‹ Fouilles de Delphes (volume 2)Chapitre 25 sur 58 · TIGES DE BRONZE DANS LE MUR POEYGONAL · texte numérisé non relu

TIGES DE BRONZE DANS LE MUR POEYGONAL

le portique, une à l'Est du portique, les trois autres à l'Ouest. Le bord Est de la tige I (pi. XXXVI, i) se trouve à o m. 365 de l'angle du mur et le bord supérieur à 1 m. 30 du haut des assises polygonales. Cette distance par rapport au haut du mur est constante pour les neuf tiges. Elles sont donc placées à 2 m. 80 environ au-dessus du niveau du stylobate du portique. Leur écartement est aussi à peu près constant : on mesure 5 m. 745 de I à II, 11 m. 54 de II à IV, 5 m. 71 de IV à V, 5 m. 70 de V à VI, 5 m. 58 de VI à VII, 5 m. 72 environ de VII à VIII et seulement 4 m. 92 environ de VIII à IX (1). Le rapprochement de la tige IX s'explique sans doute par la présence de la colonne du Sphinx, bien que cette tige soit encore sensiblement à l'Ouest de la colonne.

Les tiges I, II et VI sont encore en place dans le mur. On a arraché les tiges V, VII, VIII et IX en brisant les pierres à l'entour (pi. III, 1 et XXXVII, 1), comme on a tenté de le faire, semble-t-il, pour la tige I. La tige III n'a pas laissé de trace ; elle devait se trouver à l'emplacement d'une brèche du mur polygonal, entre la 6e et la 7e colonne du portique. Quant à la tige IV, on voit la cavité creusée pour son logement au lit supérieur d'un bloc du mur polygonal (pi. I et XXXVI, 2), dans la brèche qui demeure ouverte à hauteur de la 5e colonne. Cette cavité fait connaître la forme des tiges : la barre engagée perpendiculairement dans le mur ne constituait qu'une partie de l'ensemble, qui avait la forme d'un T. La forme de la cavité en T est encore parfaitement distincte à l'intérieur du mur à l'emplacement des tiges V, VII et IX. De la tige I, on voit toute la barre perpendiculaire et une partie de la barre transversale. Les tiges sont de section carrée de o m. 04 environ de côté. Elles étaient enrobées dans une gaine de plomb. La barre du T perpendiculaire à la face du mur est longue de o m. 23 à o m. 25, la barre transversale de o m. 15 environ.

La forme des tiges détermine à coup sûr la date de leur mise en place, qui est celle de la construction du mur polygonal. Toutes sont encastrées sur un lit des blocs, à une face de joint. Après l'achèvement du mur, il n'était plus possible d'insérer entre deux pierres des tiges pourvues d'une barre transversale. Pomtow a supposé qu'on avait accroché à ces tiges des boucliers provenant du butin de la victoire des Athéniens sur les Béotiens et les Chalcidiens en 506 av. J.-C. Même si l'on accorde peu de crédit à l'argument invoqué par Pomtow pour attribuer à Athènes la propriété de l'offrande (la distance moyenne des tiges représentant 20 pieds attiques de o m. 2875), le remplacement de cette offrande, peu d'années après sa consécration, par le portique laisse supposer que les Athéniens avaient des droits sur elle. La date de la construction du mur polygonal n'est pas établie avec certitude : si elle a précédé la reconstruction du temple, avant la prise en charge des travaux par les Alcméonides en 513 (2), les tiges de bronze

(1) Mesures approximatives à cause des légères dislocations du mur polygonal.

(2) Cf. P. DE E-V COSTE-MESSEUÈRE, BCH, EXX, 1946, p. 2S2.

ont servi à fixer au mur une offrande des Pisistratides ; mais aucune difficulté matérielle ne s'oppose à ce que la construction du temple ait précédé celle du mur polygonal, qui, dans ce cas, ne remonterait pas au delà des dernières années du VIe siècle ; l'offrande athénienne a pu célébrer la victoire des démocrates conduits par l'Alcméonide Clisthène et soutenus par Delphes.

Mais, au temple de Delphes même, comme sur d'autres monuments, les boucliers n'étaient pas accrochés, mais fixés à leur pourtour par des tenons (i). D'ailleurs les précautions prises pour assurer la fixité de fortes tiges de bronze à l'intérieur du mur donnent à penser qu'elles portaient une charge plus lourde que des boucliers. Après leur victoire de 506, les Athéniens avaient consacré sur l'Acropole les chaînes des prisonniers ; mais on n'a aucune preuve qu'ils en aient apporté une partie à Delphes. On ignore de quelle longueur les tiges faisaient saillie sur la face du mur et comment se présentait leur extrémité antérieure. L,a mise en place d'une tige à l'Ouest du rocher du Sphinx exclut la possibilité d'une large extension de l'offrande en avant du mur polygonal. On peut imaginer que les tiges ont supporté des poutres de bois, placées bout à bout, auxquelles auraient été fixés, sur une longueur de 45 mètres environ, des ex-voto divers.

Iyors de la construction du portique, les tiges de bronze durent être coupées au ras de la face du mur polygonal, au moins celles qui se trouvaient à l'Est et à l'Ouest du portique. On peut se demander en effet si les tiges II à VI ne furent pas utilisées pour maintenir contre le mur certains éléments de l'ordonnance intérieure du portique : les tiges IV, V et VI se trouvent à peu près au milieu d'une des colonnes qui séparent les panneaux inscrits (cf. plus haut, p. 48), et il devait en être de même pour la tige III. Quant à la tige II, elle est placée dans la partie du mur où l'alternance régulière des panneaux et des colonnes n'est plus respectée. L/intervalle compris entre deux tiges de bronze représente la largeur de six panneaux inscrits et de six poteaux intermédiaires.

(1) FD, II, Terr. Temple, p. 19, fig. 18.

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