DATE DE LA STATUE
de 580 à 550 av. J.-C. (i). Il est possible de réduire cette marge. En effet, le Sphinx est sensiblement antérieur au milieu du VIe siècle. L,e couros de Mélos (2), autre œuvre insulaire (3), n'est guère plus récent que 550 (4) ; or, entre le Sphinx et cette statue, les différences de sentiment et d'exécution sont assez marquées pour qu'un intervalle de quelque importance les sépare dans le temps. Plus récente aussi que le Sphinx delphique est une tête d'Egine, attribuée à un atelier insulaire et datée de 550 environ (5). Enfin, dans une autre province de l'art archaïque, le couros de Ténéa appartient à la même génération que le Sphinx, mais le suit de quelques années ; or le couros date du deuxième quart du vie siècle, et plutôt des années 560 et suivantes (6). L,a date de 560 représente donc pour le Sphinx une limite inférieure.
En proposant, avec réserve, la date de 580 comme limite supérieure, G. Richter s'est contentée de rappeler la ressemblance du Sphinx avec la Coré 677 de l'Acropole (7), sans prendre parti dans un débat ouvert depuis longtemps sur le degré de parenté des deux têtes et sur l'origine de la Coré. Il est incontestable que,
(1) 580-570 : RlCHTER, Kouroi (1942), p. 99 ; Archaic Greek art (1949), p. 28 et 99 ; Karo, Greek personality (1948), p. 185. — Vers 575 : Picard, Sculpt. gr., I (1935), P- 57° '• CharbonnEaux, Sculpt. gr. arch. (1938), fig. 9. — 575-56° : RlCHTER, Sculpture and sculptors of the Greeks, 3e édit. (1950), p. 36. — Vers 560 : La Coste-MESSEUERE, Rev. arch., 1940, II, p. 102 ; Delphes (1943), p. 320. — 560-550 : Homoi^E, FD, IV, 1 (1909), p. 53. — Vers 550: Picard et La Coste-MESSEUERE, Sculpt. gr. de Delphes (1927), p. 9 ; DEONNA, Dédale, II (1931), p. 72.
(2) RlCHTER, Kouroi, n° 72, pi. LX-LXII.
(3) Son attribution à l'école naxienne a même été suggérée, mais sans argument de poids : Karo, Greek personality, p. 188.
(4) Vers 550, selon RlCHTER, Archaic Greek art, p. 81 (qui se fonde d'ailleurs sur des rapprochements contestables, dans leur principe et dans leur application, avec des têtes de terre cuite corinthiennes) ; 550-540, selon Karo, loc. cit.
(5) FtjrTwangi<ER, Aegina, pi. 82 ; Langi,otz, Fr. Bildh., p. 139, pi. 71 b. Cette tête a été comparée tour à tour au Sphinx de Delphes et à celui de Délos, ce qui risque de provoquer quelque confusion. Le rapprochement établi par FurTwangi,ER avec la statue delphique n'avait rencontré que scepticisme chez HOMOi^E, FD, IV, 1, p. 53. Pour le style, c'est avec la tête du Sphinx délien que Lan- GLOTz, loc. cit., a décelé une ressemblance. Mais il la considérait alors comme contemporaine du Sphinx delphique et la datait de 570-560 (Koren, p. 41, dans SchradER, Marmorbildwerke). M. E. Langi<otz veut bien me faire savoir qu'il daterait maintenant la tête d'Egine vers 550 ou légèrement plus tard. Cette tête semble ainsi trouver sa vraie place dans le développement de la tradition insulaire, très près, pour la date comme pour le style, du Sphinx de Délos.
(6) PaynE, Necrocorinthia (1931), p. 237-238, estimait que le couros de Ténéa ne pouvait pas être plus ancien que le début du deuxième quart du VIe siècle ; il n'excluait donc pas une date un peu plus basse. Usant de comparaisons avec des têtes de terre cuite, il n'a pas assez tenu compte des réserves qu'il avait lui-même formulées. Tout d'abord ces rapprochements, établis avec des documents souvent médiocres et usés, manquent de précision et, par suite, de valeur probante. En outre leur validité est encore réduite par le décalage souvent observé entre le grand art et les arts mineurs, à cause du conservatisme des artisans et de la durée d'utilisation des moules. En utilisant la même méthode, RlCHTER, Archaic Greek art, p. 81, date le couros de la décade 570-560 ; les rapprochements sur lesquels se fonde cette datation n'emportent pas non plus la conviction ; seule la comparaison des profils est, dans une certaine mesure, valable. En tout cas c'est avec des œuvres du style corinthien récent qu'on peut relever quelques analogies, et il paraît difficile de remonter sensiblement au delà de 560. Langi,oTz, Koren, p. 17, abaisse la date du couros à la décade 560-550.
(7) Kouroi, p. 99, n. 13.
malgré une certaine ressemblance formelle des visages, l'expression du Sphinx et celle de la Coré trahissent chez les deux sculpteurs un esprit bien différent. Iyes commentateurs ont attribué la Coré à Naxos ou à Samos, selon qu'ils ont été plus sensibles aux analogies ou aux contrastes (i). Mais ces contrastes ne seraient-ils pas dus à la forte personnalité des artistes autant qu'aux tendances distinctes de deux écoles voisines ? En tout cas les deux statues sont assez proches par le style pour l'être également dans le temps. L,a Coré 677 a été datée différemment ; mais la date de 580-570 repose en partie sur une confusion (2), et celle de 550 environ n'a pas été appuyée d'arguments (3). L,a date la plus vraisemblable demeure 565-560 (4).
A la même Coré 677, G. Richter (5) compare le couros de Théra (6), spécialement pour le traitement de l'œil. I^e rapprochement, pour ce détail, ne s'impose pas. Mais le couros de Théra, plus ancien que la Coré 677 et que le Sphinx de Delphes, est, comme ces deux statues, une œuvre insulaire (7) ; à ce titre, il fournit,
(1) Déjà FurTwâng^ER, tenant la Coré pour samienne, tirait argument de sa ressemblance avec le Sphinx en faveur d'une origine samienne de la statue de Delphes, tandis qu'HoMOUE découvrait entre les deux têtes plus de dissemblances que de traits communs. Dans les travaux les plus récents, chacune des deux thèses garde ses partisans. DEONNA, Dédale, II (1931), p. 45, penche pour l'attribution de la Coré à Naxos ; Karo, Greek personality (1948), p. 187, paraît implicitement l'admettre, de même que PaynE, Archaic marble sculpture (1936), p. 12, qui accorde cependant une large part à l'influence samienne. V.H. Potji,SEN, From the collections, II (1938), p. 108, estime que la tête de la Coré 677 n'a pas d'équivalent dans l'art samien, et Condo^éon, 'Apx- 'E<p., 1939-1941 (publ. 1948), p. 17 et n. 4, trouve dans la ressemblance de cette tête avec celle du couros naxien de Copenhague un argument décisif en faveur de l'origine naxienne de la Coré de l'Acropole. Entre des œuvres insulaires de date voisine, il est normal de reconnaître des rapports assez étroits ; mais la comparaison de la Coré 677 avec le couros de Copenhague n'apporte pas plus la certitude de leur communauté d'origine que ne fait le rapprochement avec le Sphinx de Delphes. BUSCHOR, Altsam. Standbilder (1934), P- 24"25. ne met Pas en doute l'origine samienne de la Coré 677. Langi,OTz, Fr. Bildh. (1927), p. 115-116, a fortement insisté, dansle même sens, sur les différences entre les visages du Sphinx et de la Coré, dont l'attribution à Samos est nettement maintenue dans Koren (ig^q) , p. 64-65; mais dans Arch. Plastik auf der Akrop. (1941), p. XII, LANGtOTz ne se prononce pas entre Naxos et Samos. La Coré 677 entraîne à sa suite la Coré 619 acéphale : alors que, selon Buschor, loc. cit., et Langi,oTz, Koren, p. 63-64, le type de la statue est étranger à Naxos et que les différences entre sa draperie et celle de la Héra de Chéramyès s'expliquent par une différence de date, PaynE, loc. cit., et Pou^SEN, loc. cit., soutiennent au contraire que ce type de statue n'est pas conforme au goût samien.
(2) Buschor, Altsam. St., p. 24-25, propose la même date pour les deux Corés « samiennes » de l'Acropole, 677 et 619 (cf. note précédente). Or les deux statues sont séparées par un intervalle d'une quinzaine d'années : Langi,otz, Koren, p. 63-65.
(3) L,angi,otz et SchuchhardT, Arch. Plastik auf der Akrop., fig. 7.
(4) Vers 560 : Langi,oTz, Koren, p. 65.
(5) Kouroi, p. 99.
(6) Ibid., n° 40, pi. XXXVI-XXXVIII.
(7) Le style du couros est purement insulaire : RichTER, Kouroi, p. 99 ; Archaic Greek art, p. 32. Le traitement de la chevelure en relief très plat, avec ses boucles gravées, rappelle le goût naxien (cf. plus haut, p. 27) ou, du moins, insulaire. On a cru parfois reconnaître dans la statue des traits péloponnésiens, à cause de l'origine dorienne des colons de Théra, et surtout à cause de l'identité de proportions constatée entre cette statue et le couros de Ténéa : CaskEy, A] A, XXVIII, 1924, p. 358 ; PaynE, Necrocor., p. 237, n. 1 ; BuddE, Die attischen Kuroi (1939), p. 56. Les mêmes proportions caractérisent aussi le couros de Volomandra (Kouroi, n° 51, pi. XLIII-XLV), dont on a reconnu le caractère composite ; aussi bien sa date est-elle très incertaine : généralement fixée vers le milieu du VIe siècle, elle