ETUDE ARCHITECTURALE : BASE
les statues archaïques de l'Acropole, le marbre extrait des carrières d'Attique n'est pas absent (i).
Pour un problème technique comme celui du choix de la matière, les résultats d'observations faites sur les monuments votifs peuvent être valablement étendus aux édifices. Au portique des Athéniens, le marbre de Paros, plus fin et plus souple, avait été réservé pour le travail délicat des moulures de la base et du chapiteau. L,es fûts de marbre pentélique étant généralement demeurés lisses, à l'Acropole, jusqu'au temps des guerres médiques, la matière du fût de la colonne du portique delphique crée une présomption en faveur d'une date postérieure à 490 ; cependant le nombre des cannelures relève d'une tradition archaïque (cf. plus haut, p. 15). Enfin on ne négligera pas un argument d'ordre matériel : la taille dans des blocs de marbre parien de sept fûts monolithes, hauts de 2 m. 85, eût entraîné une dépense importante (2).
40 Style de la base. — I^e rapport entre la hauteur de la base et le diamètre du fût au lit de pose a la valeur suivante dans divers monuments asiatiques et attiques (3) :
A. Série asiatique.
Temple archaïque d'Bphèse 0,48
Sardes (ve siècle) 0,45
Magnésie (fragment archaïque) 0,44
Mena (Lesbos) (début du IVe siècle) . . . 0,43
Temple d'Athéna à Priène 0,44
B. Série attique.
Temple de l'Ilissos 0,485
Temple de Bassae °>475
Temple d'Athéna Niké 0,47
Propylées 0,44
Erechtheion, porche Nord 0,41
Erechtheion, portique Est 0,38
(1) M. P. DE Ea CosTE-MESSEUÈRE a bien voulu me communiquer à ce sujet des indications tirées de la publication de E. L,ANGi,OTZ, Die Koren (dans H. SchradER, Die arch. Marmorbildwerke der Akropolis, 1939). Les statues ou fragments suivants sont en marbre pentélique : jambes drapées n° 582 (ier quart du VIe siècle), Coré n° 671 (vers 520), statuette n° 667 (ire décade du Ve siècle). Sont probablement de la même matière : la tête n° 617 (milieu du VIe siècle), la Coré n° 673 (520-510), les statuettes nos 696 et 600 (ire décade du Ve siècle). En outre il n'est pas rare que des bras en marbre pentélique soient rapportés sur un corps en marbre de Paros : Coré n° 670 (520-510) (pour la Coré n° 672, de la même époque, il s'agit plutôt d'une réparation) ; plusieurs bras isolés. La base à laquelle adhèrent les jambes de la Coré d'Euthydicos (n° 686 ; origine du marbre non précisée) est en marbre pentélique (pour la concordance entre les n08 d'inventaire du musée de l'Acropole et ceux de la publication de E. L,angi,OTz, cf. Die Koren, p. XIII-XVII).
(2) Cf. J. AUDIAT, FD, II, TV. Ath., p. 9, n. 1.
(3) Renseignements communiqués par R. Martin.
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A partir du IVe siècle av. J.-C, ce rapport est partout inférieur à 0,40. Au
portique des Athéniens, il est de 0,52. Cette proportion confirme que la colon-
j nade du portique est antérieure au milieu du
Ve siècle, sans autoriser une précision plus
grande.
L,a base de la colonne constitue l'élément le plus original de l'architecture du portique. Cette originalité réside moins dans la présence d'un embryon de tore inférieur, — trait caractéristique du style attique, qui rapproche la base delphique de celle du temple d'Athéna Niké (1), — ou dans la composition de la base, — l'association d'une moulure et d'un tore étant connue dans d'autres édifices, par exemple au Thesmophorion de Délos et au temple de Bassae, — que dans l'emploi, sans antécédent ni suite, d'une cyma recta comme moulure de base de colonne (2). Les seules analogies sont fournies par des base votives. De leur comparaison avec la base du portique, C. Weickert a tiré argument en faveur de la date de 480 (3), ce qui a été contesté par P. de L,a Coste-Messelière (4) ; tous deux ont d'ailleurs fait d'expresses réserves sur la validité d'un rapprochement entre base de colonne d'un édifice et base de monument votif. L,es comparaisons ont porté, à Delphes, sur les bases des trépieds de Gélon (fig. 9) et de Hiéron, qui présentent un profil très sec, presque vertical (5), et sur la base attique d'Alkibiadès (pi. XXXIX, 4), datée par la paléographie de 475 environ av. J.-C. (6), dont le profil est un peu
Fig. 9. — ■ Profil de la base du trépied de Gélon.
(1) Cf. Dinsmoor, Arch. of Ancient Greece, p. 142 et 186.
(2) Il est possible que le même profil ait été adopté, au 111e siècle av. J.-C, pour la base des colonnes du monument votif d'Aristainéta ; mais les fragments conservés sont en mauvais état, et deux restaurations sont possibles : cf. Courby, FD, II, Terr. Temple, p. 258, fig. 201-202. Si le profil était campaniforme, c'était probablement à l'imitation de la base du portique, de même que la frise du monument imite lourdement les décors du trésor de Siphnos.
(3) Typen, p. 170.
(4) Au musée de Delphes, p. 49, n. 3.
(5) Le profil de la troisième base de trépied, déposée à l'Ouest des deux autres, est si différent qu'on serait fondé à dénier toute valeur à ces comparaisons si l'on devait admettre son appartenance au même ensemble : cf. Homo^E, Mélanges Weil (1898), p. 207-224 ; BourguET, Ruines de Delphes, p. 172-173 ; Courby, FD, II, Terr. Temple, p. 254 ; Pomtow-Schober, RE, Suppl. V, col. 84, n» 135/6. Mais il ne s'agit, à mon sens, que d'une hypothèse assez fragile.
(6) Cf. G. DAUX, BCH, XLVI, 1922, p. 439-445.