‹ Fouilles de Delphes (volume 2)Chapitre 46 sur 58 · CABLES DES PONTS DE L HELLESPONT III · texte numérisé non relu

CABLES DES PONTS DE L HELLESPONT III

Chaque fois qu'Hérodote mentionne les câbles des ponts de l'Hellespont, soit pour décrire la préparation et la mise en place de ces cordages de papyrus et de lin fournis par les Phéniciens et les Egyptiens (i), soit pour indiquer ce qu'il en advint après la destruction des ponts, il les désigne du nom de SirXa (2) : 8icX«

èç xàç yecpupa; (âii6Xtva xe x.al Âeux,oAivou (VII, 25), 'iva àvoxcoyeûï) xèv xovov twv ottXwv... x.axéxe<.vov èx. yrtç xà SwXa... xaxuiîepBe twv ouXtov (VII, 3^)> x* tv- ™v T£9UP^WV s^Aa èvôaûxa y^v Kexojj.ix.ui; (IX, H5)> T* T£ «XXa XP^axa ayovxe:; /.al 3^ xal xà OTcXa xwv yecpopeov (IX, I2l). Or le portique de Delphes abritait deux sortes d'ex-voto : des oicXa et des àxpuxYÎpia. Si les o'irXa n'étaient que des armes ordinaires, boucliers, casques, lances, les aurait-on citées en premier lieu (3) ? L,es aurait-on même mentionnées dans la dédicace (4) ? L/ordre des mots et le libellé même du texte s'expliquent mieux si les oTcXa étaient un trophée d'une espèce unique : les câbles des ponts de Xerxès.

I/idée même de construire un portique pour abriter cette prise en souligne le caractère exceptionnel. Des dépouilles ramassées sur le champ de bataille, la part consacrée comme ex-voto ou simplement exposée à l'admiration des concitoyens des vainqueurs était généralement accrochée à une muraille ou aux parois d'un édifice quelconque, civil ou sacré (5). Des portiques ont été bâtis en commé-

t-elle par l'ignorance où étaient Xanthippos et les chefs athéniens, en quittant Sestos, de la destination qui serait donnée aux ex-voto ? Ou par le nombre des sanctuaires entre lesquels ils furent répartis ? Ou encore par un souci d'effet artistique ? L'histoire d'HÉRODOTE se termine en fait sur ces mots, le dernier paragraphe du livre IX n'étant qu'une note additionnelle sur le grand-père du chef perse crucifié à Sestos. HÉRODOTE a-t-il voulu, par ce pluriel vague et emphatique, laisser le lecteur sur l'impression générale d'une action de grâces rendue aux dieux ?

(1) Sur la fabrication des câbles, cf. HÉRODOTE, éd. Macan, VII, 25.

(2) L'emploi du mot otiXov comme terme technique de marine, au sens de cordage, est bien attesté : Homère, Od., II, 390, 430, XIV, 346, XXI, 390 ; Hésiode, Trav., 627 ; Apou,onios de Rhodes, I, 368 ; Orph. Argon., 359, 1153 ; Hippocrate, Art., 43, 78 ; Gauen, Lex. Hippocr., s.v. ; Erotianus, s.v.

(3) L'ordre des mots étonnait E. Lowy, Sitz. Akad. Wiss. in Wien, 216, 4, p. 51.

(4) Les armes sont généralement englobées dans l'ensemble du butin (Xatpupa) ou, plus précisément, de l'équipement recueilli sur le champ de bataille (axuXa).

(5) A Delphes même, comme en beaucoup d'autres sanctuaires et de cités, des boucliers étaient suspendus aux murs du temple d'Apollon : cf. plus haut, p. 106 n. 2. Les Phocidiens y avaient envoyé, avant 480, la moitié des boucliers pris aux Thessaliens: Hérodote, VIII, 27. On avait même, au IIIe siècle av. J.-C, réparti à travers tout le sanctuaire les armes prises aux Gaulois (si du moins on entend ainsi, dans une inscription de Cos, l'expression : xo 8è îepôv... ë;tcxsxo<ïfj.TJa8ai xoï? Gno xôiv Ê7uaxpaxeuaavxa>v orcXotç ; A.J. REinach, Journal int. d'arch. numismatique, 1911, p. 233, pensait que les armes avaient été réunies en trophée en un point du sanctuaire ; la première interprétation est plus conforme à l'usage attesté par d'autres exemples). A Olympie, nombreuses étaient les consécrations d'armes mentionnées par les textes ou révélées par les fouilles ; cf. notamment les armes corinthiennes, casques et boucliers, dédiées par les Argiens et suspendues au mur du stade archaïque: E. KunzE, Olympiaber. II (Jahrb., LUI, 1938), p. 68 ; Olympiaber. III (Jahrb., LVI, 1941), p. 76-77. Après la bataille de Délion, les Thébains avaient orné des armes des vaincus tous les temples et les portiques de l'Agora de leur ville : xoùç 8è vaoù; xaî xà; axà ttjv diYOfàv axoàç xoî? otcXoiç xoï; Ix xfiîv axûXtov :rpoaT)Xco6îr<jt xaxa^aXxtoaat (DlODORE, XII, 70, 5). A Athènes, on avait exposé de la même façon, en 506 av. J.-C, les chaînes des prisonniers béotiens et chalcidiens : cf. plus haut, p. 105, n.5. Des boucliers pris à des ennemis d'Athènes avaient été accrochés aux parois de la Stoa Poikilé : Patjs., I, 15, 4. Un de ces boucliers, provenant de Pylos, a été retrorivé : Shear, Hesperia, VI, 1937, P- 346-348 ; 'Apy. 'Eç., 1937, p. 140-143. (On voyait aussi

moration d'une victoire sur le produit du butin (i), au même titre que des autels, des trésors ou des statues. L,a consécration a, dans certaines occasions, comporté à la fois un portique et des statues placées sous ce portique (2). Mais, à part la stoa des Athéniens, on ne connaît pas de portiques conçus pour recevoir les dépouilles elles-mêmes. L,e souci de protéger des intempéries les câbles de lin et de papyrus n'apporte pas à cette exception une explication suffisante.

Diverses raisons justifiaient la consécration du portique de Delphes en commémoration de la campagne de Mycale et de Sestos. Cette campagne marque la fin d'une phase des guerres médiques, la phase défensive. Ce n'est pas le fait du hasard si l'histoire d'Hérodote s'achève sur la prise de Sestos (3) : Diodore, qui, pour les guerres médiques, suit dans ses grandes lignes le récit d'Hérodote, le confirmerait si besoin en était (4). I^e portique et les trophées qu'il abritait auraient pu, dans l'esprit des Athéniens, commémorer non pas telle ou telle victoire en particulier, mais l'ensemble de la campagne de 480-478, de l'Artémision à Sestos (5), Mais l'intention des dédicants devait être plus précise. Si les combats de

des boucliers au portique de Zeus Eleuthérios ; c'était, en partie au moins, les armes d'Athéniens morts au combat : Paus., I, 26, 2 ; X, 21, 5-6). L'usage était ancien : Hector fait vœu de suspendre aux murs du sanctuaire d'Apollon, sur l'acropole de Troie, les armes du chef achéen qui osera l'affronter en combat singulier (II., VII, 81-83).

(1) Cf. R. Martin, Recherches sur l'Agora grecque, p. 495. Il y a lieu de distinguer entre le portique-trophée et le portique à trophées. Dans la plupart des cas, le portique constitue en lui-même l'équivalent ou le substitut du trophée. Après la bataille de Délion, les Thébains n'avaient pas seulement accroché des armes aux murs des édifices existant (cf. note précédente), ils avaient aussi construit un portique âx tîjç tôSv Xafpûptov tijaîjç (DIODORE, loc. cit.) ; le monument tenait lieu d'ex-voto et n'était pas spécialement destiné à en recevoir d'autres. De même un portique avait été bâti à Sicyone par Clisthène ânô Xayûptov, après la première guerre sacrée (Paus., II, 9, 6), un autre à Elis àno twv Xayuptov Trj; Sexâtr); (PAUS., VI, 24, 4), un autre à Mégalopolis dosô X«pûpa>v (Paus., VIII, 40,7). Les Spartiates avaient édifié sur l'Agora de leur cité le célèbre portique des Perses ârcô Xaepûpcov zS>v Mï)8ixûv (Paus., III, II, 3) ; il n'est nullement prouvé qu'on y ait exposé, au début, une partie du butin de la bataille de Platées ; ViTruve, I, 1, 6, écrit très exactement que le portique avait été bâti pro tropaeo (cf. le commentaire de HiTzig-Blùmner, Pausanias, 1, p. 768-769). Aucun de ces portiques n'est conçu comme une galerie d'exposition de trophées. Sur la distinction entre trophée élevé sur le champ de bataille, ex-voto déposé dans un sanctuaire après un combat et monument commémoratif d'une victoire, cf. A. AVmard, Mél. Grégoire, I (Annuaire de l'Inst. de philologie et d'hist. orientales et slaves, IX, 1949), P- 55"56- [La question a été sommairement reprise, à propos d'un édifice archaïque récemment découvert à Samothrace, dans un rapport de K. LEhmann, Hesperia, XXII, 1953, p. 5-6, paru pendant l'impression de ce volume. Au lieu de distinguer les diverses espèces de portiques, l'auteur les ramène à un type unique. Tous les portiques archaïques, à Samos, à Didymes, à Larisa, à Délos, auraient été probablement construits pour abriter des ex-voto (statues ou trophées ? Cf. note suivante), ce qui est une hypothèse purement gratuite pour la plupart d'entre eux. Cette destination serait en tout cas assurée pour le portique de Clisthène à Sicyone, bâti àrcô Xatpûpiov comme le portique des Athéniens à Delphes. Or rien ne prouve que le portique de Sicyone ait abrité des Xâ<pupa et la dédicace du portique de Delphes ne précise pas si les frais de la construction représentent la dîme du butin.]

(2) C'était le cas des portiques de Thèbes et de Sparte mentionnés à la note précédente. Le monument d'Aegos Potamos à Delphes relève du même principe.

(3) Cf. Ph. E. LEGRAND, Hérodote, éd. Budé, VII (1951), p. 8, n. 1.

(4) A propos de la prise de Sestos, Diodore, XI, 37, 6, écrit : ô jxèv ouv Mt)8ixôç ôvou-aoSsU néXs^oî

Y6VO(A6VOÎ 8l£TT){ TOUTO '(<3ft ^° TÉpCtç.

(5) vSi un tel monument a existé, ce pourrait être le trésor dorique du sanctuaire d'Athéna Pro-

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