‹ Fouilles de Delphes (volume 3)Chapitre 29 sur 148 · Cf. pi. I, plan de l'état actuel du sanctuaire · texte numérisé non relu

Cf. pi. I, plan de l'état actuel du sanctuaire

poursuivait du côté de l'O. (cf. fig. 8. -)-) avant la construction du deuxième temple en tuf, forme la limite septentrionale que le premier temple ne dépassait pas. Au delà, le sol s'élevait rapidement : cette région n'est pas une des parties anciennes du sanctuaire. Les nombreux fragments d'ex-voto de bronze qu'on y a découverts ne semblent pas remonter plus loin que la fin duvi° siècle '.

Le nombre des chapiteaux retrouvés (douze) a fait supposer2 que le temple primitif pouvait être amphiprostyle. On pourrait objecter que, d'après la situation du monument, l'opisthodomos semblerait dominé de trop près par le remblai des terres, et qu'un temple prostyle ou surtout péristyle serait plus vraisemblable. Toutefois, si nous avions eu la fortune extraordinaire de retrouver tous les chapiteaux, et que le temple fût en effet amphiprostyle, il ne faudrait pas exclure l'hypothèse d'un plan analogue à ceux des édifices plus récents de Dé)os:!, qui comportent six colonnes de front sur chaque façade principale ; un tel arrangement aurait convenu à l'étroit espace dont on disposait. Il est, sur ce point comme sur beaucoup d'autres à Marmaria, également impossible d'affirmer et de nier.

D'après tout ce qui précède (proportions des colonnes, cannelures, chapiteaux, canaux de levage), il semble qu'on puisse considérer le vieux temple d'Athèna comme anlérieur au VIe siècle. Une précision plus grande parait malaisée. On ne peut davantage déterminer expressément l'époque ni les causes de sa disparition. A peine peut-on indiquer qu'il est peu vraisemblable qu'on ait démoli le temple intact, parce qu'il avait été souillé par le meurtre des suppliants (cf. supra, p. -i . Le charbon et les traces de feu, mentionnés plus haut, feraient plutôt supposer (pie sa lin fut analogue à celle du vieux temple en tuf d'Auollon, détruit par un incendie en 548.

S'il ne devait paraître un peu hardi de conclure, par une remarque de portée trop générale, une étude où l'hypothèse joue un rôle si important, nous serions tenté d'avancer que la succession des deux temples en tuf d'Athèna Pronaia, si différents d'allure et de proportions, n'est pas un fait isolé. A Marmaria, plus le premier monument fut élancé et aéré, plus le deuxième fut resserré et trapu. Les inconvénients de la légèreté du vieil édifice furent compensés, et au delà, par la lourdeur du second : pour offrir moins de prise aux dangers qui le menaçaient, le monument s'est comme ramassé sur lui-même ; l'adjonction des murs d'entrecolonnements vint encore augmenter ce caractère. Mais la réaction, semble-t-il, dépassa la mesure, et l'esthétique y perdit.

Cet exemple particulier pourrait bien se rattacher à une règle plus générale ; ainsi, l'on devrait sans doute réviser l'assertion souvent formulée que « l'art grec débute par un excès de force, et s'approche de son idéal par un progrès continu, non point par une série d'oscillations qui franchissent le but pour revenir en arrière >> '. 11 est vraisemblable, au con-

1. Cf. R. Demangel, Plaquette votive dp bronze trouvée dans le téménos de Marmaria, dans BCH, XLV, 1921, p. 309 sq.

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