‹ Fouilles de Delphes (volume 2)Chapitre 49 sur 58 · DISPOSITION DES EX-VOTO II · texte numérisé non relu

DISPOSITION DES EX-VOTO II

priotes, pamphyliens, lyciens ou cariens (i). Cette incertitude, s'ajoutant à l'imprécision de la dédicace, ne laisse aucune chance de restituer avec quelque vraisemblance l'aspect des ày.pwTYjpwo.

Peut-on du moins imaginer l'aspect général qu'offrait le portique aux yeux du visiteur ? I/exiguïté relative de l'espace disponible pour les ex-voto, en hauteur et en largeur, confirme que les Athéniens n'avaient exposé, conformément à l'usage le plus fréquent, que des ornements séparés de la coque, et non des proues ou des poupes entières. Ces figures, en bronze ou en bois peint, reposaient sur l'assise supérieure du socle intérieur et étaient peut-être fixées en outre à la partie inférieure des poteaux appliqués au mur polygonal. I^a présence d'inscriptions gravées au IIe siècle av. J.-C. entre les poteaux, jusqu'à une hauteur de i m. 50 environ au-dessus du socle, prouve qu'un homme pouvait se glisser entre ces figures ou derrière elles. On notera que, si l'on met à part les deux groupes extrêmes (cf. plus haut, p. 65), les plus anciennes des inscriptions gravées sous le portique se trouvent presque toutes vers le haut des panneaux (2) et que les colonnes se sont progressivement allongées vers le bas au cours des prêtrises VII, VIII et IX ; les lapicides devaient naturellement préférer un emplacement situé à peu près à hauteur d'homme ; mais leur choix peut s'expliquer aussi par la gêne croissante que causait, à mesure qu'ils approchaient du socle, la présence des akrotéria. La longueur de ces figures était au moins d'un mètre ; elle pouvait atteindre 1 m. 40 (profondeur du socle à l'assise inférieure) et même davantage, si les akrotéria faisaient saillie au-dessus du passage libre entre le socle et la colonnade.

L,a limite que, sauf exception, n'ont pas dépassée en hauteur les lapicides du 11e siècle av. J.-C. devait être imposée par une présence matérielle, celle des câbles. Entre cette limite et le niveau probable de la poutre posée sur les poteaux (cf. plus haut, p. 88, et fig. 6), sur une hauteur de 0 m. 90 à un mètre et sur une longueur de 26 mètres environ, les câbles déroulaient leurs festons d'un poteau à un autre, probablement en plusieurs rangs superposés (3). Trois des panneaux inscrits au 11e siècle av. J.-C. dépassent la ligne précédemment définie (cf. plus haut, p. 67). I/un d'eux (16-20) pose un problème particulier à cause de son

(1) La dédicace delphique de Péparéthos fait allusion à des bateaux cariens : cf. plus haut, p. 107,

(2) Prêtrise II : n° 83. Pr. III : n° 93. Pr. IV : n" 84. Pr. V : n° 43. Pr. VI : n08 41, 42, 63, 85, 88, 101, 102, 103, i2i, 126, 127.

(3) L'intérieur du portique devait évoquer l'aspect des hangars où les Anciens abritaient les bateaux pendant l'hiver. Sur ces hangars, cf. F. Mii^TNER, RE, s.v. Neorion. Hésiode recommande au marin, après avoir tiré son bateau sur la grève et l'avoir entouré d'un abri assez rudimentaire de pierres, de transporter dans sa maison les cordages : «tXa 8'È;ràcp[j.eva rcâvia mî> «yxoctOso o'i'xco (Trav., 627). J. Bousquet me fait observer que le terme inip^wa. semble faire allusion à une installation des cordes contre un mur ou sur des poteaux, comme, aujourd'hui encore, dans les abris des pêcheurs bretons et les ateliers de cordiers. La ressemblance n'est sans doute que fortuite : elle était imposée par la nature des ex-voto. La longueur de l'entrecolonnement devait la rendre plus sensible encore : cf. RE, loc. cit.

Il8 LE PORTIQUE DES ATHÉNIENS

emplacement (cf. plus haut, p. 88). Dans les deux autres (97-104 et 125-129), on constate que les inscriptions de la prêtrise VI (101-103 et 126-127) ne s'élèvent pas à plus de 1 m. 50 au-dessus du socle et que les textes placés en haut des colonnes (97-99 et 125) ne remontent qu'à la prêtrise IX. Cette observation paraît établir qu'en deux points au moins, les câbles, tombant de vétusté après plus de trois siècles d'exposition, ont disparu entre la prêtrise VI et la prêtrise IX, vers 140-130 av. J.-C. Les fibres de papyrus et de lin ont achevé de se décomposer pendant le dernier quart du 11e siècle et les vingt premières années du Ier siècle av. J.-C. C'est alors qu'on enleva un certain nombre des poteaux devenus inutiles (cf. plus haut, p. 70). Ce démontage partiel du bâti n'a entraîné le déplacement des akrotéria que s'ils étaient liés aux poteaux. Quant à l'ensemble de la charpente, il n'en était pas nécessairement affecté : quelques poteaux, répartis de place en place sur toute la longueur du portique, suffisaient à maintenir la sablière appliquée contre le mur polygonal. La disposition des inscriptions semble confirmer que cette poutre n'a pas été déplacée : les textes gravés au Ier siècle av. J.-C. n'atteignent pas la partie du mur qu'elle devait masquer (1).

Le portique ne tomba pas en ruines ; il fut même réparé et remanié à son extrémité Est, au plus tôt dans la deuxième moitié du 11e siècle av. J.-C. (cf. plus haut, p. 79). Quand Pausanias visita Delphes, que restait-il sous le portique ? Le voyageur vit des ornements de bateaux et des boucliers de bronze (2). Des emblèmes pris à Mycale, une partie au moins devait subsister sur le socle adossé au mur polygonal. Quant aux boucliers, menue monnaie de tout butin, les occasions de les dédier ne manquaient pas. Les boucliers perses de Marathon ou de Platées demeuraient fixés, du temps de Pausanias, à l'entablement du temple d'Apollon (3). D'autres semblables ont peut-être fait partie de l'offrande de 478 : n'aurait-on pas accroché quelques boucliers aux akrotéria, pour mieux imiter

(1) L'inscription 77 atteint exactement le niveau de l'abaque des chapiteaux de la colonnade, les textes 46 et 95 sont gravés un peu plus bas. On a supposé que les poteaux qui soutenaient la sablière s'élevaient d'une dizaine de centimètres plus haut que les colonnes (cf. plus haut, p. 88, et fig. 6). Les inscriptions pouvaient être gravées sans difficulté au-dessous de la sablière. L'hésitation n'est permise que pour le texte 32, dont la première ligne se trouve à 3 m. 45 environ au-dessus du niveau du stylobate, donc à o m. 15 au-dessus du niveau de l'abaque des chapiteaux et à 2 m. 50 environ audessus du socle intérieur. En tenant compte de l'intervalle que le lapicide était matériellement obligé de laisser entre la sablière et le début du texte, la sablière et par suite les entraits auraient dû être posés à un niveau supérieur de 20 à 25 centimètres à celui du lit d'attente des chapiteaux ; il n'est peut-être pas techniquement impossible de concilier ces données (cf. plus haut, p. 88, n. 1). On notera cependant que le texte 32 est gravé dans la partie Est du portique, où trois poteaux successifs ont été enlevés. Il est possible que la sablière l'ait été aussi sur une longueur de 2 m. 50 environ ; la stabilité de la charpente n'en était pas forcément compromise, surtout si les arbalétriers et les chevrons étaient encastrés dans les assises de poros du mur polygonal. De plus le texte 32 est un des plus récents qui aient été gravés sous le portique (fin du Ier siècle av. J.-C.) ; or on ignore la date de l'accident qui a provoqué la réfection de la face Est du monument.

(2) X, 11, 6 : cf. plus haut, p. 91, le texte et la traduction de ce paragraphe.

(3) Cf. plus haut, p. 106, n. 2.

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