DESCRIPTION DU MONUMENT
Parmi les gros rochers qu'une avalanche a précipités, à une époque probablement antérieure à l'occupation du site de Delphes, dans la région comprise entre le mur polygonal et le trésor des Athéniens, celui qui a porté la colonne du Sphinx est sûrement identifié. Sa face Nord est distante de 2 mètres de la paroi du mur polygonal, conformément aux indications de Foucart. L'axe de la colonne se trouvait à 44 m. 45 environ de l'angle S.-E. du mur polygonal.
Les planches I, III et IV montrent l'état actuel des ruines, qui résulte d'une restauration partielle, reproduisant à peu de chose près l'aspect que présentaient le rocher et le bas de la colonne en 1861. Plusieurs fragments épars du rocher en ont été rapprochés en 1938 et appuyés aux faces Est et Sud, mais ils ne se raccordent pas exactement et donnent au bloc, sur ces deux faces, une forme arbitraire. Mais la masse principale est demeurée intacte, et aucun fragment ne s'est détaché de la face Nord ni, semble-t-il, de la face Ouest. A l'époque de la construction du monument (1), le rocher dominait d'environ 1 m. 25 le niveau du sol environnant (2). En outre, comme il couronne la butte qui s'élève entre le portique des Athéniens, leur trésor et la région de l'Asclépieion, la différence de niveau entre la partie supérieure du rocher et le sol devant la partie centrale du portique des Athéniens était de 3 mètres environ. Sur la face Ouest du rocher, des entailles, qu'on pourrait prendre pour des emmarchements, sont plus probablement, d'après leur aspect irrégulier, naturelles. A sa face Nord, surtout dans la moitié Ouest (3), le rocher présente une paroi à peu près verticale (pi. IV, 4 et 5).
(1) Plus tard le rocher a pu être en partie dissimulé par des terres de remblai, dont la disposition des inscriptions sur le mur polygonal, entre le rocher du Sphinx et le portique des Athéniens, paraît indiquer le niveau ; cf. plus loin, p. 72.
(2) Niveau indiqué par les blocs des fondations du mur polygonal.
(3) Dans la moitié Est, la paroi est beaucoup moins régulière.
L,es concrétions calcaires prouvent que cet aspect du rocher est ancien. Il n'est pas impossible que cette face ait été taillée soit lors de l'érection de la colonne, soit lors de la construction du mur polygonal (i) ; mais il est plus probable que le rocher se soit détaché de la montagne selon une fissure verticale, comme la paroi des Phédriades en présente des exemples nombreux. A sa face supérieure, le rocher est arasé (pi. IV, 3 et 5) ; le travail a été exécuté de façon sommaire, et la surface n'est pas parfaitement plane.
Sur l'arasement du rocher reposait une dalle de marbre (2), jouant le rôle de stylobate, qui fut retrouvée in situ et entière par Foucart ; il n'en subsiste que trois fragments sur lesquels se voit la cinquième partie environ de la trace circulaire laissée par la base de la colonne (pi. V). Du moins les trois dimensions de la pierre sont-elles conservées. La dalle est sensiblement carrée : 1 m. 889 sur 1 m. 847 (3). Iya hauteur, à l'angle des faces a et b, est de o m. 334. Elle décroît en direction de la face d : elle n'est plus que de 0 m. 323 à l'angle des faces a et d. Elle diminue plus sensiblement encore au long de la face b, où elle passe de o m. 334 (à l'angle a-b) à o m. 311 (à l'angle b-c). L,a hauteur à l'angle c-d devait être moindre encore, puisque, à la cassure de la face c, à 0 m. 50 de l'angle b-c, elle n'est déjà plus que de o m. 294. Ces variations de hauteur de la dalle doivent s'expliquer par le souci d'adapter le stylobate aux inégalités de la surface du rocher (4).
I^a face a, actuellement tournée vers le Sud (5), est sommairement piquetée sur toute la hauteur dans sa moitié droite, plus finement dans la partie supérieure de la moitié gauche (pi. III, 1 et VI, 1). I,es faces b, c et d sont travaillées avec soin sur la moitié supérieure de leur hauteur, plus sommairement dégrossies sur la moitié inférieure. Cette partie de la dalle devait en effet être dissimulée : le rocher avait été assez profondément entaillé pour le logement de la pierre, au moins du côté Ouest, le seul où le rebord de la cavité soit conservé (pi. IV, 3, 4 et 5). I^e point le plus élevé du rocher se trouve là à o m. 07 audessus du lit d'attente de la dalle de marbre (6).
La face supérieure de la dalle a été préparée avec soin. L,a partie centrale,
(1) La direction du mur polygonal est légèrement oblique par rapport à celle de la face Nord du rocher : cf. pi. I.
(2) L'indication d'HoMOUJî, « dalle en pierre calcaire » (FD, IV, 1, p. 43), ne peut être qu'un lapsus ; il a été répété par Pomtow, RE, Suppl. IV, col. 1346. Sur l'hypothèse de l'intercalation d'une dalle de calcaire entre le rocher et la dalle de marbre, cf. plus loin, p. 7, n. 4.
(3) Le dessin de WeschKr (pi. II, 1) indique, pour ces dimensions, i m. 97 et 1 m. 87, et, pour la hauteur, o m. 30. Ces mesures ont été répétées par Homou,e, loc. cit., à propos de la « dalle en pierre calcaire », et par Pomtow, loc. cit., à propos de la « quadratische Unterlagsplatte aus Kalkstein ».
(4) M. R. Vai^ois note qu'il a fait la même constatation à Délos, pour des pièces de marbre posées, à l'époque archaïque, sur des fondations de granit.
(5) L'orientation actuelle de la dalle est naturellement arbitraire.
(6) Ce détail pourrait être invoqué comme un argument en faveur de l'existence d'une autre pierre intermédiaire entre le rocher et la dalle-stylobate ; cf. p. 7, n. 4.