‹ Fouilles de Delphes (volume 2)Chapitre 34 sur 58 · ETAT I · texte numérisé non relu

ETAT I

Fig. 5. — Essai de restitution du plan de l'extrémité Est du porti

que.

Le mur de la face Est du portique aurait été épais de plus de o m. 40 et Tante large en façade de 0 m. 50. Avait-on, à l'époque assez tardive de cette réfection, commis une faute de goût en altérant aussi lourdement l'élégante façade du portique ? Cette hypothèse n'est pas exclue. D'ailleurs, de toute façon, la face Est du monument perdait en élégance ce qu'elle gagnait en solidité : même si un pilier indépendant se dressait à l'angle S.-E., sa face Sud atteignait approximativement une largeur de o m. 50, disproportionnée au diamètre de la colonne. Mais cette disposition rend compte de façon plus satisfaisante de l'existence de la cavité n° i, apparemment sans objet dans l'hypothèse d'un mur (1). Dans l'état II, l'architrave qui aboutissait à la cavité n° 4 avait à peu près la même épaisseur qu'en façade. Quant à la banquette sur laquelle reposait, dans l'hypothèse envisagée, le pilastre appuyé au mur polygonal, elle était bâtie sur des fondations larges d'un mètre environ ; d'après les mesures du bloc M et de l'entaille oblique des fondations du mur polygonal (cf. plus haut, p. 53), la largeur des deux assises de l'élévation n'était pas inférieure à o m. 70, donc nettement supérieure à celle du pilier de l'angle S.-E. L,a restitution d'une telle banquette, appuyée à la face Nord du pilier et faisant saillie de part et d'autre de ses faces latérales, n'est pas moins invraisemblable que dans le cas d'une colonne angulaire. C'est pourquoi on a supposé que la banquette se prolongeait jusqu'à l'aplomb de la face antérieure du stylobate et portait à son extrémité Sud un pilier de même hauteur que le pilastre adossé au mur polygonal : solution la plus logique et la moins laide, dans l'hypothèse où la face Est du portique n'était pas fermée.

On a généralement fixé à huit le nombre des colonnes du portique, sans prendre conscience des incertitudes que présente le plan aux deux extrémités du monument. Dans la restitution la plus probable, la façade comportait sept colonnes entre deux antes.

Entablement, charpente et toiture. — Aucun élément de l'entablement n'a été retrouvé, ou du moins identifié. D'après les dimensions du chapiteau et de la cavité n° 4, l'architrave était épaisse de 0 m. 40 environ, haute de o m. 46 vers l'intérieur et de o m. 38 vers l'extérieur. Cette hauteur dépasse la mesure du diamètre supérieur du fût, comme il est habituel avant le milieu du Ve siècle av. J.-C. ]> refouillement du fond de la cavité n° 4 prouve que, à la face Est, dans l'état II, l'architrave était constituée par une poutre de bois (2). L,e même parti avait

(1) Comme le bord gauche de cette cavité est brisé et que le bord droit ne date que de l'état II, on a supposé, dans la restitution de l'état I (fig. 7), que cette cavité n'existait pas.

(2) Dont la portée atteignait 4 m. 90 environ, si l'on admet la solution proposée ci-dessus et illustrée par la fig. 8. Le bord droit de la cavité n° 4 est taillé verticalement, ce qui n'exclut pas forcément que la face extérieure de la poutre ait présenté les trois bandeaux habituels : ce détail n'aurait pas laissé de trace sur le mur polygonal, la cavité jouant le rôle d'une mortaise où s'engageait l'extrémité de la poutre. L/architrave a pu aussi être revêtue de minces plaques de terre cuite.

Fig. 6. — Coupe restituée du portique.

84 IvE PORTIQUE DES ATHÉNIENS

été, presque sûrement, adopté dès la construction du portique, sur toute la longueur du monument. La pose de huit poutres de marbre longues de 3 m. 58, de o m. 40 à o m. 46 de côté, sur de minces colonnes hautes de 3 m. 31, est peu vraisemblable (1). De plus l'emploi du marbre pour l'architrave aurait entraîné le recours à la même matière pour le reste de l'entablement. Or l'aspect général du portique, simple auvent adossé au mur polygonal, invite à restituer un entablement léger, réduit à ses éléments essentiels (2).

Les seules données dont on dispose pour tenter une restitution de l'entablement sont fournies par la cavité n° 4 et les rainures n° 5, c'est-à-dire par les traces de l'état II. Les deux rainures verticales sont-elles contemporaines l'une de l'autre ? Celle de droite ne pouvait exister dans l'état I. L'obliquité des bords est différente d'une rainure à l'autre (cf. plus haut, p. 56, et fig. 3). Cependant le travail est apparemment identique et également soigné dans les deux cas. Quoi qu'il en soit, une réfection limitée à la face Est du monument ne pouvait modifier ni la hauteur de l'entablement, ni la distribution de ses éléments, ni la pente du toit (3). C'est pourquoi on s'est cru autorisé à se fonder sur les traces de l'état II pour reconstituer une image du portique (fig. 6 à 8), qui doit donner du monument une impression d'ensemble juste, mais où l'exactitude du détail ne peut être garantie (4).

L'obliquité de la cavité n° 4, à son bord supérieur, impose la restitution d'un

(1) Dans aucun des édifices archaïques où l'on restitue avec vraisemblance un entablement de bois, le rapport entre la longueur de l'entraxe et le diamètre inférieur de la colonne n'a une valeur aussi élevée qu'au Portique des Athéniens. Au Vieux Temple de l'Héraion d'Argos, où l'entraxe était long de 3 m. 50, le diamètre des traces d'implantation des colonnes sur le stylobate était de o m. 78 à o m. 80 ; le rapport était donc de 4,40 + . Cette valeur est susceptible d'être légèrement augmentée si les traces circulaires ont été laissées non par le fût lui-même, mais par des socles de pierre supportant des colonnes de bois : cf. Ch. WAXDSTEIN, The Argive Heraeum (1902), I, p. 110-111 ; P. Amandry, Hesperia, XXI, 1952, p. 223-225. Même dans ce cas, le retrait d'un fût dorique par rapport au socle était sûrement moins important que dans une colonnade ionique. A l'Héraion d'Olympie, l'entraxe était de 3 m. 56 en façade et de 3 m. 26 aux longs côtés ; mais le rapport de l'entraxe au diamètre inférieur de la colonne n'était que de 2,78 à 2,97 en façade et de 2,62 à 3,26 aux longs côtés (d'après W.B. DlNSMOOR, Arch. of Ancient Greece, p. 337 et tableau à la p. 340). Au Portique des Athéniens, le rapport de l'entraxe au diamètre inférieur (mesuré à o m. 10 au-dessus du lit de pose du fût) atteint

(2) Cf. R. DEMANGEA, La frise ionique (1933), p. 284-285.

(3) A plus forte raison si la réfection s'est étendue à une partie de la façade, comme pourrait en témoigner le canal de coulée creusé au lit d'attente de la base V (cf. plus haut, p. 43, et pi. XXVI, 4). Mais d'autres hypothèses sont possibles : premier remaniement, si l'état I ne répond pas à l'état primitif, ou remploi tardif.

(4) La forme trapézoïdale de la cavité n° 4 et la destination des rainures n° 5 ont fait l'objet d'interprétations et d'hypothèses diverses, au cours de longues discussions avec MM. P. DE La Cc-STE- MESSEWERE et R. Martin. Les exposer toutes dans le détail ne ferait qu'alourdir un exposé déjà ardu à suivre. Les variantes de la restitution dessinées par MM. Y. Fomine et R. Wii<i< ont fait apparaître, pour chacune d'elles, quelque empêchement à leur adoption. D'utiles suggestions m'ont été communiquées par mon collègue danois J. Bundgaard, ancien membre de l'École française d'Athènes. La restitution proposée dans les pages suivantes et illustrée par les fig. 6 à 8 a été mise au point par R.

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PiG 7. — Aspect présumé de la Colonne des Naxiens etju

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ie des Athéniens (avant la ruine du Temple des Alcméonides).

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