‹ Fouilles de Delphes (volume 3)Chapitre 94 sur 148 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La topographie de Marmaria, depuis l'étude inaugurale de Théophile Homolle1, a fait l'ohjet de nombreux travaux — au premier rang desquels ceux de Fr. Poulsen, de A. Frickenhaus, deW.-B. Dinsmoor, de E. Bourguet et de A.-D. Kéramopoullos2 — , qui ont, à des degrés divers, facilité ma tâche. L'avantage principal de cette publication plus détaillée sera de présenter un Plan de l'état actuel du sanctuaire 3 (PI. I et II), plan inédit, à la fois plus clair et plus complet (pie le plan provisoire utilisé jusqu'ici4, et sensiblement modifié par les trouvailles faites au cours des dernières fouilles'. Ces découvertes récentes, monuments, objets, ou simples murs, ont apporté des éléments nouveaux, permettant de préciser sur plusieurs points l'histoire du sanctuaire : la description topographique du domaine d'Athèna Pronaia est inséparable de l'étude de son développement historique ''.

1. Th. Homolle, Revue de l'art ancien et moderne, l. X (1001), p. 361 sq. et XV (1904), p. 5 sq. Cf. C. R. Acad. Iriser., 1901, p. 638-641.

2. Fr. Poulsen, Recherches sur quelques questions relatives à la topographie de Delphes, dans liull . Acad. Dan., 1908, p. 332 sq. ; A. Frickenhaus, Heilige Slatten in Delphi, dans Alhen. MitL, XXXV (1910), p. 235- 2i7; W.-B. Dinsmoor, dans Studies of the Delphian treasuries, BCH, XXXVI (1912), p. 439-493 ; É. Bourguet, Les ruines de Delphes, 1914, p. 303-329; A.-D. Kéramopoullos, Tozoypaiia -wv AeXepûv, I, 1917, p. 50-92.

3. Ce plan, œuvre collective, doit essentiellement sa solidité aux levés précis de J. Replat, architecte de l'Kcole française; son élégance, à l'habileté de main de Y. Fomine, membre étranger de l'Ecole française.

4. Plan levé par J. Replat, en 1901, et reproduit partout depuis lois. Cf. Th. Homolle, ihid., X (1901), p. 364; C. Robert, Pausanias als Schriflsteller, p. 278 ; Fr. Poulsen, ihid., pi. I et II; II. Thiersch, Antike Raulen fur Musik, dans Zeitschrifl fur Gesch. der Archit., II, p. 72 (tholos) ; A. Frickenhaus, ihid., pi. XIII ; G. Karo, BCH, XXXIV (1910), p. 213; II. Pomtow, Klio, 1913, p. 201 ; G. Fougères, Guide de Grèce, 2e édit. , p. 238 ; É. Bourguet, ihid., p. 307 ; A.-D. Kéramopoullos, ibid., pi. II.

.">. Indépendamment de la grande fouille et des travaux indiqués par nous dans Fouilles de Delphes, II, 3, Introduction, p. n, voici la série des sondages et travaux effectués au sanctuaire d'Athèna Pronaia, de 1920 à 1924, sur les indications et sous la direction de M. Ch. Picard, alors directeur de l'Ecole française :

en 1920 (BCH, XLIV (1920), Chronique, p. 388-392), MM. R. Demangel, A.-W. Persson, J. Replat (topographie générale);

en 1921 (BCH, XLV (1921), Chronique, p. 517-519 et 521), MM. R. Demangel (topogr.), G. Daux, W. Lauritzen (trésors éol. etdor.);

en 1922 (BCH, XL VI (1922;, Chronique, p. 506-510!, M. R. Demangel (topogr., temples de tuf! ;

en 1923 (BCH, XLVII (1923), Chronique, p. 513-514), MM. J. Charbonneaux, J. Replat (tholos);

en 1924 (BCH, XLVIII (1924), Chronique, p. 475), M. .1. Charbonneaux (tholos, temple en calcaire).

6. Sources anciennes : Eschyle, Euin. , v. 21 ; Hérodote, I, 92 ; VIII, 36-39 ; Démosthène, Contre Aristogiton, XXV, 34; Aristote Polilica, V, 37, (1303 b, 3); Callimaque(cité par Schol. d'Esch. Eum., 21 fragm. 220, éd. Schneider, II, p. 463-4 ; Aristonoos de Corinthe, Péandelpltique, str. III et IV (H. Weil, BCH, XVII (1893), p. 566); Vitruve, VII, 12 (159, o) ; Diodore de Sicile, XI, 14. .'?-*; XXII, 9, .'i ; Plutarque, Praec. ger.

Fûuii.ues de Delphes. I

Le site de Marmaria ' fut, comme le téménos d'Apollon, très anciennement occupé. Malgré de frappantes analogies, le problème que la nature posait aux hommes comportait, sur l'un et sur l'autre point, des données sensiblement différentes; les solutions apportées furent diverses. A Marmaria, la pente, plus rapide, se prêtait mal à l'aménagement d'une série de terrasses étagées, reliées par une voie sacrée en lacets ; au Sud-Ouest du minuscule sanctuaire primitif, l'escarpement se transformait très vite en à-pic, et il fallait gagner le terrain pied à pied par des remblais et des soutènements ; au Nord, la grande route, qui longeait l'enclos sacré, interdisait presque partout les élargissements, que la déclivité rendait, d'autre part, périlleux. Le sanctuaire d'Athèna dut se développer en longueur : partant de la zone la plus sainte, celle des autels, les monuments se sont alignés suivant une même courbe de niveau. Ils furent protégés, au Nord, par de forts murs de soutènement, souvent remaniés ; au Sud, un mur moins haut et plus homogène étayala terrasse. On dut néanmoins plus d'une fois creuser, dans le liane de la montagne, des niches, pour loger la partie postérieure des plus grands bâtiments, dont la façade devait encore laisser libre devant elle un espace suffisant pour le passage de la voie sacrée.

L'étude des monuments du Hiéron d'Athèna et des différents murs d'enceinte, d'appareil polygonal ou hellénique, qui l'entourent, permet de concevoir son développement historique sous l'aspect suivant : à chaque temple nouveau — et, par temple, il faut entendre les deux temples en tuf et le temple en calcaire — correspond une enceinte en tout ou en partie nouvelle. Rien d'ailleurs de plus normal : l'agrandissement de la maison de la déesse entraîne l'élargissement ou la réfection des dépendances de son sanctuaire, autels, bases, trésors, voire même ateliers, hangars, ou logements des prêtres. C'étaient les époques où les caisses des trésoriers étaient pleines. D'autre part, les avalanches de rocs ou les tremblements de terre qui détruisaient les temples n'épargnaient pas les soutènements. Communes étaient souvent les causes de destruction, communes aussi les ressources permettant la réparation des dommages.

C'est pourquoi, si l'on a reconnu, à Marmaria, trois grands temples successifs, ondoit, de même, distinguer, dans le développement historique du sanctuaire, trois grandes périodes, correspondant à trois enceintes distinctes- :

1° au petit temple dorique en tuf du vu0 siècle (1er temple en tuf), correspond l'étroite enceinte (pie limite le mur d'appareil vieux-polygonal y

2° au vaste périptère dorique en tuf de la fin du vie siècle (2e temple en tuf), correspond la grande enceinte d'appareil néo-polygonal;

3° au dorique prostyle en calcaire du Saint-Elie du ivc siècle (temple en calcaire), corres-

reïp., XXXII, 15-16 (825 15 et C) ; Appien, liai., 8 ; Pausanias, X, VIII, 6-8 ; Élien, Var. hist., XI, ."i ; Harpocration, s. v. Qpovat'a; Hesychius, Lex., s. v. Qpsvaîa?; Photius, As?, auvay., s. v. Ilpôvoia 'Aôrjva et Ilpovoia ; Suidas, Lex., II, s. v. [Ipôvoia et Ilpôvoia 'A8ï]vâ ; Etymologus, s. v. Hpovaia 'A9ï]va (cité par Suidas, l. I.) ; Eustathe, 83, 44 (II., A, 197) ; 1466, 60 [Od., I\ 267). Les plus importants de ces textes (ceux d'Hérodote, de Démoslhène, d'Aristote, de Diodore, de Plutarque et de Pausanias; sont reproduits in extenso à la findu présent volume {Appendice .

1. La situation exacte de la terrasse de Marmaria, ses dimensions, son orientation ont été précisées par aous dans V Introduction du premier fascicule delà présente publication. V., ibid., fig\ 1 et 2, hors-texte I et IL Les pi. III et IN' montrent l'aspect actuel des ruines, vues de l'Est et de l'Ouest.

2. R. Demangel, Essai sur les murs d'enceinte du sanctuaire d'Athèna Pronaia, à Delphes, mémoire présenté àl'Académie des Inscriptions en 1920. Cf. Th. Homolle, C. R. Acad. lnscr., 1921, p. 40 sq.

LE SANCTUAIRE D'ATHENA PRONAIA 3

pondent les réfections en bel appareil hellénique (pseiido-isodonie) d'une grande partie du soutènement Nord.

Ces trois époques du sanctuaire furent précédées d'une autre, protohellénique, dont il ne subsiste aucun monument, mais, en revanche, des figurines et des tessons en grande abondance ; elles furent suivies d'une période de décadence dont plusieurs témoins se voient encore dans le téménos.

Les grandes divisions de cet exposé sont ainsi toutes tracées : elles distingueront cinq périodes ( « mycénienne », archaïque, classique, hellénique, romaine ') enregistrant les agrandissements successifs du sanctuaire d'Athèna, en partant du noyau protohellénique de la région des autels, pour aboutir à sa ruine définitive à l'époque byzantine '-.

1. Ces termes sont employés pour la commodité de l'exposition, et ne sont nullement pris en un sens absolu, excluant les empiétements d'une époque sur une autre. M. E. Bourguet ajustement indiqué [ibid., p. 21) la difficulté de joindre à la clarté topographique la précision de l'ordre chronologique.

2. Ont été publiés à part — et ne seront donc pas étudiés ici — les grands monuments de Marmaria, savoir: les deux temples en tuf, les deux trésors, la tholos en marbre et le temple en calcaire.

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LE SANCTUAIRE « MYCENIEN »

A l'époque où les produits de la civilisation dite « mycénienne » inondaient tous les marchés ég-éens ou achéens, où fleurissait la sixième ville de la colline d'Hissarlik, avec Mycènes, Tirvnthe, Orchomène et les autres puissantes cités de la Grèce homérique, il existait déjà,

Fig. 1. — La région des autels, avanl ta fouille du sanctuaire « mycénien ».

de part et d'autre delà gorge de Castalie aux exhalaisons mystérieuses et prophétiques, des sanctuaires riches et prospères.

L'installation des cultes de Delphes remonte à une période plus ancienne. L'hymne homérique à Apollon Pythien chante en effet l'odyssée de ces héros crétois, qui, guidés par quelque dieu, contournent le Péloponèse, pénétrent dans le golfe de Corinthe et déharquent au pied du Parnasse, au fond de la baie de Kirrha.

Cette épopée légendaire n'est pas sans fondement historique : plusieurs objets recueillis au sanctuaire d'Apollon ont été notés comme rninoens ou dérivés de prototypes minoens '.

Il a existé de même à Mar maria, — on en a la preuve irréfutable depuis les découvertes de 1922 2 — un culte d'une divinité féminine très antérieur à l'époque archaïque3. Ce sanctuaire primitif, dont les remaniements successifs de la terrasse n'ont laissé subsister aucune construction, était limi'é à la région des petits autels et du temple de tuf' (fig. 1 et &, horstexte I).

Voici, d'ailleurs, les indications qu'a permis de recueillir l'examen stratigrapliique du soussol :

1° Sur la roche même, à une profondeur variant de 2"' 50 à 3"' 50 sous le niveau du sol de l'époque archaïque, tel qu'il apparaît au vieux mur des autels, ont été trouvés un certain

nombre de tessons non tournés d'une céramique très mal épurée et irrégulièrement cuite, rougeâtre ou noirâtre : fragments de plats et de pots à une ou plusieurs anses, qui peuvent soit remonter à l'époque néolithique, soit, plus vraisemblablement, représenter de la vaisselle domestique d'une période moins ancienne. Il faut mentionner à part :

a) un petit pot à fond aplati, intact, sauf quelques ératlures au goulot (réparé au plâtre ; fig. 2). Haut. 0m 072 ; diam. max. 0m 0b; épaisseur des parois, 0"' 005 à 0m 00(i. Terre jaunâtre, pétrie de grains siliceux. La panse est

lie' ~i'»77 Pot ? ^ojs anses munie de trois anses rudimentaires, deux sur un diamètre,

(2/3 grand, nat.). '

la troisième, plus petite et placée un peu plus haut, sur un rayon perpendiculaire*' ; elles sont formées de simples boudins de terre aplatis.

h) une petite cruche, non tournée, à une anse verticale (fig. 4, /). Haut. 0m 055. 22 juillet 1922 ; terrasse des autels. Terre rougeâtre, grossière, sans peinture ni décoration. V. fîg. 4,

2, petite cruche semblable (très réparée), provenantde la cella du temple en tuf'.

1. Cf. P. Perdrizet, Fouillesde Delphes, V, Introduction, p. n.

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