‹ Fouilles de Delphes (volume 2)Chapitre 42 sur 58 · INSCRIPTIONS ATTIQUES · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS ATTIQUES

attiques dont l'aspect général s'apparente le plus exactement à celui de la dédicace du portique, on citera la dédicace de Iyéagros aux Douze Dieux (1), trois signatures de Critios et de Nésiotès (2), une signature d'Evénor sur une colonne qui portait la statue d'Athéna Acr. 140 (pi. XLJ, 2) (3), et surtout deux fragments d'une longue dédicace de l'Acropole (pi. XLJ, 4 et 5) (4), dont la ressemblance avec la dédicace de Delphes est frappante (5) ; malgré la présence d'un 0 à croix, ces deux blocs ont été attribués, mais sans preuve assurée, au piédestal de la statue d'Athéna Promachos (6).

Certes, on ne doit recourir au critère paléographique qu'avec une prudence extrême. Si l'on ne disposait pas d'un autre élément d'appréciation, on jugerait parfois fort éloignées dans le temps des inscriptions qu'on sait être contemporaines (7). On trouverait à Athènes, dès la fin du VIe siècle av. J.-C, des exemples d'A, d'E et de A/ semblables à ceux de la dédicace delphique. Ce qui importe, c'est la réunion dans un même texte de ces caractères de forme plus évoluée et l'aspect général de l'inscription, où l'élément récent l'emporte sur les traits archaïques (8) : c'est la même impression que laisse l'étude architecturale du portique.

période 490-480. M. Guarducci, Annuario, N.S., III-V, 1941-43 (publ. 1948), p. 124-128, en ferait remonter la date au temps des Pisistratides, en se fondant sur le formulaire du décret et la ressemblance de l'écriture avec celle de l'autel du Pythion (cf. ci-dessous, n. 8) : cf. contra, B. SHEFTON, BSA, XLV, 1950, p. 163, n. 64.

(1) La consécration date vraisemblablement des années 490-480 : cf. B. D. MeriTT, Hesperia, V, 1936, p. 358-359 ; M. Guarducci, loc. cit., p. 128-133 ; M. Crosby, Hesperia, Suppl. VIII (1949), P- 98.

(2) RaubiTSCHEk, Dedications, n0B 121, 123, 160.

(3) RaubiTSCHEk, BSA, XL, 1943, p. 31-34, pi. XII, n° 38; Dedications, n» 22, p. 26-28. Cette signature est d'aspect moins archaïque que deux autres signatures du même artiste : BSA, XI,, pi. XI, n°» 29 et 34 ; Dedications, n08 14 et 23. La statue Acr. 140 est datée par E. Langi,otz, Die Koren, n° 5, p. 48-49, de 480 environ.

(4) RaubiTSCHEk, Dedications, n° 172, p. 198-201.

(5) Seules différences : présence de signes d'interponction et barres horizontales de l'£ plus courtes sur les fragments de l'Acropole.

(6) C'est aussi à la commémoration de la victoire de l'Eurymédon que E. Lowy a attribué la construction du portique de Delphes (cf. plus haut, p. 92, n. 7). Mais, aux objections d'ordre architectural et paléographique qu'on peut opposer à cette hypothèse, s'ajoute un argument de fait, qui paraît décisif : l'événement avait été commémoré à Delphes par l'érection d'une statue d'Athéna dorée sur un palmier de bronze (Paus., X, 15, 4). Les fondations du monument ont été identifiées, près de l'angle N.-E. du temple d'Apollon : cf. P. Amandry, CRAI, 1947, p. 466-468 ; BCH, LXXI-LXXII, 1947-1948, p. 449 ; BCH, LXXVIII, 1954 (à paraître). l'attribution des deux fragments de l'Acropole au piédestal de l'Athéna Promachos, proposée par G.P. STEVEns et A.E. RaubiTSCHEk, Hesperia, XV, 1946, p. 107-114, demeure très hypothétique ; une date plus proche de 480 s'accorderait mieux, semble-t-il, avec les indices paléographiques.

(7) A.E. RaubiTSCHEk, Dedications, p. 451, croit distinguer, dans les inscriptions attiques de 515 à 480 av. J.-C, deux styles d'écriture : un style ancien et un style nouveau. N'est-ce pas donner une forme trop systématique à une observation valable pour toutes les époques et pour tous les lieux ? L'évolution de l'écriture ne nous est connue que par la main des lapicides, qui avaient leurs habitudes et leurs préférences personnelles. Précisément à propos de la dédicace du portique des Athéniens, Wi- I.AMOWITZ, Pindaros, p. 86, a exprimé son scepticisme sur la possibilité de dater une inscription à dix ans après d'après les indices paléographiques. Mais il faut noter qu'entre les dates extrêmes de 506 et de 468, l'écart atteint une quarantaine d'années.

(8) Certes la dédicace de l'autel du Pythion (KirchnER-KXaffenbach, Imagines2, n° 12, pi. V) pré-

Cette impression est confirmée par des rapprochements avec des inscriptions delphiques, valables dans la mesure où l'écriture a suivi dans les divers sanctuaires et cités de Grèce une évolution à peu près identique à celle dont on reconnaît à Athènes les grandes lignes. Parmi les inscriptions de Delphes apparentées à la dédicace du portique, on citera : la dédicace archaïque du monument des Tarentins « du bas » (i), la dédicace de Caphyai (2), celles du monument argien des Epigones (3) et de la statue de Perséphone offerte par les Hermionéens (4), la signature de Théopropos d'Egine (5), l'inscription gravée sur le mur de soutènement Sud du stade (6). La deuxième ligne de la dédicace de l'Aurige (la seule qui subsiste du texte primitif) présente en commun avec la dédicace du portique l'A à barre à peine inclinée et le /\J aux hastes obliques de même longueur et de même niveau (7). Enfin la dédicace et la signature du trépied de Gélon, écrites respectivement en alphabet syracusain et ionien (8), ont un aspect un peu plus archaïque que la dédicace du portique, dont se rapproche davantage l'inscription du trépied de Hiéron (9).

III. Etude historique. — Les indices architecturaux et paléographiques autosente les mêmes caractères et le même aspect (sauf le M, d'un type plus ancien). Mais l'écart est si grand entre la date probable de l'archontatde Pisistrate le Jeune et la date vraisemblable de la gravure du texte qu'un élément du problème fait sûrement défaut. Aucune des explications proposées n'est pleinement satisfaisante. Cf. pour la bibliographie : BCH, LXX, 1946^.2, n. 2 ; RaubiTschek, Dedications, p. 449-450 ; à compléter par M. Crosby, Hesperia, Suppl. VIII (1949), p. 100, n. 52. W.B. DlNSMOOR, Studies in the history of culture (1942), p. 198, a noté la ressemblance de l'écriture à l'autel du Pythion et au portique de Delphes (en datant les deux inscriptions de 496 environ av. J.-C, ce qui paraît très contestable pour l'une comme pour l'autre).

(1) FD, III, 1, 129 ; P. DE LA CosTE-MESSEUËRE, Mél. Picard (Rev. arch., 1948), p. 522 sq. La victoire commémorée par ce monument est généralement datée du premier quart du Ve siècle, tandis que l'autre victoire tarentine, célébrée à Delphes par le monument « du haut » (cf. P. Amandry, BCH, LXXIII, 1949, p. 447 sq.), aurait été remportée en 467. Cependant un doute subsiste sur l'antériorité relative des deux monuments : T. J. Dunbabin, The Western Greeks (1948), p. 149. La comparaison de l'écriture des deux dédicaces n'est pas favorable à l'ordre de succession généralement admis.

(2) Syll.3, 48. Datée, d'après l'écriture, de la première moitié du Ve siècle. Elle présente la même formule que la dédicace du portique : /isXoVtêî tov [7to]Xê|ji£ov (cf. plus loin, p. 108, n. 1).

(3) FD, III, 1, 90. Datée par E. Bourguet, d'après l'écriture, de 460 environ ; elle pourrait être un peu plus ancienne.

(4) Coxjrby, FD, II, Terr. Temple, p. 235 ; Syll.3, 32. Datée, d'après l'écriture, de 480 environ : cf. plus loin, p. 107, n. 3.

(5) FD, III, 1, 2. Datée par E. Bourguet, d'après l'écriture, du premier plutôt que du deuxième quart du Ve siècle. L'A à barre très oblique est d'un type plus ancien que celui de la dédicace du portique ; 1' £ est identique dans les deux inscriptions. Sur le rapport entre la dédicace et le monument du taureau de Corcyre, cf. P. Amandry, BCH, LXXIV, 1950, p. 10-21.

(6) P. FourniER, RE A, XXIV, 1922, p. 5 sq., a daté cette inscription du milieu du Ve siècle. C'est, semble-t-il, une limite extrême, au delà de laquelle il ne faudrait pas descendre. Cependant A us- Tin, Sloichedon style, p. 81, propose comme date la deuxième moitié du siècle.

(7) Cf. Brunn-Bruckmann, texte à pi. 786-790, p. 24, fig. 19 ; F. Chamoux, FD, IV, L'Aurige (sous presse).

(8) Photographies dans G. DE Mire, Delphes, pi. 162 et 163.

(9) Fac-similé des inscriptions des deux trépieds : Courby, FD, II, Terr. Temple, p. 251, fig.

Page 1