‹ Fouilles de Delphes (volume 3)Chapitre 92 sur 148 · Cf. 0. Kern, Inschr. v. Magnesia · texte numérisé non relu

Cf. 0. Kern, Inschr. v. Magnesia

LA THOLOS DU SANCTUAIRE D'ATHENA PRONAIA 31

Mais à quelle occasion, par qui fut consacrée cette offrande magnifique? quelles statues abrita-t-elle d'abord ? La Tholos eut-elle, outre son caractère votif, une destination plus précise ? — Autant de questions que la carence des documents nous contraint de laisser sans réponse.

Une compensation, qui n'est pas sans prix, nous est offerte par Vitruve. En énumérant les monographies consacrées aux monuments les plus célèbres de l'architecture grecque, l'écrivain latin mentionne un ouvrage de Théodoros de Phocée : « De Tholo qui est Dclphis1 », — immédiatement après celui d'Iktinos sur le Parthénon. Or, d'après les renseignements que nous donnent d'autres témoignages, il est probable que la plupart des monuments en question, furent construits par les mômes architectes qui les ont décrits. On peut donc, à peu près sûrement, considérer la Tholos comme l'œuvre de Théodoros de Phocée ; la « signature » de l'architecte ionien est d'ailleurs authentiquée par le caractère ionique2 du décor architectonique de la Tholos.

Conclusion et date.

Il nous reste à rassembler les raisons qui permettent de réserver à la Tholos du sanctuaire d'Athéna Pronaia une place de choix, non seulement parmi les édifices de Delphes, mais sans doute dans l'histoire de l'architecture dorique.

Pour ce qui est du plan, nous. ne saurions déterminer, faute de connaître une série suffisante de monuments ronds, ce qu'il y eut de vraiment neuf dans l'œuvre de Théodoros. Certes, le peripteron rond de petites dimensions :i, bien qu'il ne fût pas commun chez les Grecs, n'était pas une nouveauté à la fin du Ve siècle : la petite tholos archaïque du grand sanctuaire nous en assure. Pourtant l'originalité de l'architecte ionien se manifeste ici par le bonheur unique avec lequel il a réussi à adapter certaines formules de la construction rectangulaire à la construction ronde : je n'en veux pour exemple que l'effet de symétrie, déjà signalé, que produisait la péristasis dorique de 20 colonnes à 20 cannelures, ou encore la savante disposition des caissons en losange du plafond de marbre.

Mais c'est dans la décoration architectonique que l'on relève les innovations les plus intéressantes. En décrivant le chéneau et les orthostates du mur, je me suis efforcé de mettre en lumière le caractère plastique et proprement ionique des cymaises. Je n'y reviendrai pas ; mais il convient d'insister sur la nouveauté des colonnes qui ornaient le sékos : elles nous offrent le premier exemple connu d'une colonnade adossée, dans l'architecture grecque, et inaugurent vraisemblablement l'ordre corinthien. En effet, les colonnes ioniques de Bassae, bien que reliées au mur du sékos par des muraux, ont une existence indépendante et conservent un rôle constructif. Ici, au contraire, les colonnes corinthiennes sont purement décoratives ; en outre, tandis que l'unique colonne corinthienne de Bassae était isolée au

Page 1