‹ Fouilles de Delphes (volume 3)Chapitre 122 sur 148 · Plutarque, Pra.ec, ger. reip., XXXII, 825 B · texte numérisé non relu

Plutarque, Pra.ec, ger. reip., XXXII, 825 B

4. Il est peu vraisemblable d'imaginer, comme on l'a fait, que ces deux petits monuments — sous prétexte que Pausanias (comme Plutarque) les désigne du nom de vaoi et non de Orjaauoo; — étaient consacrés à d'autres divinités qif Athèna : Hygie et Ilithye, par exemple. Cf. A. Frickenhaus, ihid., p. 244. Il n'existe pas, semble-t-il, de séparation si nette entre temple et trésor : l'un est la maison du dieu, l'autre une sorte de vestibule sépare où chaque peuple abrite ses offrandes. Si le trésor ne renferme pas sans doute la grande statue de culte du temple principal, qui incarne plus complètement la majesté divine, il peut posséder d'autres images, plus petites, en général, et moins saintes, dans lesquelles ont passé tout de même quelques parcelles de la divinité. Extérieurement, il est un temple en réduction, parfois plus richement décoré que le grand temple lui-même. L'acte principal du culte, le sacrifice — pris dans le sens le plus large du terme, — ayant lieu en dehors du vao'ç, le trésor, comme bâtiment et comme emploi, est un petit temple élevé par une ville à une divinité dont elle veut se concilier les faveurs. C'est plus qu'un simple toit pour abriter les ex-voto : c'est une chapelle.

5. Il reste insoutenable de supposer qu'un des trésors fut bâti avec les biens d'une famille, l'autre avec ceux de l'autre.

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KOl'ILLES DE DELPHES

différences de dates des monuments. Les revenus des biens confisqués se sont échelonnés

sur de nombreuses années, et Plutarque ne dit en aucune manière qu'on a remonté dune seule fois tout le sanctuaire ' . « Les tables de revenus que le trésor sacré percevait sur les domaines confisqués'-' », et qui lurent érigées plus tard autour des deux trésors, montrent, par les caractères même de la gravure, que les biens annexés au domaine d'Athèna ont continué longtemps d'alimenter ses finances :i.

Le trésor éolique fut muni tardivement — sans liaison avec lui — d'une sorte de parvis qui regagne le recul de sa façade par rapport au trésor dorique, et où furent utilisés plusieurs tambours équarris des colonnes du premier temple en tuf'1. Sur les fûts épannelés, une assise tle dalles constituait une sorte de plate-forme, d'où l'on montait au stvlobate par deux degrés '. Ce parvis peut être contemporain de l'époque de la construction du trésor dorique : auquel cas la question se poserait de savoir quelle fut l'utilisation des tambours, entre le moment de la démolition du vieux temple (dont une douzaine de chapiteaux furent remployés, a la fin du VIe siècle, dans les fondations du deuxième temple) et celui de la construction du trésor dorique. Ne serait-on pas en droit de supposer qu'ils furent, dans

Vis. 97.

Caniveau des stèles.

1. A l'époque de Plutarque, savait-on, d'ailleurs, de manière précise, la date des trésors?

2. É. Bourguet, ibid., p. 318. Cf. H. Pomtovv, Eine delphische atâcr.; im Jalire 36S v. Ghr:, dans Klio, \ 1 1906), p. «9 sq.

3. Cf. Th. Homolle, BCH, XXV (1901), p. 105-142; R. Demangel, BCH, XLVI (1922), p. 467-172. Les propriétés sacrées ici désignées peuvent, d'ailleurs, avoir une autre origine que la confiscation du vie siècle. Th. Homolle, dans une récente communication à l'Institut [C. R. Acad. Inscr., 1923, p. 313 sq.), la date beaucoup plus tardivement, uniquement « d'après la place qu'occupe dans la série (notée par Arislote, Polit., V, 3, 3) l'incident de Cratès ». Cf. Th. Homolle, BCH, L (1926), p. 96 sq. V., m/Va, p. 109, n. 3.

i. R. Demangel, tes temples de tuf, p. 27 sq. et fig. 37 et 38.

'■>. La marche intermédiaire a été retrouvée. Cf. G. Daux, ibid., p. 75.

LE SANCTUAIRE D'ATHÈNA PKONAIA

l'intervalle, remployés dans un monument intermédiaire, situé à peu près à la place du trésor dorique, et qui expliquerait pourquoi le trésor éolique fut construit si loin de l'emplacement du temple en tuf? Mais il est plus vraisemblable de penser que le parvis date de l'époque où furent dressées les stèles qui bordaient, sur les côtés Est, Sud et Ouest, le groupe des trésors1 : dans ce cas, les tambours du premier temple auraient élé utilisés, comme les chapiteaux, dans les fondations et murs du deuxième temple — un tambour est encore en place dans le mur de la cella du deuxième temple en tuf — jusqu'à sa destruction partielle au ive siècle, qui nécessita l'édification du temple en calcaire2.

Fig. 98. — Mur polygonal, à l'Est de la tholos.

On peut, en effet, voir encore aujourd'hui, autour des trésors, une bordure de blocs allongés, en calcaire, creusés d'encastrements irréguliers, où étaient scellées des dalles inscrites dont plusieurs furent retrouvées '. Cette bordure nous donne la preuve que le niveau du sol n'était pas horizontal autour des trésors : à l'Est du trésor dorique, elle monte en paliers successifs '* (fîg. 97), afin peut-être de permettre la lecture aisée des inscriptions, du passage voisin qui montait aussi. Cette sorte de barrière isolait l'édifice, dont elle protégeait et mettait en valeur la beauté du marbre et la perfection des joints. Elle n'eût pas suffi au Nord, c'est-à-dire sur le côté où le terrain était déjà sensiblement plus élevé. C'est pourquoi le monument fut protégé, au Nord- Est, par un petit mur en équerre, qui fut, par la

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