‹ Fouilles de Delphes (volume 2)Chapitre 32 sur 58 · EXTREMITE OUEST · texte numérisé non relu

EXTREMITE OUEST

polygonal, sous le portique, n'a pas été entièrement couverte d'inscriptions à partir de cette date. Peut-être n'était-elle que partiellement dégagée. Peut-être aussi les lapicides, disposant des vastes surfaces qu'offraient encore les grands monuments votifs de l'époque hellénistique, les murs des trésors et le théâtre, n'ont-ils pas renoué fermement avec une tradition perdue.

Extrémité Ouest, plan et élévation. — Le problème de la restitution du plan primitif se pose de façon différente aux deux extrémités du portique. A l'Ouest, les blocs C et D sont placés obliquement par rapport au stylobate, mais leur direction n'est pas parallèle à celle des fondations orientales et leur niveau ne coïncide pas avec celui du stylobate (cf. plus haut, p. 49). Ces blocs et l'assise de poros sur laquelle ils reposent dépassent largement vers le Sud la face antérieure du stylobate, mais il s'en faut de plus d'un mètre qu'ils atteignent les fondations du socle intérieur. Si l'on prolonge en direction du mur polygonal une ligne suivant le bord Est des blocs C et D, elle coupe en son milieu le premier bloc du massif des fondations intérieures. Les deux blocs C et D n'ont pu jouer aucun rôle organique dans la construction du portique. Leur aspect et celui de leurs fondations, les procédés de fortune par lesquels on les a grossièrement calés en même temps que l'extrémité Ouest du stylobate, tout dénote un aménagement de très basse époque.

Si la première colonne conservée à l'Ouest représente l'extrémité réelle du portique et supportait l'angle S.-O. de l'entablement et de la toiture, on ne s'explique pas pourquoi le stylobate se prolonge, au delà de l'axe de cette colonne, sur une longueur de 1 m. 10. Les fondations intérieures, accolées à la base du mur polygonal, s'interrompent brusquement, sans que subsiste aucune trace d'une banquette transversale, pourtant nécessaire pour y appuyer le bord du pavage et asseoir sur une base solide l'élévation de la face Ouest du portique. L'état actuel ne répond sûrement pas à l'état primitif.

Pourtant le premier bloc du stylobate actuellement en place n'a pas été amputé, malgré la taille oblique de sa face Ouest : on observe, à cette face (pi. XXXV, 5), un cadre d'anathyrose de même largeur (o m. 07 à o m. 075) et de même aspect qu'aux autres faces latérales des blocs du stylobate visibles dans les lacunes de cette assise, et, à la face antérieure, au long du bord Ouest, une bande traitée à la gradine, semblable au cadre des autres blocs de la crépis (cf. plus haut, p. 39). Mais un joint oblique n'est pas étonnant à l'époque de la construction du portique, et le stylobate en présente d'autres exemples, un peu moins prononcés, notamment entre la 3 e et la 4e colonne.

Le portique serait-il demeuré inachevé à l'Ouest ? L'hypothèse, peu vraisemblable en soi, est démentie par l'examen du mur polygonal. On a déjà noté (cf. plus haut, p. 65) la disposition symétrique des groupes d'inscriptions 1-15 et 132-147. A l'Ouest du groupe 136-147, sur une largeur minima de 0 m. 55 et

sur toute la hauteur du mur polygonal, l'agencement des inscriptions gravées sur le mur présente encore une lacune, la dernière avant la suite ininterrompue qui se développe à partir de là en direction de l'Ouest. Ce détail sera d'autant moins tenu pour fortuit que la lacune se trouve précisément à l'endroit où devait normalement s'appuyer la face Ouest du portique, à 3 m. 60 environ de l'axe de la ire colonne. Cette indication est confirmée par un autre détail : la dernière ligne du texte 147 est gravée au niveau moyen du bas des panneaux inscrits sur toute la longueur du portique, soit o m. 40 environ au-dessus de l'assise supérieure du socle intérieur et 1 m. 30 au-dessus du niveau du stylobate ; entre ce niveau et celui du bas des inscriptions qui suivent à l'Ouest de la lacune (texte gravé le plus bas : GDI , 2131 ; prêtrise II), le décalage est de o m. 70 environ. Iye niveau du sol de la terrasse qui, d'après la disposition des inscriptions, s'élevait en pente très douce du portique à la colonne des Naxiens, se trouvait donc, à l'Ouest de la lacune, à 1 m. 80 environ au-dessus de celui du stylobate du portique et à o m. 90 environ au-dessus de celui du socle intérieur (en réservant un intervalle de o m. 20 entre le bas des inscriptions et le niveau du sol).

Comment se présentait primitivement la face Ouest du portique ? On a le choix entre trois solutions : ou bien un pilastre appuyé au mur polygonal, auquel répondait en façade, à l'angle S.-O., un pilier ou une colonne, ou bien un mur. I,a dernière solution a l'avantage d'être plus conforme à l'usage (fig. 4). En outre, elle paraît imposée par l'importance de la dénivellation entre le portique et la terrasse voisine : une banquette de même hauteur que le socle intérieur ne suffisait pas à retenir le remblai (1). I^a face Ouest n'a laissé aucune trace sur le mur polygonal ; mais si, à l'extrémité Est, deux blocs n'avaient pas présenté une légère saillie par rapport aux assises supérieures du mur, la trace verticale visible à sa partie inférieure entre les cavités trapézoïdales nos 1 et 3 n'existerait pas davantage qu'on ne repérerait celle des poteaux intérieurs, si des inscriptions n'avaient été gravées de part et d'autre.

Après l'effondrement du mur Ouest et de la toiture, il n'était pas malaisé de faire disparaître toute trace du portique à son extrémité Ouest : à plus de 5 mètres de l'angle S..-O., entre les colonnes I et II, les deux premiers degrés de la crépis s'interrompent et, à partir de là, ne s'interpose plus, entre le sol et le stylobate, qu'une rangée de fondations non appareillées (cf. plus haut, p. 49-50). On abaisserait volontiers jusqu'au IVe ou au Ve siècle de notre ère la date de la

(1) L,e niveau des fondations du mur polygonal entre le portique et le rocher du Sphinx semble prouver que la terrasse n'existait pas à l'époque de la construction du mur. Il n'est pas sûr qu'elle ait existé quand fut édifié le portique. Mais la constitution de ce terre-plein suppose l'existence d'un mur à la face Ouest du portique ; sinon il faudrait supposer que l'intervalle entre un pilier angulaire et un pilastre appuyé au mur polygonal a été muré à ce moment-là. A l'époque de la création de la terrasse, un mur de soutènement, se raccordant à la face Ouest du portique, a dû s'étendre vers le Sud, en direction du rocher de la Sibylle.

REMANIEMENTS DE i/EXTRÉMITÉ OUEST

pose des blocs C et D, mais celle de l'amputation du portique peut être plus ancienne : la ruine de l'extrémité Ouest n'entraînait pas forcément la destruction simultanée du corps central de l'édifice.

D'autres problèmes se posent encore à propos de l'extrémité Ouest du portique : outre la présence, l'orientation et la destination des blocs C et D, celles des blocs B, F, G, H, J et l'aspect de la crépis à l'extrémité Ouest du premier et du deuxième degré ont été, depuis 1880, diversement interprétés. Haussoullier pensait reconnaître dans les blocs E et F les restes d'une base antérieure au portique (1). Koldewey distinguait deux états, tous deux plus anciens que la cons-

Fig. 4. — Plan restitué de l'extrémité Ouest du portique.

truction du portique (2). Pomtow admettait que les fondations obliques constituaient les restes d'un escalier d'accès à la terrasse supérieure, démoli et reporté plus loin vers l'Ouest lors de la construction du portique ; en outre, il prétendait que le degré intermédiaire et peut-être le degré inférieur de la crépis s'étaient primitivement prolongés vers l'Ouest aussi loin que le stylobate et qu'ils avaient été démontés ou brisés pour faire place à la statue de Constantin (3). Sur ce point, ses arguments ont été aisément réfutés par Koldewey (4). Plus tard, Pomtow a supposé que les blocs C et D étaient les restes d'un ancien mur de péribole du

(1) BCH, V, 1881, p. 11-12.

(2) Ath. Mitt., IX, 1884, p. 265-266.

(3) Beitr'dge, p. 47-49.

(4) Ath. Mitt., XIV, 1889, p. 207-208.

sanctuaire de Ga, que les constructeurs du portique avaient dû respecter (i). 1/ hypothèse selon laquelle les divers blocs disposés obliquement représenteraient les vestiges d'un escalier, antérieur à la construction du mur polygonal, a été reprise par Bourguet (2).

En fait on a associé arbitrairement des questions distinctes. L/aspect que présente l'extrémité Ouest des degrés de la crépis est absolument indépendant de la présence des blocs C-J. Entre les deux extrémités de la crépis, à chaque degré, les ressemblances sont frappantes jusque dans le détail : bande verticale non ravalée au long d'un joint, face antérieure partiellement ravalée ou sommairement piquetée, degré intermédiaire s'interrompant pour faire place à une simple assise de fondations du stylobate (cf. plus haut, p. 38). Aucun démontage ni remaniement des degrés de la crépis n'est intervenu à l'Ouest. I,es mêmes faits s'expliquent, à l'Ouest et à l'Est, par une cause identique : la pente du terrain qui masquait progressivement la face antérieure des degrés. Si, à l'Ouest, les degrés cessent d'être régulièrement travaillés et même d'exister à des points plus rapprochés l'un de l'autre qu'à l'Est, c'est que la dénivellation y était plus forte et plus soudaine.

Iya dédicace du portique occupe à peine la moitié de la longueur du stylobate ; elle est gravée en grande partie dans la moitié Ouest du monument (cf. plus haut, p. 39). Cette disposition répond probablement à une intention précise. I^a place de la première et de la dernière lettre de la dédicace coïncide à peu près avec le point où s'interrompt, vers l'Ouest et vers l'Est, le travail régulier du degré inférieur de la crépis (3). L,a dédicace s'étend sur la seule partie du monument où la crépis soit complète. L,es degrés, aménagés en fonction du relief du terrain, n'ont jamais été remaniés.

Iya mise en place des blocs E, F, G, H, J peut être antérieure ou postérieure à la construction du portique. Elle n'en est pas contemporaine : l'aspect des degrés de la crépis prouve qu'aucune construction ne s'y articulait dans le plan primitif du portique. L'hypothèse de l'existence d'un escalier antérieur au portique ne repose sur aucun fondement. Avant la construction du mur polygonal, la dénivellation entre la région de l'Aire, celle de la colonne des Naxiens et celle du monument à abside (4) n'était pas assez forte pour justifier une dérogation au système, normal à l'époque archaïque, de l'accès par une rampe. Même si la terrasse a été aménagée autour du rocher du Sphinx avant la construction du portique, ce qui est incertain (cf. plus haut, p. 72, n. 1), l'orientation des blocs E-J n'est guère

(1) RE, Suppl. IV, col. 1303.

(2) BCH, XXXVI, 1912, p. 657.

(3) Ea coïncidence est rigoureuse pour la fin de la dédicace. Elle l'est moins pour le commencement, où les quatre premières lettres se trouvent à l'Ouest de la limite ainsi définie.

(4) Enfoui lors des travaux de terrassement de la fin du VIe siècle : Courby, FD, II, Terr. Temple, p. 186-187.

Page 1