‹ Fouilles de Delphes (volume 3)Chapitre 33 sur 148 · Th. Homolle, Revue de Vart anc. et mod., I. I., p · texte numérisé non relu

Th. Homolle, Revue de Vart anc. et mod., I. I., p

4. C'est-à-dire au même niveau ; 7 m. 04- sur 10 m. 17 à la première assise de la krépis.

Fig. 49. - Les trésors. Vue prise du S.-E. (1923). Au fond, le grand sanctuaire.

peine si quelques marbres de la krépis sont en place ; le niveau le plus élevé est donné par les lambourdes de calcaire qui portaient le dallage de la cella ; un pithos, à moitié enfoui dans le sol, témoigne que le trésor, à une époque tardive, a été transformé en maison d'habitation.

Mais, en dépit des différences que le hasard des pillages a pu créer, les ruines révèlent au premier abord la parenté de ces monuments qui sont parmi les plus parfaits exemples, l'un de l'architecture ionique, l'autre de l'architecture dorique. Comme pour rendre plus appa-

F'ig. 50. — Les trésors. Vue prise de l'Ouest.

rente à l'œil cette solidarité, une manière de caniveau qui court sur trois côtés — Sud, Est et Ouest — semble les contenir dans une même enceinte de calcaire. Les dimensions sont comparables ; les matériaux sont les mêmes (calcaire de Saint-Elie et marbre de Paros) ; le travail des pierres, la technique présentent ici et là des analogies frappantes ; bref, on reconnaîtra que ces deux trésors méritaient une étude commune ou plutôt parallèle.

Pourtant il faut, dès ce premier coup d'œil, faire quelque réserve sur leur étroite relation. Et d'abord les dimensions, pour être comparables, ne sont point identiques, comme nous avons vu ; le trésor dorique déborde d'environ 1 m. 80 vers le Sud. L'orientation même diffère légèrement, contre toute vraisemblance, et le parallélisme n'est pas absolu : la dis-

tance des stylobates est de 0 m. 09 plus grande à l'extrémité Nord qu'à l'extrémité Sud du trésor ionique. De plus le niveau des stylobates est différent et l'euthyntéria de l'un correspond à la première assise de la krépis de l'autre (pi. XV). Quant au caniveau de calcaire, dont nous reparlerons, c'est, à n'en point douter, un supplément très postérieur à la construction des trésors ; il est avec eux sans nulle relation architectonique. Enfin anticipons sur un des résultats les plus certains de cette étude, et notons dès maintenant que les deux trésors ne sont point contemporains.

Voilà constitué ou, mieux, indiqué tout un ensemble de faits qui nous invitent à revenir d'une première et d'ailleurs très forte impression : les deux trésors ne sont pas jumeaux ; il n'est point permisde s'arrêter aune séduisante hypothèse qui ferait de ces monuments construits à la même époque les parangons de deux modes architecturaux essentiels. Une telle conception n'est pas le fait des Grecs du vie siècle ; il nous est loisible sans doute d'admirer que le sort, et l'abondance des offrandes à la divinité, aient juxtaposé, pour un contraste saisissant et pour une harmonie singulière, ces édifices ionique et dorique, mais il ne faut pas attribuer aux anciens une volonté de ce genre. D'ailleurs, nous venons de le voir, et cela suffit à emporter la décision, des faits précis nous linterdisent.

Ce point acquis, essayons d'identifier les deux édifices. Plutarque écrit, dans ses Ilo'/.ixr/.i

-xpx~;~; £>. u, a:a, 82") B et C : « Oiov lv As/.sjïç b [t,i'(i(j~oq Xs^stok Y'VSffôai vetdTeptffjAÔç J-b

KpxïïjTO?, ou (fcsXXuv Ojyarica yoL[i.zîv OpffiXaoç : 'I^/.iîsç, v.~z, -yj scpaTî}poç x'j-o\j.x-.m; ï~\ tcuç stcovÎ'Xïç ;j.£7;j baféttoq, :\uv/\~i[j.vtz; xai xaiaXiftàv tyjv vû;j.ï>r,v cncfjXOe \>.".y. toû Tuaxpi;' 5 ck \\ç,x~rtz oXC^ov uirspov Ojut'.v xjtoïç ÛTtoêaXwv ypjsbv ti tôv £spù>v /.x-.z/.z-r^vn.zi tov OpffiXasv xat tgv «SsXybv ixpitouç, xai BdtXiv tôv qpfXwv tivxç xa't o*xstb)v '.xsTSÛovTaç èv :m '-îpw -ft: Qpovata; ivîï/.î- tioXXGv îk ToioÛTtrfv 7îv;;jiv(.)v, àiTOXTeivavteç si Ae"/.;;!. tov Kpâr/jxa xat tijç ffOffTaffiaffavTaç £■/. t (7) v y py; ;j. à t oj v èvaftxûv icpOffaYopeuôévxwv TOÙç y.KO) vaoùç iv<;>-/.i 8 i ;j.r, a ïv1. » Les vaoi en question appartiennent évidemment au sanctuaire d Athéna ; la désignation xetTCd est topique, et le sacrilège doit être racheté dans le même sanctuaire où il a été commis. Reste à identifier les vaot.

Quatre solutions ont été proposées :

1° tantôt ils sont représentés par le temple en tuf et les deux trésors (Frickenhaus) ;

2° tantôt par les deux trésors (Pomtow) ;

3° tantôt par le temple en tuf et le trésor ionique (Poulsen) ;

ï" tantôt par le temple en tuf et le trésor dorique (Dinsmoor)'.

1. Un écho des mêmes événements se retrouve dans Aristote, Politique, 1303 b, 37 et dans Élien, Var. hist. , XI, 5.

2. La bibliographie de cette question est relativement considérable. Qu'il nous suffise de renvoyer ici aux articles déjà cités de II. Pomtow et de W. B. Dinsmoor, à l'édition Ilit/.ig-Bliimner de Pausanias, et aux écrits suivants: F. Poulsen, Recherches sur quelques questions relatives à la topographie de Delphes, Bull. Acad . Danemark, 1908, n" 6, pp. 370-388; E. Petersen, Pausanias der Perieget, Rhein. Mus., LXIV, 1909, p. 533 ; G. Karo, En marge de quelques textes delphiques, V. Le sanctuaire d' Athéna Pronaia, BCH, XXXIV, 1910, pp. 211-221 ; A. Frickenhaus, Heilige Stàtten in Delphi, I. Athéna Pronaia, Ath. Mill., XXXV, 1910, pp. 235-247; A. Keramopoullos, ToTcoypaspta :wv AsXepwv, 1912-1917, pp. 66-73. Mentionnons aussi le livre de G. Robert, Pausanias als Schriflsleller. A. Frickenhaus, /. /., p. 244, veut voir, sans raison valable, dans le trésor dorique une chapelle d'Hygie, dans le trésor ionique une chapelle d'Eileithyia. F. Poulsen, l. /., p. 381, qui a proposé le premier le nom de trésor des Massaliètes pour le trésor ionique, écrit cependant, par une étrange contradiction : « (Le trésor ionique) doit être conçu comme étant à l'origine une construction provisoire élevée après la démolition de l'ancien temple (d'Athéna). »

Ces quatre solutions se heurtent d'abord à une difficulté chronologique : le trésor ionique est antérieur au temple en tuf, et celui-ci l'est probablement au trésor dorique. Il ressort de là que les solutions 1 et 2, qui associent les deux extrêmes de la série, sont les moins vraisemblables ; celle-ci pourtant, qui est la plus séduisante, a été généralement acceptée et M. Bourguet s'y est rangé — non sans réserves, ni sans regrets — : «... elle essaie d'expliquer ce dont on est frappé dès le premier instant quand on étudie les deux petits temples » 1 ; il les associe donc étroitement sous le nom de chapelles expiatoires. Mais cette hypothèse, que suggère le texte de Plutarque, que semble autoriser le premier aspect des monuments, l'époque différente de la construction nous contraint de l'écarter. M. Pomtow affirme avoir entrepris l'étude architecturale des deux « Busstempel » ; or il place la construction du « temple » ionique en 550 2 ; acceptons un instant cette date : comment M. Pomtow peut-il alors maintenir son appellation de « Busstempel » pour les deux trésors ? Ou fera-t-il remonter contre toute évidence, jusqu'au milieu du vic siècle, le « temple dorique » pour lequel M. Dinsmoor propose la date de 510 et qui est probablement plus récent encore?

Les quatre solutions proposées rencontrent encore une autre objection. Le texte de Plutarque donne : àv(,>y.ooi;j.ï;<jav 3. Or, ni le trésor ionique, ni le trésor dorique ne portent la marque d'une reconstruction ; l'examen des fondations, d'autre part, témoigne qu'aucun monument de disposition, d'orientation, de destination équivalentes ne s'élevait auparavant en cet endroit. Impropre donc, tout à fait, le terme d'àvw/.îoiirr^av, s'il est dit des deux monuments de marbre ; impropre encore et insuffisant s'il est dit de ces monuments et du temple en tuf à la fois ; « on reconstruisit les temples d'en bas » ne s'entend guère pour : « on reconstruisit le temple d'Athèna et on éleva, en outre, à la déesse deux chapelles expiatoires ». Au vrai, l'expression de Plutarque convient au seul temple en tuf. Inexactitude pour inexactitude, hyperbole pour catachrèse, il est permis d'accuser le pluriel toù; vaojç, autant et mieux que le préfixe d'àvwy.o3ô|j.r(aav. Je croirais volontiers que l'expression de Plutarque est ambitieuse, qu'elle s'applique tout uniment au temple d'Athèna et sans doute, du même coup, aux réparations, aux reconstructions effectuées dans l'enceinte 4.

Il est enfin une raison, plus forte, à mon sens, que ces deux arguments, l'un chronologique, l'autre philologique, pour ne pas ranger l'un des deux monuments — celui de l'Ouest -- parmi les « temples » construits ou reconstruits avec l'argent des sacrilèges: c'est une raison architecturale. Le style du monument est ionique, d'un ionique très particulier ; pourquoi les Delphiens auraient-ils choisi, pour honorer les dieux de leur cité, non seulement cet ordre alors exotique et d'aspect étrange, mais une forme extraordinaire de cet ordre (colonne et chapiteau éoliques) ? Pourquoi, en somme, auraient-ils dans une large mesure copié le trésor que la ville de Glazomènes avait dédié, quelque vingt ans auparavant, à Apollon? Combien naturelle, au contraire, cette imitation, si l'on admet que le trésor ionique de Marmaria a été offert à Athèna par une ville d'Asie Mineure ! Celle-ci, non plus que Siphnos, qui fit son bien de l'invention cnidienne, ne se mit en frais pour imaginer : le modèle s'offrait dans le grand sanctuaire.

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