (2) a été publiée dans les Fouilles de Delphes
(1) Plusieurs exemplaires du kymation ont été retrouvés : ShoE, op. cit., pi. V, 1, 3, 4, 5 et B, 2, 3.
(2) Cf. aussi Sculpt. gr. de Delphes (FD, IV, Album), pi. V-VI ; P. DE La Coste-MESSEUÈRE et G, de Miré, Delphes (1943), fig. 47 à 49.