‹ Fouilles de Delphes (volume 3)Chapitre 35 sur 148 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

8. Cette identification du trésor ionique a été proposée d'abord par F. Poulsen en 1908, mais depuis lors rejetée par tous, sauf par W. B. Dinsmoor, qui l'a reprise en 1913, BCH, l. I. (cf. AJA, 1923, l. I.)

9. Pour le sens large de vao'ç, cf. Plularque, Nieias, 3: ô èv A'.ovjao-j vaù: y désigne un monument choragique (AJA,X\X, 1910, p. 478).

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ser le périégète. Une autre remarque, plutôt, nous arrêtera: pourquoi l'offrande des Massaliètes se dresse-t-elle dans un sanctuaire en quelque sorte accessoire, et non dans le grand téménos d'Apollon ?

D'abord Marseille, comme sa métropole Phocée, rendait à Athèna un culte particulièrement fervent : « L'importance du culte de Minerve a Massalia est un t'ait hors de doute et les monnaies confirment les textes des auteurs qui ont cité comme divinités de Massalia Artémis, Apollon et Minerve L » D'ailleurs les Massaliètes n'ont pas négligé l'Apollon delphique : ils avaient consacré dans le grand sanctuaire une statue du dieu, àTzapyr, de leur victoire navale sur les Carthaginois2. Enfin le sanctuaire d' Athèna et le sanctuaire d'Apollon, — à peu près aussi anciens l'un que l'autre, nous le savons aujourd'hui — sont très étroitement associés au point de vue financier et administratif; il était donc indifférent aux prêtres de Delphes que la somptueuse offrande de Massalia prît place ici ou là : le profit et l'honneur étaient identiques. Même la signification religieuse de l'emplacement choisi par les Massaliètes n'est pas aussi considérable qu'on pourrait croire ; sans doute c'est à Athèna que s'adresse plus directement leur hommage, mais c'est à une Athèna Pronaia dont le culte est en relation de dépendance, et non de rivalité, avec le culte du dieu Pythien.

Donc il ne faut pas s'étonner de rencontrer dans l'enceinte d' Athèna des trésors analogues à ceux du grand sanctuaire. Religieusement — par leur hiérarchie — , humainement — par la communauté des intérêts — , les deux cultes de Delphes sont assez unis pour ne point forcer le choix. Et c'est pourquoi les Massaliètes ont pu préférer le sanctuaire d'Athéna : à leur rang dressant un trésor, ils prenaient place parmi ce grand concours des cités grecques qui réservaient aux divinités panhelléniques de Delphes leurs plus somptueuses offrandes. Cette identification, très vraisemblable, sinon certaine, du trésor ionique de Marmaria n'est pas sans intérêt pour l'histoire de Marseille, ni pour l'histoire de Delphes. Que la grande colonie phocéenne, au temps où un nouvel apport de colons fuyant la métropole détruite (542) lui donnait un regain d'activité, se soit tournée vers Delphes, n'est-ce pas un témoignage — et parmi les plus éclatants — de ce rayonnement politique et religieux que la cité d'Apollon Pythien a connu dès le vie siècle, et qui n'ira plus par la suite que diminuant ?

Nous avons essayé de montrer que le trésor ionique ne pouvait être une chapelle expiatoire, et, l'ayant ainsi rendu disponible, de l'identifier avec le trésor des Massaliètes, connu par les textes : l'époque, le lieu, le style concourent à établir celte hypothèse. Il est malheureusement impossible d'identifier le trésor dorique, et les mêmes arguments qui valaient à propos du trésor ionique, ou des deux trésors considérés en même temps, perdent maintenant de leur force. L argument de style disparaît : rien de plus continental, de plus normal que ce trésor ; l'argument chronologique devient fragile : s'il est vraisemblable que le trésor dorique soit postérieur au temple en tuf, ce n'est peut-être pas d'un nombre d'années tel que l'hypothèse de M. Dinsmoor (o;. jwÉtm vaoî = le temple en tuf et le trésor dorique) soit à rejeter ; enfin Jtvwxoosirr^av s'entend à la rigueur du temple en tuf, que t on reconstruisit en effet, et, subsidiairement, d'une chapelle unique.

1. Blanchet, La Minerve de M annale, clans Corolla numismatica ; Numismatic essays in honour of Barclay V. Head, pp. 10 sqq.

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