‹ Fouilles de Delphes (volume 3)Chapitre 93 sur 148 · Cf. ci-avant, p · texte numérisé non relu

Cf. ci-avant, p

3. J'ai essayé de démontrer dans mon article intitulé : Tholos et Prytanée (B. C. H., XLIX, 1925, p. 12-16) que les rotondes de ce type n'ont de commun que la forme avec les grandes rotondes archaïques : Tholos d'Athènes et Skias de Sparte.

milieu d'une colonnade ionique, celles de la Tholos sont constituées en ordre. C'est donc à Delphes, que parut, sinon le premier chapiteau à volutes et à feuilles d'acanthe, du moins la première série de colonnes corinthiennes : cette hypothèse est confirmée par les variations que nous avons précédemment signalées entre les sept chapiteaux dont il nous reste des fragments. Au reste, le profil de la base, le dessin du fût, — où sont heureusement combinées les formules ionique et dorique — , la composition audacieuse, bien qu'imparfaite encore, de la corbeille corinthienne, tous ces témoignages d'une invention féconde nous engagent à considérer Théodoros de Phocée comme l'un des créateurs de l'ordre naissant.

Théodoros est cité par Vitruve, dans une énumération qui paraît suivre l'ordre chronologique, immédiatement après Iktinos. Malgré cette indication, d'ailleurs contestable, les estimations proposées jusqu'à présent, quant à la date de la Tholos, s'échelonnent entre les dernières années du Ve siècle et la seconde moitié du ivc. Mais il est possible de resserrer en des limites beaucoup plus étroites le jeu de l'incertitude.

On nous accordera volontiers que les sculptures des métopes peuvent se rapporter au dernier quart du ve siècle * aussi bien qu'au premier quart du ive. Des renseignements plus sûrs nous viennent des comparaisons nombreuses que fournissent les éléments de l'architecture. Un seul détail plaiderait en faveur d'une date inférieure à 400 : la faible hauteur des gouttes. Par contre, les rapports entre les diverses parties de l'élévation se conforment tous aux règles suivies par les architectes du vc siècle. Comme au Parthénon, comme dans les autres édifices de la même époque, la relation du diamètre inférieur de la colonne à l'intervalle qui sépare deux colonnes est de 1 à 1/4 ; en multipliant par 5 1/2 le diamètre du fût, au pied, on obtient la hauteur totale de la colonne ; la hauteur du chapiteau est le douzième de celle de la colonne, et la corniche vaut en élévation les 2/5 de la frise. Avec le temple de Bassae, outre les analogies d'ordre purement mathématique, maint détail, déjà noté, trahit une parenté plus intime : celle-ci se révèle dans le profil de certaines moulures et particulièrement du chapiteau, dans la forme des caissons du plafond de marbre, surtout dans les chapiteaux corinthiens. J'ai marqué aussi la singulière similitude de la base circulaire du temple des Athéniens, à Délos, avec celle de la Tholos : non seulement la hauteur et la matière, — si rare — , mais la forme circulaire et la structure même sont identiques ; or la partie la plus ancienne du temple des Athéniens, à laquelle appartient cette base, rappelle par plusieurs détails le temple de Bassae et se trouve, par la forme des crampons, indubitablement datée du Ve siècle.

Ces rapprochements s'imposent avec trop d'évidence pour qu'il soit encore permis d'hésiter entre le ivc et le Ve siècle. A coup sûr, l'ionien Théodoros fut l'élève des grands architectes athéniens du vc siècle. Mais la recherche de nouveauté que décèle l'ornementation de la Tholos, la part plus grande faite au décor plastique, — non moins que la rigueur mathématique de la construction - — , témoignent que 1' « akmé » du style dorique est déjà dépassée. On placera donc la création de la Tholos dans le dernier quart du Ve siècle, en un temps où la sévère beauté des lignes tend vers la raideur et ne paraît plus une suffisante parure : le beau style donne ses derniers fruits et l'on verra bientôt s'épanouir le dorique fleuri de Tégée et d'Epidaure.

i. Cf. Ilomolle, Rev. de l'Art anc. et mod., X, 1901, p. 376; Poulsen, l. I., p. 358; etc.

APPENDICE La Restauration du chapiteau corinthien.

Observations générales.

Les principales dimensions et, d'une façon générale, la forme du chapiteau corinthien ont pu être rétablis sans grand risque d'erreur.

Aucun des fragments que nous possédons ne nous a conservé la hauteur totale. Mais on l'obtient avec certitude, grâce au recoupement des motifs décoratifs, une fois mis en place les fragments sur lesquels se voit soit une partie de la face inférieure, soit une partie de la face supérieure du chapiteau.

Sur tous les fragments l'on retrouve, immédiatement au-dessus de l'astragale, deux rangs de feuillage corinthien, dont le caractère varie d'un chapiteau à l'autre, mais qui restent de hauteur identique. Le corps du chapiteau est à peine visible au-dessus des feuilles : un espace de 0,02 sépare leurs pointes des grande volutes de très bas reliefs qui se développent plus haut. Celles-ci laissent entre elles un intervalle de 0,015, au milieu de la face du chapiteau. Nous ne savons pas quelle était la distance qui les séparait, en bas, sous l'angle de l'abaque ; il est vraisemblable qu'elle était la même ou un peu moindre.

L'ornement qui figurait sous les volutes variait d'un chapiteau à l'autre, et peut-être sur le même chapiteau (il pouvait aussi être absent) : on a fait alterner, sur le modèle restauré, un bouton de lotus avec une sorte de palmette. Entre les volutes, on voit, jusqu'à l'abaque, le corps du chapiteau, — sauf dans le milieu où se développait un ornement : il n'en reste, sur un seul fragment, que la trace ; on ne saurait guère douter que ce fût une palmette.

Le mur était tangent au fût de la colonne : ce plan tangent et courbe coupait brutalement le chapiteau.

Extrémité du fût et face inférieure du chapiteau.

L'extrémité du fût est analogue à celle des fûts corinthiens plus récents. La face inférieure du chapiteau est pareille aux faces jointives du tambour inférieur de la colonne.

Les deux rangs de feuilles d'acanthe.

Les feuilles qui figurent sur le modèle restauré sont celles du plus grand fragment : la pointe n'y est pas conservée, mais il était aisé delà rétablir1.

Les volutes.

La reconstitution des volutes a été le grand problème. Le départ en est tout à fait sûr ; mais on sait qu'elles s'enroulent en sens contraire du sens que suivent les volutes des chapiteaux plus récents, et la partie supérieure ne saurait être restituée sans grande incertitude. Pour aider ma restauration j'avais le chapiteau, contemporain, de Bassae (mais celui-ci n'est connu que par des dessins très incomplets), le chapiteau plus récent de la tholos d'Épidaure, enfin le chapiteau de pilastre de Mégara-Hybléa (au Musée de Palerme). Ce dernier, beaucoup plus ancien que celui de Delphes, est intéressant surtout parce que les volutes s'enroulent dans le même sens qu'à Delphes ; mais il est rectangulaire et ne donne aucune indication sur la courbe que décrivaient les tiges des volutes avant de s'enrouler sous l'angle de l'abaque, selon toute vraisemblance.

Les différents fragments conservés laissent voir que le corps du chapiteau était partout visible sous l'abaque, et en particulier sous les angles, entre les volutes et l'abaque : cet espace libre permet de déterminer la saillie de la tige des volutes en dehors du chapiteau. Et ce fait, si l'on le rapproche de la courbure de l'abaque 2, confirme la vraisemblance du retour des volutes sous l'angle de l'abaque. Mais la forme et la grandeur de ce nouvel enroulement restent complètement hypothétiques.

J'ai supposé que le mur coupait brutalement les volutes, en tranchant obliquement leurs tiges. Les fragments conservés n'autorisent pas une autre solution. Celle-ci n'est pas élégante, mais la terminaison de la tige, dans une encoignure sombre, n'était guère visible Au reste, le même coup de ciseau brutal a tranché les feuilles du chapiteau, comme celles du kymation des orthostates.

Abaque.

Il ne subsiste de l'abaque qu'un tout petit morceau qui appartient au plus grand fragment conservé, et un autre, aussi mince, qui était placé à l'endroit où l'abaque rencontrait le mur. Nous connaissons ainsi le profil de l'abaque et nous savons qu'il décrivait une courbe concave. Ces deux fragments supposent deux courbes de rayon assez différent. Sur le modèle restauré, l'on a combiné ces deux courbes et l'angle a été réglé de façon à ne pas être trop péniblement aigu ; l'irrégularité légère que suppose cette restauration n'a rien

1. Une seule feuille, mais provenant d'un autre fragment, et très différente, a conservé sa pointe.

2. La courbure de l'abaque détermine en effet une plus grande saillie des angles, — saillie qui ne s'explique que si elle est destinée à abriter le second enroulement des volutes.

Page 1