Exception: pierre
Une fois au moins une anathyrose transversale a été préparée sur le lit d'attente (pierre 17) : c'est pour recevoir le linteau. D'autres fois il y a eu erreur, ou intention qui nous échappe ; on ne s'explique guère en effet l'anathyrose transversale au lit de pose de 26, ni la triple bande sur le joint de 35. Enfin les dessins des figures 88 à 93 fourniront l'occasion de maintes remarques sur le jeu parfois capricieux des anathyroses. Arrêtons-nous seulement à la triple anathyrose du joint de 35 ', elle suggère d'abord de placer cette pierre dans l'assise des orthostates ; mais ce serait compliquer par un double décrochement la construction de cette partie du mur transversal, créer de l'assise d'orthostates à la Iie assise courante un « coup de sabre » dans les joints, supprimer enlin la saillie des orthostates ; il vaudrait mieux donc, en tout état de cause, renoncer en même temps à cette solution et à expliquer la triple anathyrose, mais c'est à quoi contraint sans réplique la coïncidence parfaite des tenons de 35 et de 45 (cf. p. 89).
Les pierres sont scellées par des tenons et par des crampons. Les trous où s'encastrent les tenons sont hauts de 0 m. 07 à 0 m. 09 (répartis également sur la pierre qui supporte et sur la pierre qui repose), larges de 0 m. 01 et longs de 0 m. 07 à 0 m. 10. Il y a en principe un tenon par pierre sur l'un des joints. On semble avoir hésité ici pour le scellement entre deux systèmes. D'ordinaire (par exemple au trésor des Athéniens) les tenons étaient scellés directement, au fur et à mesure de la pose des blocs; une solution particulière intervenait naturellement pour la pierre-clé, la dernière posée de l'assise : un canal de coulée vertical ou oblique est creusé sur la face de joint ou à travers le corps même de cette « clé ». Mais on peut aussi poser sans interruption la totalité ou une grande partie des pierres d'une assise, à condition de ménager des canaux de coulée partout où des tenons de fer ont été placés ; pour diminuer le nombre des canaux on mettra autant que possible les tenons sur les joints contigus de deux pierres et, au lit d'attente, un trou unique, deux fois plus long que pour un tenon ordinaire, sera préparé. Or considérons la pierre 22 de notre trésor; sur chacun des joints un canal de coulée a été creusé, que l'on n'a pas utilisé ensuite : à gauche parce qu'aucun tenon n'existe, à droite parce qu'on a placé le tenon à 0 m. 08 du canal : le scellement a donc été exécuté directement.
Voilà par où se marque l'hésitation entre les deux systèmes. Au reste on semble s'être arrêté d'abord au second, qui multiplie les canaux de coulée (ceux-ci ne se rencontrent guère en etl'et que sur des pierres appartenant aux assises II, III, IV, V et VII) ; mais bientôt, et peut-être dès les premiers essais, on s'est rendu compte des inconvénients du procédé : le plomb liquide s'échappait du canal trop étroit et mal délimité. Un bon canal de coulée exige un travail très soigné qui ne se rencontre que sur le fragment / (fig. 89 n° 1 , et fig. 97 en bas, vers le milieu de la photographie) : de part et d'autre du canal une anathyrose; et la pierre contiguë doit être préparée de façon identique ; alors il n'y a point d'évasion possible pour le liquide l. On comprend que le chef des travaux ne s'en soit pas tenu à un procédé aussi délicat et ait eu recours au scellement direct ; néanmoins la fréquence des longs tenons (tenons doubles) aux lits d'attente prouve que l'on ne renonça pas absolument au premier système, même pour d'autres pierres que les clés.
Nous pouvons suivre en quelques cas le travail ancien : par exemple 35 a été scellée direc-
1. Cf. Fouilles II, 1, fig'. 70 bis, p. 87; le canal oblique est nécessairement fermé par une anathyrose, tandis qu'on s'en remet pour le canal vertical à la pesanteur.
tement sur 45 ; mais sur 45, les trous de tenon débordent un peu ; cette différence est ordinaire dans notre trésor, où l'on ne semble pas avoir pris garde au gaspillage de plomb qu'elle entraînait. Le cas des pierres d'ante 41 et 43 est autre; la pierre 41 montre sur le lit d'attente trois trous de tenon, qui — d'après les traces de métal — ont tous servi; les deux trous latéraux conviennent pour la pierre courte d'ante qui a dû être posée d'abord et scellée directement ; ensuite la pierre 43 qui porte un canal aux deux joints : à gauche le canal tombe sur le tenon ; à droite, c'est-à-dire vers l'ante, tenon et canal sont distants de 0 m. 05, mais il semble qu'un petit canal de traverse horizontal ait été creusé vers le bas du joint pour rattraper cette distance, et l'on peut penser à la rigueur que le canal a été utilisé, ce que confirme l'état du tenon central de 41 ; il est donc possible que 43, avec son double canal, ait été la « clé » pour cette partie de l'assise.
Dans la Xe assise du mur de refend, deux équipes procèdent à partir, l'une, du mur Est, l'autre, du mur Ouest : on pose 39 et la pierre symétrique que l'on scelle (trous de pince et de tenon sur 9), puis 8 et 16 scellés de même sur le linteau, enfin les deux pierres centrales dont l'une au moins formant « clé » devait comporter un canal de coulée.
La présence de doubles tenons sur les pierres 35, 45 et 41 s'explique naturellement puisqu'il s'agit de blocs libres sur un côté ; mais on s'étonne de constater que ni //, ni la pierre courte de porte 49 ne portaient même un tenon. Sur l'architrave, à gauche, la proximité du crampon et d'un tenon est étrange (fig. 103) : un canal de coulée sur l'autre joint du triglyphe aurait évité ce dispositif fâcheux, par lequel le plomb risque de se perdre entre les deux blocs de l'assise inférieure ; la même remarque s'applique à l'un des fragments de corniche conservé, où le crampon voisine avec le trou de tenon destiné au chéneau.
Pour les crampons, qui assurent la liaison horizontale, il n'y a pas d'exception; toutes les pierres en ont un de chaque côté ; les pierres d'angle, d'ante, de porte, et souvent les pierres du mur transversal en ont deux. L'l[j.6oXov, à section carrée, est de fer. La queue d'aronde est plus large qu'aux Massaliètes et moins qu'aux Siphniens. Le fragment 29 (pierre d'angle) porte trois crampons, par erreur ou à la suite d'un accident. La pierre 35, dont il a été question pour sa triple anathyrose, présente une particularité beaucoup plus remarquable (fig. 84) : la partie du lit d'attente où sont taillés les crampons fait saillie sur le niveau donné par les anathyroses ; sur la pierre supérieure une cavité devait correspondre à cette saillie ; la raison d'un travail aussi étrange n'apparaît pas.
On notera sur la face extérieure de la pierre 8 (Rg. 89) un trou rectangulaire, et sur la face intérieure de 31 (fig. 91) deux trous ronds, de diamètre minuscule, profonds de 0 m. 05.
Conclusion et date.
Le trésor des Athéniens et le trésor anonyme de Marmaria présentent des ressemblances qui frappent d'abord. Hors la tholos, ils sont à Delphes les deux seuls monuments doriques de quelque importance1 qui soient tout entiers construits de marbre; et la technique, les