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V. RELATIONS ENTRE LA GRÈCE ET L'IONIE

Série 33.

Partie inférieure d'une antéfixe pentagonale. Argile jaune-vert mêlée d'une fine chamotte noire, couverte jaune-vert ; décor violet. L. = 0,20. H. = 0,085. De part et d'autre d'un lotus renversé surmonté d'une toute petite palmette partent deux volutes, serrées à leur naissance par un anneau, et terminées par un lotus droit. Les pétales du lotus principal s'ouvrent largement ; au milieu, cinq étamines ; le calice est traité comme un large bandeau avec deux excroissances latérales. La palmette supérieure et le lotus latéral gauche ont disparu. L'antéfixe est très épaisse (épaisseur or. = 0,06) ; au revers, le haut a été légèrement refouillé après cuisson ; le bas, en revanche, n'est pas évidé : l'antéfixe reposait donc totalement sur la tuile de rive.

Partie gauche d'une antéfixe pentagonale. Argile chamois friable, à grains rouges et noirs, couverte crème. L. = 0,10. H. 0,125. Même décor que A.2 : les deux antéfixes sortent du même moule. Les couleurs sont effacées. A l'arrière, en haut, traces de l'arrachement du couvre-joint. Le revers n'a pas été refouillé (épaisseur or. = 0,06 à 0,07).

Série 34.

A.l PI. 30 et 123 (reconstitution).

Dessiné par Tournaire avec la mention « Delphes 1894 ». Peut-être à identifier avec JdF, 3 juillet 1894 : « Dans le puits, près de la tombe mycénienne, morceau de brique avec ornement élégant en relief ». Koch, 104, n° 3 fig. 50. GFR, 30 et 133 (23) n° 45, fig. 89. Antéfixe pentagonale fragmentaire. Argile rougeâtre, couverte chamois. L. = 0,14. H. = 0,10. H. restituée = 0,12. L. or. du rampant = 0,11. Décor en léger relief, couleur lie de vin : d'un lotus renversé sortent deux volutes fines, recourbées en S et terminées chacune par un petit lotus droit à quatre étamines. Le calice du lotus principal a, en gros, la forme d'un rectangle curviligne ; le haut des

pétales en suit le contour inférieur ; à la naissance des volutes, une petite palmette à sept feuilles sortant d'un cœur chamois à liseré lie de vin. L'ensemble du champ est encadré par un filet rouge en relief. Au revers, amorce du couvre-joint.

Ce groupe d'antéfîxes a son pendant exact en Asie Mineure, à Didymes1. En Grèce propre, on ne peut rapprocher qu'une antéfîxe de Thermos2, et une autre récemment découverte à Corfou3. Et encore, sur ces deux spécimens, les volutes sont-elles terminées non pas des lotus droits, mais par des spirales.

Pour autant, il n'est pas du tout certain que les exemplaires delphiques soient d'importation ionienne. L'argile de A.l ne semble pas corinthienne, mais celle de A.2 et A.8 l'est probablement. Mais surtout, la forme des lotus, aussi bien à Didymes qu'à Delphes, Thermos et Corfou, n'a rien d'ionien. Le lotus ionien, tel qu'il apparaît sur des antéfîxes pentagonales également trouvées à Didymes, ainsi que sur d'autres exemples provenant de Milet et de Sardes4, a les pétales minces, proches l'un de l'autre à la base ; le plus souvent, il n'y a pas de calice ; le pistil et les étamines, quand ils existent, sont fins et pointus, proches du fer de lance ; les volutes, enfin, sont filiformes. Au contraire, les lotus de la série delphique et leurs homologues de Didymes sont très proches de ceux que l'on trouve à satiété dans le décor de la céramique corinthienne5 : un calice serre les pétales à la base ; entre ceux-ci, des étamines courtes et trapues sortent d'un cœur en demi-cercle et s'épanouissent en éventail. Tout se passe donc comme si les antéfîxes de Didymes étaient inspirées de motifs propres à la Grèce continentale6. S'agit-il comme le pense Âkerstrôm, d'une production corinthienne? L'association, avec les antéfîxes de Didymes, d'une sima d'allure très corinthienne, et le fait que A.2 et A.8 soient en argile corinthienne plaident en faveur de cette hypothèse. Il faut cependant remarquer que les seuls parallèles continentaux connus ne se trouvent pas directement dans la zone d'influence corinthienne (Delphes mis à part), mais dans les centres de cette «école occidentale » dont j'ai déjà eu l'occasion de parler. Dès lors, trois solutions sont possibles. La plus simple fait de ces antéfîxes un produit corinthien, exporté en Ionie et influençant les ateliers occidentaux. La moins vraisemblable supposerait que, exporté en Ionie, ce type d'antéflxe a été ensuite imité à nouveau par des ateliers corinthiens. Mais on ne saurait exclure une troisième voie : découvert en Grèce occidentale, ce schéma aurait ensuite rayonné en Ionie, et, pourquoi pas, à Corinthe même.

Quelle que soit la vérité, elle n'affecte que dans une faible mesure la date de nos antéfîxes : elles se situent à une époque où le lotus renversé a déjà été adopté depuis

(1) Pontremoli-HaussouIIier, Didymes, 194. H. Knackfuss, Didyma I, 150, pi. 224. Koch, 35-37, flg. 20. Orlandos, 77, flg. 49. Âkerstrôm, pi. 56, 4.

(2) Cf. G. Sotiriadis, Arch. Eph. 1900, 195 et pi. 10 n° 4.

(3) Cf. BCH 89 (1965), 753 flg. 4.

(4) Didymes : Âkerstrôm, pi. 56-57. Milet : ibid., pi. 53, 3. Sardes, sima latérale : ibid. pi. 49. Le type est naturellement très répandu dans la céramique : cf. R. M. Cook, Greek Painied Potlery, 120 et 123, flg. 19.

(5) Cf. NC, 149 flg. 55, et en particulier le n° 55 B, Inv. 682 : kotylé du musée de Vienne, de style corinthien ancien.

(6) Ces conclusions rejoignent celles d'Àkerstrôm, p. 111-113.

VP SIÈCLE 89

quelque temps par les peintres de vases corinthiens. Ceci nous renvoie à la fin du corinthien ancien ou au début du corinthien moyen, soit aux alentours de 5801. Cette date peut être considérée comme un terminus post quem. D'autre part, les antéfîxes corinthiennes pentagonales les plus évoluées datent, on l'a vu, d'environ 560 (cf. ci-dessus p. 37). C'est entre ces deux dates qu'il convient de situer les spécimens delphiques.

Série 35.

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