La base nAN (plan 10 ; fig. 2, 3 ; pi
Situation et fouilles.
Sensiblement parallèle au côté Ouest du téménos de Néoptolème, 0 m. 70 à l'Ouest de l'angle Sud-Ouest de cet édifice et à l'arrière de la longue base dite de Corcyre, subsiste le monument que l'on a pris l'habitude d'appeler base nAN, du nom de l'entrepreneur Pankratès dont les marques se lisent sur les blocs apparents des fondations de pôros5.
Le journal de la grande fouille ne s'est guère arrêté à mentionner cette construction. On la nomme pour la première fois le 16 août 18946, mais on avait commencé de la dégager depuis un mois au moins, comme le montre une photographie prise fin juindébut juillet. Actuellement cette base isolée domine la fosse creusée par la grande fouille à l'avant du grand mur polygonal découvert en contre-bas du monument de Daochos, région où l'on avait entassé des sculptures provenant du temple des Alcméonides. Longtemps les photographies ont montré ces hautes fondations fortement inclinées vers l'Ouest par suite des affaissements du terrain. En 1947 on a procédé ;'i un démontage complet du monument pour en rétablir l'horizontalité. On a pu ainsi en décrire précisément les ruines.
(1) Cf. P. Amandry, Revue de Philologie, iyr>6, p. 269.
(2) Sur ces grands travaux, cf. P. de La Coste-Messelière, BCH, LXX, 1946, p. 271-287.
(3) La pierre de Cronos par exemple.
(4) Ce qui expliquerait assez les traditions défavorables que le clergé apollinien entretenait sur Néoptolème jusqu'à ce que l'élaboration littéraire et mythologique eût « réhabilité » le héros. En outre les relations familiales que la dynastie macédonienne entretenait avec la famille des Éacides pourraient justifier la faveur nouvelle du culte à partir du moment où Philippe de Macédoine joua un rôle important dans la politique de l'amphictionie delphique (cf. récemment sur ces relations de la Macédoine et de Néoptolème, D. M. Robinson, Géras Anloniou Keramopoullou, Macedonica, p. 152-156, p. 154 le tableau généalogique).
(5) Cf. Schober, RE, Supplbd IV, col. 224, n° 222 A ; A. Keramopoullos, '08y)yôç twv AeX<pûv, p. 54, proposait d'y placer l'Apollon Sitalcas.
(6) Journal delà grande fouille, p. 237 : «à côté du soubassement portant cette inscription nAN dans la direction du Nord-Nord-Ouest on rencontre une longue couche assez épaisse de cendres, mélangée à une grande quantité de menus débris d'os. Mais jusqu'ici aucun débris de vase ou de bronze permettant de dater cette couche n'y a été trouvé. Et l'explication de cette couche mélangée d'os est encore à donner. Y avait-il là un autel ?» ; au 17 août (même page) : «au chantier du haut on continue à enlever derrière le soubassement portant l'inscription nAN à gauche et à droite un coma (terre de déblais dans le langage des fouilleurs) fort épais dans lequel on ne trouve aucun débris, aucune antiquaille » ; p. 239, au 22 août : « dans l'angle compris entre ce soubassement (il s'agit des monuments des Thessaliens) et celui qui porte les lettres nAN on trouve une grande couche de cendres mêlée d'os. Des morceaux de cette couche compacte sont transportés au musée. Sans doute y avait-il là un autel ? Peut-être était-il le monument qui porte les lettres nAN ? "■
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État actuel.
Dans son état actuel le monument comprend encore une assise d'élévation en calcaire gris de Saint-Elie et quatre assises de fondations en pôros. L'assise de calcaire réunit trois blocs hauts de 0 m. 615, disposés de telle sorte que l'élément le plus important, large de 1 m. 375, couvre toute la face Sud, et en réalité la plus grande partie de la base (2 m. 11 x 1 m. 375). Il est complété sur la face Nord par deux blocs accolés sensiblement égaux, de 0 m. 497 de large et de 1 m. 065 de long, pour celui de l'Ouest, 1 m. 045 pour celui de l'Est. Tous soigneusement polis vers l'extérieur, portant aux joints un large cadre d'anathyrose, ces divers éléments étaient réunis par des crampons en forme de [~~|, les deux pierres de la face Nord jointes entre elles par un crampon tandis que chacune d'elles était liée au bloc principal par deux crampons disposés environ au quart et aux trois-quarts de leur long côté. Il convient de noter que pour ces scellements les ouvriers avaient commencé à préparer des scellements en double T, et qu'ils changèrent de technique en cours de travail. Enfin deux trous de pince sur le bloc principal attestent que l'assise supérieure était constituée par deux blocs seulement dont la plus grande dimension occupait toute la longueur des faces Ouest et Est. Le premier de ces blocs à l'Ouest mesurait ainsi 0 m. 825 sur 1 m. 872, tandis que le second avait 1 m. 285 sur 1 m. 872. Cette disposition — contrariée — des éléments de l'élévation devait accroître la solidité de l'édifice. Elle était considérable si l'on en juge par l'ampleur des fondations.
Pour supporter l'élévation dont subsiste seule la première assise de calcaire déterminant une surface rectangulaire de 2 m. llxl m. 872, on avait établi un puissant socle de fondations en pôros — l'un des plus puissants que l'on rencontre dans le sanctuaire pour un monument de cette dimension (PI. 31, 1). En effet quatre assises de pôros étaient superposées, atteignant, à elles quatre, une hauteur de 2 m. 045. La première assise, à partir du haut, débordant légèrement à l'Est, au Nord et au Sud le socle de calcaire gris, est constituée par 4 éléments de pôros sensiblement égaux, et mesurant 0 m. 463 de hauteur ; ils déterminent un socle de 2 m. 375 sur 2 m. 224. Ces 4 éléments étaient solidement liés entre eux chacun par deux longs scellements en double T. La deuxième assise de pôros était composée différemment : beaucoup plus haute (0 m. 715) elle réunissait 6 blocs, deux d'entre eux accolés par leur petit côté constituaient la face Nord du monument sur une longueur de 2 m. 314. Pour couvrir le reste de la surface on avait disposé perpendiculairement à ces deux éléments 3 blocs accolés, larges d'Ouest en Est respectivement de 0 m. 901, 0 m. 517 et 0 m. 87. Les éléments extrêmes à l'Ouest et à l'Est suffisaient à couvrir toute la longueur restant sur ce côté, soit 1 m. 81. Le bloc médian au contraire était insuffisant. Ne mesurant que 1 m. 30 on l'avait cependant placé de manière à compléter toute la fondation du côté Sud, laissant au centre un rectangle de 0 m. 581 sur 0 m. 517 que l'on avait exactement comblé par un bouchon de pôros. Comme à l'assise supérieure tous les éléments, sauf le bouchon central tenu de toute part, étaient reliés par des scellements : un seul entre les deux blocs du côté Nord, un autre entre ces deux pierres et les blocs extrêmes de l'Ouest et de l'Est tandis que ceux-ci étaient rattachés au bloc médian par deux crampons. A cette assise les scellements en double T sont remplacés par de simples crochets en l-!.
La 3e assise était à nouveau constituée de 4 blocs, légèrement en retrait par rapport à l'assise supérieure puisqu'ils ne couvrent qu'une surface de 2 m. 14 sur 2 m. 026. Au lieu de réunir 4 blocs sensiblement égaux, comme à la première assise de fondations, on avait utilisé deux blocs plus importants associés à deux pierres plus petites, alternant leur disposition de telle sorte qu'un grand bloc occupât l'angle Sud-Ouest et l'angle Nord-Est. Les éléments Sud et Est sont reliés chacun par deux scellements en r~| alors que le bloc Nord-Ouest n'est rattaché aux deux blocs qui lui correspondent que par un seul crampon, également en |~~|. Haute de 0 m. 517 cette assise débordait de tout côté sur le dernier élément des fondations en profondeur : un bloc unique de pôros mesurant 1 m. 97 sur 2 mètres, haut de 0 m. 35.
Tel était l'assemblage considérable que l'on avait jugé nécessaire d'établir en fondations pour soutenir l'élévation du monument projeté. Les raisons de cette sécurité ont été révélées par la fouille en profondeur. On sait qu'à l'Ouest la base était prise dans les remblais où étaient ensevelis les restes des sculptures des Alcméonides. Ces remblais se continuaient sous la base même : en effet les déblais amassés sous le monument s'étaient tassés, laissant sur une hauteur de 0 m. 50 un entassement de cailloux entre lesquels la terre avait glissé. Au-dessous une stratigraphie particulièrement nette permettait de constater un véritable hiatus entre l'occupation submycénienne et les remblais entassés sous la base au ive siècle — phénomène analogue à celui que l'on constate dans le téménos voisin de Néoptolème.
Date.
Une telle analogie inviterait déjà à dater ce monument de la même époque sensiblement que les édifices voisins : téménos de Néoptolème et monument de Daochos. D'autres indications corroborent cette hypothèse et la précisent : la variation dans l'emploi des scellement en \~\ et des crampons en [~\ apporterait déjà un indice, en révélant une période de transition que l'on place ordinairement au ive siècle. Mais surtout les éléments de pôros employés dans les fondations sont des blocs de remploi ainsi que le montrent les anathyroses qu'ils portent, soit renversées, soit au lit d'attente ou au lit de pose ; tous portent sous des formes diverses la marque de l'entrepreneur Pankratès bien connu et daté grâce aux comptes du ive siècle1 (PI. 32, 2). C'est ainsi
(1) Les marques de l'entrepreneur navxpdcTTjç sur ces blocs se présentent sous des formes très diverses, depuis un simple fl ■> en passant par des monogrammes tels pi (souvent graves sur les tenons de bardage), pour aboutir à des formes plus développées telles que riAN <î,,e l'on trouve sur le bloc Nord-Ouest — côté Ouest de la première assise de fondation au-dessous de la base en calcaire — et qui lue la première lors de la fouille a donné son nom à la base — ou nANKPA. qui se lit renversé, à la même assise sur le bloc Nord-Est — côté Nord. Ces marques ont été gravées sur une face quelconque des blocs, apparemment dans la seule intention de distinguer les lots rachetés par l'entçepreneur d'Argos dans les travaux du ivc siècle ; les blocs remployés dans la fondation ont été placés sans souci de leur travail antérieur, sans que les anathyroses anciennes aient été ravalées (ainsi à la deuxième assise le bloc Nord-Ouest présente au lit d'attente une anathyrose), non plus que les tenons de bardage, s'ils ne gênaient pas le remploi. Pour les travaux de Pankratès dans le sanctuaire, cf. les attestations dans les comptes du ive siècle : É. Bourguet, FD, III, 5, p. 340 s.v. nayxpâT7)ç 'Apyeîoç. F. Courby, FD, Terrasse du lemple, p. 88 « nayxpà-cT)!;, nommé dans les comptes du temple, a surtout travaillé aux soubassements, plaques d'euthyntéria et degrés ». (Dans l'étude des marques d'entrepreneurs faite par F. Courby, Le, p. 89, le nom de KAeuaxpdcTou doit disparaître, car le monogramme XA3i lu par F. Courby sur un bloc de pôros du trésor détruit situé dans l'angle Sud-Est de la terrasse du mur polygonal, ne répond pas à «A E> comme F. Courby l'a cru, mais à E YK> car la pierre est renversée. Aussi vaut-il mieux restituer Eùxpdcxrjç, Delphien qui paraît dans les comptes des naopes (FD, 111,5, 23, 1, 64 et II,
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dans la seconde moitié du ive siècle, et avec des matériaux rachetés lors de la démolition du temple des Alcméonides que Pankratès construisit les puissantes fondations de ce monument.
Destination
Certes, la nouveauté du remblai, son manque de consistance invitaient les constructeurs à des précautions. S'ils n'eurent pas recours à des goujons verticaux pour éviter les glissements des diverses assises, ils cherchèrent par l'emploi des scellements, par la disposition contrariée des éléments de deux plans horizontaux successifs à assurer la solidité de l'édifice. Tant de précautions ne se justifient cependant que si le socle ainsi construit avait à supporter un monument considérable : les dimensions relativement restreintes de sa surface (2 m. llxl m. 872) paraissent impliquer déjà une haute élévation. Sans quoi l'on ne se fût pas astreint à un tel luxe de précautions ; la construction du téménos de Néoptolème comme du monument de Daochos montre que les entrepreneurs contemporains se satisfaisaient à moindres frais quand les nécessités architecturales ne les contraignaient pas.
Est-il ainsi possible de déterminer le monument qui s'élevait sur le socle de fondations, seuls vestiges désormais ? Les fouilleurs de 1894 — et P. Perdrizet qui rédigeait alors le journal de fouilles — furent frappés par l'abondance des cendres qui entouraient cette base. Aussi pensèrent-ils sur le moment à un autel1. Hypothèse à première vue séduisante ! Elle ne résiste pas cependant à l'analyse : non seulement la couche de cendres n'est pas circonscrite aux abords de la base nAN, mais elle s'étendait sur toute la région Ouest du téménos de Néoptolème et jusqu'à la base en calcaire gris et noir adossée au mur Nord de ce péribole. En outre rien ne permet, sur l'assise en calcaire gris entièrement reconstituée, de distinguer des traces d'emmarchement qui eussent permis d'accéder aux assises supérieures formant la table de l'autel. Enfin restituer un autel sur une telle surface ne serait admissible qu'en supposant au maximum deux assises au-dessus de celle qui subsiste. L'élévation du monument apparaîtrait alors insuffisante pour justifier l'ampleur des fondations et leur solidité.
Dans son guide de Delphes, A. Kéramopoullos, a proposé de reconnaître dans cette fondation la base de l'Apollon Sitalcas. Mais haute de 35 coudées (15 m. 54), une telle statue suppose selon F. Courby, une base mesurant au moins 3 m. 50 sur 4 mètres2 ; la base nAN est trop petite pour la supporter. En outre, quelque hésitation que laisse la description de Pausanias à propos de cette offrande, il paraît malaisé — sinon impossible — de faire coïncider l'itinéraire de Pausanias avec l'emplacement de la base nAN quand le voyageur mentionne l'offrande des Amphictions. De la sorte l'hypothèse de A. Kéramopoullos ne peut être retenue. Elle a cependant le mérite d'orienter
39). Pankratès a travaillé au temple du côté du Potéidanion (FD, III, 5, 25, III A, 10) et à l'opisthodome {ibid., 17) ; il a fourni les è7UYva<peîa, (FD, III, 5, 26, I A, 20) — pour le sens de ce mot, cf. I?. Bourguet, ibid., p. 134- 135 ; il a réparé le mur Nord du sanctuaire (FD, III, 5, 62, 13) ; il a fourni la base du perirrhantérion (?) (FD, III, 5, 74, 40) et la stèle où graver les dépenses de la session (ibid., 1. 54). Ces indications sont précieuses pour l'histoire des monuments de la région Nord, où Pankratès a beaucoup travaillé dans la seconde moitié du ive siècle.
(1) Cf. les passages du journal des fouilles allégués p. 60, n° 6.
(2) F. Courby, FD, Terrasse du temple, p. 309.
vers le type de monument qui expliquerait seul le soin apporté à établir les fondations du monument : la base nAN devait supporter un monument lourd : pilier ou colonne, comme il en existait tant à Delphes.
Faut-il se résoudre à ignorer l'offrande que portait cette base puissante ? La description de Pausanias n'est plus en ce point d'aucun secours. Non seulement le voyageur a hâté sa course désormais, mais son parti pris d'antiquaire et d'archaïsme le détournait de ces monuments classiques, voire du classicisme finissant ou de la haute époque hellénistique, chaque fois qu'il n'y pouvait trouver matière à dissertation historique ou mythologique1. De même qu'il n'a rien dit de l'offrande thessalienne de Daochos, de l'ensemble considérable qui la bordait à l'Ouest, de même il a ignoré le monument que portait la base nAN, œuvre de la seconde moitié du ive siècle.
On approcherait peut-être d'une solution en remarquant le contexte topographique dans lequel s'insère cette base. Si elle vient buter à l'arrière du monument de Corcyre qu'elle dépasse de toute sa hauteur, elle semble en relations étroites avec le téménos de Néoptolème à l'Est, avec l'offrande de Daochos au Nord. Elle se place ainsi au centre des édifices thessaliens qui s'ordonnent autour d'elle. Si l'on ajoute que les détails de construction imposent de dater le monument sensiblement à l'époque où furent élevés les édifices du groupe thessalien — quelques années auparavant peut-être — il paraît dès lors plausible d'attribuer la construction de cette base aux mêmes raisons qui firent édifier les monuments avec lesquels elle a des rapports aussi étroits. Il serait dès lors tentant d'y découvrir sans doute un monument d'origine thessalienne, à tout le moins en relation avec le héros Néoptolème2. (Cf. fig. 2-3).
(1) Cf. ci-après, p. 154, et les conclusions de G. Daux, Pausanias à Delphes, p. 171-180.
(2) On ne peut clore l'étude de la base nAN sans mentionner au moins une hypothèse qui n'est pas liée directement à la présentation topographique de la région Nord, mais qui, si on pouvait la vérifier, conduirait à des résultats importants dans le domaine de la sculpture. On ne peut pas en effet ne pas remarquer la puissance des fondations de la base édifiée par Pankratès, destinée nécessairement à soutenir une offrande très lourde. Or, deux monuments retrouvés dans cette région pourraient convenir aux nécessités topographiques ou religieuses que l'on vient de définir : les fouilleurs ont trouvé près des trépieds des Dôinoménides un omphalos de marbre (cf. F. Courby, FI), Terrasse dn temple, p. 70-71, et fig. 63). La tradition plaçait le meurtre de Néoptolème près de l'omphalos sacré. Aurait-on ainsi élevé au ive siècle un monument qui, près de la tombe du héros, rappelait la scène du meurtre ? Cependant non seulement la date de l'omphalos de marbre est difficile à définir, mais surtout on voit mal pourquoi la stabilité d'un monument d'un poids en définitive peu important aurait exigé le puissant massif de fondations que constitue la base nAN- " faut apparemment restaurer à cette place une consécration plus lourde, donc plus haute, pour rendre compte des précautions prises au ive siècle. Or, la célèbre colonne aux acanthes surmontée des trois danseuses portant un trépied répond aux conditions topographiques : la haute fondation de pôros n'aurait pas été superflue pour supporter ce pesant ensemble de marbre et de bronze. Le groupe des danseuses comme les fragments de la colonne aux acanthes ont'tous été retrouvés en contrebas de la base nAN soit immédiatement, comme le groupe sculpté, soit plus loin sur la pente, comme certains fragments de la colonne. Certes, depuis la première publication on a toujours admis que le groupe des danseuses avait été détruit par la catastrophe de 373, que les sculptures mutilées avaient été ensevelies dans le cimetière de statues amoncelé à l'arrière du mur en brèche du Parnasse qui limite au Nord la place du pronaos (cf. la bibliographie dans Ch. Picard, Manuel de sculpture, III, lre partie, t. 1, p. 223, n. 3, où l'on décrit une destruction occasionnée par « d'énormes blocs, dévalant des hautes roches du Parnasse », p. 223, mais cf. F. Courby, FD, Terrasse du lemple, p. 112-113, qui repousse, à juste titre selon nous, la destruction par un tremblement de terre, pour en chercher l'origine dans des glissements de terrains dûs à des accumulations d'eau en profondeur). Telle est l'autorité de cet argument que tous les historiens de l'art se sont inclinés devant lui, quelque difficulté stylistique qu'on pût rencontrer à dater les danseuses de la période antérieure à 373. En fait, Th. Homolle comme É. Bourguet ont toujours dit que les danseuses étaient enfouies avec les sculptures du temple et on se heurte à une affirmation si catégorique qu'il faudrait pour la réfuter la rigueur d'une reconstruction intégrale. Il faut dire pourtant ici que l'étude du journal de fouilles ne corrobore en rien l'affirmation de Th. Homolle et de Ë. Bourguet. Assurément l'ensemble monumental que constituaient la