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PENTE DU TOIT

entablement dépourvu de frise (1) : on ne taille pas obliquement un lit d'attente pour y poser une autre assise. Il est tentant de supposer que les chevrons prenaient directement appui sur l'architrave et que, de ce fait, la direction du bord supérieur de la cavité correspond à la pente du toit. Pourtant cette solution est à écarter pour plusieurs raisons :

i° Si l'on prolonge graphiquement l'entaille oblique de la cavité d'encastrement de l'architrave (fig. 3), cette ligne coupe sur toute sa largeur l'inscription 5, qui date du 11e siècle av. J.-C. (prêtrise IX, arch, Kléondas). Cette objection ne peut être éludée que si la pose d'un chevron contre la paroi du mur polygonal n'était pas absolument indispensable (2).

2° Mais, dans ce cas, le bord du toit et l'extrémité des lattes devaient s'encastrer dans le mur polygonal. Il est vraisemblable qu'on avait recouru à ce moyen pour éviter l'infiltration de l'eau entre la paroi du mur et le toit du portique. Or le mur polygonal ne présente aucune rainure ni cavité à ce niveau. Même si le toit avait été simplement appliqué contre le mur, le ruissellement de l'eau pendant plusieurs siècles y aurait laissé une trace. De plus, si le toit avait porté contre les blocs polygonaux, les deux rainures n° 5 seraient sans objet. L,e bord du toit s'appuyait donc aux assises régulières de poros disparues, Si la face inférieure des chevrons coïncidait avec le bord supérieur de la cavité n° 4, ces chevrons étaient hauts d'au moins o m. 44, ce qui est évidemment excessif.

30 L,e point d'appui des chevrons de l'appentis triangulaire devait se trouver sur la ligne joignant l'angle S.-B. du portique au poteau correspondant contre le mur polygonal. Or la ligne tracée suivant le bord supérieur de la cavité n° 4 coupe l'axe de ce poteau entre les panneaux inscrits 11-15 et 16-20, exactement au point de rencontre de cet axe vertical avec la ligne horizontale du bord supérieur des assises polygonales (fig. 3). L,e point de rencontre des trois lignes se trouve à 2 m. 825 du bord droit de la rainure Est. La pente du toit n'aurait été là que de 15,5 % et aurait été ramenée à 12 % en façade, où la distance du mur polygonal à la face extérieure de l'architrave atteint 3 m. 60 environ. Il paraît impossible d'admettre une pente aussi faible pour l'ensemble de la toiture du monument.

Quelle était la destination des deux rainures n° 5 ? Une explication s'impose à l'esprit : des pièces, hautes et minces, de bois ou de terre cuite s'y inséraient.

(1) Solution conforme à la tradition de l'architecture ionique d'Asie Mineure et desCyclades ; cf. Dinsmoor, Arch. of Ancient Greece, p. 131 et 133.

(2) On pourrait supposer que l'inscription 5 a été gravée après l'écroulement de la partie Est du portique et avant sa restauration. L,a date de l'archontat de Kléondas, qui n'est pas exactement déterminée, est sûrement postérieure au premier tiers de la prêtrise IX (cf. G. Daux, Delphes au IIe siècle, p. 148-150). C'est l'époque où a commencé le démontage partiel du bâti intérieur du portique, qui n'entraînait pas forcément la ruine de la toiture. En fait on ignore la date de la réfection de l'état IL En tout cas, les autres objections à la restitution des chevrons sur l'architrave conservent toute leur valeur, et elles suffisent à écarter cette restitution.

L/architrave n'ayant pu porter une autre assise, à cause de la pente de sa face supérieure, ces pièces ne servaient pas de revêtement à une frise, mais fermaient, vers l'intérieur et vers l'extérieur, un espace vide au-dessus de l'architrave.

Cet espace vide entre la poutre de l'épistyle et la toiture correspondrait normalement à la hauteur des chevrons. Mais on a vu que les chevrons ne pouvaient reposer directement sur l'architrave, à cause de la faiblesse de la pente donnée à la face supérieure de la poutre, à cause de la hauteur des rainures verticales, sans doute aussi à cause de la présence de l'inscription 5. Une solution simple consiste à intercaler entre l'architrave et les chevrons des pièces de bois triangulaires (« blochets ») : c'est la solution proposée dans le dessin de la coupe restituée (fig. 6). Les rainures verticales pouvaient se prolonger de quelques centimètres dans la première assise de poros. En effet, leur hauteur ne fait plus difficulté : elle correspond au total de la hauteur des blochets et des chevrons. La légère pente donnée au lit supérieur de l'architrave, entre les blochets, s'expliquerait par le souci d'évacuer l'eau qui, par accident, se serait infiltrée entre les deux planches ; des orifices avaient dû être ménagés dans la planche extérieure. Cette solution, satisfaisante du point de vue technique puisque le même procédé de construction est encore employé de nos jours, rend compte, mieux qu'aucune des autres hypothèses qui ont été étudiées, des traces conservées sur le mur polygonal.

La charpente de la partie Bst du portique prenait appui sur le support de l'angle S.-B. ( pilier ou ante de mur) et sur le poteau dressé contre le mur polygonal entre les inscriptions 11-15 et 16-20. La pente du versant Est du toit était donc sensiblement plus forte que sur le corps principal du monument (cf. plus haut, p. 85). C'est une raison de plus de supposer que cette partie est étrangère au plan primitif. Si l'on avait prévu cette disposition dès l'origine, il est probable que le support de la charpente, contre le mur polygonal, aurait été déplacé vers l'Ouest jusqu'à une distance de 3 m. 60 environ de la rainure Est. A l'extrémité Ouest, le premier poteau se dressait à peu près à cette distance de la face extérieure du mur Ouest restitué (fig. 4). On y avait peut-être adopté la solution d'un pan coupé de même pente que le reste de la toiture. Mais on pouvait faire l'économie de cette complication et prolonger jusqu'à l'extrémité Ouest la toiture en auvent à un seul versant. Si l'on s'était arrêté à ce parti dans le plan primitif, l'adjonction d'un appentis à l'Est s'en trouvait facilitée.

Une construction en auvent exige que la poussée vers l'extérieur soit compensée par un système de poutres horizontales (entraits, ou plus exactement demientraits), reliant l'entablement au mur de fond. Entre le stylobate et le bord supérieur des blocs polygonaux du mur, la dénivellation est de 4 m. 10 environ. La colonne n'étant haute que de 3 m. 31, ces poutres devaient nécessairement se trouver au niveau des blocs polygonaux ; or nulle cavité d'encastrement n'y a été creusée. Par conséquent, les entraits étaient solidaires des poteaux appliqués contre la paroi du mur polygonal sur presque toute la longueur du portique (cf.

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