SOCLE DE LA COLONNE
conservée sur une faible portion seulement, où reposait la base de la colonne, est piquetée très légèrement en creux (o m. 002) par rapport au reste de la surface du lit.
Le socle de marbre (pi. V), haut de o m. 482 à o m. 484, qui s'interposait entre la dalle-stylobate et le tambour inférieur de la colonne, tenant ainsi lieu de base, est parfaitement cylindrique : son diamètre est de 1 m. 02 au lit de pose et au lit d'attente. Le lit de pose (pi. VI, 2) est aplani au pourtour et légèrement creusé à la pointe, de façon très grossière, à l'intérieur, sauf au centre, où se voit la trace de la pointe d'un compas. La base cylindrique reposait donc sur la dalle-stylobate sans y être fixée par aucun goujon. L'aspect est identique au lit d'attente (pi. VI, 4) à cette différence près que le travail de la partie centrale, également dressée en creux, est un peu plus soigné. Aucun trou de goujon n'était creusé non plus au lit d'attente (1). L'eau, pénétrant sous le petit tore du tambour inférieur, a rongé le pourtour du lit d'attente de la base, en y laissant une trace circulaire de o m. 947 de diamètre.
La base cylindrique porte le décret de renouvellement de la promantie en faveur des Naxiens (2) (pi. VI, 5), daté de l'archontat de Théolytos (3), qui a permis, dès 1861, en l'absence de dédicace (4), d'identifier le peuple qui avait consacré le Sphinx. Les exemples, entre autres, de deux décrets de promantie gravés au ive siècle av. J.-C, celui des Siphniens sur l'encadrement de la porte du trésor édifié par eux au vie siècle et celui des Chiotes sur le petit côté de l'autel qu'ils avaient consacré au ve siècle, ne laissent aucun doute à cet égard. Si l'on pouvait faire confiance aux dessins publiés par Foucart et Wescher
(1) Le trou de louve actuellement visible au lit d'attente de la base est moderne. L'examen de la pierre le laisse supposer, et un croquis datant de 1895, communiqué par M. Tournaire, le confirme.
(2) WESCHER-Foucart, Inscr. recueillies à Delphes (1863), 466 ; GDI, 2617.
(3) G. Daux, Chronologie delphique (1943), C 25. Date : 331/0 à 328/7, selon G. Daux ; 328/7, selon P. DE ivA CosTE-MESSEUÈRE, BCH, LXXIII, 1949, tableau de la p. 242.
(4) Cette absence de dédicace ne laisse pas d'étonner. Etait-elle gravée, en très petits caractères, au fond d'une cannelure des deux premiers tambours ? Il est tentant d'attribuer au monument du Sphinx un fragment de calcaire, découvert fortuitement en 1939 dans les champs en contre-bas du musée de Delphes, qui porte les restes d'une dédicace naxienne : NâÇÇcot tcôjto'X[Xovc] (BCH, LXIV-LXV, 1940-41, p. 61-63, P1- VI, 2 ; ici pi. VI, 3). Seule la hauteur, o m. 28, est entièrement conservée. La face antérieure de la pierre présente un aspect rugueux et irrégulier ; on y a seulement poli une bande haute de 2 centimètres pour la gravure de l'inscription. Les lettres datent du IVe siècle, mais une dédicace naxienne à cette époque est peu vraisemblable ; l'inscription peut avoir été regravée comme beaucoup d'autres, après la guerre sacrée. Cependant l'écriture paraît plus ancienne que celle du décret de promantie (qui, de son côté, paraît plus récente que sa date réelle : cf. les observations de Botjrguet, FD, III, 5, p. 28). L'existence à Delphes d'une autre offrande archaïque de Naxos n'est pas exclue. Mais l'aspect du fragment oblige à retenir l'hypothèse de son appartenance à la dédicace du Sphinx. Si une dalle de calcaire s'interposait entre le rocher et la dalle de marbre, elle a pu échapper à l'attention de Foucart (d'après le dessin reproduit pi. II, i,la fouille n'avait pas dépassé le niveau de la dalle de marbre). D'autre part, nous ignorons quel aspect présentait le rocher sur ses faces Est et Sud : sa surface avait pu être agrandie ou régularisée par l'encastrement d'un fragment de calcaire. Cependant l'attribution de ce fragment au monument du Sphinx est trop incertaine pour qu'on en ait tenu compte dans le dessin restitué de la pi. XIV.
(cf. plus loin, p. io, n. 2), on en déduirait que l'inscription était tournée vers le mur polygonal (1).
Le fût de la colonne comportait six tambours, de hauteur décroissante (pi. VII), taillés, comme le reste du monument, dans un marbre à gros cristaux, caractéristique des carrières de Naxos et largement utilisé à Délos ; c'est le seul exemple d'emploi de ce marbre à Delphes (2). L/offrande naxienne a dû être préparée et le Sphinx sculpté à Naxos même. Le marbre s'est fendillé au pourtour de la colonne, et de minces éclats se sont détachés dans le sens de la hauteur des tambours. Les deux tambours inférieurs ont le plus souffert : ils ont presque complètement perdu leurs cannelures et sont réduits, surtout le tambour II, à l'état de blocs informes (3). Aux extrémités des tambours, des morceaux assez gros, en se cassant, souvent en biseau, ont emporté une partie de la surface des lits. Tous les éclats retrouvés ont pu être replacés, photographiés et dessinés à leur place primitive, sauf un gros fragment provenant du bas du tambour II, qui ne se raccorde pas exactement.
Les cannelures, à arêtes vives, étaient au nombre de 44. Du fait de leur grand nombre, elles ne sont ni larges ni profondes. Leur profondeur décroît de o m. 01 environ à o m. 008, leur largeur de o m. 068 à 0 m. 051 (pi. VIII, A et
Les deux lits de chacun des tambours, sauf le lit d'attente du tambour VI, sont creusés de cavités à peu près circulaires, dont le diamètre, toujours supérieur à la moitié du diamètre du lit, atteint souvent et parfois dépasse les 2/3 de ce diamètre, restreignant la surface portante des lits à un anneau large en moyenne de o m. 15. La hauteur de la cavité atteint, au bas du tambour inférieur, o m. 436 ; au lit d'attente du tambour V, elle n'est que de o m. 072. Ces deux mesures extrêmes mises à part, la hauteur varie entre o m. 158 (lit d'attente du tambour IV) et o m. 220 (lit de pose du même tambour). La forme même des cavités n'est ni régulière ni constante : alors que certaines présentent une forme parfaitement cylindrique ou très légèrement tronconique (par exemple au lit de pose du tambour VI), d'autres, comme la cavité du lit de pose du tambour I, sont très irrégulières et même s'évasent vers le fond. La raison d'être de ces évidements n'a pas cessé de poser un problème depuis la découverte des
(1) On risque d'être induit en erreur par l'indication de Pomtow, Beitràge, p. 46, selon laquelle l'inscription était gravée sur la partie de la base tournée vers le Sud : Pomtow décrit l'état des éléments de la colonne en 1887 (cf. plus haut, p. 3 et n. 4).
(2) Du moins le seul exemple sûr. LEPSIUS, Philologus, LXVI, 1907, p. 268 sq., a classé sous la rubrique « Naxos » le marbre de certaines pièces des trésors de Siphnos et de Cnide. L'indication est erronée pour les grosses perles du trésor de Siphnos (P. DE i<a CosTE-MESSEUÈRE, Au musée de Delphes, p. 246, n. 1). Elle l'est aussi pour quelques plaques de larmier du même monument, dont le marbre, à grain assez gros, ne semble ni parien ni siphnien, mais ne provient pas non plus des carrières de Naxos (de l'avis des techniciens du Musée national d'Athènes, communiqué par M. DE i<a CosTE-MESSEUÈRE).
(3) Doit-on faire intervenir, pour expliquer l'état de la surface des deux premiers tambours, l'hypothèse d'un incendie, qui auiait fait éclater le marbre ?