BASES DES COLONNES
d'autre par deux rayons incisés, est creusé du bord du lit à la cavité centrale. Enfin, sur le fragment VII (pi. XXVI, 6), dont la surface est très abîmée, le cercle piqueté au centre demeure sensible ; au fond de la cavité centrale, de o m. 05 de côté et de o m. 035 de profondeur, se creuse une autre cavité, cylindrique, de o m. 018 de diamètre et de o m. 049 environ de profondeur par rapport à la surface du lit.
La destination de la circonférence incisée devait être la même qu'au lit de pose ; son diamètre, au lit d'attente des bases III et V, est presque identique. Le fond d'une cavité cylindrique ne se voit plus qu'aux bases II et VII ; mais il est possible qu'une pareille cavité ait été forée au centre du lit d'attente de toutes les bases ; en effet, au lit de pose des bases I et II, sa profondeur n'est que de o m. 042 et o m. 047, alors qu'au lit d'attente des cinq bases, la profondeur de la cavité carrée varie de o m. 035 à o m. 057 ; en creusant la cavité carrée, on a pu faire disparaître toute trace de la cavité cylindrique. Au lit d'attente, la cavité carrée, qui existe sur tous les exemplaires conservés, correspond à une cavité identique au lit de pose du fût ; elle a donc servi au logement d'un goujon, au moment de la mise en place. C'est une raison de plus de supposer que les cavités cylindriques ont été forées dans le marbre, aux deux lits, lors de la taille et du polissage des bases. Quant au canal de coulée de la base V, sa présence peut s'expliquer soit par une réparation du monument, soit par un remploi dans une autre construction.
La base se divise en deux parties de hauteur pratiquement égale (pi. XXI, XXIV, XXV, 4) (1) : dans la moitié supérieure, un tore à quatre cannelures séparées par des filets doubles (2), dans la moitié inférieure, une moulure en doucine (cyma recta), que prolonge vers le bas un petit tore. La taille des moulures n'a pas été d'une régularité parfaite ; on constate par exemple de menues différences dans la hauteur du petit tore inférieur. A la base I, au point b (cf. pi. XXIV), ce tore est plus haut d'un millimètre qu'au point a diamétralement opposé, — ou, plus exactement, au lieu de s'amortir directement au point de rencontre avec le lit de pose, comme en a, il se prolonge par un décrochement, sur une hauteur d'un millimètre, jusqu'à son intersection avec le plan du lit de pose (détail visible sur la pi. XXV, 4). Cependant, en a, la hauteur totale de la base est de o m. 222, alors qu'elle n'atteint, en b, que o m. 2215. Une différence a été également constatée dans la hauteur de la base II, en deux points diamétralement opposés : o m. 222 et o m. 223 (3) ; mais la surface du lit d'at-
(1) Cf. également, pour le profil, le relevé de L,. ShoE, Profiles of Greek mouldings, pi. XL,IX, 1 et L,XV, 7, et les photographies de G. DE Miré, Delphes, fig. 94 à 105.
(2) Le résultat des recherches auxquelles s'est livré Y. Fomine sur le mode de détermination des cannelures est consigné sur le dessin de la pi. XXIV.
(3) En ces deux points, la différence de hauteur du tore inférieur est encore plus sensible qu'à la base I : o m. 0305 et o m. 034.
tente de cette base est très usée (pi. XXV, 7). On n'a pas relevé de variations dans la hauteur des bases III et V, non plus que dans celle des deux fûts complets. Dans ces conditions, on ne dispose pas d'éléments suffisants pour supposer une inclinaison intentionnelle des colonnes (1).
B. Fût. — ■ Le fût de la colonne, bloc monolithe de marbre pentélique, à 16 cannelures séparées par un méplat, est haut de 2 m, 856. Il ne présente pas à'entasis sensible. Un congé, souligné par un listel, assure la transition entre les cannelures et le petit tore qui termine le fût à chaque extrémité (pi. XXVII).
Deux fûts complets (dont l'un brisé en deux morceaux) étaient connus d'Haussoullier : l'un provenait de la fouille conduite par lui à l'emplacement et aux abords du portique, l'autre avait été découvert avant 1880 par Franco lors de la construction de sa maison (2). Ces deux fûts ont été redressés en 1887 sur les bases II et III (cf. pi. XXII, 3, qui montre l'état du portique en 1892, au début de la fouille exhaustive du sanctuaire). La partie supérieure d'un fût, brisée en deux morceaux, représentant environ les 2/3 de la hauteur totale, a été découverte au cours des fouilles de 1892-1896 ; complété à sa partie inférieure, ce fût a été redressé vers 1900 sur la base IV (3). Son lieu de trouvaille n'est pas connu ; comme pour les bases IV, V et VII (cf. plus haut, p. 40), il n'apparaît sur les photographies, parmi les blocs rangés à l'emplacement du portique, qu'à la fin des fouilles, après 1896. Quelques éclats de la partie inférieure d'un fût, de provenance inconnue, recollés et complétés en 1938 par des fragments de poros, ont été replacés sur la base I. On possède en outre la partie supérieure de deux fûts, conservés respectivement sur une hauteur de o m. 60 et de o m. 475 : l'un se trouve depuis longtemps aux abords du portique, l'autre a été retrouvé en 1948 au Nord du théâtre et rapporté près du portique (4).
Le fût présente, aux lits de pose et d'attente, des détails techniques semblables à ceux qu'on observe aux deux lits de la base de la colonne. Au lit de pose du fût I (pi. XXVII), un cercle piqueté en creux, de o m. 235 de diamètre, était délimité par une circonférence incisée dont subsistent des traces. Au centre est
(1) En outre la base I, découverte in situ, a été plusieurs fois déplacée depuis 1880, de sorte que son orientation primitive n'est plus connue.
(2) BCH, V, 1881, p. 9-10.
(3) La partie moderne avait été cannelée lors de cette restauration (comme en témoignent des photographies datant des années 1900-1910). La colonne a dû s'écrouler vers 1910 ; c'est alors que le fût a été restauré de nouveau au moyen d'un manchon de poros, scellé à la base IV, qui n'a été cannelé qu'en 1947.
(4) Le torrent descendu des Phédriades en décembre 1935, <lui causa de graves dommages dans la partie orientale du sanctuaire d'Apollon, ravina profondément les champs situés au-dessous de la route moderne et y fit apparaître divers restes antiques, parmi lesquels le contremaître des fouilles de Delphes repéra un fût de colonne de marbre provenant, selon lui, du portique des Athéniens. Il le signala aussitôt au service local compétent, qui tarda à intervenir. Un mois plus tard, le fût avait été débité en menus morceaux par le propriétaire du champ, qui reconstruisait les murets renversés par l'avalanche.
FUTS DES COLONNES 45
creusé un trou de goujon de o m. 044 de côté, profond de o m. 046. Sur l'anneau extérieur sont incisés une circonférence de o m. 331 de diamètre et deux diamètres tracés suivant les diagonales du trou de goujon et aboutissant au fond de cannelures. Au lit de pose du fût II, la cavité centrale, de forme légèrement pyramidante, mesurant o m. 047 sur o m. 05 de côté et o m. 045 de profondeur, est creusée au milieu d'un cercle piqueté de o m. 24 de diamètre. L,e diamètre de la circonférence incisée est de o m. 34 environ. Deux diamètres incisés dans le prolongement des diagonales de la cavité aboutissent à des méplats, tandis qu'un autre au moins, et peut-être plusieurs, rencontrent les cannelures en leur milieu. Au lit de pose du fût III, le trou de goujon mesure o m. 045 de côté et de profondeur, le cercle piqueté o m. 25 de diamètre, la circonférence incisée o m. 318.
Au lit d'attente est également creusée une cavité de goujon au milieu d'un cercle piqueté en creux. L,es dimensions du trou de goujon (côtés et profondeur) sont : o m. 042, o m. 042, o m. 04 (fût II), o m. 044, o m. 046, o m. 04 (fût III) (pi. XXVII), o m. 044, o m. 046, o m. 04 (fût IV), o m. 036, o m. 037, o m. 027 (fragment haut de o m. 60) (pi. XXVI, 7), o m. 05, o m. 05, o m. 043 (fragment haut de o m. 475). I> diamètre du cercle piqueté est respectivement de o m. 19 environ, o m. 178, 0 m. 176, o m. 17, o m. 17. Sur le fragment haut de o m. 60, on distingue deux diamètres incisés perpendiculairement au milieu des côtés du trou de goujon et aboutissant à des méplats.
Pour les diamètres du fût, les mesures de la pi. XXVII ont été prises au lit de pose du fût I et au lit d'attente du fût III, mieux conservés que les autres. L,e diamètre de la surface réelle des lits de pose et d'attente est respectivement de 0 m. 421 et de o m. 363. L,a saillie du tore inférieur est de o m. 008, celle du tore supérieur de 0 m. 005. Par rapport au listel qui sépare le tore du congé, la saillie est respectivement de o m. 01 et de 0 m. 008. I,e diamètre du fût, mesuré à 0 m. 10 des lits, est vers le bas de 0 m. 39, vers le haut de 0 m. 33. La profondeur des cannelures est constante sur toute la hauteur du fût : 0 m. 015 ; leur largeur, entre les axes des méplats, varie de o m. 075 à o m. 077 vers le bas, de o m. 062 à o m. 065 vers le haut. I,a largeur du méplat est de o m. 008 en bas, de 0 m. 0075 en haut.
C. Chapiteau. — En 1910, Pomtow chargea son collaborateur Zippelius de rechercher, parmi les éléments d'architecture déposés devant le musée de Delphes, un chapiteau qui convînt au portique des Athéniens ; Zippelius ne tarda pas à découvrir un chapiteau ionique très mutilé, en marbre pentélique, dont Pomtow jugea la provenance assez sûrement établie pour le faire placer sur une des colonnes du portique (1) ; il y demeura jusqu'à 1942 (2). Son attribution au por-
(1) Tous ces détails sont empruntés au récit de Pomtow lui-même : Delphica, III, p. 43 ; RE, Suppl. IV, col. 1302.
(2) On le voit à cette place sur les photographies de G. DE Miré, Delphes, fig. 98, 99, 102. Un autre chapiteau, visible sur la fig. 103 (posé surlestylobate du portique), n'a aucun rapport avec le monument.
tique n'a pas été acceptée sans réserve (1). Bn effet, mise à part la mesure du diamètre, qu'on peut évaluer à o m. 36 environ, aucun argument valable n'étaye cette hypothèse. Un détail suffit à la ruiner : la cavité de goujon creusée au lit de pose de ce chapiteau mesure o m. 062 sur o m. 065 de côté et o m. 08 de profondeur. Or le lit d'attente de cinq — donc de plus de la moitié — des fûts de colonne du portique est conservé : aucune des dimensions des cavités de goujon, de forme à peu près cubique, ne dépasse o m. 05 (cf. plus haut, p. 45). La même observation est valable aussi pour les cavités de goujon au lit de pose des fûts (cf. plus haut, p. 45) et au lit d'attente des bases (cf. plus haut, p. 42-43 ; à l'exception de la base III, où les dimensions de la cavité restent inférieures à o m. 06).
En 1945, R. Martin remarqua, à l'Ouest du sanctuaire d'Apollon, sur les fondations du petit édifice archaïque communément appelé « Hermeion », un fragment de chapiteau ionique en marbre de Paros (pi. XXIX et XXX) (2), qui avait jusqu'alors échappé à l'attention. Il est probable que sa découverte remonte à l'époque de la grande fouille ; on ignore s'il a été trouvé près de 1' « Hermeion » ou évacué du sanctuaire d'Apollon. Les mutilations du chapiteau ont laissé subsister une partie suffisante de chacun des éléments principaux pour autoriser une restauration, Le diamètre du lit de pose peut être évalué, avec une marge d'erreur ne dépassant pas 3 à 4 millimètres, à o m. 356. Le trou de goujon mesure o m. 047 sur o m. 04 de côté et o m. 039 de profondeur. Une moulure lesbique décore tout le pourtour du lit de pose sur une hauteur de o m. 026. Au milieu du balustre, sous la moulure de l'abaque, partout brisée, se détache en relief un bandeau plat, large de o m. 027, qui, à o m. 03 environ de son point de départ, se sépare en deux bourrelets jumelés. Sur la face principale du chapiteau, le canal est conservé à peu près sur une moitié de sa longueur et une volute sur un quart de son développement. Le lit d'attente et les bords de l'abaque, où rien n'a subsisté de la moulure, sont très usés. Pour cette raison, la hauteur de o m. 228, mesurée du lit de pose au lit d'attente, est légèrement inférieure à la hauteur primitive.
Cette mesure peut être connue plus exactement, ainsi que l'aspect de la moulure de l'abaque, grâce à un autre fragment (pi. XXXI et XXXII, 1 à 3) (3), retrouvé en 1948 par J. Bousquet. Il s'agit d'un angle d'abaque, conservé sur une hauteur de o m. 16, où subsiste l'amorce d'une volute et du bandeau médian du balustre. La moulure lesbique sculptée au bord de l'abaque ressemble à celle qui entoure le lit de pose ; elle est plus accentuée à la petite face, où elle se prolonge par un fort renflement (conservé aussi sur le plus grand fragment). Le lit d'attente est en bon état ; sur la partie conservée, on n'observe aucune
(1) Cf. par exemple ROBERTSON, Handbook2, p. 127.
(2) Maintenant déposé au musée de Delphes : n° d'inv. 7050.
(3) Également déposé au musée de Delphes : n° d'inv. 7094.