‹ Fouilles de Delphes (volume 2)Chapitre 26 sur 58 · INTERPRÉTATION DES RUINES · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION DES RUINES

Les données des ruines comportent, pour le plan et l'élévation du portique, des lacunes graves, De l'élévation, seules la crépis et la colonne sont conservées dans tous leurs éléments (pi. XXVII). Rien n'est connu de l'entablement ni de la toiture. Le nombre même des colonnes n'est pas établi avec certitude : dans l'état actuel des ruines, le plan du monument, à l'extrémité Ouest, ne se lit pas clairement sur le terrain et, à l'extrémité Est, il présente des difficultés d'interprétation.

Dans l'examen des diverses parties du monument, on suivra un ordre correspondant à l'importance des éléments qui subsistent de chacune d'elles : ordonnance intérieure, plan et élévation des extrémités Ouest et Est, entablement et toiture.

Ordonnance intérieure. — 1/espace compris entre le stylobate et le massif intérieur de fondations était pavé. La hauteur du pavage est indiquée par celle de l'entaille ménagée à l'arrière des blocs du stylobate (cf. plus haut, p. 39). D'après les exemples contemporains, ce pavage pouvait consister soit en une mosaïque de galets reposant sur un lit de pierraille agglomérée au moyen de chaux et de sable (1), soit en un béton fait d'éclats et de poudre de marbre mêlés à de la chaux (2). Le bord antérieur du massif de fondations n'a pas été entaillé ; il est probable que le pavage prenait simplement appui contre le bord des blocs.

Sur le massif de fondations s'élevait un socle dont la hauteur peut être fixée à 0 m. 93 environ grâce à la trace horizontale visible sur le mur polygonal (cf. plus haut, p. 48). Koldewey restituait une banquette à paroi verticale, uniformément profonde de 1 m. 40, servant de socle aux offrandes exposées sous le por-

(1) Comme, par exemple, au péristyle du temple d'Athéna Pronaia du VIe siècle et à celui du temple de Zeus à Olympie.

(2) Exemples à Délos, signalés par M. Vaixois.

tique (i). Cette solution n'est pas exclue. Cependant les traces intermédiaires observées en plusieurs points du mur polygonal et les arasements de quelques blocs des fondations de ce mur montrent que le socle se composait de trois assises de hauteur égale (2). Ce mode de construction suggère plutôt l'idée d'un socle à trois degrés, dont l'assise supérieure, en supposant un retrait de o m. 20 d'une assise sur l'autre, aurait été profonde d'un mètre environ (3). Il est peu probable que toutes les pierres de ce socle, dont chaque assise mesurait près de 30 mètres de longueur (4), aient disparu. Mais aucune n'a pu être identifiée avec certitude : les pierres hautes de o m. 30 à o m. 31, c'est-à-dire d'un pied, sont très nombreuses à Delphes (5).

Contre le mur polygonal étaient dressés, à intervalles réguliers, des poteaux (cf. plus haut, p. 48). Ils reposaient sur l'assise supérieure du socle, où ils devaient s'encastrer. Ils étaient ou de section carrée ou un peu plus longs à la face princi-

(i) Ath. Mitt., IX, 1884, p. 269; XIV, 1889, p. 205-207.

(2) Cette constatation exclut l'hypothèse, formulée par J. Bousquet, BCH, LXVI-LXVII, 1942- 1943, p. 133, n. 1, de l'appartenance au portique d'un bloc de calcaire portant un décret pour un Athénien, trouvé non loin du monument : il mesure o m. 50 de haut.

(3) On ne citera que pour mémoire les deux restaurations du socle successivement proposées par Pomtow. Sous prétexte qu'un lapicide n'aurait pu graver à quelques centimètres seulement au-dessus du socle, Pomtow a d'abord supposé (Beitr'age, p. 43-44) que le véritable mur de fond du portique s'était élevé sur les fondations attribuées au socle ; un passage étroit serait ainsi demeuré accessible entre ce mur et le mur polygonal, comme entre le mur Nord du trésor des Athéniens et le mur de terrasse voisin. Convaincu par KoudEwEy, Ath. Mitt., XIV, 1889, p. 205-207, de l'invraisemblance de cette restauration, Pomtow a ensuite supposé, RE, Suppl. IV, col. 1303, que le socle du portique était disposé sur le modèle du socle des offrandes de Marathon, composé de deux degrés et laissant libre un espace de o m. 50 en avant du mur Sud du trésor. Dans cette hypothèse, la trace horizontale visible sur le mur polygonal marquerait le niveau primitif des fondations du mur, dont les blocs auraient été ensuite ravalés à l'aplomb des assises supérieures. Il est inutile de discuter de telles hypothèses, qui ignorent délibérément les faits les plus aisés à observer.

(4) Il est possible que les trois assises n'aient pas été exactement d'égale longueur : cf. plus loin, p. 66.

(5) Entre le musée de Delphes et le mur Ouest du péribole du sanctuaire d'Apollon, dans un dépôt constitué à l'époque de la grande fouille, où figurent des pierres provenant de la région du trésor des Athéniens et de l'Aire, on remarque trois blocs, hauts de o m. 295 à o m. 30, provenant d'un socle à degrés, dont l'emplacement n'a pas été jusqu'à présent identifié. Deux de ces blocs appartiennent à des assises inférieures, sur lesquelles l'assise supérieure était posée en retrait de o m. 15 à o m. 16. D'un est un bloc d'angle, long de 1 m. 028, présentant à l'arrière un décrochement à o m. 56 de sa face antérieure ; il porte une cavité de scellement en queue d'aronde, peu profonde, ressemblant à celles du monument archaïque des Messéniens (cf. G. Daux, BCH, LXI, 1937, P- 69). L'autre, profond de o m. 775, conservé sur une longueur de o m. 78, porte, à l'arrière et sur un côté, des cavités de scellement en T. A la partie antérieure du lit d'attente, non recouverte par l'assise supérieure, est creusée sur les deux blocs une série de cavités cylindriques, de om. 03 à om. 05 de diamètre, où s'intercale de place en place une cavité plus grande atteignant o m. 10 de diamètre. Des restes de plomb demeurent au fond de certaines de ces cavités. Le troisième bloc, profond de o m. 599, conservé sur une longueur de o m. 97, appartient à l'assise supérieure. A la face supérieure, au long du bord antérieur, étaient également creusées des cavités cylindriques. A l'arrière de ces cavités étaient préparés des encastrements de forme carrée, de o m. 31 environ de côté, profonds de o m. 006 environ, séparés par des intervalles de o m. 14 à o m. 15. Ce bloc ne peut s'insérer en bordure de la terrasse orientale du trésor des Athéniens où, sur des blocs présentant le même aspect, se dressait une rangée de cippes. Mais l'appartenance des trois blocs au socle intérieur du portique des Athéniens demeure purement hypothétique.

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