‹ Fouilles de Delphes (volume 2)Chapitre 36 sur 58 · CHARPENTE · texte numérisé non relu

CHARPENTE

plus haut, p. 48 et 60). Ces poteaux servaient à la fixation des ex-voto, mais la nécessité de trouver un point d'appui aux entraits révèle la double nature de leur fonction. N'étant pas fixés aux assises polygonales, ils devaient être maintenus en place vers le haut. On peut imaginer que chacun d'eux était assujetti au mur par un collier fiché dans les assises de poros. Mais comme, à chaque colonne de la façade, ne correspond pas exactement un poteau contre le mur polygonal, les entraits ne pouvaient être directement solidaires des poteaux, mais plutôt d'une sablière qui reliait les poteaux entre eux, assurant ainsi leur stabilité.

Deux problèmes sont liés l'un à l'autre, dans les termes où ils se posent et dans la solution qu'on leur apporte : celui de la hauteur des poteaux, dont dépend la place de la sablière contre le mur polygonal, et celui de la disposition des entraits par rapport à cette sablière et à l'entablement de la façade.

I,a répartition des inscriptions sur le mur polygonal aide à définir approximativement le niveau auquel était posée la sablière. Parmi les inscriptions gravées au IIe siècle av. J.-C. (1), le panneau r6-20 s'élève à 2 m. 65 au-dessus du socle intérieur, le panneau 97-104 à 2 m. 30, le panneau 125-129 à 2 mètres (cf. plus haut, p. 67). On serait donc porté à évaluer à 2 m. 75 environ la hauteur des poteaux sur lesquels reposait la sablière.

Par rapport à l'entablement, les entraits pouvaient être placés soit au même niveau que l'architrave, soit sur l'architrave (2). Des restitutions graphiques de la deuxième solution n'ont abouti qu'à des résultats peu satisfaisants. Sans modifier la hauteur de l'entablement adoptée dans le dessin de la fig. 6, on peut supposer que les entraits s'intercalaient, à raison d'un au-dessus de chaque colonne, dans des intervalles entre les chevrons, au même niveau que les blochets. Dans ce cas, la charpente n'aurait probablement pas comporté d'arbalétriers ; un allégement de la charpente n'est pas exclu, dans un auvent de faible largeur où l'on pouvait à la rigueur se dispenser de soutenir les chevrons par une panne ; ce ne serait pourtant qu'un expédient. Si l'on suppose non seulement que les entraits reposaient sur l'architrave, mais encore qu'une autre sablière, placée à leur extrémité Sud, au-dessus de la colonnade, portait les chevrons, l'entablement atteint une hauteur supérieure à celle que la hauteur de la colonne engage à lui accorder (3).

(1) L,e cas des textes gravés au Ier siècle av. J.-C. sera examiné plus loin, p. 118. A cette époque, une partie des poteaux avait été enlevée, et peut-être aussi des tronçons de la sablière. Le problème se pose d'ailleurs à peu près dans les mêmes termes que pour les inscriptions du 11e siècle et appelle une solution semblable.

(2) Sur l'agencement de la charpente dans les portiques archaïques, cf. R. Martin, Recherches sur l'Agora grecque (1951), p. 452. I,es arbalétriers s'appuyaient généralement à l'arrière des blocs du larmier. Mais la solution adoptée diffère selon que le monument comporte un entablement complet en pierre ou un entablement réduit en bois.

(3) Si les entraits s'appuyaient d'un bout à la paroi du mur polygonal et se prolongeaient à l'autre extrémité presque jusqu'à l'aplomb de la face extérieure de l'architrave, leur longueur, inférieure de

C'est pourquoi, dans la coupe restituée de la fig. 6, l'architrave, les entraits et la sablière ont été placés à peu près au même niveau, les entraits étant mortaises et chevillés dans les deux poutres parallèles. Dans cette hypothèse, la hauteur des poteaux, égale ou légèrement supérieure à celle de la colonne (3 m. 31), diminuée de la hauteur du socle intérieur (o m. 93 +), était de 2 m. 40 à 2 m. 50. L,es inscriptions gravées au 11e siècle av. J.-C. ont pu l'être commodément audessous de la sablière, sauf le panneau 16-20, inséré entre le gros poteau correspondant à l'angle S.-E. du monument et le premier poteau de dimensions régulières. On admettrait sans difficulté que la sablière ne se soit pas prolongée vers l'Est au delà de ce premier poteau et qu'ont ait préféré poser directement sur le gros poteau, plutôt que de le mortaiser à la sablière' l'entrait qui, avec l'arbalétrier correspondant, jouait le rôle de charnière entre le corps principal du portique et l'appentis triangulaire. A l'appui de cette hypothèse, on notera que les textes 16 et 17 datent de la prêtrise VI, contrairement aux textes gravés vers le haut des panneaux 97-104 et 125-129 (cf. plus loin, p. 118) : par conséquent, ce n'était pas au gros poteau, mais seulement à celui qui limitait vers l'Ouest le panneau 16-20, qu'avait été fixée l'extrémité des ex-voto dont la présence interdisait encore aux lapicides, vers le milieu du 11e siècle av. J.-C, l'emploi de la face Sud du mur polygonal sur une partie de sa hauteur (cf. plus loin, p. 117) (1).

Aucun élément ni aucune trace ne subsiste du reste de la charpente ni de la toiture. Un fragment de chéneau en terre cuite a été découvert en 1939 entre le stylobate du portique et le mur polygonal (inv. 6689 ; pi. XXXII, 4) ; son appartenance au monument n'est nullement assurée.

Observations sur les dessins restitués (fig. 4 à 8). — Une étude architecturale ne doit pas obligatoirement aboutir à une restitution graphique du monument. Dans la plupart des cas, des éléments importants font défaut, et la fantaisie du dessinateur ou de l'archéologue supplée aux lacunes de l'information. De telles restitutions entravent plus qu'elles ne servent les progrès de l'histoire de l'architecture antique.

peu à 3 m. 60, était à peu près égale à celle des poutres de l'architrave (3 m. 58), c'est-à-dire probablement à 12 pieds. I/imprécision d'un trop grand nombre de mesures ne permet pas d'évaluer exactement la valeur de l'unité de mesure employée dans la construction du portique. Si les dimensions principales du monument représentent des multiples de l'unité, sa valeur paraît plus proche de o m. 30 que du pied attique de o m. 328. Il semble que la colonne ait été haute de n pieds, l'entraxe long de 12 pieds, l'intérieur du portique (entre le stylobate et le mur polygonal) profond de 10 pieds, le stylobate long de 98 pieds (si l'on admet la restitution du plan selon les fig. 4 et 5). Mais transposer en coudées, pieds, condyles et dactyles des mesures dont la précision n'est pas garantie au millimètre près ne serait qu'un jeu gratuit et sans profit.

(1) Cependant il n'est pas absolument impossible qu'on ait posé les entraits à un niveau intermédiaire entre ceux des faces inférieure et supérieure de l'architrave, en entaillant l'architrave à l'arrière ou l'entrait à son extrémité Sud pour emboîter les deux poutres l'une dans l'autre. Dans ces conditions, la hauteur des poteaux pourrait être augmentée d'une vingtaine de centimètres. Même ainsi, il n'est pas sûr que la sablière ait entièrement dégagé la surface occupée par l'inscription 16 ; de plus un intervalle de quelques centimètres était indispensable entre la sablière et la première ligne du texte pour que le lapicide pût opérer.

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