Le Potéidanion » (plan 15 ; pi
Entre V Ischégaon et les trésors situés à l'Est du théâtre s'étire en longueur une terrasse où la fouille a mis au jour les fondations d'un édifice extrêmement ruiné2. Les circonstances de sa découverte n'ont guère retenu l'attention au cours de la campagne de 1895 où cette région fut fouillée. Elles le firent d'autant moins (pie fout l'intérêt se portait sur l'édifice moderne que l'on démolissait alors en cet endroit : l'église de Saint-Nicolas. On y fit quelques découvertes épigraphiques : presque toutes inscriptions tardives, pour la plupart actes d'affranchissements. Aucune, apparemment, ne fournit d'indication pour identifier le monument antique sur lequel s'élevait l'église de Castri. Une nouvelle fois on est réduit aux données de l'état actuel. Elles restent bien décevantes3.
(1) Époque, à vrai dire, que l'on aimerait fixer plus exactement que ne l'a fait F. Courby, Le., p. 236. Il est cependant très malaisé d'y arriver, puisque le béton enrobe solidement les débris de marbre qu'il contient. Sur la crête du mur on rencontre de petits fragments de marbre qui proviennent assurément de stèles, mais je n'ai pu en découvrir aucun qui pût apporter quelque indication chronologique. On penserait volontiers, que ce grand mur date de la même époque que les thermes de l'Est ou les édifices de l'agora romaine, soit assez tard dans le 111e siècle ap. J.-G. (cf. R. Ginouvès apud J. Bousquet, BCH, LXXVI, 1952, p. 660).
(2) Ruine qui s'est apparemment accrue depuis la fouille. En effet le cliché A 115 pris au moment des fouilles montre en place, au-dessus de l'assise de fondations aujourd'hui visible, 4 blocs constituant l'assise de réglage sur la face Sud. Il a été jusqu'à maintenant impossible de retrouver cette assise.
(3) On comprend dans ces conditions les hésitations sur l'identification du monument. Les diverses théories apparaissent dans Ë. Bourguet, BCH, XXVI, 1902, p. 75 ; H. Pomtow, S.B.A. Munchen, 1907, p. 244 ; A. Frickenhaus, AM, XXXV, 1910, p. 261 ; A. Keramopoullos, AE, 1910, col. 171-174; II. Pomtow, Pliilologus, LXXI, 1912, p. 45-47 ; Sylloge3, 247 K 1, 28 ; P. de La Coste-Messelière, FD, IV, 3, p. 31, n. 10 ; É. Bourguet, FD, III,
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Dans le chaos de rochers, qui domine immédiatement au Nord V Ischégaon, peu d'espace restait libre pour établir un édifice avant la terrasse qu'occupe maintenant le théâtre et les trésors XVIII et XIX. Dès l'époque archaïque on avait cependant tenté d'aménager ce désordre, avant même que le mur du ive siècle imposât une limite régulière à l'amoncellement de rochers. La ligne du mur polygonal qui se dirige en oblique du Nord- Est vers le Sud-Ouest, depuis l'angle Nord-Ouest de la fondation en fer à cheval jusqu'à la fondation de l'édifice appelé Potéidanion, témoigne de la limite d'une terrasse archaïque. Laissant un espace de plus en plus large vers l'Ouest, cette ligne de terrasse permit d'établir, à l'Ouest, actuellement en contre-bas de l'angle Sud-Est du théâtre, une terrasse où construire un édifice.
Cette étroite langue de terre est en vérité strictement limitée au Nord par un mur de terrasse actuellement conservé sur une hauteur de 2 m. 20, au Sud par un mur de soutènement qui supportait les terres rapportées pour déterminer l'horizontalité du monument. Le mur de terrasse au Nord, joue un double rôle. Dominant la terrasse du « Potéidanion », il soutient au Sud la terrasse des trésors voisins du théâtre et le passage qui venant de la parodos Est se dirige vers l'Est.
La date et l'appareil de ce mur sont malaisés à définir. Dans sa partie centrale la construction englobe un rocher sur lequel reposent à l'arrière les rochers qui ont servi d'appui au mur Sud du trésor XVIII, sur la terrasse supérieure. Dans sa partie Est ce mur est constitué d'éléments très divers : à la partie inférieure il comprend de gros blocs polygonaux que surmontent ensuite des éléments de moindres dimensions, mais qui tendent à donner à l'ensemble une allure polygonale. Enfin, en sous-œuvre, et dépassant à l'Est, à 1 m. 50 à l'Est du rocher qu'on a englobé dans la construction, subsiste sur une longueur de 2 m. 30 un mur antérieur, d'allure irrégulière mais composé d'éléments notablement plus petits, enserrant eux-mêmes des fragments de rochers que l'on a grossièrement ravalés. Peut-être faut-il voir dans ce tronçon de mûries restes d'une construction archaïque antérieure, ou même géométrique. Aucune trouvaille de céramique n'a permis en ce point de déterminer de repères chronologiques1.
A l'Ouest du rocher qu'il enserre, le mur paraît plus irrégulier encore. Il repose dans sa partie inférieure sur deux éléments semblables, orthostates de calcaire grossier largement dégrossis que surmontent des blocs plus petits sensiblement répartis en assises horizontales. Se continuant vers l'Ouest, après les deux orthostates ainsi posés, la ligne du mur dévie vers le Sud-Ouest, et l'appareil change à nouveau : les éléments, toujours irréguliers, sont de dimensions plus petites. Ils prennent appui, à l'arrière, sur un gros rocher dont on a ravalé la partie supérieure. Les raisons de cette construction et de la déviation qu'elle subit à l'Ouest, sont assez claires : on avait ménagé au long de la partie oblique une rampe ou un escalier permettant de passer de la terrasse inférieure à la voie qui conduisait du théâtre2 vers les régions Est du sanctuaire.
5, p. 129, et n. 3 ; F. Schober, RE, Supplbd IV, col. 137, n. 228 ; P. de La Coste-Messelière, Au musée de Delphes, p. 483, et n. 4.
(1) Dans toute la région de l'église St-Nicolas, la grande fouille a procédé très rapidement. Les trouvailles de bronze paraissent avoir été nombreuses au Sud-Ouest, mais on ne retrouve aucune indication sur les trouvailles faites au Nord.
(2) Il faudrait dire plutôt de la région du théâtre, car ces aménagements paraissent antérieurs à la construction du théâtre qui se place sans doute à la fin du ive siècle.
La date de cette construction est plus malaisée à définir, à en juger par le niveau où elle est fondée, elle remonterait à une date très ancienne, car elle repose sur des rochers qui étaient en place avant la construction des trésors XVIII et XIX. Mais d'autre part l'incohérence de l'appareil, la présence de fragments de brique à l'intérieur du mur témoignent d'une époque tardive. On doit y trouver sans doute la marque de réfections successives pour un mur de soutènement constamment indispensable. Il limite en effet au Nord la terrasse qu'occupe presque entièrement une fondation de calcaire grossier, seul reste d'un édifice allongé d'Est en Ouest de 5 m. 90 de long, sur 3 m. 65 de large. Aucun élément de l'élévation n'a pu être retrouvé, bien que des photographies anciennes montrent des restes d'assises en place, maintenant disparues. Sur le côté Nord, ces fondations sont conservées sur toute la longueur de l'édifice. Elles courent à 0 m. 80 au Sud du mur de terrasse et sont assises sur le rocher. Deux assises seulement ont été nécessaires pour atteindre l'horizontalité de l'euthyntéria et les éléments en sont de petites dimensions. A l'Est les fondations subsistent également sur toute la largeur de l'édifice ; elles marquent un décrochement en hauteur à 0 m. 80 de l'angle Nord-Est pour rattraper la dénivellation de la terrasse du Nord vers le Sud. Ce décrochement s'appuie en outre sur un mur plus ancien qui traverse l'édifice obliquement et dont la ligne se poursuit à l'Est et à l'Ouest du monument. Au Sud enfin les fondations subsistent sur 3 assises. Les blocs, de dimensions plus considérables que sur les autres côtés, assez irrégulièrement disposés vers l'intérieur, sont ordonnés selon un appareil polygonal et leur face Sud a été régulièrement piquetée : ces assises de fondations étaient visibles de la terrasse inférieure. Sur la majeure partie de leur cours, elles n'ont pas subi d'altération, car elles sont fondées sur de gros rochers qui s'entassent dans cette région jusqu'au niveau de l' Ischégaon. A l'Ouest, toutes les fondations ont disparu. Seul subsiste à l'angle Nord- Ouest un bloc marquant le retour de l'édifice vers le Sud.
Comment restituer ce monument ? P. de La Coste-Messelière, dans le plan restauré qu'il a proposé du sanctuaire, a représenté cet édifice comme une simple salle rectangulaire ouvrant à l'Ouest. Le dispositif des fondations permet, semble-t-il, de préciser cette restitution. A 4 mètres environ du mur Est le bloc des fondations Nord fait une saillie considérable vers l'intérieur du monument (environ 2 mètres) et sur le mur Sud une pierre en place répond à ce décrochement ; une telle disposition invite à restituer aux deux tiers de la fondation un mur de refend. La construction se présenterait ainsi comme un édifice ouvert à l'Ouest, où la cella aurait sensiblement une profondeur double du pronaos.
A défaut de toute autre indication, la chronologie de l'édifice ne peut se fonder que sur des données stratigraphiques ou topographiques. Une fouille en profondeur au centre de la cella a fait apparaître de la céramique subgéométrique. En outre le mur qui traverse les fondations d'Est en Ouest (long. : 9 m. 16) est également à un niveau subgéométrique, au moins dans la région située immédiatement à l'Ouest où un sondage a pu être exécuté. Enfin la ligne de fondations Sud de l'édifice se raccorde à un mur de terrasse archaïque venant de l'Est qu'un sondage a montré coupant perpendiculairement un mur mycénien. L'appareil polygonal de ces fondations au Sud ne contredirait pas à l'archaïsme de la construction. Néanmoins on n'y distingue pas les joints courbes carac-
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téristiques des murs polygonaux du vie siècle. Peut-être serait-il plus juste d'en rapprocher les constructions polygonales de la première moitié du Ve siècle, comme celles que l'on rencontre sur certains murs d'analemma à la lesché de Cnide ou à l'arrière de la « niche de Lilaia ». C'est ainsi de cette époque que l'on songerait à dater la petite chapelle établie sur cette terrasse exiguë, mais sans pouvoir en apporter de preuves certaines1.
Dans ces conditions, le problème de l'identification du monument paraît plus difficile encore. Néanmoins, se fondant sur le texte d'un compte delphique, É. Bourguet a depuis longtemps proposé d'y reconnaître le sanctuaire de Poséidon2. Les naopes opposent en effet les murs des longs côtés du temple en les désignant l'un par celui qui regarde du côté du sanctuaire de la terre, l'autre par celui qui se trouve au long du Potéidanion. Identifiant aisément, grâce aux monuments et aux textes, le sanctuaire de la terre et des muses avec le complexe d'édifices et de rochers situés au Sud du temple, É. Bourguet était par suite conduit à placer au Nord du temple le Potéidanion ; seule cette fondation lui parut répondre à la localisation d'un sanctuaire. L'établissement de l'église de St-Nicolas sur cet emplacement même lui paraissait constituer un argument supplémentaire en faveur de cette identification3.
Le premier4, A. Kéramopoullos s'est opposé à cette dénomination. Il observait en effet que dans sa description du temple Pausanias mentionne un autel de Poséidon5. Il notait en outre qu'aucun document n'imposait de chercher un sanctuaire de Poséidon à l'extérieur du temple6 ; tout au contraire, lui semblait-il, l'analyse exacte du compte delphique sur lequel E. Bourguet appuie sa démonstration prouve l'existence du lieu saint à l'intérieur du temple7. H. Pomtow reprit à son compte cette argumentation8. Mais, désireux d'attribuer cette même fondation à une divinité particulière, il proposa d'y reconnaître — avec réserve, il est vrai — un temple des Dioscures9. En l'absence de tout argument valable cette hypothèse n'a pas été retenue ; F. Schober s'est borné à exposer les diverses théories sans prendre parti10. P. de La Coste-Messelière, au contraire, est revenu à l'idée de É. Bourguet et a fortement marqué, en dernier lieu, les présomptions sur lesquelles elle peut se fonder11. Puisque néanmoins aucune preuve décisive n'a pu être alléguée, il importe de présenter à nouveau l'ensemble de la question.
(1) P. de La Coste-Messelière, BCH, LXX, 1946, p. 283, n. 4, pense au troisième quart du vie siècle.
(2) BCH, XXVI, 1902, p. 75.
(3) Les arguments sont repris dans FD, III, 5, p. 129.
(4) H. Pomtow et A. Frickenhaus s'étaient ralliés à la conjecture de É. Bourguet.
(5) Pausanias, X, 24, 4, 3. « Dans le temple il y a un autel de Poséidon, parce que l'oracle primitif était la propriété de Poséidon » (trad. G. Daux, Pausanias à Delphes, p. 55). Le xoû précédant Tïoa£i.8covoç, que la traduction de G. Daux a négligé, n'implique pas un partage du sanctuaire à un moment donné entre Poséidon et Apollon, mais affirme que parmi les possesseurs successifs de l'oracle il y eut aussi Poséidon. Près de cet autel se trouvait également le foyer sur lequel brûlait une flamme continuelle. (Cf. F. Courby, FD, Terrasse du temple, p. 80).
(6) Cf. dans É. Bourguet, FD, III, 5, p. 129, la liste des documents relatifs à Poséidon à Delphes ; la dédicace à Poséidon et Athéna est republiée par F. Courby, FD, Terrasse du temple, p. 82.
(7) AE, 1910, col. 472-473. La discussion de ce texte est reprise ci-dessous.
(8) H. Pomtow, Philologus, LXXI, 1912, p. 45-47.
(9) H. Pomtow, Ibid., p. 44-45. Dans la pi. X qu'il a jointe à ses Delphica III, H. Pomtow identifie cette fondation par (Dioskuren ?).
(10) RE, Supplbd IV, col. 137, n" 228.
(11) D'abord succinctement dans sa publication des sculptures du temple FD, IV, 3, p. 31, n. 10 ; É. Bourguet a noté l'adhésion que lui avait ainsi apportée P. de La Coste-Messelière, FD, III, 5, 129, n. 3 ; ce dernier a repris la démonstration de manière plus complète : Au musée de Delphes, p. 483 : « en l'une (des 3 petites fondations au-
A part une dédicace archaïque de provenance incertaine, les textes relatifs au culte de Poséidon se réduisent à trois ; un passage d'Eschyle, sans intérêt pour la topographie delphique1, un texte de Pausanias et un compte du ive siècle dont les renseignements seraient décisifs si l'on parvenait à les concilier2. Le texte de Pausanias au moins est dépourvu d'ambiguïté : il y avait dans le temple de Delphes un autel de Poséidon. Mais faut-il confondre cet autel avec le Potéidanion que l'on voit paraître dans les comptes des naopes comme A. Kéramopoullos l'a voulu ? Doit-on au contraire les séparer comme l'ont fait É. Bourguet et après lui P. de La Coste-Messelière ? Tout dépend en vérité de l'interprétation que l'on adopte pour le texte épigraphique. L'ambiguïté résulte de la symétrie que l'on croit découvrir, dans l'expression que les naopes ont employée pour recenser les travaux sur les deux longs côtés du temple : l'un de ceux-ci, confié à l'entrepreneur Pasion, est en effet désigné par la formule èv xcot ctxéàei toi 7roxl to tôcç Tàç lepov. Les commentateurs n'ont pas eu de peine à reconnaître sous cette formule le mur Sud du temple, puisque les fouilles ont retrouvé le sanctuaire de la terre sur la terrasse du mur polygonal3. L'expression désignant le mur Sud est ainsi formée par référence à un point extérieur au temple. Poursuivant leur inventaire, les naopes mentionnent les travaux accomplis par Pankratés, èv twi fxaxpôk axéXsi xcôt, 7tot tÔh lloTstSavîcat è'ÇooGev. Sensible au parallélisme des deux formules, É. Bourguet a naturellement cherché à trouver hors du temple le point de référence que les naopes avaient pris pour désigner le long mur Nord. Non qu'il fût sans voir les différences de formulaire : l'emploi de l'accusatif avec ucm dans le premier cas, celui du datif, dans le second ; la présence de è'£co6ev et de [laxpov dans le second alors que la première expression se passe de ces précisions4. Mais E. Bourguet pensait pouvoir alléguer des exemples de confusion dans l'emploi des régimes des propositions5, et dans sa deuxième publication il écrivait encore : « L'addition du mot è'^coôev, 1. 12, qu'on aurait pu trouver inséré tout aussi bien dans la dépense précédente, ne fait que préciser ce qui est déjà suffisamment indiqué par le mot àTspoTCÀEÛpcov : c'est la face latérale extérieure seule qui est ravalée »6. P. de La Coste-Messelière a repris en détail l'exposé des arguments. Pour lui, comme pour É. Bourguet, la différence des expressions ne correspond pas à une différence de réalité7. Désireux cependant de faire sentir la variation des régimes après 7Toxt, sans que la réalité fût différente, P. de La Coste-Messelière a proposé, « si l'on tenait (inutilement, je crois) à accuser une nuance de sens, on pourrait à la rigueur
dessus de l'Ischégaon) probablement archaïque, il est impossible de reconnaître autre chose qu'une «chapelle » située dans le téménos de Poséidon », et ibid., n. 4, P. de La Coste-Messelière est revenu sur l'explication du compte delphique.
(1) Eschyle, Euménides, 27; Poséidon est énuméré parmi les divinités delphiques que la Pythie invoque.
(2) Pausanias, X, 24, 4 et FD, III, 5, 25, III, A, 1. 10-13.
(3) F. Courby, FD, Terrasse du lemple, p. 183-184.
(4) Ce sont ces raisons qui, jointes au texte de Pausanias, ont conduit A. Kéramopoullos à sa théorie.
(5) Ë. Bourguet, BCH, XXVI, 1902, p. 69 ; cf. de même pour ùtt6, Sylloge", 237 K 1, n. 28, p. 416.
(6) É. Bourguet, FD, III, 5, p. 129.
(7) Le scepticisme de É. Bourguet et de P. de La Coste-Messelière à l'égard des variations du formulaire se fonde sur une étroite familiarité avec les comptes où l'on constate souvent d'inexplicables variations pour des formules que l'on penserait devoir être stéréotypées. Ces variations ne sont pas le propre des fonctionnaires delphiques. Les hiéropes de Délos ne montrent pas plus de rigueur dans les désignations de leurs inventaires, et leurs formules varient fréquemment pour décrire le même objet à deux années de distance.
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préciser : « côté qui fait face au hiéron de la Terre — côté qui est longé par (la terrasse du) Potéidanion ». Cette dernière que contenait l'Ischégaon dominait en effet de près le long côté Nord du temple tandis que le hiéron de la terre gisait plus loin en contrebas »x. L'habileté de cette traduction et la subtilité de l'interprétation topographique montrent en réalité que P. de La Coste-Messelière reste sensible à cette surprenante modification du régime. De fait, même si l'on admet une négligence dans la rédaction des naopes, une telle variation à quelques lignes d'intervalle demeure extraordinaire. Dans la distinction qu'il établit P. de La Coste-Messelière cherche en effet à traduire la différence entre 7uoti suivi du datif marquant une juxtaposition immédiate, une coïncidence latérale, et 7ioTi suivi de l'accusatif déterminant seulement une direction sans coïncidence2. Mais si la nuance ainsi introduite rend compte au mieux de la différence des expressions, il reste pourtant à justifier encore les termes [xaxpév et s£co0sv que les naopes ont jugé nécessaire d'ajouter dans le second cas. Sans doute É. Bourguet a-t-il trouvé dans e^cùOsv un simple doublet de àxspo7rXeûpG>v et « si dans un cas on emploie to axéXoç seul, dans l'autre l'expression plus précise xb [xaxpov axéXoç, cette différence ne doit pas plus tromper que l'emploi de deux cas avec tcoti ou utoS, ou la variante àvàaxt.xo<; pour àvco cm/oç »3. Pourquoi néanmoins une telle accumulation de précisions si la seconde expression n'a pas d'autre signification que la première ? A. Kéramopoullos pensait que la mention du fiaxpèv axéXoç jouxtant le Potéidanion entraînait l'existence d'un jxixpov CTxéXoç. Le Potéidanion eût été placé en angle dans le temple4. Argument dont la rigueur n'est sans doute que spécieuse, car l'on attendrait mieux un comparatif pour opposer les deux côtés. Ainsi apparemment une traduction exacte peut rendre compte de la variété du texte épigraphique sans imposer de renoncer à la topographie que proposait É. Bourguet ; tout effort pour donner à chaque terme une valeur prégnante aboutit à une aporie. Le véritable problème ne paraît pas ainsi posé par des divergences dans l'expression des naopes, mais par l'opposition que l'on constate entre le renseignement formel de Pausanias et les indications du compte delphique si l'on admet le parallélisme des références : au Nord le Potéidanion, au Sud le sanctuaire de Gâ. Aussi P. de La Coste- Messelière a-t-il défini plus exactement le problème en écrivant : «Du moins n'accepterat-on ni que Potéidanion ait jamais signifié autre chose que « téménos de Poséidon » ni qu'un long côté du temple encore en chantier ait été désigné d'après une minime partie de l'abondant contenu de la cella : en admettant même que, pendant les travaux, les divers « emplacements sacrés » réservés dans cette cella aient été soigneusement distingués les uns des autres et indiqués par leur nom à chaque entrepreneur, en eût-on choisi un seul parmi plusieurs pour caractériser sans équivoque tout un long côté du temple lui-même »5. Même s'il y avait dans le temple un autel de Poséidon, eût-on appelé Potéidanion une partie du temple d'Apollon ? On en peut douter en vérité. Si Poséidon avait
(1) P. de La Coste-Messelière, Au musée de Delphes, p. 484, note.
(2) Les exemples assemblés par Kiihner-Gerth, Griechische Grammalik, 3e éd. (1898), I, p. 517-521 sont démonstratifs : TCpoç + datif se rendrait exactement par notre formule un peu archaïque mais expressive «jouxtant... ».
(3) Ê. Bourguet, FD, III, 5, p. 128.
(4) A. Kéramopoullos, AE, 1910, col. 174.
(5) P. de La Coste-Messelière, Au musée de Delphes, p. 484, note.
été seulement crûvvocoç d'Apollon, on peut croire que le Potéidanion n'eût pas été mentionné comme sanctuaire particulier.
Est-ce à dire que l'identification proposée par É. Bourguet soit seule possible ? Tant s'en faut. Elle ne se fonde à vrai dire que sur des arguments incertains ou négatifs : incertains, lorsqu'elle évoque la succession fréquente des cultes de Poséidon et de saint Nicolas, négatifs, quand, ne trouvant au Nord du temple aucune autre fondation susceptible de répondre à ce sanctuaire et procédant par élimination, elle propose de situer le Potéidanion dans cette région. Mais peut-être est-ce trop demander aussi bien à notre connaissance des ruines qu'à l'expression employée par le compte des naopes ? Il est assuré au contraire que la région Nord du sanctuaire a été l'une des plus bouleversées et des plus ruinées. En outre rien dans l'expression du compte delphique n'oblige à placer une chapelle dans le sanctuaire de Poséidon à Delphes. Il pouvait aussi bien s'agir d'un téménos à ciel ouvert, simple enclos particulier à ce dieu, comme devait être à l'origine le sanctuaire de Néoptolème, et, de tout temps, le lieu réservé à la pierre de Cronos. Trop d'incertitudes pèsent ainsi sur cette localisation pour que l'on puisse suivre sans réticence la théorie d'É. Bourguet. Le Potéidanion pouvait être assurément en ce lieu, mais il n'y a là aucune certitude. Il paraît plus sage de conserver l'anonymat à la fondation de l'archaïsme finissant, située entre V Ischégaon et les trésors du théâtre.
3. Les trésors XVIII et XIX (plan 16 ; fig. 5-6 ; pi. 44 à 48, 1).
A l'angle Sud-Est de l'analemma du théâtre une terrasse a été aplanie où subsistent les fondations de deux édifices en pôros ; -on y a reconnu deux trésors analogues aux nombreuses chapelles de dépôt d'offrandes élevées dans le sanctuaire ; faute de pouvoir les nommer plus précisément on a adopté la numérotation indiquée par P. de La Coste- Messelière et désigné par le n° XVIII la fondation la plus à l'Est, par le n° XIX, celle qui est située immédiatement au contact de l'analemma du théâtre, les groupant sous la dénomination de trésors du théâtre.
La fouille se contenta de dégager les fondations, sans retrouver aucun élément de la superstructure. W. B. Dinsmoor dans son étude de 19121 proposait de rapporter à l'un des trésors un petit chapiteau dorique qui se trouvait en contrebas. On a montré depuis qu'il n'en était rien2. H. Pomtow avait présenté deux identifications pour ces fondations : l'une aurait été le trésor « crétois >% l'autre celui de Spina ; il songeait encore, aussi arbitrairement, à deux consécrations de cités d'Occident : les trésors de Spina et d'Agylla3. Se fondant sur des arguments topographiques P. de La Coste-Messelière a pensé y retrouver un Dionysion4. Mais une nouvelle enquête ne permet pas, semble-t-il, de maintenir les arguments essentiels sur lesquels reposait cette identification.
(1) BCH, XXXVI, 1912, p. 481.
(2) P. de La Coste-Messelière, BCH, LXVI-LXVII, 1942-1943, p. 22-67.
(3) H. Pomtow, Delphica II, p. 27 sq. [BPW, 1909, p. 182) ; repris par F. Schober, Topographie von Delphi, RE, Supplbd IV, col. 139, n° 231/232.
(4) P. de La Coste-Messelière, Au musée de Delphes, p. 484 sqq.
Force est ainsi de demander à la ruine seule les renseignements sur les édifices dont subsistent les fondations, et ces données demeurent peu évocatrices. Pour établir les deux trésors accostés il fallut cette fois encore, entailler la pente au Nord, tandis que l'on remblayait au Sud. Mais en cet endroit la déclivité était moins accentuée que dans la région supérieure. Pour contenir les terres au Nord on éleva un mur de terrasse selon une direction Ouest-Est ; dans l'état actuel, chaque trésor est protégé par son propre mur d'analemma très différent d'appareil et de structure ; en outre ces deux murs ne sont pas situés sur une même ligne, mais l'analemma de l'édifice XIX prend appui à son extrémité orientale au Nord sur l'extrémité Ouest de l'analemma protégeant le trésor XVIII. Au Sud, au contraire, on ne distingue qu'un seul mur destiné à contenir les remblais pour aplanir la terrasse, et ce mur, à son tour, sert d'analemma Nord à la terrasse où l'on a retrouvé les fondations de l'édifice que l'on a proposé d'identifier avec le Potéidanion. Aucun détail de technique ni de matériau ne rapproche cette construction des murs de soutènement situés au Nord. L'établissement de la terrasse, au moins dans son état actuel, ne témoigne d'aucune unité ; on a seulement créé pour chaque édifice les éléments de protection qui lui étaient nécessaires.
Trésor XVIII.
Le mur d'analemma qui s'élève au Nord de cette fondation est sensiblement parallèle au mur Nord du trésor (distance 1 m. 28 à l'Ouest, 1 m. 295 à l'Est). Construit en appareil polygonal à joints droits, fait en blocs de calcaire gris-rosé de moyennes dimensions, il paraît conservé sur toute sa longueur d'Est en Ouest (9 m. 40) et mesure actuellement en sa partie la plus élevée 2 m. 765 de hauteur. On l'a précisément élevé en avant d'un éboulis de rochers pour protéger l'édifice contre de nouvelles chutes de roches. A l'extrémité Est on a entaillé un bloc rocheux sur sa face Sud pour ne pas faire dévier la ligne du mur de soutènement. Les fouilles des couches profondes ont permis d'assurer un terminus posl quem pour la chute de ces rochers, sous lesquels on a découvert de petits bronzes datant de la fin du vne ou du vie siècle1. La construction du mur se trouve ainsi reportée à la fin du vie siècle au plus tôt, ce qui répond assez précisément à son appareil : l'angle de mur situé au Nord de la pseudo-niche de Lilaia fournit en effet un parallèle satisfaisant, et on l'a assigné approximativement au début du ve siècle. La taille plus petite des blocs, l'insertion d'éléments de plus faibles dimensions paraissent indiquer ici une date légèrement plus récente. La relation certaine qui unit le mur d'analemma et le trésor qu'il protège permet de préciser cette chronologie.
Les fondations du trésor proprement dit subsistent en place sur tout le cours du mur Nord, sur une partie seulement des côtés Est et Ouest ; vers l'avant, bien que rien ne demeure de la construction en pôros, les entailles pratiquées dans les rochers sur lesquels était fondé l'édifice permettent de définir les dimensions du monument (PI. 44, 2). Construction rectangulaire de 5 m. 38 de large, et 7 m. 72 de long, ce trésor était construit en blocs de pôros isodomes de 0 m. 48 de largeur.
(1) Ces travaux de vérifications ont été conduits par L. Lerat en 1934 et 1935, cf. RA, 1938, II, p. 183-227.
Le mur Nord présente encore sur sa face externe trois assises conservées, quatre à l'extrémité Est où l'on devait compenser la déclivité du terrain (PI. 45, 1). Les fondations s'appuient à l'Ouest sur un rocher aplani ; elles sont formées à l'Est par des éléments de pôros moins soigneusement travaillés. Vers l'intérieur deux assises seulement demeurent visibles au-dessus du dallage. De ce côté le pôros a été plus soigneusement poli à l'intérieur d'un cadre en léger retrait de 2 cm. 5 de large environ. En outre entre les assises 1 et 2, à 0 m. 33 de l'angle Nord-Ouest, ensuite à intervalles variant de 0 m. 88 à 0 m. 82, on a pratiqué une mince entaille large de 5 centimètres environ, haute de 0 cm. 8, apparemment destinée à recevoir un tenon plat ou une languette à laquelle on pouvait accrocher des panneaux de revêtement : marbre, ou plutôt bois. L'existence de ces mêmes cavités sur l'assise conservée du côté Ouest indique que tous les murs devaient être intérieurement recouverts de la même manière.
Les lits d'attente des éléments en place ne présentent généralement aucune trace de scellements. A l'angle Nord-Ouest cependant le bloc d'angle est relié à chacun des éléments qui lui sont juxtaposés vers l'Est et vers le Sud par un scellement en queue d'aronde encore en place, de 5 centimètres de large à la base et de 7 centimèires de longueur (PI. 45, 2). Les dimensions et la forme de ce scellement inviteraient déjà à le placer à la fin de la série des scellements en queue d'aronde que l'on rencontre à Delphes dans les constructions de pôros archaïques1. Une autre particularité vérifie cette indication. A l'angle Nord-Est où les fondations subsistent sur une assise de moins, l'élément qui précède le bloc d'angle disparu présente une cavité destinée à recevoir un scellement en ' — i (PI. 45, 1), tandis que le bloc inférieur conserve encore son goujon destiné à la maintenir dans le sens vertical. L'alternance des scellements en queue d'aronde et en 1 — i conduit à dater la construction de la période où l'on employait ensemble ces deux modes de scellements : soit dans les débuts du ve siècle.
Dernière particularité enfin qui vaut d'être notée : le bloc d'angle subsistant à l'Est à l'assise inférieure porte la marque que l'on retrouve (renversée) à l'angle Ouest sur la pierre de la dernière assise, marque qu'il faut sans doute interpréter selon l'alphabet
corinthien, en As( ) (Ai£)2 (PI. 45, 1), premières lettres d'un nom d'entrepreneur.
Indication qui n'impose, certes, aucune conclusion pour le nom du dédicant, mais qui paraît bien correspondre — si la lecture fondée sur l'alphabet corinthien est valable — à une origine corinthienne du matériau, fait trop général à Delphes pour être d'une signification précise.
Les fondations du mur Ouest ne sont conservées que sur une longueur de 4 m. 20. Trois assises subsistent extérieurement, et la plus basse se raccorde au socle rocheux sur lequel reposait la partie antérieure de l'édifice. Intérieurement une seule assise demeure au-dessus du dallage, aussi exactement parée que sur le côté Nord, présentant aux mêmes intervalles réguliers les encoches faites pour recevoir des tenons plats. On retrouve au dehors le même travail avec cadre étroit et bossage que l'on constate au
(1) Cf. le tableau des dimensions de ces scellements indiqué p. 36 n. 1; les plus proches par leur forme et leurs dimensions sont ceux du trésor de Potidée.
(2) La répétition de cette même marque sur plusieurs blocs prouve qu'il s'agit bien d'une marque d'entrepreneur, non de lettres de mise en place.
Nord. Les mêmes particularités reparaissent sur les éléments conservés du mur Est. Comme à l'Ouest la fondation se rattache au rocher que l'on a, de ce côté aussi, entaillé et aplani. En outre pour pallier la déclivité du terrain, on a eu recours sur cette face aux fondations en escalier, faisant avec des éléments en pôros le raccord nécessaire entre deux blocs rocheux pour assurer l'horizontalité de l'édifice. Rien ne reste du mur Sud, mais les entailles à angle droit que l'on observe sur le rocher à l'Est et à l'Ouest permettent d'en assurer la position exacte, et de déterminer les dimensions du trésor. A ce niveau — sensiblement au-dessous du dallage — on avait assuré les raccords entre les portions rocheuses par de gros blocs de conglomérat équarris et alignés sur les rochers d'angle. L'intérieur enfin de l'édifice était dallé : dans la partie Nord ce dallage était fait de petits carreaux de pôros, rectangulaires ; ils font place vers le centre au rocher aplani auquel ils se raccordent. Pour assurer l'exactitude du raccord on a retaillé obliquement la face supérieure du rocher sur laquelle prennent appui des carreaux de pôros, eux aussi taillés en biseau.
Dans l'état de la ruine, on ne peut guère préciser la disposition intérieure de l'édifice. Il ne reste trace ni sur le rocher, ni sur les éléments de pôros d'un mur de refend qui eût séparé l'édifice en un pronaos et une cella. On ne retrouve pas davantage l'implantation des colonnes qui eussent fait de cet édifice un petit trésor in anlis analogue au trésor des Athéniens par exemple1. Mais au niveau où les fondations sont conservées2, l'absence de ces indications ne peut constituer un argument. Dans la région du trésor on a certes retrouvé un bloc de pôros taillé à double redan et portant à une extrémité deux scellements en queue d'aronde. Un tel élément a pu appartenir à un mur de retour d'ante. Cependant, non seulement cette provenance n'est pas assurée, mais l'appartenance du bloc au trésor n'est pas certaine : aucun élément en place ne présente le double scellement sur un même côté, et les dimensions des scellements sont légèrement plus grandes sur le bloc isolé3.
Dans une telle indétermination seules les comparaisons avec des édifices contemporains peuvent apporter des arguments ; encore ne sauraient-elles avoir de valeur démonstrative. Or parmi toutes les constructions du sanctuaire delphique, le trésor dit de Potidée présente le plus de ressemblances avec le trésor XVIII. Même présence dans les assises inférieures de scellements en ' — i remplacés dans les parties supérieures par de petits scellements en queue d'aronde ; mêmes dimensions générales. Il est tentant dans ces conditions de voir dans la fondation XVIII les restes d'un trésor semblable à celui de Potidée, élevé dans la première moitié du ve siècle par un dédicant qu'aucune donnée ne permet de préciser.
(1) A défaut de toute indication topographique ou architecturale, le rapport des dimensions générales du trésor invite à restituer une cella et un pronaos.
(2) L'extrémité du dernier bloc conservé au Sud-Est est située à 0 m. 62 au-dessous du niveau du dallage, le rocher, lui-même, sur lequel il s'appuie, à 0 m. 99 au-dessous. On avait ainsi remblayé considérablement la partie Sud du monument — d'où la destruction totale de toute cette partie de l'édifice.
(3) Il y a en outre trop de blocs de pôros errants dans le sanctuaire pour qu'on puisse attribuer certainement cet élément au trésor XVIII. Néanmoins la forme et la dimension des scellements indiquent une date assez proche de celle du trésor XVIII.
Trésor XIX.
Plus ruiné encore que l'édifice contigu à l'Est, le trésor XIX pose aussi des problèmes plus complexes, tant pour l'établissement de la terrasse que dans la construction du monument. Étroitement limitée à l'Ouest par l'analemma du théâtre, la terrasse est fermée au Nord par un mur en appareil polygonal comblant exactement l'intervalle qui sépare l'analemma du théâtre du mur de terrasse au Nord du trésor XVIII. Mais il se distingue de l'une et de l'autre construction par sa direction et par son appareil. En effet au lieu de prolonger exactement vers l'Ouest le mur d'analemma situé au Nord du trésor XVIII, il vient s'appuyer à l'arrière de ce mur (à 0 m. 28 en arrière du nu du mur) et oblique légèrement vers le Nord-Ouest pour aboutir sur l'analemma du théâtre (long. 5 m. 82). En outre, bien que d'appareil polygonal, cette construction est très différente de sa voisine à l'Est. Beaucoup moins soigné aux joints, beaucoup moins régulier dans la dimension de ses éléments, ce mur est constitué de matériaux hétérogènes : calcaire grossier du Parnasse, gris rosé, mais aussi calcaire gris de Saint-Élie. Un autre trait ajoute à son étrangcté : sur toute sa longueur la construction polygonale repose sur une fondation constituée par une assise d'éléments en pôros, comprenant sept blocs isodomes. A l'Ouest le dernier bloc est engagé sous l'analemma du théâtre, à l'Est il aboutit au mur de terrasse bordant au Nord le trésor XVIII, et détermine un angle droit avec un autre bloc de pôros de mêmes dimensions qui, amorçant un retour vers le Sud, s'engage sous l'angle Nord-Est du trésor XIX1. Une telle disposition donne à penser que le mur polygonal a pris la place d'une construction antérieure en pôros. Dernier détail enfin : à l'angle Ouest les éléments du mur polygonal font place à des blocs taillés pour répondre à des assises horizontales semblables à celles de l'analemma du théâtre. En outre, à l'angle des deux murs, les blocs sont régulièrement croisés pour assurer, par leur alternance, la solidité de la jonction (PI. 46, 2). En cette partie au moins les deux constructions sont contemporaines.
A l'Est, rien ne sépare le trésor XIX du trésor XVIII ; les deux constructions s'élevaient parallèlement côte à côte. Au Sud, l'état actuel ne permet pas de discerner le dispositif ancien. Le mur de terrasse qui protège au Nord l'édifice appelé Potéidanion soutenait la partie Sud de la terrasse où s'élevait le trésor XIX. Apparemment rien ne séparait celle-ci de la parodos Est du théâtre avec laquelle elle communique de plain-pied. Mais actuellement le niveau du sol est à plus d'un mètre au-dessous du niveau antique2.
A l'Ouest enfin la terrasse est si étroitement limitée par l'analemma du théâtre qu'au niveau de son assise de fondations, l'Ouest du trésor est rigoureusement contigu à la fondation de l'analemma. A l'angle Sud-Est de l'analemma et de la parodos Est on constate même sur la deuxième assise une entaille (PI. 46, 3) de 2 à 3 centimètres qui répond à une moulure en saillie (fig. 5) que l'on observe sur l'assise correspondante de la construction en pôros. Ces particularités montrent clairement que les constructeurs
(1) Des travaux accomplis en ce point pour évacuer l'eau de la région supérieure empêchent maintenant de constater cette disposition. M. P. de La Coste-Messelière a pu en faire l'observation avant la construction de l'égout.
(2) A l'assise de réglage du mur de fond la cote est de 13 m. 77 pour 12 m. 66 au rocher sur lequel s'appuyait l'extrémité Sud-Est du mur latéral Est.
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U— EUTHYNTËRIA
du théâtre furent contraints de respecter le trésor XIX, mais qu'ils édifièrent leur monument au plus près de la construction ancienne.
Du trésor proprement dit la ligne Nord des fondations reste seule entière. Trois assises de pôros demeurent en place, hautes successivement de 0 m. 265, 0 m. 325 et 0 m. 324. La première, établie en fondation, déborde d'environ 5 centimètres de chaque côté de l'assise supérieure qui fait fonction d'euthyntéria. Au-dessus, marquant une retraite de 3 cm. 1, une assise moulurée courait tout autour du monument. Sur l'assise supérieure, le lit d'attente des blocs en place porte encore des scellements en ' — i (PI. 47, 4). Particularité intéressante : chaque bloc porte à côté du scellement en place, un second encastrement destiné à un autre scellement, inutilisé dans l'état actuel. Sur le côté Est, approximativement parallèle au côté Ouest du trésor XVIII, seules les fondations sont conservées sur une longueur de 5 m. 37, et, selon la technique coutumière, elles ont été établies en escalier pour compenser la déclivité. Un unique bloc de l'euthyntéria a subsisté à l'angle Nord-Est, haut de 0 m. 325, long de 1 m. 16. Vers le Sud rien ne demeure, qui puisse permettre, comme au monument voisin, de retrouver la profondeur de l'édifice. Les rochers que l'on rencontre en contrebas sont beaucoup trop au-dessous du niveau des fondations pour apporter une indication quelconque. A l'Ouest enfin un seul bloc demeure en place à l'angle Nord-Ouest, fondé sur le rocher (longueur conservée : 1 m. 15). La seule indication valable est ensuite celle qu'apporte l'analemma du théâtre : l'en-
Fig. 5. — Moulure de la première assise du trésor XIX (dessin d'Andersen).
taille que l'on observe à l'angle Sud-Est montre que le mur du trésor débordait sur la parodos Est et l'obstruait en partie. Tel est l'état actuel de cette ruine. Il ne permet guère que de fixer la largeur du monument (5 m. 83 extérieurement, 4 m. 60 intérieurement). Mais aussi bien la profondeur que le dispositif intérieur échappent absolument1. Sa chronologie n'est guère plus facile à déterminer avec certitude. La seule indication provient de la moulure de l'assise surmontant l'euthyntéria2 ainsi que de la forme
Fig. 6.
Détail de la moulure du trésor XIX.
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des scellements. L'emploi des scellements en ' — j indique comme limite supérieure le commencement du Ve siècle, mais il ne faudrait pas se hâter de conclure de cette indication à l'antériorité du trésor XVIII sur le trésor XIX, comme on l'a souvent fait en tenant compte sur le monument XVIII des seuls scellements en queue d'aronde. En réalité ce trésor atteste l'emploi de deux formes de scellements, et le seul emploi des 1 — i sur les blocs conservés du trésor XIX relève peut-être plus d'une dilïérence de technique que d'époque. Quant à la moulure (fig. 5-6 ; PI. 47, 2), elle se laisse comparer
(1) Il reste néanmoins vraisemblable par le rapport des dimensions longueur-largeur que ce monument était aussi divisé en deux chambres : pronaos et cella.
(2) J. Bousquet en a déposé un fragment bien conservé au musée : inv. 6966. Un relevé de ce profil dû à Andersen (cf. P. de La Coste Messelière, Au musée de Delphes, p. 484, n. 2) est reproduit ici grâce à l'obligeance de M. P. de La Coste-Messelière qui a bien voulu me le confier.
aux séries que Miss Shoe attribue au milieu du ve siècle1. De la sorte, postérieur au trésor XVIII, le trésor XIX n'a sans doute pas été construit beaucoup plus tard : vers le milieu du ve siècle sans doute.
Les particularités que l'on a constatées sur les murs délimitant la terrasse à l'Ouest et au Nord sont plus instructives. Les traces que l'on remarque sur l'analemma du théâtre prouvent que le trésor XIX était encore debout quand on édifia le théâtre à la fin du ive siècle. Il est plus difficile d'interpréter sûrement les indications que fournit l'analemma Nord. Son appareil et ses matériaux montrent dès l'abord qu'il est postérieur au mur d'analemma situé au Nord de XVIII, et sans doute est-ce là encore une des raisons implicites pour lesquelles on a assigné au trésor XIX une date postérieure au trésor XVIII. Mais l'assise de pôros sur laquelle est fondée la construction polygonale a justement conduit P. de La Coste-Messelière à une autre théorie2. Observant en outre sur l'assise en place du côté Nord, la présence de scellements en '— i inutilisés, P. de La Coste- Messelière en a conclu que le mur Nord du trésor, précédemment construit à l'endroit où s'élève maintenant le mur polygonal, avait été démonté et reconstruit à sa place actuelle tandis qu'on édifiait pour le protéger le mur de terrasse que l'on voit encore aujourd'hui. Deux observations confirment cette théorie : à l'Est subsiste au niveau de l'assise de fondation en pôros un bloc faisant retour vers le Sud, qui répondrait exactement à la disposition première de l'édifice supposée par P. de La Coste-Messelière. Le bloc de pôros situé le plus à l'Ouest, à l'angle de l'analemma du théâtre et du mur de terrasse, présente sur sa face Sud — aujourd'hui visible — un cadre d'anathyrose de 9 cm. 5 de large, fait pour recevoir un bloc placé également en retour à angle droit vers le Sud. Ainsi à l'Ouest comme à l'Est les éléments en pôros qui subsistent en fondations du mur de terrasse révèlent qu'ils appartenaient d'abord à une construction s'étendant vers le Sud, sans aucun doute le trésor XIX que l'on dut modifier selon la disposition actuelle.
Peut-on dater approximativement le moment de cette modification ? Il est antérieur à la construction du théâtre si l'on doit se fier aux indications que fournit la jonction des murs d'analemma du théâtre et du trésor. En effet, alors que le mur du théâtre est construit en assises horizontales le mur de terrasse présente un appareil polygonal. Or, à l'angle, cet appareil fait place pour les derniers blocs à des éléments analogues à ceux du mur du théâtre, et le système d'imbrication régulière que l'on observe entre les assises successives des deux murs montre que l'extrémité occidentale du mur de terrasse fut démontée et refaite par les constructeurs du théâtre. L'antériorité du mur de terrasse s'en déduit immédiatement. Est-il possible de fixer plus exactement entre le début du Ve et la fin du ive siècle le temps où le mur de terrasse polygonal fut construit ? En soi une telle construction est difficilement datable puisqu'il ne s'agit pas d'un mur archaïque3. Les rochers actuellement situés à l'arrière de ce mur ne peuvent avoir été
( 1 ) Miss Shoe n'a pas eu connaissance de cet exemplaire delphique. Néanmoins dans son catalogue les exemples de cyma reversa les plus proches de celui-ci sont apparemment ceux que l'on trouve pi. XXXVII, n08 1 et 4, soit celui du Parthénon et celui de la tholos de Delphes. Si le second est certainement trop tardif, le premier apporte une indication pour placer la mouluration du trésor XIX vers les années 450 au plus tôt.
(2) P. de La Coste-Messelière, Au musée de Delphes, p. 484, n. 2 et 3.
(3) Toutes les fois que ces murs polygonaux sont des « imitations » du style polygonal archaïque, les critères stylistiques n'ont plus de valeur.
cause du démontage du trésor. Les recherches de L. Lerat ont montré qu'ils étaient déjà tombés à la fin du viie siècle, écrasant les petits bronzes archaïques que l'on a trouvés au-dessous1. Cependant les accidents qui, immédiatement au Nord, arrêtèrent la construction de l'édifice en calcaire de Saint-Élie2 furent peut-être la cause de ces modifications. Le glissement des lourds rochers qui écrasent encore l'angle Sud-Est de la fondation en calcaire avait peut-être ébranlé le mur Nord du trésor. La lourde masse de déblais accumulée par la récente catastrophe menaçait-elle seulement l'édifice que ses constructeurs avaient négligé de protéger au Nord par un mur d'analemma ? Telle fut peut-être la cause du démontage du mur Nord et de la construction du mur de terrasse. Un détail semble confirmer cette succession. Parmi les matériaux si divers du mur de terrasse figurent des fragments de calcaire de Saint-Élie dont les parties travaillées rappellent exactement les caractéristiques architecturales que l'on observe sur les blocs de la fondation en calcaire gris située au-dessus3. Il paraît bien que ces fragments en proviennent, assurant ainsi l'antériorité du soubassement en calcaire sur la construction de l'analemma.
En définitive, la chronologie du trésor XIX se laisse déterminer ainsi4 : à la fin de la première moitié du Ve siècle au plus tôt on construisit un trésor au voisinage du monument XVIII, de quelques années antérieur. Aux environs de 350, la chute de rochers qui interrompit la construction du monument en calcaire gris situé au Nord, menaça, si elle ne l'endommagea pas, le mur du trésor XIX, que l'on avait négligé de protéger. On décida alors de démonter cette partie de l'édifice pour le reporter quelque 0 m. 80 plus au Sud tandis qu'on élevait sur l'emplacement du mur primitif le mur de protection en appareil polygonal fondé sur l'assise de pôros la plus profonde que l'on avait négligé de démonter. A la fin du ive siècle une dernière modification devait intervenir. Immédiatement à l'Ouest du trésor XIX, on éleva l'analemma du théâtre, et le tracé de cet analemma, comme les entailles qu'il porte extérieurement, montrent que le trésor XIX constituait alors un obstacle avec lequel on dut, quoi qu'on en eût, composer. Dans le même temps pour assurer la liaison du mur du théâtre et de l'analemma élevé au Nord du trésor XIX, on démontait l'extrémité Ouest de cet analemma pour le refaire avec le mur du théâtre. Aucun indice ne permet, semble-t-il, de déterminer la date où le trésor XIX fut ruiné ainsi que le trésor XVIII, son voisin.
Les identifications proposées par H. Pomtow pour ces deux trésors sont trop arbitraires pour qu'on les discute5. Au contraire l'examen topographique a conduit P. de La Coste-Messelière à une théorie dont il faut éprouver la valeur6. Observant à l'Est du trésor XVIII les restes d'uli mur de terrasse parallèle au côté Est de ce trésor, P. de La
(1) L. Lerat a sondé sur la face Nord ce mur d'analemma, non pour déterminer la date du mur, mais pour essayer de fixer le temp sou les rochers accumulés dans cette région se sont éboulés.
(2) Cf. ci-après, p. 118.
(3) Ces fragments sont très apparents dans le mur d'analemma, car ils tranchent vivement par leur couleur et leur travail. Il va de soi que le grand nombre de monuments en calcaire gris de Sl-Élie dans le sanctuaire au ive siècle interdit de considérer autrement que comme une possibilité l'hypothèse proposée pour la provenance de ces éléments.
(4) H. Pomtow, Delphica III, p. 158, date les deux trésors des environs de 500.
(5) H. Pomtow, Delphica II, p. 27 : Spina et Caere-Agylla.
(6) P. de La Coste-Messelière, Au musée de Delphes, p. 484-485.
Coste-Messelière a pensé que les « trésors du théâtre » étaient séparés de la région située plus à l'Est, en communication avec la seule parodos Est du théâtre. Constatant en outre le travail considérable qu'avait été le démontage du mur Nord au trésor XIX, le soin apporté par les constructeurs du théâtre pour respecter le trésor XIX, visiblement gênant pour eux, P. de La Coste-Messelière en a justement conclu que ces deux édifices devaient être particulièrement sacrés pour imposer tant de travaux et de respect. La liaison avec le seul théâtre, l'importance religieuse que l'on devine, ont fait proposer de reconnaître dans les trésors XIX et XVIII un Dionysion.
Les arguments sur lesquels s'appuie cette théorie sont de valeurs diverses. Le premier : la séparation, l'isolement des trésors XVIII et XIX de la région située à l'Est — se fonde sur l'existence d'un mur de terrasse à l'Est du trésor XVIII. Mais un nouvel examen de ce monument ne permet pas de le mettre en rapport avec le trésor XVIII. En effet si les quelques blocs de cette construction polygonale qui restent encore en place suivent une direction parallèle au mur Est du trésor XVIII, ils sont encore fondés à leur extrémité Sud-Est sur des éléments en pôros, dont les dimensions et le travail sont les mêmes que ceux du trésor XVIII : ce mur de terrasse est postérieur à la destruction du trésor1. Aucun vestige ne permet ainsi d'affirmer la séparation de la terrasse des trésors avec l'Est. Les murs qui subsistent, au contraire, jalonnent les voies qui menaient vers l'Est et la lesché, montrent que l'une d'elles partant de la parodos Est passait devant les trésors XIX et XVIII pour rejoindre la rampe montant directement vers la lesché.
Peut-on conclure du démontage et de la reconstruction du trésor XIX à son caractère particulièrement sacré ? Le cas est trop fréquent en vérité pour qu'on y puisse trouver une signification particulière : rares sont les monuments suffisamment conservés où l'on ne constate la trace de remaniements et de travaux, ainsi, pour cette seule région, le monument des Thessaliens ou la lesché. Tout au plus pourrait-on en conclure que les dédicants de ce monument s'intéressaient encore particulièrement à sa conservation lorsque celle-ci fut menacée par les bouleversements du sanctuaire2. Intérêt d'autant moins surprenant que ces accidents se produisirent cent ans tout au plus après la construction première. L'on ne saurait davantage conclure d'un détail architectural tel que la mouluration de la première assise au-dessus de l'euthyntéria à la destination cultuelle de l'édifice : nombreux sont les trésors décorés à Delphes et l'on y verrait plus une indication de l'origine et du goût des constructeurs que le signe d'une destination précise. Le rapport avec le théâtre ne peut davantage constituer un argument décisif : en raison de la chronologie des édifices il faudrait admettre en effet que le Dionysion a attiré le théâtre, faisant décider de sa construction en cet endroit. Sans doute pourra-t-on soutenir que le théâtre du ive siècle fut élevé à la place où l'on donnait précédemment des représentations théâtrales ; mais outre qu'une telle supposition reste hypothétique, n'est-il pas surprenant, si le trésor XIX correspond à un sanctuaire dionysiaque, que
(1) Même si les fragments de mur encore en place ont remplacé une construction antérieure, soutenant une sorte de terrasse vers l'Est, cela n'entraîne nullement une fermeture de ce côté.
(2) Une preuve aussi de la richesse de ces dédicants à l'époque où les travaux furent faits.
l'on n'ait retrouvé aux environs aucune dédicace, ni inscription rappelant le dieu particulier à cette région du sanctuaire ?
Dans ces conditions sans doute vaut-il mieux rendre à l'anonymat ces deux édifices du sanctuaire, ne retenant pour eux ni les appellations fantaisistes que H. Pomtow leur avait données, ni même celle de Dionysion. Le respect que les constructeurs du théâtre montrèrent pour le trésor XIX et qui se lit encore dans le rapport des monuments n'a sans doute pas d'autre cause que des nécessités topographiques. D'une part cet angle Nord-Ouest du sanctuaire était au ive siècle le seul susceptible de recevoir la vaste construction que l'on méditait d'élever ; d'autre part il ne pouvait être question de raser le trésor XIX fraîchement restauré et mieux protégé qu'il ne l'avait jamais été contre les hasards de la montagne. Ainsi les deux constructions s'élevèrent côte à côte ; les architectes du théâtre n'eurent qu'à infléchir légèrement la ligne de l'analemma qu'ils construisaient, quittes même à entailler une assise de leur mur pour ne rien changer à un édifice antérieur. De même que son voisin le trésor XVIII, le trésor XIX reste anonyme et l'on ne saurait guère fixer le temps où il fut ruiné ; plus tard à coup sûr que la construction du théâtre, à la fin du ive siècle1.
(1) Pour les parties de la superstructure que l'on a songé à divers titres à rapporter à ces édifices, cf. W. B. Dinsmoor, BCII, XXXVI, 1912, p. 481 et les observations de P. de La Coste-Messelière, Au musée de Delphes, p. 485, n. 1.
1. Le monument en calcaire gris, dit de Cassotis (plan 17 ; fîg. 7, 8 ; pi. 48 à 56, 1).
Au même niveau que la lesché, mais immédiatement à l'Est du théâtre, en contrebas immédiat de la ligne où passait le péribole Nord, subsiste un angle de fondations en calcaire gris de St-Élie longtemps appelé « dallage de Cassotis m1, mais dont la destination et le rôle demeurent énigmatiques. C'est en vérité l'un des monuments les plus anciennement connus de Delphes. H. N. Ulrichs l'avait aperçu dans les caves d'une maison de Castri et, se fondant sur la description de Pausanias, il proposait d'y reconnaître la lesché de Cnide, car la fontaine du village — qu'il identifiait avec Cassotis — se trouvait directement au-dessous2. Les fouilleurs n'accordèrent pas une attention particulière à ce grand soubassement de calcaire qui apparut au cours du mois de septembre 1895. Th. Homolle lui consacra une description détaillée dans son rapport de 18963 : « La description donnée par Ulrichs du beau dallage de pierre paraît ne pouvoir correspondre qu'à un large et magnifique soubassement situé en effet au-dessus de la fontaine en ligne droite et à très courte distance. Il est contigu au théâtre à la hauteur du diazôma : il est couvert d'une double rangée de dalles en calcaire parfaitement taillées, jointoyées, appareillées (mesure : 15 m. 71 en longueur, 2 m. 66 en profondeur)... Le soubassement paraît se retourner à angle droit du côté de l'Est, et un autre, parallèle, y correspond en arrière ; à l'Ouest une terrasse de construction postérieure cache le reste. Les deux extrémités sont engagées aujourd'hui à l'Ouest sous les assises supérieures du mur du théâtre, à l'Est sous des rochers éboulés. Quant au nom de lesché il ne saurait convenir à ces ruines. Telles qu'elles nous apparaissent elles prouvent que l'édifice était dans la dépendance du théâtre soit que, antérieur à lui, il ait été modifié ou supprimé à cause de lui, soit que, postérieur, il y ait été subordonné et destiné à son usage. Aucune des deux hypothèses ne s'accorde avec l'antiquité de la lesché, sa longue conservation et l'immutabilité que lui conférait sa décoration. Aussi bien ni le travail, ni l'appareillage ne répondent aux habitudes du temps où fut construite la lesché, c'est-à-dire du début du ve siècle av. J.-C. ».
(1) C'est encore le nom que lui conserve pour la commodité de l'expression J. Bousquet, FD, Le Irésor de Ci/rène, p. 15.
(2) H. N. Ulrichs, Reisen und Forschungen in Griechenland, I, p. 39.
(3) Th. Homolle, BCH, XX, 1896, p. 635.
Si brève que soit cette mention, elle demeure cependant la plus précise que l'on ait consacrée à cet ensemble monumental. Décrivant les ruines de Delphes, É. Bourguet notait seulement à propos de Cassotis1 : « Nous ne savons même pas où l'eau jaillissait ; un admirable dallage dont les pierres en calcaire de St-Élie, appareillées avec le plus grand soin, indiquent une date antérieure de deux siècles au moins à la construction du théâtre2, faisait peut-être partie des bâtiments de la fontaine. Mais il est impossible de l'affirmer». Depuis lors, seul, C. Anti, semble-t-il, s'est intéressé à cette partie du sanctuaire, où il voulait, à tort selon nous, reconnaître un odéon archaïque3. Des fouilles complémentaires y furent menées en 1947 pour préciser certains points que l'exploration première avait négligés, en particulier sur le retour Nord et vers l'Ouest4.
Etat actuel
Dans l'énorme amoncellement de rochers et de terre qui s'est accumulé à l'Est du théâtre, le quadrilatère où s'inscrit ce monument est limité à l'Ouest par l'analemma du théâtre (PI. 48, 1, 2, 49), à l'Est par un haut mur d'analemma en pierre du Parnasse (conglomérat et brèche), au Sud par une ligne de fondations en calcaire de St-Élie, tandis que dans la pente abrupte au Nord il ne reste rien de l'enceinte qui marquait la limite du péribole. Malgré la précision de ces limites, il est bien difficile de discerner l'économie de cet ensemble, et les rochers qui l'encombrent ne sont pas la seule cause d'incertitude. Le monument proprement dit se réduit actuellement aux lignes de fondations en calcaire de St-Élie, l'une, au Sud, longue de 16 m. 70 orientée Ouest-Est, perpendiculairement à l'analemma du théâtre ; l'autre perpendiculaire à cette première en son extrémité Est remonte vers le Nord sur une longueur de 15 m. 50. Elle marque alors vers l'Ouest un retour à angle droit qui se poursuit sur une longueur de 5 m. 70 pour s'arrêter à 0 m. 90 à l'Est d'une puissante construction irrégulière, en pierre du Parnasse, qui continue cette ligne de construction vers l'Ouest. C'est l'ensemble de ces fondations que l'on a pris l'habitude d'appeler improprement « dallage de Cassotis », bien qu'il ne s'agisse nullement d'un dallage et qu'apparemment Cassotis ne doive pas
(1) É. Bourguet, Ruines de Delphes, p. 273-274.
(2) Il faut, noter que par cette datation Ê. Bourget suppose pour le théâtre une chronologie très basse, à laquelle en vérité il est impossible de se tenir maintenant (cf. BCH, LXXV, 1951, p. 137). Il convient de rappeler que W. Vollgraff, BCH, LI, 1927, p. 438-139, remarquait déjà que la cavea du théâtre pouvait remonter à l'époque d'Alexandre.
(3) C. Anti, Tealri greci arcaici, p. 173-175, et flg. 58, p. 173. Le développement de C. Anti illustre combien des monuments insuffisamment décrits et publiés peuvent prêter à confusion. Remarquant sur le plan de la publication delphique au voisinage du théâtre un ensemble d'allure trapézoïdale, C. Anti a proposé d'y retrouver un odéon antérieur au théâtre. Croyant qu'aucune donnée chronologique ne permettait de dater le soubassement en calcaire gris (in base aile notizie disponibili, nulla peraltro é possibile dire di piu preciso sulla sua cronologia, p. 174), il a pensé, en le comparant avec un édifice de Catane et un autre (en réalité imaginaire) de Thasos, pouvoir en reporter la date à l'époque archaïque. Constatant ensuite que les concours delphiques recelaient une tradition Cretoise, admettant qu'un odéon ne pouvait manquer d'exister à l'époque archaïque (a Delfl un odeo non puo essere mancato gia in epoca arcaica, p. 174), C. Anti a ainsi retrouvé dans le complexe de ces monuments delphiques un odéon archaïque où reparaîtrait la tradition Cretoise. Rien de ces déductions ne peut tenir devant une analyse des ruines.
(4) C'est en effet en 1947 que R. Demangel nous donna les moyens de dégager cette région du sanctuaire de l'énorme amas de rochers et de déblais qui l'encombrait (du 20 mai au 14 juin).
être cherchée dans cette région1. Si incompréhensible que soit le plan de ces fondations, il semble s'être toujours limité à son extension actuelle. Pour la ligne Sud en effet, bien que l'analemma du théâtre empiète légèrement sur la construction de calcaire gris, celle-ci s'arrêtait sensiblement au niveau de cet analemma. En effet, rompu au niveau de la fondation de calcaire2, l'analemma laisse apparaître un bloc de la ligne de fondation, qui ne présente pas à son extrémité les scellements nécessaires pour la pose d'un bloc suivant (PI. 50, 2). Cet élément porte en outre à son angle Sud-Ouest un trou de goujon carré (de 0 m. 09 x0 m. 09) que l'on ne voit pas figurer sur les autres blocs de fondation et qui convient bien à un renforcement particulier à l'angle du monument. A l'Est aussi, le haut mur d'analemma qui limite la terrasse semble bien marquer la limite primitive du monument en calcaire gris (PI. 53, 1). En effet, la ligne de fondations s'arrête uniformément à 0 m. 80 de la ligne du mur, sauf dans la partie Sud où le mur d'analemma a été remanié et dévié. De même sur le côté Nord : à 0 m. 60 au Nord du retour de la fondation en calcaire, subsiste encore le départ d'un petit mur de terrasse conservé sur 4 assises seulement, mais qui, par l'alternance et l'imbrication des blocs à l'angle, apparaît contemporain du grand mur d'analemma Est. Enfin, sur la fondation même, le bloc le plus à l'Ouest en place sur le retour Nord est certainement le dernier que l'on ait posé, car, de même qu'à l'angle Sud-Ouest il ne présente aucun scellement susceptible de le relier à un élément qui lui succéderait à l'Ouest (PI. 52, 1). Par suite, si étrange qu'elle apparaisse, la fondation de calcaire gris s'est toujours limitée à ce que l'on en voit aujourd'hui : le plan entier en est connu3.
En élévation cette fondation comprend encore sur sa face Sud deux assises de calcaire gris, la première formant fondation, la seconde en retraite de 0 m. 15 environ, où certains blocs ont encore conservé les tenons de bardage nécessaires au transport et à la mise en place. En profondeur deux rangées de blocs constituaient la largeur complète de la fondation (2 m. 85). Également conservé sur toute sa dimension, d'Ouest en Est, le monument est formé de 18 blocs accolés régulièrement sauf aux extrémités Ouest et Est où la disposition change légèrement : le quadrillage régulier s'y interrompt pour faire place à 3 blocs accolés dans le sens de la profondeur, surcroît de précaution pour assurer la stabilité de l'angle. A l'Est, la ligne des fondations est construite de la même façon, avec deux rangées de blocs accolés ; également large de 2 m. 85, elle est intégralement conservée avec 15 éléments en calcaire gris. On constate à l'extrémité Nord-Est la modification dans la disposition des blocs que l'on a notée aux deux extrémités de la
(1) Toute l'ambiguïté de cette identification vient de ce que la fontaine du village de Castri se trouvait approximativement dans cette région ; on faisait le rapprochement avec le texte de Pausanias selon lequel Cassotis se trouve dans la région Nord du sanctuaire. En outre les fouilleurs mirent au jour une conduite où coulait récemment encore une eau apparemment venue de la Kerna située au-dessus du sanctuaire, où s'alimente aujourd'hui partiellement le village moderne de Delphes. (C'est pour capter l'eau de cette canalisation que H. Ducoux dut construire l'égout qui gagne un puits perdu dans la région du trésor XIX. Depuis 1945 ce courant d'eau s'est tari). La découverte en 1949 de l'hydragogue prolongeant vers le Sud la conduite que la fouille de 1896 avait mise au jour a permis de poser le problème de Cassotis différemment.
(2) L'analemma du théâtre était rompu en cet endroit dès la grande fouille. Le mur du théâtre empiétait légèrement sur l'extrémité de la fondation en calcaire de St-Élie, comme Mlle N. Weill a bien voulu le vérifier à nouveau en 1957 et comme le montrent les excellentes photographies qu'elle m'a communiquées.
(3) Il importe de mettre l'accent sur cette évidence, car seule la fouille de 1947 a permis de l'établir en découvrant la totalité de la fondation en calcaire de St-Élie.
face Sud. En outre sur ce côté, la pente du terrain, a imposé de construire des fondations en escalier, selon le procédé constant sur ces terrasses en pente. On distingue ainsi quatre décrochements, du Nord au Sud, pour compenser la dénivellation1. Des blocs de hauteur
Fig. 7. — Deux blocs provenant du monument en calcaire gris.
différente permettaient de conserver sur tout le cours l'horizontalité des assises. Il est clair, sur cette face aussi, que ces deux rangées de blocs constituaient la largeur complète du monument, car sur le côté Ouest de cette ligne de fondations subsistent actuellement trois rochers que l'on a ravalés exactement à l'aplomb des éléments en calcaire gris ; sur le rocher le plus considérable, au Sud, la hauteur de l'entaille fait même apercevoir la
(1) La différence de niveau est considérable puisque la cote de la surface du dernier bloc au Nord est de 22 m. 03 (par rapport à l'euthyntéria du temple), celle de l'assise la plus au Sud de 20 m. 44.
hauteur à laquelle devait s'élever le massif total de la fondation. Sur le retour Nord enfin la fondation comprenait 6 blocs accolés, et ces 6 blocs constituaient la longueur complète de la construction prévue. Non seulement en effet le dernier bloc à l'Ouest ne présente pas de scellements vers l'Ouest qui attesteraient la présence d'un autre bloc, mais on observe dans la disposition des blocs la même modification qu'aux trois autres angles, où le cours des deux rangées de blocs accolés fait place à trois pierres plus étroites.
Autant que cette précision de la disposition générale, l'analyse des caractères architecturaux fait ressortir le soin que l'on avait apporté à cette construction (fig. 7, 8 ; pi. 55, 1, 2). Tous ces blocs de calcaire gris, soigneusement piquetés au lit d'attente et au lit de pose, portent aux faces de joints un large cadre d'anathyrose de 0 m. 12 à 0 m. 17 de large finement poli sur trois côtés, limitant à la partie inférieure un rectangle plus largement démaigri. Les faces tournées vers l'extérieur et non visibles n'étaient que piquetées, tandis qu'aux assises visibles la pierre était soigneusement polie. Tous ces éléments présentent un système de goujons et de scellements très complet : au lit d'attente sur chaque long côté des faces de joints, chaque bloc présente deux scellements en h— I longs de 0 m. 12, larges de 0 m. 07 ; sur chaque petit côté, un seul scellement de même forme et de même dimension. En outre les mêmes lits d'attente portent, répartis de manière que chaque élément de l'assise supérieure soit goujonné verticalement au milieu de la face de joint, des trous de goujon longs de 0 m. 07, de même largeur et de même profondeur que les scellements, révélant, comme eux, la même exactitude et la même régularité du travail. Complétant aux lits d'attente le dessin déjà complexe des trous de scellements et de goujons, des crans de pince permettent régulièrement de retrouver la disposition des blocs supérieurs. Enfin sur les faces latérales on a entaillé selon
l'épaisseur du bloc deux ou plusieurs crans de pince pour la mise en place verticale. L'ensemble de ces caractères, la régularité du travail, la ressemblance avec les blocs en place permettent aisément d'identifier avec certitude les éléments provenant de cet édifice. Très nombreux — 285 identifiés — ils ont été dispersés dans presque tous les dépôts de pierres au cours de la grande fouille. De dimensions variables, ils se répartissent en trois séries selon leur hauteur : 1 pied (0 m. 326), 1 pied et demi (0 m. 49), deux pieds (0 m. 65) 1. Quelle que soit leur catégorie, presque tous ces blocs présentent le même
',. 8. — Bloc de calcaire gris retaillé pour un remploi.
(1) Tous les caractères architecturaux de ces blocs révèlent la technique «industrielle» que l'on constate dans tous les grands monuments de calcaire de cette époque, tant au grand temple du ive siècle, qu'au temple d'Athéna à Marmaria, ou même au trésor de Thèbes.
système de scellements, goujons et trous de pince, indiquant qu'ils entrent dans le mode de construction que l'on peut encore observer sur les éléments en place. Deux d'entre eux cependant sont finement piquetés au lit supérieur et n'y portent la marque d'aucun scellement, ni goujon, ni trou de pince. De plus, l'un d'eux — celui qui devait occuper l'angle Sud-Ouest de l'édifice — outre un trou de goujon carré large de 0 m. 07, au lit de pose, présente un léger bandeau mouluré (de 0 m. 03 de large) sur les deux faces visibles, également polies. Il faut reconnaître dans ces éléments deux blocs de l'assise supérieure de la construction, formant apparemment, soit dallage, soit stylobate. La dénivellation que l'on constate entre l'angle Nord-Est et l'angle Sud-Est du monument impose de rétablir sur la face Sud une hauteur de 7 assises pour assurer l'horizontalité de l'édifice. Les entailles que l'on observe sur les rochers bordant à l'Ouest la ligne Est de construction in situ montrent que celle-ci s'élevait plus haut encore, peut-être jusqu'au niveau supérieur du rocher. Ainsi s'explique qu'en dépit des dimensions restreintes, en plan, de la construction en calcaire gris, on ait conservé tant de blocs qui en proviennent1. On avait élevé en ce point un socle extrêmement puissant, travail considérable auquel on voulait donner une grande stabilité, comme en témoigne le soin avec lequel on avait liaisonné ces blocs entre eux horizontalement et verticalement. Dans aucun édifice du sanctuaire delphique, si ce n'est au temple du ive siècle2, on ne rencontre une telle abondance de scellements et goujons. On projetait apparemment de construire un édifice considérable, car, de toute manière, cette construction en calcaire gris ne peut correspondre qu'à la partie inférieure d'un ensemble dont l'organisation n'apparaît pas à travers les ruines de l'état actuel.
D'autres constructions ont en effet bouleversé le plan primitif. La plus évidente est d'abord, à l'Ouest, l'analemma du théâtre, qui, si légèrement que ce soit, empiète néanmoins sur l'extrémité Sud-Ouest de l'édifice en calcaire gris (PI. 50, 2). La certitude de cette succession en entraîne une autre. En effet à 1 m. 85 au Nord de la ligne Sud des fondations et parallèlement à elle s'élève un mur d'analemma en pierre du Parnasse (calcaire et conglomérat), conservé encore sur 8 assises. Il s'appuie à l'Est sur de gros rochers que l'on a ravalés et entaillés de manière à y ménager un lit d'attente horizontal pour les blocs qui s'y appuient (PI. 54, 1, 2) ; à l'Ouest, il aboutit, à angle droit, sur l'analemma du théâtre avec lequel il est imbriqué de telle sorte que les assises des deux murs s'entrecroisent régulièrement à l'angle3. Cette particularité, l'identité du matériau employé, ainsi que de l'appareil de la construction (longues assises horizontales régulières, mais non isodomes) suffisent à prouver que les deux monuments sont contem-
(1) Il est malheureusement impossible de les rassembler tous à proximité du monument ; ils étaient déjà dispersés apparemment avant la fouille, qui a accentué encore cette dispersion dans la nécessité où elle se trouvait de constituer de grands dépôts de pierres extérieurs au sanctuaire. Les principaux centres de rassemblement de ces blocs se situent non seulement sur la fondation de l'édifice et aux abords (région des trésors XVIII et XIX, et du Potéidanion) mais encore au portique Ouest, au dépôt près de la maison de l'École française et au dépôt audessus de la route d'Arachova (dépôt dit du « gendarme »). Mais des blocs isolés se retrouvent un peu partout : région à l'Est du sanctuaire ou même à l'agora romaine.
(2) Et encore le système de scellements et goujons ne s'y révèle-t-il pas plus complexe.
(3) On retrouve là le même procédé qu'au mur d'analemma situé au Nord du trésor XIX, mais avec cette différence que, dans le mur de protection du trésor XIX, il s'agissait de liaisonner une construction antérieure au mur d'analemma tandis qu'ici on a construit concomitamment un mur de terrasse faisant angle avec l'analemma du théâtre ; l'appareil et le matériau sont identiques.
porains. Ce mur d'analcmma n'entrait pas dans le plan primitif de l'édifice en calcaire gris.
On ne saurait assurer qu'il en est de même pour le haut mur de terrasse qui domine à l'Est la ligne de fondations Est. Il présente toutefois des particularités instructives pour l'histoire de l'édifice : dans sa partie supérieure Nord le mur primitif semhle avoir été prolongé sur une longueur de 2 m. 40 par un tronçon de mur fondé à mi-pente et faisant sur la ligne originelle du mur de terrasse une saillie de 0 m. 10 environ. Encore conservé sur 7 assises ce tronçon de mur appuyé à la pente devait primitivement rejoindre le péribole du sanctuaire. Dans la même direction Nord-Sud le mur d'analemma se poursuit alors parallèlement à la fondation de calcaire gris sur une longueur de 9 m. 70. Conservé sur dix-huit assises, ce mur, dont la face visible était tournée vers l'Ouest, présente des variations de construction et de tracé intéressantes. Rien qu'édifié dans le même matériau et appareilé de manière assez uniforme, il comprend à sa partie inférieure huit assises horizontales où les éléments sont taillés assez irrégulièrement; l'obliquité des joints y apparaît plus marquée, le raccord des pierres moins soigné. La régularité des assises supérieures est au contraire très notable, le bossage des blocs plus soigneusement paré rappelle de très près le travail que l'on observe sur l'analemma du théâtre. Faut-il réellement distinguer deux époques en se fondant sur ces différences ? Peut-être cette altération du travail correspond-elle seulement aux parties visibles et non vues de ce puissant mur de terrasse1.
A 9 m. 20 de l'angle Sud-Est de la fondation en calcaire gris, l'appareil de ce mur d'analemma change complètement (PI. 53, 2). Reaucoup plus irrégulières dans leur dessin et leur matériau, les assises horizontales font place à un appareil polygonal enserrant dans sa construction un rocher que l'on n'a même pas pris soin de ravaler. Déviant ensuite, ce mur contourne par le Nord-Est, à l'arrière, un gros rocher qui s'est écrasé sur l'angle Sud-Est de la fondation en calcaire gris ; il vient aboutir enfin sur un rocher plus considérable encore situé immédiatement à l'Est du premier. Le changement d'appareil et de direction correspond ainsi visiblement à une réfection. La présence des rochers montre assez que la construction première, rectiligne à l'origine, fut rompue par l'éboulement des roches ; on préféra ensuite amalgamer les masses rocheuses au mur d'analemma plutôt que les détruire. Sans doute n'étaient-elles plus gênantes pour l'aménagement nouveau que l'on voulait établir.
Il faut enfin noter l'existence de deux puissants murs de fondation. Tous les deux, de technique grossière, étaient assurément destinés à être entièrement ensevelis. Le premier continue sur une longueur de 7 m. 40, selon une ligne Est-Ouest, le retour Nord de la fondation en calcaire gris (PI. 52, 2) : plus qu'un mur régulier, il apparaît comme un véritable blocage ; haut encore de 2 m. 25, fondé sur un socle de gros blocs polygonaux, fait ensuite d'éléments en pierre du Parnasse de toute forme et de toute dimension, il mesure à son extrémité Est 2 m. 19 de large à la base, 1 m. 84 au sommet actuellement conservé, où il affleure au niveau de la terrasse.
(1) La hauteur que l'on détermine ainsi pour la fondation en calcaire gris que ce mur devait protéger à l'Est correspond exactement à celle que l'on définit à l'Ouest par le travail des rochers.
Formant sensiblement un angle droit avec ce mur un second mur de direction Nord-Sud ferme le quadrilatère que constitue la fondation de calcaire gris et le mur de blocage que l'on vient de décrire (PI. 56, 1). Apparemment très puissant, fait en gros blocs de calcaire grossier, il continue la ligne de l'analemma du théâtre vers le Nord ; on pourrait être tenté d'y voir un état premier de cette construction, antérieure au décrochement actuel correspondant au diazôma où L. Lerat a reconnu une réfection, œuvre des Attalides1. En fait ces fondations ne sont pas rigoureusement dans la ligne de l'analemma ; elles ne rappellent pas davantage l'appareillage que l'on observe sur le mur du théâtre. Elles appartiennent bien plutôt à l'aménagement de la terrasse que déterminent la fondation en calcaire gris de Saint-Élie et le mur de blocage situé au Nord.
Chronologie ; identification.
Tel est l'ensemble de monuments que les fouilles ont mis au jour dans cette région du sanctuaire. La succession de certains éléments est assurée par la topographie même : les fondations en calcaire gris de Saint-Élie constituent certainement la partie la plus ancienne, tandis que le mur de terrasse situé à l'arrière de la ligne Sud de ces fondations participe du même plan que l'analemma du théâtre. L'ambiguïté subsiste pour les deux murs de blocage profondément ensevelis où des arguments fondés sur l'appareil ou le mode de construction ne sauraient être invoqués, où la topographie relative n'apporte guère d'indications décisives. Le haut mur de terrasse situé à l'Est pose des problèmes plus complexes : bien que son matériau et son appareil le rapprochent de l'analemma du théâtre, il n'est pas assuré qu'il faille l'attribuer au même plan d'ensemble, au moins dans son état premier. Le parallélisme qui, sur une partie de son cours, le met en relation avec la fondation en calcaire gris invite à l'en rapprocher pour la date où il fut élevé. Mais les réfections que l'on constate dans ce monument, le fait même qu'il contourne l'arrière des rochers qui écrasent, à l'angle Sud-Est, la fondation de calcaire, prouvent que ce mur fut intégré au plan nouveau, même s'il avait été d'abord édifié dans un autre dessein.
Les caractères architecturaux ainsi que les marques d'entrepreneur gravées sur les blocs en calcaire gris permettent de fixer avec une relative précision la date de cette construction. La technique des larges anathyroses encadrant le piquetage plus grossier l'emploi des scellements en i — I longs et profonds dans le calcaire gris de Saint-Élie rappellent de trop près le travail que l'on observe dans le grand temple du ive siècle, pour que les deux monuments puissent appartenir à des époques très différentes. De même aussi la taille des blocs, évoque, sans risque d'erreur, l'exécution que l'on rencontre au temple en calcaire de Marmaria ou au trésor de Thèbes : même perfection qui révèle pourtant une sorte de « travail industriel », apparemment caractéristique de ces monuments delphiques en calcaire de Saint-Élie au ive siècle. Les marques d'entrepreneur que l'on déchiffre sur les faces latérales des blocs permettent de préciser davantage :
(1) L. Lerat avait eu d'abord cette impression lors de sa fouille de 1934. En fait le plan montre que sur ce point la ligne de fondations sort légèrement de la direction de l'analemma. Sur les travaux des Attalides à Delphes au iip siècle, cf. G. Roux, BCH, LXXVI, 1952, p. 184.
tous les blocs portent non seulement des lettres de pose indiquant apparemment leur assise et leur numéro dans la rangée (ainsi AA, lre assise, 1er bloc), mais sous des formes diverses le monogramme AEI (£1 ou £), marque de l'entrepreneur Acîvwv. Le personnage est connu (PI. 54, 4). Entrepreneur delphien, il apparaît dans les comptes des naopes au ive siècle (FD, III, 5, 32, 1. 8) et les marques que l'on trouve aussi bien dans les parties en calcaire du temple du ive siècle que dans celles du trésor de Cyrène montrent qu'il s'était spécialisé dans l'exploitation des carrières de Saint-Élie1. Bien que la date du compte des naopes où cet entrepreneur apparaît ne puisse être fixée rigoureusement, ses fournitures pour les parties basses du temple montrent qu'il travaillait dès le début des travaux, avant l'interruption que l'on constate dans la construction du temple2. De même au trésor de Cyrène, où l'on suppose aussi une interruption, Deinôn fournit les éléments des parties inférieures, pendant la première tranche des travaux. On assignerait la même date au monument en calcaire gris, soit le deuxième quart du ive siècle.
Enfin l'analemma du théâtre et le mur de terrasse situé à l'arrière de la ligne de fondation Sud sont contemporains ; ce qui donne la date du second aménagement indépendant du monument en calcaire gris. Contrairement à ce que l'on a longtemps cru, le théâtre de Delphes fut construit à une date relativement haute : les caractéristiques architecturales permettent d'affirmer que « la construction de l'orchestra et du koilon de pierre, divisé en sept kerkides et comportant trente-cinq rangs de gradins, doit être rapportée au ive siècle >>3. C'est ainsi très peu de temps après le début des travaux pour construire l'édifice en calcaire gris, que l'aménagement du théâtre fit imposer une nouvelle disposition de la région. Le délai relativement court qui sépare ces deux séries de travaux contradictoires aide peut-être à comprendre ce que l'on se proposait de faire et ce qui s'est passé.
Lorsque, dans le deuxième quart du ive siècle, on fit appel au Delphien Deinôn pour construire l'édifice auquel on doit rapporter la fondation de calcaire gris, on se trouvait, dans la zone où l'on voulait édifier le nouveau monument, en présence d'un terrain accidenté et chaotique. La pente y était particulièrement forte aussi bien du Nord vers le Sud que de l'Ouest vers l'Est. En outre de gros rochers avaient dévalé dans cette région, longue coulée tombée du Parnasse dont on retrouve de nombreux éléments entre l'édifice en calcaire gris et les trésors XVIII et XIX, immédiatement au-dessous4. A cette même chute, il faut sans doute rapporter la série de rochers que l'on a entaillés pour établir la ligne de fondations en calcaire gris à l'Est, et particulièrement l'énorme masse rocheuse qui se dresse à l'intérieur de l'angle Sud-Est de la fondation en calcaire. Pour édifier le bâtiment nouveau il fallait déterminer une surface plane suffisante, et, comme partout ailleurs dans cette région, entailler la pente au Nord-Ouest pour remblayer au Sud-Est. Mais, dans ce secteur, le problème était plus difficile encore à résoudre
(1) Cf. F. Courby, FD, II, Terrasse du temple, p. 89; J. Bousquet, FD, Le trésor de Cyrène, p. 15. Sur les carrières du St-Ëlie, cf. É. Bourguet, Ruines de Delphes, p. 334-339.
(2) F. Courby, FD, Terrasse du temple, p. 90 ; J. Bousquet, FD, Le trésor de Cyrène, p. 24-25.
(3) G. Roux-Ch. Dunant, BCH, LXXV, 1951, p. 137.
(4) L. Lerat a déterminé que le plus grand nombre de ces rochers est tombé au début du vie siècle en constatant qu'ils écrasaient de petits bronzes datés au plus bas du vne siècle.
qu'ailleurs. D'une part entailler profondément au Nord-Ouest conduisait à creuser en contrebas du péribole ; d'autre part la terrasse se heurtait aux énormes blocs de rochers qui l'encombraient. Aussi décida-t-on apparemment de prendre le sommet de ces rochers comme plan de nivellement, trouvant ainsi un moyen terme pour éviter de creuser trop profondément au Nord et de remblayer à l'excès au Sud. Mais, même ainsi, la terrasse nouvelle nécessitait un socle de retenue très solide vers le Sud et l'Est. Ce fut le but que l'on assigna aux fondations de calcaire gris que Deinôn fut chargé de construire. De même vers le Nord et l'Ouest les murs de blocage que l'on a retrouvés profondément ensevelis furent destinés à fixer en profondeur la pente abrupte que l'on avait dû entailler pour le nivellement. On cherchait ainsi à fixer solidement un vaste quadrilatère (de 17 mètres sur 16 mètres) ; le soin que l'on apporta à construire le socle de calcaire gris prouve l'importance de l'édifice que l'on projetait de construire. Enfin, pour garantir la terrasse du côté de l'Est, on construisit sans doute alors la partie centrale du haut mur d'analemma qui domine encore aujourd'hui la ligne de fondation Est en calcaire. Ces travaux furent-ils achevés ? Ils ne dépassèrent en tout cas jamais la préparation de la terrasse, soit qu'ils eussent été interrompus par des événements extérieurs, soit qu'un accident naturel vînt en arrêter l'exécution, soit peut-être pour les deux causes à la fois. On l'a noté en effet1, les trois édifices, où Deinôn est intervenu, semblent avoir été interrompus tous les trois en cours de travaux. Faut-il y voir un effet de la troisième guerre sacrée aux environs de laquelle se place apparemment l'activité de Deinôn ? Si ces événements arrêtèrent la construction du monument en calcaire gris, ils ne firent pas seuls abandonner le projet primitif. Une chute de rochers venue du Nord-Est vint en effet endommager la construction en cours. A l'angle Sud-Est deux énormes masses rocheuses s'écrasèrent sur l'angle de la construction en calcaire2 (PI. 50, 1). D'autres plus au Nord rompirent le mur d'analemma que l'on avait construit à l'Est. Le projet primitif ne devait jamais être continué. Non seulement la solide construction de calcaire gris servit très rapidement de carrière, comme l'attestent les remplois divers3, mais la terrasse fut organisée autrement, lorsque, dans la seconde moitié du ive siècle le théâtre fut construit.
(1) J. Bousquet, FD, Le trésor de Cgrène, p. 15.
(2) Comme on le voit encore maintenant où l'un des rochers prend appui sur l'angle de la fondation de calcaire. Les marques d'encastrement que portent ces rochers prouvent qu'ils furent intégrés à l'organisation nouvelle de la terrasse.
(3) Un bloc provenant de ce monument a été remployé pour servir de fondation. à une base située devant le portique des Athéniens que plusieurs inscriptions permettent de dater au plus tard de 139/138 [inv. 3878, cf. G. Daux-A. Salac, FD, III, 3, nos 1"18, 119, 120; G. Daux, Chronologie, L 60, archontat de Sôsipatros : 139/138. L. 63, archontat d'Hagiôn : 130/129 ou 134/133). Ce sont aussi des signes de remplois qu'il faut trouver sur plusieurs blocs dont un côté a été entaillé en forme de corniche (cinq exemplaires ont été retrouvés, trois sont actuellement dans le portique Ouest, un autre en contrebas de la scène du théâtre, un autre à l'Est du « Potéidanion »). Outre que ces corniches ont été retaillées sans tenir compte du lit de pose, ou du lit d'attente, ou de la place des scellements le travail que montrent ces faces de taille diffère absolument de celui que l'on observe pour la taille primitive des blocs ; il est beaucoup plus grossier, et le profil des corniches ne présente aucune régularité ; un autre bloc, au moins, a été remployé dans l'une des nombreuses bases, inscrites retrouvées près de l'église St. -Nicolas où avaiant été gravés des actes d'affranchissement à la fin du ne ou au me s. ap. J.-G. Enfin un bloc, plus étrange encore que les autres, se trouve dans le dépôt du portique Ouest ; il s'agit d'un élément appartenant à la série la plus épaisse (2 pieds de haut) qui a été taillé sur une face en forme de corniche mais dont les autres faces présentent tant de diversité que je ne trouve d'autre explication que dans l'inachèvement du travail primitif : nouvel indice, me semble-t-il, de l'arrêt du projet initial. Pourquoi avoir taillé de la sorte certains éléments repris à la fondation de calcaire gris, sinon pour préparer soit des bancs, soit des couronnements de base, remployant ainsi les magniques matériaux que l'on avait amenés à pied d'œuvre pour l'édifice abandonné ?
En édifiant en même temps que l'analemma du théâtre le mur de terrasse en conglomérat qui, s'élevant au niveau du diazôma du théâtre à l'Ouest, vient s'appuyer à l'Est sur les gros rochers qu'avaient respectés les constructions de Deinôn, le nouveau plan constituait deux terrasses distinctes. La première au niveau supérieur prolongeait en quelque sorte le diazôma jusqu'au mur de terrasse à l'Est, mur que l'on prit soin de rétablir dans les parties où l'éboulement de rochers l'avait rompu. Au niveau inférieur, on établit également une seconde terrasse dont les limites et le niveau sont assez faciles à déterminer. A 6 mètres au Sud de la fondation en calcaire gris de Saint-Élie, dans l'analemma du théâtre, font saillie des dalles en grossier calcaire gris ; à la même hauteur (soit 0 m. 80 au-dessus du niveau actuel de la fondation en calcaire de Saint-Élie) on en retrouve des fragments identiques à l'angle de l'analemma du théâtre et du mur de terrasse situé au Nord de la fondation en calcaire. Prises dans l'analemma du théâtre, ces dalles en sont certainement contemporaines. Elles correspondent à un grand dallage qui occupait toute cette région. On en trouve à l'Est les limites dans les entailles que l'on observe sur les rochers éboulés, où le dallage a pris appui1. C'est ainsi une vaste esplanade de 10 m. 75 de profondeur, et 18 mètres de façade qui s'étendait au Sud du mur d'analemma, tandis que, à 3 m. 50 au-dessus, une nouvelle terrasse prolongeait en quelque sorte le diazôma du théâtre. Pouvait-on passer d'une terrasse à l'autre ? Bien que l'état actuel n'en présente aucune trace, il paraît vraisemblable pourtant qu'on ait établi un escalier ou une rampe à l'angle Est, entre les gros rochers que les premiers constructeurs avaient respectés et ceux qui, plus à l'Est, avaient, dans leur chute, rompu le mur d'analemma et brisé les fondations de calcaire gris. Un dernier détail assure la longue permanence de cette organisation en deux terrasses superposées, peutêtre jusqu'à la fin du sanctuaire. Le mur d'analemma situé au Nord de la fondation en calcaire de Saint-Élie porte en assise de couronnement deux blocs inscrits auxquels il faut en associer un troisième retrouvé sur la terrasse du temple (aujourd'hui dans le dépôt du portique Ouest)2 (PI. 51, 2). Ce texte, assez tardif (forme lunaire de Y epsilon et du sigma, iotacisme si = i), mentionne qu'apparemment troisper sonnages Nikostratos,
(1) Cette entaille située dans le rocher le plus au Sud est à la cote 20,88 alors que la dernière assise en place de la fondation au Sud porte la cote 20,44 ; il semble bien ainsi que la fondation au Sud n'a jamais été achevée au-delà des assises actuellement visibles en place : la place des rochers écroulés à l'angle Sud-Est impose, semble-t-il, la même conclusion.
(2) Les trois blocs qui composent le couronnement de ce mur sont les suivants : inv. 5122 + pierre non inventoriée + inv. 1685. Trois blocs en calcaire coquille du Parnasse ; le premier à l'Ouest (inv. 5122) avait été trouvé in silu ou remis immédiatement en place par la fouille, servant de couronnement au mur d'analemma ; au cours des travaux de 1947 on découvrit au Sud de la fondation de calcaire gris le bloc inscrit qui venait exactement à l'Est du premier ; on l'a remis en place ; enfin au cours du reclassement des inscriptions de la place du pronaos en 1947 on identifia, comme le troisième élément de cette série, un bloc trouvé le 28 juin 1894 [inv. 1685), au Nord du temple ; il a été maintenant transporté sur le terre-plein du portique Ouest. Ces trois éléments mesurent respectivement 1 m. 20, 1 m. 60, 1 m., 305 de long, tous uniformément 0 m. 38 de haut ; l'inscription qui court sur la face Sud est gravée en grandes lettres grêles de 5 à 8 cm. 5 de haut, sigma et epsilon lunaire ; un éclat au joint des I et 1 1 a fait laisser un intervalle dans la gravure du premier nom, à cheval sur les deux blocs. La lecture du troisième nom seule est douteuse.
IGIKOCTP1 1 ATOYnOAeiTOY I £U L 0/HSIOY
Tono;
NetxoaTpdtTou, IIoXeÎtou, [rjeveOXsîou ? | tÔ7Toi Pour le nom rare TzvéQlioç, cf. Hesperia, IV, 1935, p. 180, n° 7 ; la lecture Torau n'est pas assurée ; on pourrait aussi lire tottcç où le sigma lunaire serait plus maladroitement gravé encore que le reste du texte.
Politès et Génélhlios (?) s'étaient réservé l'emplacement1. La mention de totoh identiques est déjà connue à Delphes même, quand les changeurs s'établirent dans le trésor des Athéniens (J. Audiat, FD, II, Le Trésor des Athéniens, p. 91) ou au théâtre, sur la base enidienne dédiée à Dionysos (cf. É. Bourguet, FD, III, 1, 140). L'inscription qui court sur le bandeau de couronnement du mur de terrasse voisin du théâtre n'est sans doute pas aussi tardive que les textes analogues déchiffrés sur le trésor d'Athènes. Faut-il en conclure que cette région du sanctuaire fut plus tôt abandonnée aux usages profanes ? Peut-être n'est-ce pas nécessaire ? Les deux terrasses furent assurément conçues comme des annexes du théâtre : les emplacements réservés que marquent ces topoi appartenaient sans doute à des personnages en rapport avec l'activité du théâtre2.
Telle est en définitive la succession des aménagements que semble imposer l'étude de ces ruines si complexes : dans le deuxième quart du ive siècle l'entrepreneur Deinôn fut chargé de construire le socle en calcaire gris d'une puissante terrasse, apparemment destinée à recevoir un édifice important3. Les travaux furent interrompus soit par l'effet de circonstances politiques ou économiques, soit seulement parce qu'une chute de rochers venue de l'Est vint endommager les constructions déjà faites. En tout cas le projet primitif ne fut pas repris. Les fondations déjà en place furent exploitées comme carrière jusqu'à ce que la construction du théâtre, à la fin du siècle, fit adopter une nouvelle organisation de la région : deux terrasses furent construites. Au niveau supérieur l'une prolongeait le diazôma vers l'Est. En contrebas un vaste dallage de calcaire gris permit d'établir en cette région une terrasse dominant toute la région Ouest du temple. Sans que la destination de ces deux terre-pleins apparaisse vraiment, il semble bien que cet aménagement subsista jusqu'à la fin du' sanctuaire.
2. La lesché de Cnide (plans 18, 19, 20, 21 ; fig. 9, 10, 11 ; pi. 62 à 72).
Adossée au mur Nord de l'enceinte, la lesché de Cnide occupait l'emplacement le plus élevé du sanctuaire. Elle en fut aussi l'un des ornements les plus célèbres grâce aux peintures que Polygnote de Thasos y avait faites. Plutarque y a situé la scène d'un dialogue en y faisant s'achever la promenade d'Ammonios, de Démétrios de Tarse et de Cléombrotos de Sparte discutant sur « la disparition des oracles »4. Pausanias surtout
(1) Que l'on doive lire xôrtoi. ou totzoc, le sois ne saurait faire de doute ; chacun des trois personnages avait son emplacement réservé.
(2) Pour ces T07roi en général, «cf. Chr Dunant-J, Pouilloux, Recherches sur V histoire ei le* nillrs de Thasos 11, n<> 325.
(3) En discutant avec .M M. 1'. de La Coste-Messelière ou L. Lerat, nous nous sommes bien souvent demandé quel édifice important on avait ainsi projeté de construire ; comment des travaux de cette envergure n'ont-ils pas laissé de trace dans les comptes ? Faut-il y chercher un édifice religieux pour un dieu autre qu'Apollon ? Un bâtiment plus profane comme le naopoion par exemple ? Je n'ai pu trouver dans les comptes aucun indice. I.a seule fourniture de Deinôn mentionnée dans les comptes est une construction peu importante en briques crues autour de l'omphalos (FD, III, 5. 32, 1. S à 11).
(4) Les indications que donne Plutarque dans ce dialogue sur la lesché de Cnide ont été parfois mal interprétées ; H. Pomtow (Beilràge..., p. 41) avait conclu du texte de Plutarque que la lesché servait de salle d'entrainement aux gymnastes : TOtpsXOôvreç oùv el'aco touç çîXooç xpôç oûç èêaSî^Ojjtsv éwpùu.ev xa67)|ilvou<; xai 7teptu.évovxocç r)ji.aç ' ïjv Se twv aXXcov rjau/îa Sià ty,v topav àXeicpouivciV xal 6ea>|iivcov toùç à0Xr;Tàç. H. Bliimner l'avait averti de son erreur, et H. Pomtow rectifia dans une note des Delphica, II, p. 76 : « Denn twv aXXcov jouxta sei nicht Gen. subjectivus, sondern objectivus. 'Hauxîa tivoç bedeute, wie haufig, das Ungestôrtsein vor jemand.
a consacré à la lesché une longue description des peintures de Polygnote, énumération suffisamment précise pour que l'on ait pu songer à reconstituer la représentation1. Les indications architecturales sont beaucoup plus restreintes : « Au-dessus de Cassotis il y a un édifice qui renferme des peintures de Polygnote ; c'est une offrande des Cnidiens. Les Delphiens l'appellent lesché, parce qu'on avait autrefois l'habitude de s'y réunir pour discuter de choses graves et aussi pour conter des histoires. Les locaux de cette espèce étaient nombreux dans toute la Grèce, comme le prouvent ces vers d'Homère, parmi les insultes que Mélanthô adresse à Ulysse :
« Au lieu d'aller dormir dans la chambre de forge ou dans quelque lesché tu viens faire ici le hâbleur »2.
A part la précision topographique ùizkp Se t/jv KaacjcmSa3, on en est réduit à ces deux seules indications : le monument offert par les Cnidiens était un oïxrjpia ; on l'appelait Xég^t). Du premier, on ne peut attendre de précision, puisque c'est apparemment le terme le plus général pour désigner un édifice et qu'il convient à toute espèce de construction, religieuse ou profane. On ne peut guère conclure davantage
und die Obersetzung sei daher : nian hutle aber der Tagezeit wegen Ruhe von den anderen, da sie sich salbten (oder besser sich salben d. h. massieren liessen vom Aleiptes) und den Athleten zusaten (naturlich im Stadion |besser Gymnasion in der Kastaliavorstadt]). Hiermit sind die auffallenden Athletenùbungen in der Lesché gliicklig beseitigt ». Mais R. Flacelière dans son édition du dialogue «sur la disparition des oracles», § 6 (p. 118), a traduit aussi : « Les autres personnes étaient également de loisir, occupées seulement comme c'est l'usage à se frotter le corps avec de l'huile ou à regarder les athlètes. » R. Flacelière commente ( p. 100) : Le De de/erlu « pouvait fort bien avoir pour cadre la lesché parce que cette salle assez profane était habituée à entendre toutes sortes de discussions sur des sujets « qui suscitent beaucoup d'objections et d'hypothèses contradictoires » (chap. 52) ; ces joutes philosophiques n'étaient pas sans entretenir quelque analogie avec les exercices des athlètes qui utilisaient le même édilice comme une palestre, et il n'y avail pas trop d'inconvénients à ce que des oisifs fussent là en nombre pour écouter ». Cf. également dans l'édition du même auteur (p. 89, n. 1) : « On pourrait supposer que ces athlètes s'exerçaient sur la terrasse, devant, la lesché proprement dite, mais il est beaucoup plus probable qu'ils le faisaient au centre même de l'édifice, là où convergeaient les regards de tous les assistants, dans l'espace que Bourguet appelle « la cour centrale ». Enfin, p. 226, n. 33 : une 7Âayt\ est une sorte de « club » un édifice servant de deu de réunion et de repos (cf. Pausanias X, 25, 1) et faisant accessoirement aussi office de palestre (comme le prouve, quelques lignes plus bas, l'allusion aux athlètes qui s'y exerçaient). Mais R. Flacelière a rectifié cette interprétation dans son édition du Dialogue sur V Amour, appendice, p. 136 : « Le texte de Plutarque ne prouve pas que la lesché de Cnide ait été utilisée comme palestre, car au début du eh. 6, en 412 D, comme me l'a fait observer G. Mathieu, il faut traduire "îjv Se tojv àXXtov r]cruy[a Sià t),v topav àXei(po(/ivcov : « le calme y régnait, les autres en raison de l'heure étant occupés (ailleurs) à s'entraîner ou à regarder les athlètes... ». Comparer Hérodote 1,45,1. 16 : r^au/b] tcov àvôpo>7rcùv èyévSTO Ttepl xô office pour dire : il n'y avait personne autour du monument ». Il n'y a plus dès lors que deux indications relatives à la lesché dans ce dialogue de Plutarque : la première (en 436 B) cite l'épigramme de Simonide qui constituait à la lesché la signature de Polygnote (cf. Pausanias, X, 27, 4) : la seconde, bien indéfinie, se rapporte à l'accès à la lesché : nous étions parvenus près de la porte de la lesché des Cnidiens : siri tocTç Oùpociç tîjç KviSîwv Xéa/iQç. L'emploi ordinaire de 6ùpa ne permet pas de distinguer s'il s'agit ici d'une ou de plusieurs portes. Néanmoins la forme 0ùpai; paraît bien indiquer qu'il s'agit au moins d'une grande porte — à deux battants — sinon de plusieurs. La ruine du monument, sur la face Sud où se trouvait cette (ou ces) ouverture(s) ne permet pas de régler cette difficulté.
(1) Pausanias, X, 25, 1 à 32, 1. La reconstitution a été tentée par C. Robert, Annali dell ' Islilulo di Correspondenze Archaeologica, Rome, 1882, p. 273 ; et depuis lors une série de travaux a été consacrée à ce problème ; on en trouvera une liste partielle dans A. Rumpf, Handbuch der Archàologie, VI, 4, 1 (1953), p. 93, et n. 3. Les problèmes relatifs à Polygnote ont été traités par E. Lôwy, Polygnol (1929) ; repris par C. Weickert, Abhl. Berl., Phil.-hist. Klasse, 1947, 8, p. 25, qui date la lesché des années 458-447 ; c. r. de A. Rumpf, Gnomon, 24, 1952, p. 368-372, et par G. Lippold, RE, s.v. Polygnolos I, col. 1630-1639. Mais aucune de ces études n'a fait faire de progrès à notre connaissance architecturale de la lesché.
(2) Pausanias, X, 25, 1, traduction G. Daux (dans Pausanias à Delphes, p. 57).
(3) Cf. l'étude de la topographie générale de la région nord, p. 142.
(4) Pline l'Ancien, II. N., XXXV, 59 ; la conclusion lesché : monument fermé, et non portique, est indiquée par É. Bourguet, DA, s.v. Lesché.
du terme aedes qu'emploie Pline l'Ancien à propos de ce monument. Peut-être est-on fondé cependant à y voir l'indication d'un monument fermé, non d'une stoa s'ouvrant par un portique que Pline eût apparemment appelée porticus. Quant au terme lesché, nous sommes trop mal informés sur cette catégorie d'édifices pour en tirer d'abord des conclusions sur la forme du monument delphique1. Mieux vaut se borner aux indications de la ruine, si décevantes qu'elles puissent être.
La fouille.
C'est en 1895 que Th. Homolle fit entreprendre l'exploration de la région Nord où la description de Pausanias situait la lesché2. L'attente ne fut pas déçue. Au début d'octobre dès qu'on put atteindre la région sifuée au Nord du monument de Daochos apparut une inscription qui assurait l'identification de l'édifice : la dédicace de l'analemma soutenant au Sud la terrasse où s'élevait le monument3. Il fallut tout le mois d'octobre pour dégager l'ensemble de l'édifice et les murs de terrasse qui le limitaient à l'Ouest4. Cependant la masse de déblais accumulés à l'Est fit hésiter les fouilleurs. A peine dégagea-t-on quelques mètres dans le chaos de rochers, juste assez pour reconnaître que « les deux extrémités de la terrasse qui porte la lesché sont protégées par des égouts dont l'un va rejoindre sans doute la canalisation extérieure, et dont l'autre se prolonge en ligne droite jusqu'au-dessus des Thessaliens... »5. Au cours de travaux complémentaires, L. Lerat reprit en 1935 l'exploration des couches profondes situées sous la lesché ; il y découvrit « une riche série de vases vulgaires ou décorés, appartenant à la série protocorinthienne... La lesché de .Cnide reposait sur une couche corinthienne très dense ; au pied de l'analemma on a retrouvé plusieurs fragments de cimaises en terre cuite polychrome de la lesché, de nombreux débris carbonisés d'une niké en terre cuite qui devait être l'acrotère »6. Il fallut attendre les travaux de 1947-1950 pour procéder au déblaiement définitif de toute la région7.
Ces recherches amenèrent des découvertes analogues à celles de 1935, céramiques et bronzes du haut archaïsme8, terres cuites architectoniques9. Elles permirent en outre
(1) Cf. J. Ohler, RE, Bd. 24., s.v. Leschai (col. 213.3) ; É. Bourguet, DA, s.V., Lesché; l'édifice delphique est le moins mal connu de toutes les leschés, mais est-on fondé à étendre à toute cette catégorie d'édifices les conclusions que l'on peut tirer d'une étude de la lesché de Cnide ?
(2) CFtAI, 1894, p. 202 : « Mon programme pour cette année était le suivant : achever le déblaiement du temple d'Apollon et entamer celui de la région supérieure du sanctuaire, qui contenait le théâtre et la fameuse lesché des Cnidiens ornée des peintures de Polygnote ».
(3) Journal de la grande fouille,' y>. 407 : 1er octobre : au Nord des bases de Gélon, à 20 mètres plus haut, beau mur hellénique au pied duquel une pierre détachée de l'assise supérieure portait KviSîœv ô 8à[i.oç | to àvdcXau.[xa | ' AkoXXcùvi.
(4) Journal de la grande fouille, p. 415 : mercredi 16 octobre. On trouve le niveau du sol ancien; en contrebas du mur Nord les restes d'un stucage bleu foncé. Le mur est formé de deux pierres juxtaposées : la pierre extérieure, en calcaire de St-Élie, intérieure en tuf; on découvre ainsi 3 bases qui ont dû porter les colonnes de la stoa ; elles sont petites et fondées seulement sur la terre. Jeudi 17 octobre. On trouve dans la lesché une quatrième base analogue aux 3 autres de la veille. Jeudi 24 octobre. Proxénie de 2 Cnidiens (Inv. 3197, BCH, XX, 1896, p. 637 et GDI, 2758) ; deux beaux morceaux de terre cuite peinte dont les couleurs sont restées très vives.
(5) Th. Homolle, BCH, XXI, 1897, p. 272. Cette canalisation que l'on a fait disparaître au cours des sondages en profondeur suivait apparemment la voie directe par laquelle on montait à la lesché.
(6) L. Lerat, BCH, L1X, 1935, p. 276.
(7) BCH, LXXI-LXXII, 1947-1948, p. 454 ; LXXIV, 1950, p. 325.
(8) J. Marcadé, Un casque crétois trouvé à Delphes, BCH, LXXIII, 1949, p. 420-436.
(9) Cf. BCH, LXXIV, 1950, p. 326 et fig. 34, p. 325.
de reprendre l'étude architecturale complète du monument et de sa terrasse, dans l'état où ces travaux ont actuellement laissé cet ensemble1.
État actuel.
Quelque peu isolée dans les régions hautes du sanctuaire, la lesché de Cnide ne fut certainement pas construite au hasard sur l'emplacement où les fouilles l'ont retrouvée. Dans le vaste espace, souvent chaotique, que les constructeurs du vie siècle avaient ajouté à l'enceinte sacrée2, les Cnidiens choisirent l'endroit d'où l'on dominait le plus exactement la place du pronaos, l'autel de Chio et l'entrée du temple. Telle était en outre la pente du terrain que, malgré les monuments divers et les offrandes établies autour de la place sacrée, on voyait ce qui se passait sur l'autel ou devant le temple. Le regard s'étendait sur toute la vallée, par delà le gymnase et le sanctuaire d'Athéna. L'excellence de la situation fut assurément l'un des motifs, sinon le motif essentiel, pour inviter les Cnidiens à établir leur construction à cet endroit.
Si la position était avantageuse, la nature du terrain imposait d'importants travaux de terrassement pour asseoir l'édifice. La double pente Nord-Sud et Ouest-Est obligea les constructeurs à creuser assez profondément l'endroit où ils désiraient établir l'angle Nord-Ouest de leur monument, tandis qu'ils remblayaient la région Sud et plus particulièrement l'angle Sud-Est. Ils déterminèrent ainsi une vaste terrasse de 20 m. 05 sur 13 m. 25, limitée au Nord et à l'Ouest par des murs destinés à contenir les terres en surplomb ; à l'Est et au Sud par des murs de soutènement qui retenaient les terres rapportées. Sur la terrasse ainsi faite on établit le monument. Il occupait presque entièrement la surface aménagée, ne laissant qu'un étroit couloir au Nord et à l'Ouest (de 0 m. 425 à 0 m. 50 au Nord ; de 0 m. 95 à l'Ouest). Dans l'état actuel la terrasse libre est plus importante au Sud ; elle mesure 3 m. 35 de large à l'angle Sud-Est. Enfin on accédait à la lesché par l'angle Sud-Ouest, comme l'état actuel permet encore de le faire. Vers l'Est la terrasse était de plain-pied avec l'angle Nord-Est du téménos. Pouvait-on atteindre aisément de ce côté l'entrée de l'édifice? Ce n'est pas assuré, car l'angle Sud-Est se trouvait en surplomb3, et il eût fallu apparemment une porte vers l'Est que la ruine n'autorise guère à supposer.
Au Nord la terrasse est complètement fermée par un haut mur de soutènement (PI. 63, 1). D'appareil polygonal, il suit la ligne du péribole Nord du sanctuaire bien que la construction en soit assez différente. En continuant à l'Est et à l'Ouest de la terrasse cnidienne on retrouve en effet le mur d'enceinte archaïque fait de blocs monumentaux, à joints courbes (PI. 63, 2). Lors de la découverte on fut immédiatement sensible à la différence de construction entre ces murs et l'analemma Nord de la lesché : non seulement les éléments de celui-ci sont notablement plus petits que ceux des murs
(1) Quelques aménagements complémentaires ont été faits par L. Lerat en 1954 dans la région comprise entre la lesché et l'angle Nord-Est du péribole.
(2) Cf. les conclusions chronologiques indiquées BCH, LXXIV, 1950, p. 328, et ci-après p. 142.
(3) Comme en témoigne la feuillure d'angle visible à l'angle Sud-Est de l'analemma. Il y a actuellement une différence de niveau de près de 7 mètres entre la dernière assise en place à l'angle Sud-Est et la fondation du premier édifice retrouvé en contrebas. Il est vrai qu'il s'agit d'un monument de l'époque géométrique écrasé par un éboulement des roches.
précédents, en particulier dans les parties basses de l'édifice, non seulement encore les pierres sont taillées à joints droits, mais elles sont disposées en longues assises obliques et de petits blocs interviennent en bouchons dans l'ordonnance de l'ensemble1. On ne retrouve guère de blocs monumentaux à joints courbes que dans l'assise supérieure du mur conservé. De telles différences avaient conduit à penser que les constructeurs du Ve siècle, obligés de creuser profondément au-dessous des fondations du péribole, avaient édifié alors le mur d'analemma Nord que les fouilles ont retrouvé, le raccordant à l'Est et à l'Ouest au péribole archaïque.
L'examen de l'angle Nord-Ouest invite cependant à réviser cette opinion (PI. 66, 1,2) : en ce point en effet la terrasse est limitée par un mur polygonal orienté Nord-Sud. Il se détache à angle droit du mur de soutènement Nord : à 3 m. 70 de cet angle, il fait à nouveau un angle droit et sur 1 m. 42 prend une direction Est-Ouest. Après une déviation de 90°, il reprend sa direction Nord-Sud et demeure conservé sur 1 m. 80 de longueur. Il devait marquer une nouvelle déviation dans la partie disparue, car on retrouve une ligne de fondations et un mur polygonal assez analogue 8 m. 10 plus au Sud, mais cette fois sur une ligne en retrait vers l'Est de 2 m. 37 sur l'orientation du mur précédent. Peut-être les deux tronçons se rattachaient-ils l'un à l'autre par un tracé légèrement courbe, si l'on peut se fier aux indications des premiers éléments par lesquels commence au Nord l'élément Sud. Ce mur se poursuit sur une longueur de 11 m. 30 notablement au-dessous de la lesché. Il se rattache ainsi aux murs de terrasse qui occupaient la partie moyenne de la région Nord, contenant vers l'Ouest les terres qui surplombaient la rampe montant à la lesché du Sud vers le Nord2.
L'appareil de ce mur polygonal diffère quelque peu de ceux que l'on observe sur la face Nord de la terrasse : les éléments sont nettement plus petits que ceux du péribole archaïque ; ils ne présentent pas davantage la taille à joints courbes caractéristique du mur plus ancien. Les blocs ont pourtant des dimensions plus importantes que ceux du mur de soutènement Nord et leur ordonnance polygonale est plus accusée. Enfin la manière dont les trois murs se rejoignent à l'angle Nord-Ouest vaut d'être examinée; attentivement : le mur au Nord de la lesché se raccorde au péribole archaïque qui le prolonge à l'Ouest, par une simple juxtaposition ; le mur de terrasse Ouest au contraire est séparé de l'analemma Nord par un véritable vide. La crête de ce mur soutient en outre plusieurs gros rochers qui servent de fondations au péribole archaïque ; tant dans leur appareil que par leur juxtaposition, ces trois murs doivent être distingués. Chacun appartient à une époque différente.
Le système de protection vers l'Est apparaît moins nettement : deux blocs de calcaire enveloppant encore exactement l'angle Nord-Est de la lesché proprement dite ; et, 1 m. 05 au delà, un bloc de calcaire, placé en long dans le sens Nord-Sud, subsiste seul du mur qui limitait la terrasse à cet angle. La fouille a cependant fait apparaître les fondations de ce mur de terrasse qui, après une interruption de 1 m. 50, se poursuit sur une longueur
(1) Cf. la coupe dessinée par C. Tousloukof au long du mur Nord du péribole (plan 2).
(2) Sur toute la terrasse contenue à l'angle Sud-Est par ce mur les fouilles n'ont mis au jour les fondations d'aucun monument. On a cependant de bonnes raisons de croire que l'offrande des Messéniens du haut s'y trouvait, dominant les visiteurs qui gagnaient la lesché (cf. ci-après, p. 142).
de 3 mètres selon une direction légèrement oblique par rapport au mur Est de la lesché. Ces fondations s'arrêtent actuellement sur la crête d'un mur d'époque géométrique auquel on avait superposé les fondations de ce mur de terrasse. Ce dernier se continuait-il plus au Sud ? Il ne le semble pas, car à l'angle Sud-Est l'analemma Sud de la lesché fait un retour vers le Nord dans la ligne même du mur Est de la lesché. Cette région devait être en surplomb au-dessus de la zone Est, jusqu'au péribole Est du sanctuaire. Deux indices justifient cette hypothèse ; le niveau visible du péribole Est est de beaucoup inférieur à celui de la lesché1. Encore eût-on pu y passer par pentes successives, et c'est sans doute ce qui se produisait jusqu'à l'angle Nord-Est. Mais à l'angle Sud-Est de la terrasse cnidienne une seconde indication permet d'affirmer que le mur d'analemma Sud dominait en ce point la région au Sud et à l'Est. Il présente en effet une feuillure d'angle à double redan, justifié seulement si cette construction était exposée à la vue sur toute sa hauteur.
Le mur qui ferme enfin la terrasse au Sud se distingue nettement de ceux que l'on peut observer à l'Ouest et au Nord. Disposé en assises régulièrement horizontales, il est encore conservé sur 4 assises à l'angle Est (hauteur conservée : 2 m. 37) ; au centre il garde 5 assises tandis qu'à l'Ouest il n'en subsiste que 3. Régulières, ces assises ne sont pas isodomes. Leur hauteur va en décroissant de bas en haut depuis 0 m. 595 jusqu'à 0 m. 325. Le bloc inscrit portant la dédicace particulière de l'analemma par les Cnidiens (inv. 3196) appartenait à une assise supérieure qui n'a pas été conservée2. Enfin à l'Ouest ce mur d'analemma s'arrête à 1 m. 93 du mur de terrasse Nord-Sud en appareil polygonal. Il n'a vraisemblablement jamais dû s'étendre plus loin, laissant ainsi un passage pour accéder à la terrasse supérieure.
Dernière disposition relative à la terrasse : au Nord, entre le mur de soutènement et le mur Nord de l'édifice proprement dit un caniveau de pente Ouest-Est avait été aménagé, rigole semi-circulaire large de 0 m. 22 entaillée sur des blocs de calcaire posés à plat entre le mur de soutènement et la paroi externe du mur Nord de la lesché. A l'angle Est où des blocs de calcaire protégeaient immédiatement l'angle de l'édifice, on avait pratiqué un évidement de 0 m. 22 de diamètre et 0 m. 08 de profondeur pour permettre à l'eau de s'écouler. A l'Est il ne reste plus rien du système d'évacuation des eaux. Mais lors de la fouille, Th. Homolle a signalé dans son rapport l'existence d'égouts qui emmenaient l'eau vers le Sud-Est3.
Sur la terrasse ainsi déterminée on a retrouvé le plan du monument proprement dit : vers le Nord, à une distance qui varie entre 0 m. 425 à l'Ouest et 0 m. 50 à l'Est, en avant du mur de soutènement polygonal, s'élevait le mur Nord de la lesché. Il subsiste presque sur toute sa longueur, soit 17 mètres, au moins pour la ligne d'euthyntéria qui commence actuellement à 2 m. 20 de l'angle Est. Celle-ci est constituée de blocs de pôros accolés4
(1) Différence des niveaux actuels : 22 m. 74 à la lesché, 20 m. 45 au péribole Est.
(2) La dédicace de la lesché, inv. 3196, a été publiée BCH, XX, 1896, p. 636 ; Sylloge3, 290. Elle est actuellement placée au centre de la lesché.
(3) BCH, XXI, 1897, p. 272.
(4) La remarque du livre de la grande fouille selon laquelle le bloc extérieur des orthostates serait en calcaire de St-Élie, le bloc intérieur en tuf est erronée ; elle repose cependant sur un examen des pierres trouvées non pas au mur Nord de la lesché, mais à l'angle Sud-Est, comme on le verra ci-après.
(PI. 70, 2), larges de 0 m. 91 et dépassant de 0 m. 30 au Nord de l'assise d'orthostates, de 0 m. 20 au Sud. A 3 m. 25 de l'angle Nord-Ouest les éléments de pôros font place sur 2 m. 50 à 3 blocs de calcaire grossier que l'on a insérés dans l'assise régulière (sur la majeure partie de son cours, cette assise n'est pas fondée ; on a parfois cependant pallié les irrégularités du sol par des blocs de calcaire grossier posés à plat) ; au delà, le cours de l'assise en pôros reprend jusqu'à l'angle Nord-Ouest. Au-dessus de cette assise de socle les orthostates sont demeurés en place sur la majeure partie du tracé. A 3 m. 95 de l'angle Nord-Est de la fondation commence le cours des orthostates conservés. Il est formé de deux rangées de blocs accolés, hauts de 0 m. 87, placés de manière à respecter l'alternance des joints : 8 blocs de pôros auxquels se juxtaposent à l'Ouest 2 blocs de calcaire grossier subsistent encore de la ligne d'orthostates extérieurs ; après une interruption de 1 m. 80, 4 blocs sont en place jusqu'à l'angle Ouest. Il ne reste de la rangée intérieure que 5 blocs de pôros juxtaposés ; ils commencent à l'Est sensiblement au même niveau que la rangée extérieure. Par suite d'affaissements de terrain, ces divers éléments ont légèrement glissé vers l'Ouest sur l'eutliyntéria. Ils ont pourtant conservé leurs positions relatives, comme en témoignent les lignes de pose tracées sur l'euthyntéria ainsi que les scellements en place (comme la rangée extérieure a glissé d'environ 4 centimètres de plus que la rangée intérieure, les scellements transversaux qui les relient ont été tordus ou brisés) ; pour disposer les orthostates on avait tracé sur toute la longueur une double ligne assurant l'alignement des blocs ; en outre, comme chaque élément était de longueur variable, on a tracé au moment de la mise en place un repère perpendiculaire répondant à l'extrémité du bloc. Mieux encore que par ce détail de pose, l'authenticité du placement des blocs est assurée par la présence des scellements : les orthostates intérieurs sont reliés dans le sens longitudinal d'Est en Ouest par des scellements en ' — i (PI. 70, 1, 2) (long. 24 centimètres) ; ils sont également reliés à l'assise extérieure par des scellements de même espèce placés perpendiculairement au cours des orthostates. Or, on constate dans ce procédé de liaisonnement si soigné une variation intéressante : à l'endroit où les orthostates de calcaire (PI. 70, 3) remplacent les éléments de pôros, le mode de construction change : les scellements en ' — i font place à des crampons en |~~ I d'un type particulier, plus semblables à des crochets qu'à des scellements ordinaires, tant l'extrémité recourbée est de dimensions et de longueur inusitées. Ce procédé de scellement se continue jusqu'à l'angle Nord-Ouest sur tous les éléments de calcaire grossier encore en place.
A l'angle Nord-Ouest subsiste seule l'amorce de l'euthyntéria du côté Ouest. Conservée sur 2 m. 30 de longueur, elle se compose de blocs de pôros analogues à ceux que l'on rencontre sur la majeure partie de l'euthyntéria Nord. Cette assise porte également, comme sur le côté Nord, des lignes repères tant vers l'intérieur pour assurer l'alignement de la rangée d'orthostates intérieurs que perpendiculairement, pour marquer la fin de chaque élément. Preuve que le procédé de construction employé sur le côté Nord se continuait de ce côté aussi. La ligne d'orthostates du côté Ouest se prolongeait jusqu'à l'aplomb extérieur des orthostates sur la face Nord : le bloc de calcaire actuellement en place sur cette ligne était ainsi le dernier de la rangée extérieure sur le côté Nord. Sur tous ces blocs en place on discerne encore, à l'intérieur, les traces d'un revêtement de
stuc, bleu ou noir, que les premiers fouilleurs signalèrent avoir trouvé en abondance à l'intérieur môme du monument1. Le mur Est de la lesché a beaucoup plus souffert encore : à l'angle Nord-Est subsistent seulement 3 grandes dalles de calcaire gris, soigneusement aplanies, qui constituaient le socle des fondations ; à 4 m. 30 de l'angle reparaissent divers blocs de calcaire grossier, sensiblement au même niveau que les dalles de