Cf. M. Schede, Antikes Traufteisten Ornament, p
conçoit en effet que la palmette et la fleur de lotus, motifs traditionnels, stylisés et vus de face apparaissent plats comme des plantes conservées dans un herbier ; mais la feuille d'acanthe, fraîchement cueillie, — l'artiste la modèle, à n'en pas douter, d'après nature * — , exige un relief d'autant plus marqué qu'elle est représentée de profil. Or, la tige de la volute est une tige végétale2, cylindrique et cannelée, figurée d'ailleurs avec une certaine lourdeur sur le grand chéneau, qui paraît dénoter la gaucherie des premiers essais ; elle sort d'une large feuille dentelée et porte, à chaque nœud, une bractée d'acanthe. D'ailleurs la fleur de lotus qui pend sous les deux petites volutes rappelle le type traditionnel 3 : elle n'est point engainée, comme, par exemple, à l'Erechthéion, dans un calice dont les sépales imitent des bractées d'acanthe. Par contre, la palmette anléfixe est l'un des premiers spécimens d'un type nouveau, où les pétales se redressent comme des flammes penchées.
Enfin les têtes de lion, qui font office de gargouilles, ont l'expression noble et calme que l'on voit à celles du Parthénon ou aux meilleures d'Olympie : la crinière, encore très stylisée, forme trois couronnes étagées, qui se dédoublent vers le haut, de petites mèches, pareilles à des folioles, et irradiées presque régulièrement autour du mufle.
Outre le chéneau qui bordait le toit, au-dessus de la corniche du péristyle, plusieurs fragments nous sont parvenus d'un chéneau plus étroit : à part la fleur de lotus, qui est absente, nous retrouvons le motif que nous venons d'étudier ; mais la façon différente dont il est traité fait ressortir, mieux que sur le grand chéneau, le caractère particulier de ce décor nouveau. L'on reconnaîtra sans peine, dans les morceaux qui nous sont restés, une façon plus aisée d'enrouler les volutes sous la retombée d'une bractée d'acanthe ; la tige cannelée du rinceau, plus flexible, se tord avant le premier enroulement : innovation heureuse qui sera suivie à Tégée, et, ici même, au temple d'Apollon. Enfin, comme plus tard au temple d'Asclépios à Epidaure, on a découpé la crête du chéneau suivant le relief du décor, pour en accuser le caractère plastique ; si bien que les palmettes-antéfixes étaient sculptées dans les blocs mêmes du chéneau, comme en témoignent le pétale encore visible au-dessus de la petite volute (fig. 12), la brisure du bloc à cet endroit et le fait que les fragments que nous possédons proviennent de demi-palmettes : l'autre moitié figurait sur le bloc voisin.
L'existence d'un second chéneau fait songer d'abord à diviser le toit en deux étages et, par suite, à surélever le mur de la cella au-dessus du premier toit. Malheureusement, cette restitution soulève de telles difficultés qu'il faut se résigner sans doute à l'abandonner.
Des sept fragments retrouvés, le plus important, dont la longueur conservée est de 0m 51, ne présente, avec le rinceau de gauche, qu'un morceau de la partie gauche de la crinière d'une tête de lion ; le mufle et le haut de la tète ont entièrement disparu, en sorte que nous ne connaissons pas la largeur de la gargouille ; il est, de plus, malaisé de l'évaluer, car nous ignorons de combien cette tête dépassait en hauteur le rinceau, le champ du bandeau n'étant
1. Pour preuve : la variété des arrangements sur les stèles de cette époque et plus encore sur les représentations qu'en donnent les lécytbes à fond blanc. Cf. Ilomolle : L'origine du chapiteau corinthien (R. A., 1916, p. 1-60) et l'étude de Meurer : Das griechische Ahanthusornament und seine nalùrlichen Vorbilder {Jahrbuch, XX, 1896, p. 117-159).