‹ Fouilles de Delphes (volume 2)Chapitre 40 sur 58 · ÉTUDE ARCHITECTURALE : BASE · texte numérisé non relu

ÉTUDE ARCHITECTURALE : BASE

moins tendu. C. Weickert a rapproché aussi, en insistant sur la différence des profils, la base du Ptoïon portant le nom d Hipparque (i). Ces comparaisons n'autorisent pas à choisir, pour la date de la construction du portique, entre la fin du VIe siècle et l'époque des guerres médiques, et il serait non moins vain d'établir des parallèles avec d'autres bases de trépieds du Ptoïon (2) ou avec des bases de colonnes votives de l'Acropole. C'est avec la moulure du piédestal de la Niké des Messéniens à Olympie (pi. XXXIX, 5) (3) que la cyma recta de la base du portique présente les affinités les moins contestables (4) : la courbe est, à Olympie, légèrement plus tendue, moins galbée et plus creusée vers le bas, mais elle est, dans l'ensemble, à peu près identique dans les deux cas. Mais comme, parmi les rares exemples de cyma recta employée comme moulure de base, aucun point de repère sûrement défini n'existe entre le portique de Delphes et le piédestal d'Olympie, L,. Shoe s'est prudemment abstenue de choisir, à l'aide de ce seul indice, entre les dates proposées pour la construction du portique.

L,es seules bases de colonnes qui présentent, avec des proportions différentes, un profil semblable, se rencontrent aux palais de Suse et de Persépolis (5). Or la part prise par les Ioniens dans toutes les branches de l'art perse, au VIe et au Ve siècle, est attestée, non seulement par des rapprochements stylistiques, mais de façon formelle, en particulier pour la taille des pierres, par la grande inscription commémorative du palais de Darius à Suse (6). On ne s'étonnera donc pas si l'architecture des temples d'Ionie et des palais de Perse présente, au moins dans le détail, certains traits communs (7).

(1) BCH, XEIV, 1920, p. 337, fig. 4. Ea date de cette base pose les mêmes problèmes que celle de l'autel de Pisistrate le Jeune à Athènes (cf. plus loin, p. 103, n. 8) : l'écriture de la dédicace justifierait mieux une date proche de 480 que de 520 ; cf. en dernier lieu M. Gtjarducci, Annuario, N.S., III- V, 1941-1943 (publ. 1948), p. 121.

(2) Par ex. P. GtniXON, Trépieds du Ptoïon, I, pi. IV, 1.

(3) E. Shoe, Profiles of Greek mouldings, pi. XEIX, 2.

(4) Ea même moulure, ornée d'oves, d'astragale et de rais de cœur (pi. XXXIX, 6), décore le seuil et l'encadrement de la porte de la cella de 1' « édifice périptère » de l'Héracleion de Thasos : M. EaunEY, Etudes thasiennes, I, p. 73-74, fig. 43 à 45. Ees deux courbes de la cyma recta sont très accusées, ce qui donne à la moulure un profil semblable à celui du pied du toichobate de la Tholos d'Épidaure : Shoe, Profiles, pi. XEIX, 3. Cette ressemblance, ajoutée à certains détails techniques, comme l'emploi de canaux de coulée, et au style de l'ornementation, plus archaïsant qu'archaïque, tendrait à abaisser la date du monument nettement au delà de 480 et peut-être même jusqu'au rve siècle : cf. R. Martin, REG, EXII, 1949, p. 221.

(5) Cf. par ex. Pope, A survey of Persian art (1938), IV, pi. 102.

(6) Plusieurs études importantes ont paru récemment sur les rapports artistiques entre la Perse et l'Ionie : cf. notamment H. Frankfort, AJA, E, 1946, p. 6 sq. ; G. Richter, ibid., p. 15 sq. Sur divers traits ioniens dans l'architecture perse, cf. aussi R. Valois, Architecture hell. à De'los, p. 147 et n. 1.

(7) A propos d'une base en poros, très rongée, d'une colonne ionique du Thesmophorion de Délos (480 env. av. J.-C), sur laquelle on reconnaît deux kymatia lesbiques séparés par un cavet, R. Vai,- 1,01s, BCH, EU, 1929, p. 257-258, a rapproché certaines moulurations perses et ioniennes et attribué le profil de la base de la colonne à l'intervention d'un Grec d'Asie, en soulignant la présence d'un kymation lesbique au lieu de tore sur certaines bases de l'Artémision archaïque d'Ephèse (Excav. at Ephesus, pi. IV, bases 5 et 6). A propos du nombre des cannelures des colonnes, cf. plus haut, p. 16.

Ce n'est pas seulement par son profil que la base de la colonne du portique delphique appelle la comparaison avec des documents d'Asie. Certains détails de facture du tore se rattachent aussi à une tradition ionienne : l'usage de séparer les cannelures par un canal ou par des filets, étranger au continent grec, est connu à Ephèse, à Samos, à Chios (1) ; à Ephèse, on rencontre de pareils filets non seulement entre les cannelures du tore, mais en haut et en bas des scoties (2). L,e tore de la base delphique se classe dans une série de tores asiatiques, qui ne fournit malheureusement aucun indice précis pour sa datation : il est plus récent que tous les autres exemplaires archaïques, et ce type est délaissé jusqu'à l'époque hellénistique, où il reparaît à Samos et à Sardes (3).

Un autre trait apparente la base delphique aux types d'Asie : sur le continent, même à l'époque archaïque, la hauteur du tore est nettement inférieure à la moitié de la hauteur de la base ; or, à la base de la colonne du portique, le tore mesure o m. 109 sur une hauteur totale de o m. 222. l,e rapport est donc de 0,491 ; à Ephèse, la mesure la plus forte, pour le même rapport, est de 0,457 (4).

Il importe peu que l'architecte du portique ou le marbrier qui a taillé la base ait été Ionien, Parien ou Athénien. Plus significative est la parenté, sûrement établie, avec des monuments d'Ionie. On ne s'étonnera pas que les Athéniens aient cherché des modèles dans un pays où l'ordre ionique avait déjà un long passé. Mais, dans le dessin de la base, à moins qu'ils ne se soient inspiré d'un monument disparu, ils ont innové en adoptant comme moulure une cyma recta.

5° Style du chapiteau. — I^es rapports des principales dimensions du chapiteau du portique s'établissent ainsi (5) :

A. Dimensions verticales (par rapport à la hauteur du chapiteau) .

Kymation 0,11

Canal 0.425

Abaque 0,14

Haut, centre volute-abaque 0,83

B. Dimensions horizontales (par rapport au diamètre du lit de pose du chapiteau).

Longueur abaque 1,29

Profondeur abaque 1,22

Distance centres volutes 1,13

Intervalle volutes 0,51

(1) Shoe, Profiles, pi. EXIV et EXV.

(2) Excav. at Ephesus, pi. IV.

(3) Shoe, Profiles, p. 146-147.

(4) Excav. at Ephesus, pi. III, base 1. Pour la hauteur relative des diverses parties, comme pour la structure (cf. plus haut, p. 96), c'est de la base de la colonne du temple d'Athéna Niké, parmi les monuments athéniens, que se rapproche le plus la base de Delphes.

(5) On a signalé plus haut, p. 47, que certaines des mesures portées sur les dessins des pi. XXX et XXXI peuvent être entachées d'erreurs de quelques millimètres.

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